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Biographie
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Louis XIV, roi bâtisseur de Versailles

Époque moderne2 octobre 202618 min de lecture
Trizek / Wikimedia Commons
18 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Cinq volumes de comptes pour un roi

Entre 1881 et 1901, l’Imprimerie nationale publie en cinq volumes in-quarto les Comptes des Bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, édités par Jules Guiffrey dans la Collection de documents inédits sur l’histoire de France. Les registres couvrent les années 1664 à 1715. Ils changent de signataire à mesure que la surintendance des Bâtiments passe de Colbert à Louvois, puis à Colbert de Villacerf, à Jules Hardouin-Mansart et enfin au duc d’Antin, et ils alignent, exercice après exercice, des paiements à des maçons, à des fontainiers, à des peintres et à des marchands de plomb. Le nom du roi revient à chaque page du premier volume au cinquième, sans qu’on y lise une seule décision motivée de sa main.

Celui que servent ces comptes naît à Saint-Germain-en-Laye le 5 septembre 1638. Fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, mariés depuis près de vingt-trois ans sans enfant, il reçoit le nom de Louis-Dieudonné. La date est attestée par des documents contemporains et se lit dans le calendrier grégorien, en usage en France depuis 1582 ; le baptême solennel n’a lieu que le 21 avril 1643, trois semaines avant la mort de son père. Roi le 14 mai 1643, à quatre ans et huit mois, il règne d’abord sous la régence de sa mère et le ministériat du cardinal Mazarin. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, la Fronde oblige la cour à quitter Paris pour Saint-Germain. En juin 1660, à Saint-Jean-de-Luz, il épouse l’infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV d’Espagne, en exécution de la paix des Pyrénées signée en novembre 1659.

Après la mort de Mazarin, le 9 mars 1661, le roi ne nomme plus de principal ministre. Le 5 septembre suivant, le surintendant des finances Nicolas Fouquet est arrêté à Nantes. Quatre guerres principales, celles de Dévolution (1667-1668), de Hollande (1672-1678), de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et de la Succession d’Espagne (1701-1714), occupent trente-trois années sur quarante-huit. Le 6 mai 1682, la cour s’installe à Versailles, dans un château de chasse bâti pour Louis XIII en 1623 que les chantiers ouverts dans les années 1660 ont enveloppé de nouvelles ailes. Le 18 octobre 1685, l’édit de Fontainebleau révoque l’édit de Nantes de 1598 et interdit le culte réformé dans le royaume, hors d’Alsace. Entre ces deux dates, dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683 selon la date le plus souvent donnée, le roi, veuf depuis la fin de juillet, aurait épousé en secret Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon. Chacun de ces actes porte le nom du roi et passe par d’autres mains, puisque l’arrestation de Nantes est exécutée par d’Artagnan et des mousquetaires, les comptes tenus par les bureaux du surintendant, et l’édit de 1685 scellé par le chancelier Michel Le Tellier, qui meurt le 30 octobre suivant.

Louis XIV meurt à Versailles le 1er septembre 1715, un peu après huit heures du matin, d’une gangrène de la jambe que décrivent les journaux tenus à la cour. Il avait régné soixante-douze ans, et son arrière-petit-fils, âgé de cinq ans, lui succède sous le nom de Louis XV. Selon l’usage des funérailles royales, le cœur et les entrailles sont séparés du corps, que l’on porte ensuite à Saint-Denis. Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, qui tient depuis 1684 un journal quotidien de la cour, a laissé un récit séparé des derniers jours, daté du dimanche 25 août 1715 à minuit et conservé à Londres (Wellcome Collection, MS.1722/7).

Des documents à la première personne existent, et ils posent le problème du règne. Les Mémoires pour l’instruction du dauphin, publiés d’après les manuscrits par Charles Dreyss (Paris, Didier, 1860, 2 vol.), parlent au nom du roi, mais ils ont été mis en forme par des secrétaires. Le Journal de la santé du roi, tenu de 1647 à 1711 par ses premiers médecins successifs, Antoine Vallot, Antoine d’Aquin et Guy-Crescent Fagon (éd. J.-A. Le Roi, Paris, A. Durand, 1862 ; éd. Stanis Perez, Grenoble, Jérôme Millon, 2004), suit le corps au jour le jour. Entre les deux, les délibérations du Conseil d’en haut, où se décident la guerre et la religion, ne semblent avoir donné lieu à aucun registre, de sorte que le motif des grands actes du règne ne se lit presque jamais ailleurs que dans des textes écrits pour les justifier.

Il faut maintenant prendre ces textes un à un, les Mémoires, le journal des médecins, les comptes, le journal de Dangeau et les Mémoires de Saint-Simon, dire qui les a tenus et à quelle distance des faits, puis rouvrir trois épisodes datés, de l’arrestation de Nantes en 1661 à l’édit de Fontainebleau en 1685, avant de dater la formule « L’État, c’est moi », qu’aucun document du règne ne contient.

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