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Amsterdam, refuge de l’Europe : juifs, huguenots et libres penseurs

Romeyn de Hooghe / Wikimedia Commons
14 min de lecture61 sources vérifiées
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Dans la grande ville où il habite, aucun homme ne fait autre chose que le commerce, excepté lui, et chacun y est si attentif à son profit qu’il pourrait y demeurer toute sa vie sans être jamais vu de personne. Descartes écrit ces lignes d’Amsterdam à Jean-Louis Guez de Balzac, le 5 mai 1631, pour lui ôter l’envie d’une retraite à la campagne, où les voisins importunent. Un peu plus loin, il demande quel autre pays permettrait de « jouir d’une liberté si entière », de dormir avec moins d’inquiétude, d’être gardé par des armées toujours sur pied, de moins connaître les empoisonnements, les trahisons et les calomnies. Le 16 octobre 1920, l’Alliance française des Pays-Bas a fait poser une plaque au numéro 6 du Westermarkt, où le philosophe passa l’été 1634. Elle cite la lettre de 1631 et coupe la phrase juste après le mot liberté.

Un conseiller de la ville achète une synagogue

Le texte fondateur de la république ne parle ni des juifs ni de tolérance. L’article XIII de l’Union d’Utrecht, conclue le 23 janvier 1579 par les provinces révoltées contre Philippe II, laisse chaque province régler les affaires de religion, pourvu que « een yder particulier in sijn religie vrij sal moegen blijven », que chaque particulier reste libre dans sa religion, et que personne ne soit poursuivi ni recherché pour cette cause. La garantie porte sur la conscience. Le culte public revient à l’Église réformée, et les autres confessions sont tolérées tant qu’elles prient hors de la vue.

Les premiers à éprouver ce texte arrivent dans les années 1590. Ce sont des nouveaux chrétiens portugais, descendants de juifs baptisés de force, marchands passés par Lisbonne ou An​vers, qui reprennent ouvertement le judaïsme à Amsterdam au début du siècle suivant. Le 2 mai 1612, sous la pression des pasteurs calvinistes, le conseil de la ville leur interdit de bâtir et d’utiliser une synagogue. Le bâtiment est alors acheté par un chrétien, membre du conseil lui-même, et sert de synagogue. Miriam Bodian, qui a présenté et traduit ces textes en 2008, voit dans ce geste la méthode de la ville pour tout le siècle, une résolution pour apaiser le clergé et une pratique pour la contourner.

Les États de Hollande avaient chargé le juriste Hugo Grotius de préparer un règlement pour toute la province. Sa Remonstrantie de 1615, dont la bibliothèque Ets Haim conserve une copie de clerc annotée de sa main, trente-quatre feuillets de 31,1 sur 20,8 centimètres, plafonnait la présence juive à trois cents familles à Amsterdam et deux cents dans les autres villes, et imposait à chaque arrivant de déclarer devant le magistrat qu’il croyait en un Dieu unique et en la vérité de Moïse et des prophètes. Le projet avait un programme de conversion avoué. Il ne fut jamais appliqué.

À sa place, les bourgmestres et les échevins d’Amsterdam arrêtent le 8 novembre 1616, et notifient le 17 aux représentants de la « nation juive », un texte d’une page. Il interdit de parler ou d’écrire contre la religion chrétienne, de chercher à convertir ou à circoncire un chrétien, et d’avoir commerce charnel avec des femmes ou des filles chrétiennes, même de mauvaise vie. Il fixe aussi la formule du serment en justice, en néerlandais et en espagnol, par le Dieu qui a créé le ciel et la terre et donné ses lois par Moïse. Il se déclare provisoire, en attendant une décision des États. Le 13 décembre 1619, ceux-ci laissent à chaque ville le soin de fixer le statut des juifs, et le provisoire d’Amsterdam reste en vigueur près de deux siècles, amendé en 1632 par une mesure qui refuse aux juifs la pleine bourgeoisie et, avec elle, l’entrée de la plupart des corporations. Nous préférons parler de règlement provisoire plutôt que de statut, parce que le texte se désigne ainsi et que personne ne s’est soucié de le rendre définitif. Pas de charte, pas de quartier imposé, pas de taxe spéciale, pas davantage de liberté de culte écrite noir sur blanc. Bodian appelle cela une évasion juridique, et elle ajoute que les régents n’étaient pas libres pour autant de toute méfiance envers les juifs.

La visibilité est venue avec l’argent. Le 2 août 1675, la communauté portugaise inaugure la synagogue que le maître maçon Elias Bouman, qui n’était pas juif, élevait depuis avril 1671, pour plus de 186 000 florins. Une gravure de son intérieur, signée Romeyn de Hooghe et conservée au Rijksmuseum sous le numéro KOG-AA-3-11-8, passe souvent pour une image de l’inauguration. Le musée la date des années 1695 à 1701, parce que les femmes y portent la coiffure à la fontange, typique de la mode amstellodamoise vers 1695, et renvoie pour la cérémonie à une autre estampe du même graveur, cotée RP-P-AO-24-27.

Les fidèles restent peu nombreux. Jonathan Israel estime les juifs de la ville à 2 400 en 1650, soit 1,4 % d’une population passée d’environ 30 000 habitants en 1578 à plus de 200 000 en 1672. Tirtsah Levie Bernfeld juge ces estimations trop basses, parce qu’elles omettent les pauvres, inscrits ou non à l’assistance, et un dénombrement de 1797, postérieur à la période, trouve 20 304 ashkénazes, juifs venus d’Europe centrale et orientale, pour 2 800 séfarades.

Escamoth A, folio 408

Le règlement de 1616 laissait aux juifs le soin de se gouverner, et la communauté portugaise s’en est chargée avec ses propres armes, dont la plus lourde est le herem, prononcé par les dirigeants laïcs du ma’amad avec l’accord des rabbins. Uriel da Costa en a fait l’expérience. Né à Porto vers 1585 dans une famille de nouveaux chrétiens, revenu au judaïsme, il conteste la tradition rabbinique puis l’immortalité de l’âme et publie à Amsterdam un Exame das tradições phariseas, daté de 1623 ou de 1624 selon les auteurs. Les dirigeants de la communauté le dénoncent aux magistrats de la ville comme un ennemi de toute religion, et la justice chrétienne fait le reste. Il passe plusieurs jours en prison, paie une amende de 300 florins, et le livre est brûlé. On l’a cru perdu jusqu’en 1990, quand H. P. Salo​mon en a retrouvé à la Bibliothèque royale de Copenhague un exemplaire, probablement le seul. Exclu une seconde fois, da Costa se soumet en 1640 à une cérémonie publique de réconciliation, flagellé dans la synagogue puis couché sur le seuil pour que l’assemblée passe sur lui, et se donne la mort peu après. Son récit, l’Exemplar humanae vitae, n’est imprimé qu’en 1687, à Gouda, par le théologien remontrant Philippus van Limborch, qui le place à la suite de son entretien « amical » avec un savant juif, De veritate religionis christianae amica collatio cum erudito Judaeo, pour mieux le réfuter, de sorte que le témoignage d’un juif d’Amsterdam brisé par les deux justices, la sienne et celle de la ville, est parvenu au public dans le livre d’un pasteur qui voulait montrer où mène le doute sans révélation.

Le 27 juillet 1656, soit le 6 av 5416 du calendrier juif, le ma’amad de la congrégation Talmud Tora, née en 1639 de la fusion de trois communautés, fait proclamer dans la synagogue le herem de Baruch de Espinoza. Le texte portugais est consigné dans l’Escamoth A, le registre des résolutions et règlements de la communauté, conservé aux archives de la ville d’Amsterdam dans le fonds 334, inventaire 19, au folio 408. Il lui reproche de mauvaises opinions et de mauvaises actions, d’horribles hérésies, et rappelle qu’on a tenté par divers moyens de le détourner de sa voie. Il interdit à quiconque, famille comprise, de lui parler, de correspondre avec lui ou de lui rendre service, ordonne de garder ses distances et défend de lire ses écrits. Le même registre consigne bien d’autres exclusions, pour des infractions aux règlements ou à la loi juive. Steven Nadler tient celle-ci pour la plus dure que la communauté séfarade d’Amsterdam ait jamais prononcée, et elle n’a jamais été levée.

On ignore ce que Spinoza, qui avait vingt-trois ans, avait dit ou fait. Ses écrits conservés sont tous postérieurs à l’exclusion. Pour deux de ses proches, Daniel de Prado et Daniel Ribera, on dispose de dossiers de dépositions et de lettres, mais aucun n’a été retrouvé à son sujet, comme l’ont relevé Asa Kasher et Shlomo Biderman en 1990. Les historiens raisonnent donc à rebours depuis le Trac​tatus de 1670, et Nadler tient la conjecture pour aisée, ce qu’elle est sans doute, sans qu’aucune pièce d’archives vie​nne la confirmer.

« Naeckt en bloot »

Le 12 septembre 1681, la vroedschap reçoit une requête de six artisans normands, Pierre Poulain, orfèvre, et Mathieu le Noble, fripier, tous deux de Caen, Aimé Lope, dentellier d’Alençon, Nicolas Barre et Jean Manock, ivoiriers de Dieppe, et Jean Quedeville, diamantaire de Caen. La misère de l’Église réformée de France, écrivent-ils, les a forcés à fuir avec femmes et enfants « naeckt en bloot », nus et dépouillés, en abandonnant tous leurs biens. Ils demandent la bourgeoisie, le droit d’exercer leur métier et six ou huit ans d’exemption des taxes urbaines. Le 23 septembre, sur avis d’une commission, la ville leur accorde le poorterschap, trois ans d’exemption de l’impôt municipal et le droit de travailler hors des corporations, et étend ces avantages à « tous les autres de même nature ». Le même mois, les États de Hollande votent douze ans d’exemption fiscale pour les réfugiés français.

Amsterdam ouvre pour eux un registre à part dans ses livres de bourgeoisie, la Fransche cedul. Entre octobre 1681 et 1691, 2 243 réfugiés y sont inscrits, avec deux pointes, en 1681 et en 1686, l’année qui suit la révocation de l’édit de Nantes. Ce sont des chefs de foyer, dont 214 femmes, venus surtout de Rouen, Paris, Sedan, La Rochelle, Montpellier, Dieppe, Bordeaux, Bergerac, Nîmes et Caen, marchands, ouvriers de la soie, tailleurs, chirurgiens, orfèvres ou horlogers. Cees Cruson, qui a dépouillé ces registres, estimait en 1985 la population réfugiée de la ville à quelque 12 000 personnes. Josias Duhamel, marchand de Dieppe, a laissé des mémoires qui disent le prix du passage. Arrêté lors d’une première tentative en 1685, il met trois ans et demi à faire passer son capital en Angleterre et dans la république, soudoie le magistrat pour quitter Dieppe en mai 1689, gagne Londres puis Rotterdam, arrive à Amsterdam le 4 juillet, rejoint l’Église wallonne, loue une maison sur le Prinsengracht et reçoit gratuitement la bourgeoisie le 13 juin 1690.

La générosité avait ses comptes. Les Églises wallonnes, francophones, représentaient les réfugiés devant le magistrat et quêtaient pour les plus pauvres, mais leur aide supposait l’appartenance et une conduite irréprochable, et les actes du consistoire d’Amsterdam enregistrent des censures visant des réfugiés. Les boutiquiers protestent contre la vente au détail sans autorisation, les corporations contre le travail hors des métiers jurés. Les magistrats se gardent de publier leurs privilèges dans l’Amsterdamsche Courant, comme le font les villes concurrentes, pour ne pas provoquer ouvertement Louis XIV. À partir de 1690, la ville durcit sa politique et retire la mesure de 1681, pour endiguer l’arrivée de réfugiés pauvres. Au printemps 1688, à La Haye, six à huit hommes et femmes qui s’étaient fait passer pour des réfugiés français sont conduits par les rues jusqu’aux portes de la ville, une feuille sur la poitrine et une dans le dos portant les mots « valsche vluchtelingen », faux réfugiés. Lotte van Hasselt y lit la naissance d’une définition, le vrai réfugié étant persécuté, dépouillé et réformé, ce qui écartait d’office les catholiques.

Le chiffre global divise. Cruson retenait 50 000 à 60 000 réfugiés pour l’ensemble des Provinces-Unies. David van der Linden, dont l’enquête de 2015 porte sur la masse des réfugiés ordinaires, en retient environ 35 000, et Ute Lotz-Heumann donne une fourchette de 35 000 à 75 000, autour de 50 000 probablement. Aucun dénombrement d’époque ne permet de trancher, puisque les registres de bourgeoisie n’inscrivent que les chefs de famille qui voulaient s’établir et ignorent ceux qui ne faisaient que passer vers l’Angleterre ou l’Allemagne. Cruson cite au passage le mot de Pierre Bayle, lui-même réfugié à Rotterdam, sur « la grande arche des réfugiés ». Bayle avait écrit « fugitifs », à l’article Kuchlin de son Dictionnaire historique et critique, et le mot convenait mieux à des gens qui n’avaient encore obtenu aucun statut.

Le pouce droit d’Adriaan Koerbagh

Couper le pouce droit, percer la langue d’une alène, saisir les biens, brûler les livres et enfermer l’auteur tren​te ans au Rasphuis, la maison de correction de la ville. Voilà les réquisitions qu’entend le 27 juillet 1668, à dix heures du matin, dans la chambre de torture de l’hôtel de ville d’Amsterdam, l’actuel palais royal du Dam, le médecin et juriste Adriaan Koerbagh, trente-cinq ans.

Son Bloemhof, paru en février 1668 à Amsterdam « pour l’auteur », quarante-trois feuilles d’impression, se présente comme un dictionnaire des mots d’emprunt. Bible y est expliqué comme un mot grec qui veut dire livre et qui conviendrait aussi bien à un recueil des aventures de Renart ou d’Eulenspiegel. Le schout, officier de justice de la ville, fait saisir les exemplaires. Koerbagh se réfugie à Culemborg, petite seigneurie qui avait sa propre juridiction, et y rédige Een Ligt schijnende in duystere plaatsen, une lumière qui brille dans les lieux obscurs, contre la Trinité et la création à partir de rien. Son frère Johannes trouve un imprimeur à Utrecht, Johannes van Eede, qui arrête ses presses à la onzième feuille et dénonce les deux frères. Arrêté à Leyde le 18 juillet 1668, à six heures du matin, ramené à Amsterdam les pieds liés, Adriaan reconnaît être l’auteur des deux livres, nie toute aide et dit n’avoir jamais discuté de son travail avec Spinoza, qu’il admet pourtant fréquenter.

Il est condamné à dix ans de Rasphuis, dix ans de bannissement et 4 000 florins d’amende.

Il meurt au Rasphuis vers le 12 octobre 1669. Le 15, son cercueil quitte sa maison de l’Oude Nieuwstraat, au numéro 6, devant une foule, et une poule noire qui s’y pose fait courir le bruit que le diable est venu prendre son âme.

Arthur Weststeijn, qui a rendu compte en 2014 de la biographie de Bart Leeuwenburgh, résume les raisons d’une telle peine. Il y avait les placards contre les sociniens, antitrinitaires, de 1653 et 1656, et le fait que Koerbagh écrivait en néerlandais, sous son nom, sur un ton de défi, au moment où l’équilibre bougeait entre les régents, toujours en friction avec l’orthodoxie réformée. Weststeijn note aussi que la fuite à Culemborg montre ce qu’un esprit libre pouvait gagner aux juridictions concurrentes de la république, et que son arrestation montre où cet avantage s’arrêtait.

Le mot de libre penseur n’existe pas encore en français. Quand Henri Scheurleer et Jean Rousset de Missy traduisent en 1714 le Discourse of Free-Thinking d’Anthony Collins, sous une fausse adresse de Londres, ils rendent la secte des free-thinkers par des « esprits forts, ou gens qui pensent librement ».

Le grenier de Jan Hartman

Le Trac​tatus theologico-politicus de Spinoza paraît en 1670 sans nom d’auteur, « Hamburgi, apud Henricum Künraht », chez un Henri Künraht de Hambourg qui n’existe pas. L’éditeur est Jan Rieuwertsz, à Amsterdam. Le livre est tenu pour illégal dès sa sortie, et le 19 juillet 1674 un placard de la Cour de Hollande l’interdit avec le Leviathan de Hobbes, la Bibliotheca fratrum Polonorum des antitrinitaires polonais et la Philosophia S. Scripturae interpres de Lodewijk Meyer. En septembre, le synode de Hollande méridionale remercie le grand pensionnaire Gaspar Fagel de ses efforts. Rieuwertsz avait déjà publié en 1672 une édition corrigée par Spinoza sous la même page de titre, avec la même date de 1670, pour qu’elle passe pour un fonds de stock, et la notice de la bibliothèque de Leyde y voit un double faux. L’émission de 1673 va plus loin. Elle circule sous trois titres d’emprunt, les Opera chirurgica omnia de Villacorta, une collection historique de Daniel Heinsius et la Totius medicinae idea nova du médecin leydois Sylvius, à des adresses d’imprimeurs fictifs.

Les historiens se partagent sur ce que prouve ce mélange de censure et de commerce. Henry Méchoulan, en 1990, a fait d’Amsterdam le lieu où l’argent et la liberté peuvent coexister, voire se nourrir l’un de l’autre, et y voit une première révolution moderne, sans faire pour autant de son livre un éloge sans réserve. Jonathan Israel, en 2001, a placé le cercle de Spinoza, Koerbagh compris, au cœur d’une Lumière radicale née dans la république. Leur meilleur argument est comparatif. À les suivre, dans l’Europe de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, on chercherait en vain une autre grande ville où des juifs vivent sans quartier imposé ni taxe spéciale, élèvent en 1675 une synagogue que tout le monde voit, où des artisans étrangers devie​nnent bourgeois sans payer, et où un livre interdit se vend encore sous trois couvertures. Koerbagh lui-même a gardé son pouce.

En face, Bodian parle d’évasion, et Benjamin Kaplan d’une tolérance de pratique, faite d’arrangements où chacun feint de ne pas voir. Le marchand catholique Jan Hartman, né à Coesfeld en West​phalie, achète en 1661 pour 16 000 florins la maison du numéro 40 de l’Oudezijds Voorburgwal et fait aménager une église dans les combles, consacrée en 1663 et ouverte aujourd’hui comme musée sous le nom de Ons’ Lieve Heer op Solder. Les voisins savaient. Kaplan voit dans ces églises cachées une fiction de vie privée qui permettait à l’Église réformée de garder le monopole du culte public, et les sources réunies ici vont dans son sens, puisque le ma’amad, le consistoire wallon et les synodes réformés surveillaient chacun les leurs avec l’appui du bras séculier. Weststeijn concède pourtant que le cliché de la république refuge des dissidents, si usé soit-il, décrit aussi un vivier où les idées les plus hardies trouvaient leurs imprimeurs.

L’exemplaire du Trac​tatus de 1673 que conserve la bibliothèque universitaire d’Amsterdam sous la cote 1068 H 18 s’ouvre sur la Totius medicinae idea nova de Sylvius, à l’adresse d’un imprimeur fictif, C. Gratiani, et sa copie numérique figure encore dans la notice du catalogue rétrospectif néerlandais sous l’étiquette « Deleboe Sylvius ».

Pour aller plus loin

L’arrivée à Manhattan, en 1654, des juifs chassés de Recife et le refus que leur opposa d’abord Peter Stuyvesant sont examinés dans l’article sur la Nouvelle-Amsterdam, qui prolonge outre-Atlantique les règles de la ville. Le séjour de Pierre le Grand sur les chantiers d’Amsterdam en 1697 montre la même ville sous l’angle de ses métiers. L’affaire Servet, jugée à Genève en 1553, éclaire par contraste ce que pouvait être une discipline réformée appuyée sur le bras séculier.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. René Descartes, lettre à Jean-Louis Guez de Balzac, Amsterdam, 5 mai 1631 (aucun homme qui n’exerce la marchandise, « liberté si entière », armées sur pied) Œuvres de Descartes, éd. Charles Adam et Paul Tannery, t. I ; texte lu dans une transcription en ligne
  2. Plaque commémorative posée par l’Alliance française des Pays-Bas le 16 octobre 1920, rappelant le séjour de Descartes à l’été 1634 et citant la lettre à Balzac de 1631 Westermarkt 6, Amsterdam
  3. Union d’Utrecht, 23 janvier 1579, article XIII (« een yder particulier in sijn religie vrij sal moegen blijven ») texte cité d’après D. van der Blom (2016)
Voir les 58 sources restantesMasquer les autres sources

Sources primaires (suite)

  1. Hugo Grotius, Remonstrantie nopende de ordre dije in de landen van Hollandt ende Westvrieslandt dijent gestelt op de Joden, 1615, copie de clerc avec notes autographes de Grotius, papier, [2] + 34 ff., 31,1 × 20,8 cm, suivie d’une copie du XIXᵉ siècle de [29] ff. Bibliothèque Ets Haim, Amsterdam, EH 48 A 02
  2. Règlement des bourgmestres et échevins d’Amsterdam concernant les juifs, arrêté le 8 novembre 1616 (demptis Witsen et Benninck) et notifié le 17, renvoyant à la résolution du 2 mai 1612, avec la formule du serment en néerlandais et en espagnol imprimé dans Hermanus Noordkerk, Handvesten ofte Privilegien ende Octroyen... der Stad Amstelredam, Amsterdam, 1748 ; trad. angl. M. Bodian et W. de Groot, 2008
  3. Résolution des États de Hollande et de Frise-Occidentale du 13 décembre 1619 laissant à chaque ville le statut des juifs [cote non relevée] d’après l’Encyclopaedia Judaica
  4. Règlement d’Amsterdam de 1632 refusant aux juifs la pleine bourgeoisie [date exacte et cote non relevées] d’après M. Bodian (2008) et l’Encyclopaedia Judaica
  5. Herem de Baruch de Espinoza, proclamé le 27 juillet 1656 (6 av 5416), texte portugais Stadsarchief Amsterdam, archief 334 (Portugees-Israëlietische Gemeente), inv. 19, « Escamoth A », 1638-1680, f. 408
  6. Uriel da Costa, Exame das tradições phariseas, Amsterdam, 1623 ou 1624, exemplaire probablement unique Det Kongelige Bibliotek, Copenhague ; fac-similé : Examination of Pharisaic Traditions, éd. H. P. Salo​mon et I. S. D. Sassoon, Leyde, Brill, 1993, coll. « Studies in Intellectual History », ISBN 978-90-04-09923-4
  7. Uriel da Costa, Exemplar humanae vitae, publié par Philippus van Limborch à la suite de De veritate religionis christianae amica collatio cum erudito Judaeo, Gouda, 1687
  8. Synagogue portugaise (Esnoga), élevée par Elias Bouman à partir d’avril 1671, inaugurée le 2 août 1675 Mr. Visserplein 3, Amsterdam
  9. Romeyn de Hooghe, Interieur van de Portugese Synagoge te Amsterdam (« Tempel der Joden in Amsteldam »), vers 1695-1701, eau-forte et gravure, 473 × 572 mm, édité par Justus Danckerts Rijksmuseum, Amsterdam, KOG-AA-3-11-8, dépôt du Koninklijk Oudheidkundig Genootschap ; estampe de l’inauguration de 1675 par le même graveur, Rijksmuseum, RP-P-AO-24-27 [notice non consultée, signalée par la précédente]
  10. Requête de Pierre Poulain, Mathieu le Noble, Aimé Lope, Nicolas Barre, Jean Quedeville et Jean Manock à la vroedschap d’Amsterdam, 12 septembre 1681, et résolution du 23 septembre 1681 Stadsarchief Amsterdam [cote non relevée] ; citées d’après C. Cruson (1985)
  11. Registres de bourgeoisie (poorterboeken) d’Amsterdam, « Fransche cedul », octobre 1681-1691, 2 243 inscriptions Stadsarchief Amsterdam [cote non relevée] ; dépouillés par C. Cruson (1985)
  12. Résolution des États de Hollande et de Frise-Occidentale accordant douze ans d’exemption fiscale aux réfugiés français, septembre 1681 [date exacte et cote non relevées] d’après C. Cruson (1985)
  13. Josias Duhamel, marchand de Dieppe, mémoires de sa fuite (1685-1690) [manuscrit ou édition non relevés] d’après C. Cruson (1985)
  14. Annonce de la condamnation à La Haye de six à huit « valsche vluchtelingen », journal néerlandais, printemps 1688 [titre et date exacte non relevés] d’après L. van Hasselt (2022)
  15. Procès d’Adriaan Koerbagh devant les échevins d’Amsterdam, réquisitions du 27 juillet 1668 et sentence (dix ans de Rasphuis, dix ans de bannissement, 4 000 florins) [cote non relevée] d’après B. Leeuwenburgh
  16. Adriaan Koerbagh, Een bloemhof van allerley lieflijkheyd sonder verdriet, Amsterdam, pour l’auteur, 1668, 43 feuilles STCN 842363270
  17. [Baruch Spinoza], Trac​tatus theologico-politicus, « Hamburgi, apud Henricum Künraht », 1670 [Amsterdam, Jan Rieuwertsz] ; édition corrigée de 1672 sous la même page de titre Bibliothèque universitaire de Leyde, Collections spéciales [cote non relevée]
  18. [Baruch Spinoza], Trac​tatus theologico-politicus, émission de 1673 sous trois titres fictifs (F. H. de Villacorta, Opera chirurgica omnia, Amstelodami, apud J. Paulli ; D. Heinsius, Operum historicorum collectio prima, Lugd. Batav., apud I. Herculis ; F. Deleboe Sylvius, Totius medicinae idea nova, Amstelodami, apud C. Gratiani), 22,5 feuilles, avec L. Meyer, Philosophia S. Scripturae interpres Universiteitsbibliotheek Amsterdam, 1068 H 18:1 ; KB, La Haye, 344 J 26:1 ; STCN 833593145
  19. Placard de la Cour de Hollande du 19 juillet 1674 contre le Leviathan, la Bibliotheca fratrum Polonorum, la Philosophia S. Scripturae interpres et le Trac​tatus theologico-politicus, et actes du synode de Hollande méridionale, septembre 1674 cités d’après M. Walther et M. Czelinski, vol. 1, p. 321-322, n° 112-113, par The Spinoza Web
  20. Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, article « Kuchlin » (« la grande arche des fugitifs »)
  21. Anthony Collins, Discours sur la liberté de penser. Écrit à l’occasion d’une nouvelle secte d’esprits forts, ou de gens qui pensent librement, trad. Henri Scheurleer et Jean Rousset de Missy, « A Londres » [La Haye ?], 1714 ESTC T122029
  22. Église catholique aménagée de 1661 à 1663 dans les combles de la maison de Jan Hartman, Oudezijds Voorburgwal 40, consacrée en 1663 Museum Ons’ Lieve Heer op Solder, Amsterdam

Bibliographie

  1. Henry Méchoulan, Amsterdam au temps de Spinoza. Argent et liberté, Paris, 1990, 277 p., coll. « Questions », ISBN 2-13-042593-3 Presses universitaires de France
  2. Hervé Dumez, « Le capitalisme n’est-il pas le moins mauvais garant de la liberté ? À propos de Amsterdam au temps de Spinoza de Henry Méchoulan », Le Libellio d’AEGIS 12 (4), hiver 2016, p. 7-15 École polytechnique, CNRS
  3. H. H. Kubbinga, « De Republiek in Frans perspectief II », De Zeventiende Eeuw, 1991 Hilversum, Verloren
  4. Tirtsah Levie Bernfeld, Poverty and Welfare Among the Portuguese Jews in Early Modern Amsterdam, Oxford, 2012, chap. 3, « Demographic Outline », p. 61-76 Littman Library of Jewish Civilization, Liverpool University Press
  5. Asa Kasher et Shlomo Biderman, « Why Was Baruch de Spinoza Excommunicated ? », dans David S. Katz et Jonathan I. Israel (dir.), Sceptics, Millenarians and Jews, Leyde, 1990, p. 98-141 Brill
  6. Cees Cruson, « De hugenoten als refugiés », De Gids 148 (3-4), 1985, p. 225-230 Meulenhoff
  7. David van der Linden, Experiencing Exile : Huguenot Refugees in the Dutch Republic, 1680-1700, Farnham, 2015, xix + 289 p., coll. « Politics and Culture in Europe, 1650-1750 », ISBN 978-1-4724-2927-8 Ashgate
  8. Bart Leeuwenburgh, Het noodlot van een ketter. Adriaan Koerbagh 1633-1669, Nimègue, 2013, 262 p., ISBN 978-94-6004-114-3 Vantilt
  9. Jonathan I. Israel, Radical Enlightenment : Philosophy and the Making of Modernity 1650-1750, Oxford, 2001 Oxford University Press
  10. Benjamin J. Kaplan, Reformation and the Practice of Toleration : Dutch Religious History in the Early Modern Era, Leyde, 2019, xii + 372 p., coll. « St Andrews Studies in Reformation History » Brill
  11. D. van der Blom, De verhouding van staat en religie in een veranderende Nederlandse samenleving, thèse de doctorat, Leyde, 6 juillet 2016 Universiteit Leiden

Sources en ligne

  1. « Evasion as a Legal Tactic : The 1616 Amsterdam Regulations Concerning the Jews », Miriam Bodian, 2008, avec le texte original et sa traduction Early Modern Workshop : Resources in Jewish Historyhttps://earlymodernworkshop.judaicadhpenn.org/resources/2008/evasion-legal-tactic-amsterdam
  2. « EH 48 A 02 », notice de la Remonstrantie de Grotius Ets Haim Manuscriptshttps://etshaimmanuscripts.nl/items/eh-48-a-02/
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