Quatre-vingt-dix florins pour un bulbe de cent vingt-deux azen, un peu plus de six grammes, planté dans le jardin du peintre Pieter Fransz de Grebber. Le billet de vente, daté de Haarlem le 16 janvier 1635, lie deux Haarlemois, Wouter van Rosven et un Tullekens. Il aurait disparu avec des milliers d’autres si les deux hommes ne s’étaient pas brouillés après l’hiver 1637, au point de plaider devant les commissaires aux fleurs de Haarlem puis devant le tribunal d’Alkmaar, dont les archives judiciaires l’ont gardé avec le reste de la procédure.
Des bulbes vendus sous la terre
Pour un Hollandais du premier XVIIᵉ siècle, au cœur de l’époque moderne (entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution), la tulipe reste une nouveauté. Venue des jardins ottomans, cultivée vers 1600 au jardin botanique de Leyde par Carolus Clusius, elle vaut surtout par ses accidents. Certaines fleurs unies se couvrent un jour de flammes et de plumes contrastées, et ces fleurs « cassées » font les grands prix. En 1927, à la John Innes Horticultural Institution, la mycologue Dorothy Cayley montre par des greffes que la cassure passe d’un bulbe à l’autre, puis conclut en 1928 à un virus ; on sait depuis que des pucerons le propagent et qu’il affaiblit la plante qu’il décore. Les variétés vedettes de 1637 étaient donc des plantes malades, qui se multipliaient mal.
Le calendrier de la plante commande celui du commerce. La fleur dure une semaine, en avril ou en mai ; on lève les bulbes en juin et il faut les replanter avant septembre. Entre l’automne et l’été, tout achat porte donc sur un oignon enterré, qu’on ne peut ni voir ni livrer, et chaque vente devient une promesse de livraison à la saison suivante. Les variétés rares se vendent à l’unité et au poids, compté en azen, l’aas valant à peu près un vingtième de gramme. À partir de novembre 1636, les variétés communes se traitent aussi, par lots de mille azen ou à la livre, laquelle ne pèse pas la même chose d’une ville à l’autre (9 728 azen à Haarlem, 10 240 à Amsterdam). Depuis l’été 1636, les échanges se tiennent aussi dans des auberges, en « collèges » réglés par quelques usages. L’acheteur verse au vendeur un demi-stuiver par florin conclu, dans la limite de trois florins par marché, et les sources appellent cet argent l’argent du vin. Aucun dépôt de garantie n’est exigé. On gardera ici « florin » pour le gulden, de préférence au « guilder » des économistes anglophones, parce que c’est la forme que l’usage français donne de longue date à cette monnaie, divisée en vingt stuivers et qui contient alors 10,28 grammes d’argent fin selon Peter Garber. Sur la place d’Amsterdam, un interdit de 1610 frappait déjà la vente à découvert des actions de la Compagnie des Indes orientales, et l’on ignore s’il valait pour ces promesses de taverne, incertitude que les juges retrouveront au printemps 1637.
Alkmaar, salle de la Nieuwe Schuttersdoelen
Wouter Bartelmiesz Winckel tenait une auberge à Alkmaar et cultivait des tulipes de prix, dont une variété qui semble avoir été obtenue chez lui, l’Admirael Winckell. En 1636, il meurt, probablement de la peste qui frappe alors la Hollande, et laisse sept enfants, dont trois entrent à l’orphelinat de la ville. La chambre des orphelins, qui administre leurs biens, fait lever, trier, peser et replanter les bulbes, puis autorise la vente en décembre 1636. Elle a lieu le 5 février 1637 dans la salle de la Nieuwe Schuttersdoelen, la maison de la garde civique, et la liste imprimée peu après donne pour chaque lot la variété, le poids du bulbe à la plantation et le prix adjugé. Un Viceroy y part pour 4 203 florins, un Admirael van Enchuysen pour 5 200. Jan Quaeckel, riche cultivateur de Haarlem, emporte pour 3 260 florins de bulbes, et Willem Lourisz, de Heemskerk, paie 510 florins un bulbe de la variété Antwerp festus.
Les acheteurs ne sont pas tous des négociants. Deux actes notariés signalés en 2009 par M. ten Berge et H. de Raad, dans la revue Oud Alkmaar, montrent Huybert Willemsz Doncker, cloutier à Enkhuizen, acquérant le 23 janvier 1637 une Admirael Winckell pour 2 250 florins, puis Dirck Maes Verwer, d’Enkhuizen lui aussi, deux Brabanson Adriana pour 4 200 florins le 6 février, au lendemain de l’enchère. La bibliothèque de Wageningen, qui conserve le recueil attribué à P. Cos, rapporte ces sommes à quinze ou vingt années de salaire d’un artisan qualifié. L’ordre de grandeur dépend entièrement de la série de salaires retenue, que la notice ne cite pas. Le recueil de Cos lui-même se dit consacré aux tulipes vendues publiquement « te Haarlem » en 1637, alors que dix-sept de ses planches reprennent au poids près les lots d’Alkmaar ; il réunit 54 gouaches de tulipes, 12 dessins ajoutés, dont certains de Pieter Holsteijn le Jeune et de Pieter Schagen, 7 aquarelles d’œillets et 2 dessins d’autres fleurs.
Le total fait problème. Le chiffre de 90 000 florins, repris par le Regionaal Archief Alkmaar et par presque toute la littérature, ne se retrouve pas dans la liste imprimée, dont Peter Garber tire 68 553 florins. Cette liste s’intitule d’ailleurs Lijste van eenige Tulpaen, « liste de quelques tulipes », ce qui laisse supposer que des lots n’y figurent pas, sans qu’aucun document connu permette de le vérifier. On ignore surtout combien de ces sommes ont été versées, puisque l’enchère précède de quelques jours l’arrêt des transactions. Dans les contrats notariés publiés par Nicolaas Posthumus entre 1926 et 1934 et exploités par Garber, les Switsers, une variété commune, se traitent encore à 0,17 florin l’aas le 5 février et tombent à 0,11 les 6 et 9 février, après quoi les séries de prix s’interrompent presque entièrement pendant six ans.
« Blyven in suspens »
Le 24 février 1637, des délégués de fleuristes réunis à Amsterdam, parmi lesquels un représentant de Haarlem, proposent une sortie. Les ventes conclues jusqu’au 30 novembre 1636 seraient exécutées, et pour les suivantes l’acheteur pourrait se dégager en payant 10 % du prix au vendeur. On ne retient pas la formule. Le 27 avril, sur avis de la cour de justice provinciale, le Hof van Holland, les États de Hollande et de Frise occidentale suspendent tous les contrats de tulipes. Le vendeur peut écouler les bulbes au prix du marché, l’acheteur restera redevable de la différence avec le prix que les autorités fixeront plus tard, et la province laisse en pratique aux villes le soin de concilier les parties.
À Haarlem, l’affaire touche le sommet de la ville. Johan de Wael, bourgmestre, et Cornelis Guldewagen, trésorier, tous deux brasseurs, ont acheté juste avant la chute un lot de 1 300 bulbes tiré de la faillite d’un marchand de Wassenaar. En avril, Haarlem plaide auprès du Hof pour l’annulation de tous les contrats conclus depuis la dernière saison de plantation, au motif que ce négoce de valeur imaginaire détourne des métiers utiles. Dès le 1ᵉʳ mai, le tribunal de la ville n’accepte plus les litiges de tulipes. Cités par le curateur de la faillite devant le Hof, les deux régents obtiennent en juin que la ville écrive une seconde fois à la cour. Cette lettre, retrouvée par Thom van Mierlo dans un dossier fragile du Nationaal Archief, rappelle que selon la résolution d’avril tous les contrats de tulipes « sullen blyven in suspens », resteront en suspens, et demande qu’on retire les citations. La cour rejette la requête en un jour. Anne Goldgar n’avait pas pu consulter ce dossier, fermé parce qu’endommagé, et Van Mierlo n’a trouvé aucun jugement dans les sentences civiles du Hof jusqu’en 1640, ce qui n’a pas empêché Guldewagen de devenir bourgmestre à son tour et De Wael de l’être encore plusieurs fois.
La cour siégeait au Binnenhof de La Haye, dans l’Oude Zaal, qu’on appelait aussi la Rol parce que ses décisions étaient affichées sur de grands rouleaux de papier.
Haarlem installe ensuite des commissaires aux affaires de fleurs, cinq notables chargés de concilier les parties, où Van Mierlo voit la première commission de conciliation d’une profession. Selon Posthumus, le conseil de la ville autorise en mai 1638 l’acheteur à rompre son contrat moyennant 3,5 % du prix convenu, et d’autres villes suivent. Alkmaar crée aussi sa commission, de trois bourgeois, mais on ne la connaît que par un seul jugement du tribunal local, celui de l’affaire Van Everdingen contre Tullekens, qui conserve aussi la seule décision des commissaires haarlemois parvenue jusqu’à nous. La ville tenait pourtant à ce que les ventes suivent leur cours, et ses députés aux États avaient reçu pour instruction, d’après Ten Berge et De Raad, de s’opposer par tous les moyens à ce qu’on les entrave.
Gaergoedt a vendu son métier à tisser
Presque tout ce que la mémoire collective retient de l’épisode vient d’une autre source que ces archives. Dès 1637, l’imprimeur haarlemois Adriaen Roman publie la Samen-spraeck tusschen Waermondt ende Gaergoedt, nopende de opkomste ende ondergangh van Flora, dialogue sur l’essor et la chute de Flore. Gaergoedt, dont le nom désigne celui qui convoite le bien, est un tisserand devenu fleuriste, qui a vendu son métier et hypothéqué sa maison pour entrer dans le commerce ; au milieu de la conversation, les deux compères apprennent l’effondrement des cours. Le texte vise la cupidité, il fourmille pourtant de prix relevés pour la plupart lors de la dernière journée de hausse, et Garber note qu’une bonne partie recoupe la liste d’Alkmaar, ce qui plaide pour leur exactitude. Deux suites paraissent ensuite, que Garber donne pour imprimées à Amsterdam en 1643.
Garber a reconstitué la chaîne qui mène de ces dialogues à la légende. Un botaniste hollandais en reprend les prix à la fin du XVIIᵉ siècle, puis un professeur allemand les cite à la fin du XVIIIᵉ dans une histoire des inventions, en donnant ses sources. Charles Mackay, journaliste écossais, recopie ce professeur presque sans le dire et en tire sept pages de ses Memoirs of Extraordinary Popular Delusions, publiés à Londres chez Richard Bentley en 1841. On y lit qu’un amateur offre douze acres de terrain à bâtir pour un bulbe haarlemois, et qu’un marin prend pour un oignon un Semper Augustus de 3 000 florins et le mange avec son hareng. Le professeur allemand rattachait l’histoire du marin au séjour en Hollande du satiriste Johann Balthasar Schupp (1610-1661), sans autre référence et dans un passage qui la place apparemment après la spéculation, tandis que celle du voyageur anglais qui épluche un bulbe pour l’étudier sortait d’un journal de voyage en Hollande tenu en 1705 et publié à Londres en 1743, qui ne consacre qu’une phrase à la spéculation. Mackay attribue les deux histoires à ce voyageur, dont Garber pense qu’il n’avait jamais ouvert le récit.
La leçon morale a traversé les langues et les siècles de lecture. Garber relève qu’une spéculation sur les jacinthes, entre 1734 et 1739, a déjà provoqué la réimpression des dialogues de Gaergoedt et Waermondt comme mise en garde. En France, Christian Chavagneux ouvre en 2011 son histoire des crises financières sur la Hollande des tulipes, qu’il nomme « la mère des folies spéculatives », tout en précisant que les archives des villes attestent une frénésie réelle en décembre 1636 et en janvier 1637.
L’objection de Garber
En 1989, dans le Journal of Political Economy, Peter Garber prend l’épisode par les prix. Il compare les cours de 1637 à ceux du XVIIIᵉ siècle et constate que la chute rapide d’une variété rare est la règle du marché des bulbes, une nouveauté unique valant très cher avant de se déprécier à mesure qu’elle se multiplie. Le Semper Augustus, noté autour de 2 000 florins en 1625 d’après des récits que Garber reconnaît non documentés, est offert à 0,1 florin dans un catalogue haarlemois de 1739. Seules les variétés communes lui résistent. En janvier 1637, le prix des Witte Croonen est multiplié par vingt-six environ, puis retombe au vingtième de son sommet dans la première semaine de février, et ce mois reste à ses yeux une bulle possible, qu’aucune donnée de marché ne vient expliquer.
Earl Thompson, en 2007 dans Public Choice, pousse plus loin. Les cours records de l’hiver seraient des prix d’exercice d’options, parce que les acheteurs et les magistrats, pour se dégager de pertes déjà subies, auraient converti de fait les contrats à terme en engagements que l’acheteur pouvait abandonner ; le marché aurait fonctionné efficacement, et la manie serait un artefact juridique.
Anne Goldgar, la même année, repart des archives notariales et judiciaires. Elle ne trouve aucun failli dont la ruine tiendrait à la tulipe, décrit un commerce qui a touché bien moins de monde qu’on ne le raconte, et replace la crise dans une année de peste, 1636, et dans la saison du carnaval où tombe la chute de février. Pour elle, le choc a porté sur la confiance, quand des acheteurs ont refusé d’honorer leur parole sans que les tribunaux veuillent les y contraindre.
Faut-il pour autant rayer le mot bulle ? Le camp qui le maintient garde des arguments solides. La flambée des Witte Croonen, Garber lui-même ne l’explique pas, et des artisans sont bien entrés dans le jeu, comme ce cloutier d’Enkhuizen qui s’engage pour 2 250 florins. Quant au titre de première bulle, il ne se vérifie pas faute de comparaisons. Garber rappelle que la tulipe partage la courte liste des manies canoniques avec le système de Mississippi et la bulle des mers du Sud, deux épisodes de 1720, et Chavagneux lui-même admet que les périodes plus anciennes attendent des études plus poussées.
Six ans après la chute, une vente après décès rapporte encore 42 013 florins de bulbes.
Combien de contrats de l’hiver 1636-1637 ont été payés en entier, réglés à 3,5 %, ou abandonnés d’un commun accord, personne ne peut le dire, car l’acte fondateur de la commission d’Alkmaar est perdu et les décisions haarlemoises ont disparu à une près. La version moralisée tient en revanche dans un seul panneau. Chez Jan Brueghel le Jeune, peintre flamand, des singes marchandent des tulipes, pleurent et se battent, et à l’extrême droite l’un d’eux urine sur un tas de fleurs coupées. Peint vers 1640 à l’huile sur bois, 31 centimètres sur 49, le tableau a été acquis en 1975 par le Frans Hals Museum de Haarlem avec l’aide de la Vereniging Rembrandt et y porte le numéro d’inventaire OS 75-699, dans la ville dont les bourgmestres avaient demandé, au printemps 1637, qu’on annule tous les contrats de tulipes conclus depuis la saison de plantation précédente.
Pour aller plus loin
Cette histoire croise celle de la Bourse d’Amsterdam et des actions de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dont la vente à découvert était interdite dès 1610. Il rejoint aussi le système de Law et la débâcle de 1720 en France, ainsi que l’histoire du jardin botanique de Leyde, où Carolus Clusius cultivait des tulipes vers 1600.
Au XVIIᵉ siècle, en Hollande, des bulbes de tulipes se sont vendus des milliers de florins, puis les ventes se sont arrêtées d’un coup en février 1637. On raconte souvent cet épisode comme la première bulle spéculative de l’histoire, avec des fortunes perdues et des marchands ruinés. Les archives racontent une histoire plus modeste, et plus étrange.
Une fleur malade et un commerce de promesses
La tulipe, venue des jardins ottomans, est alors une nouveauté aux Provinces-Unies. Les fleurs les plus chères sont celles dont les pétales se couvrent de flammes de couleur. On a compris bien plus tard, en 1928, que ces dessins venaient d’un virus, transmis par des pucerons, qui affaiblit la plante.
La fleur ne dure qu’une semaine au printemps. Le reste de l’année, le bulbe est sous terre. Acheter une tulipe en hiver revient donc à acheter une promesse de livraison pour l’été suivant.
Les bulbes rares se vendent au poids. À partir de 1636, on traite aussi des variétés ordinaires, souvent dans des auberges, où l’acheteur verse au vendeur une petite somme appelée l’argent du vin.
Une vente aux enchères pour des orphelins
À Alkmaar, un aubergiste qui cultivait des tulipes meurt en 1636, sans doute de la peste. Ses enfants héritent de ses bulbes. Le 5 février 1637, la chambre des orphelins de la ville les met aux enchères. Un bulbe de la variété Viceroy part pour plus de 4 000 florins, un bulbe d’une autre variété pour 5 200.
Un recueil de gouaches réalisé la même année, conservé aujourd’hui à la bibliothèque de l’université de Wageningen, montre plusieurs de ces tulipes avec leur poids et leur prix. Des artisans achètent aussi, comme un cloutier d’Enkhuizen qui s’engage pour 2 250 florins.
On ne sait pas exactement combien a rapporté cette vente, ni combien a vraiment été payé. Quelques jours plus tard, les prix s’effondrent et les acheteurs disparaissent.
Des contrats laissés en suspens
Beaucoup d’acheteurs refusent alors de payer. Des marchands réunis à Amsterdam proposent qu’ils puissent se libérer en versant une petite partie du prix. Au printemps, les autorités de la province de Hollande suspendent tous les contrats de tulipes et laissent les villes chercher des arrangements.
À Haarlem, deux dirigeants de la ville, qui avaient eux-mêmes acheté des bulbes juste avant la chute, cherchent à faire annuler toutes les ventes. La ville nomme ensuite des commissaires chargés de réconcilier acheteurs et vendeurs. En 1638, elle permet à l’acheteur de rompre son contrat en payant une petite partie du prix convenu.
Personne ne sait combien de contrats ont été payés, réglés à l’amiable ou abandonnés, car presque toutes les décisions de ces commissaires ont disparu.
D’où vient la légende
Dès 1637, des brochures morales se moquent des marchands de tulipes. L’une d’elles met en scène un tisserand qui a vendu son métier pour se lancer dans le commerce des bulbes. Ces textes donnent des prix, mais ils cherchent surtout à dénoncer la cupidité.
Deux siècles plus tard, en 1841, un journaliste écossais, Charles Mackay, reprend ces histoires en recopiant un livre plus ancien. C’est chez lui qu’on trouve le marin qui mange un bulbe très cher en le prenant pour un oignon. Cette anecdote ne repose sur aucune référence précise.
Depuis la fin du XXᵉ siècle, des chercheurs ont repris la question. Un économiste montre que la baisse rapide des bulbes rares était normale sur ce marché. Une historienne, qui a relu les archives, n’a trouvé personne qui ait fait faillite à cause des tulipes. D’autres rappellent que les prix des tulipes ordinaires ont bien flambé en janvier 1637, avant de s’effondrer.
Au musée Frans Hals de Haarlem, un petit tableau peint vers 1640 montre des singes qui achètent des tulipes, pleurent et se battent. C’est la version moqueuse de l’histoire, et c’est celle qu’on a longtemps retenue.
Le détail de la vente d’Alkmaar, les documents de la cour de Hollande et le débat entre économistes et historiens occupent l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Billet de vente (coopcedulle) daté de Haarlem, 16 janvier 1635, entre Wouter van Rosven et Tullekens, un bulbe de 122 azen planté dans le jardin de Pieter Fransz de Grebber, 90 florins ; joint au procès Van Everdingen contre Tullekens Regionaal Archief Alkmaar, archives judiciaires anciennes (oud-rechterlijke archieven), invoer nr. 87-4
- Deux actes notariés, 23 janvier 1637 (Admirael Winckell vendue à Huybert Willemsz Doncker, 2 250 florins) et 6 février 1637 (deux Brabanson Adriana vendues à Dirck Maes Verwer, 4 200 florins), signalés par M. ten Berge et H. de Raad Regionaal Archief Alkmaar, cotes non relevées [À VÉRIFIER]
- Lijste van eenige Tulpaen, verkocht aen de meest-biedende, op den 5 Februarij 1637, op de Zael van de Nieuwe-Schutters Doelen, liste imprimée des prix de la vente des orphelins Winckel, lieu d’impression et imprimeur non relevés [À VÉRIFIER] ; exemplaire relié dans un recueil de pamphlets de 1643 (A. Roman et autres), réimprimé dans Economisch-Historisch Jaarboek 12, 1926, p. 96-99 Regionaal Archief Alkmaar
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Sources primaires (suite)
- P. Cos, Verzameling van een meenigte tulipaanen, naar het leven geteekend met hunne naamen, en swaarte der bollen, zoo als die publicq verkogt zijn, te Haarlem in den jaare A. 1637, Haarlem, 1637, 75 planches (54 gouaches de tulipes, 12 dessins ajoutés, 7 aquarelles d’œillets, 2 dessins d’autres fleurs), ancien fonds Krelage Wageningen University & Research, Library, Special Collections
- Samen-spraeck tusschen Waermondt ende Gaergoedt, nopende de opkomste ende ondergangh van Flora, Haerlem, Adriaen Roman, 1637 ; exemplaire numérisé Google Books (id 2uNKAAAAcAAJ) ; réimprimé dans Economisch-Historisch Jaarboek 12, 1926, p. 20-43
- Lettre des bourgmestres et régents de Haarlem au Hof van Holland, juin 1637, citant la résolution des États de Hollande et de Frise occidentale du 27 avril 1637 qui tient les contrats de tulipes « in suspens » Nationaal Archief, La Haye, 3,03,01,01 (Hof van Holland), inv. 4605
- Jan Brueghel le Jeune, Satire op de tulpenmanie, vers 1640, huile sur panneau, 31 × 49 cm, acquis en 1975 avec le soutien de la Vereniging Rembrandt Frans Hals Museum, Haarlem, OS 75-699
- Charles Mackay, Memoirs of Extraordinary Popular Delusions, vol. I, chapitre « The Tulipomania », Londres, Richard Bentley, 1841
Bibliographie
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- Peter M. Garber, « Tulipmania », Journal of Political Economy 97 (3), 1989, p. 535-560 University of Chicago Press
- Earl A. Thompson, « The tulipmania : Fact or artifact ? », Public Choice 130 (1), 2007, p. 99-114, DOI 10,1007/s11127-006-9074-4 Springerhttps://doi.org/10.1007/s11127-006-9074-4
- N. W. Posthumus, « De speculatie in tulpen in de jaren 1636 en 1637 », Economisch-Historisch Jaarboek 12, 1926, p. 3-19 ; 13, 1927, p. 1-85 ; 18, 1934, p. 229-240 Martinus Nijhoff
- N. W. Posthumus, « The Tulip Mania in Holland in the Years 1636 and 1637 », Journal of Economic and Business History 1, mai 1929, p. 434-455 Journal of Economic and Business History
- Th. J. M. van Mierlo, « Na de tulpenmanie : eerste trekken van het poldermodel », Tijdschrift voor Consumentenrecht en handelspraktijken, 2016, afl. 6, p. 292 et suiv. Uitgeverij Paris
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- M. ten Berge et H. de Raad, « Tulpenmanie in Alkmaar », Oud Alkmaar, 2009, n° 1, p. 6 et suiv. Oud Alkmaar
- Christian Chavagneux, Une brève histoire des crises financières. Des tulipes aux subprimes, Paris, 2011, 235 p., chapitre 1, « La spéculation sur les tulipes entre vérité et légende » La Découverte
- D. M. Cayley, « “Breaking” in Tulips », Annals of Applied Biology 15 (4), 1928, p. 529-539 Annals of Applied Biology
Sources en ligne
- « The tulipmania : Fact or artifact ? » Public Choice, Springer Nature Linkhttps://link.springer.com/article/10.1007/s11127-006-9074-4
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- « Financial speculation in the Dutch Golden Age », 29 mai 2008 University of Chicago Press, bloghttps://pressblog.uchicago.edu/2008/05/29/financial-speculation-in-the-dutch-golden-age.html
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- « Tulip collection » WUR Libraryhttps://www.wur.nl/web/show/id=5055365/langid=145521
- « Satire op de tulpengekte » Vereniging Rembrandthttps://www.verenigingrembrandt.nl/nl/kunst/satire-op-de-tulpomania
- « Het tulpenfortuin van een Alkmaarse kastelein » Regionaal Archief Alkmaarhttps://www.regionaalarchiefalkmaar.nl/verdieping/blog/791-het-tulpenfortuin-van-een-alkmaarse-kastelein
- « Oud Alkmaar | 1 april 2009 | pagina 7 » Tijdschriften Regionaal Archief Alkmaarhttps://tijdschriften.archiefalkmaar.nl/issue/OAL/2009-04-01/edition/0/page/7
- « Tulpenkoorts. Nieuw archiefonderzoek over de eerste Nederlandse financiële crisis », Lodewijk Petram, De Academische Boekengids 63, juillet 2007 Nederlandse Boekengidshttps://www.nederlandseboekengids.com/wp-content/uploads/2017/03/Tulpenkoorts.pdf
- « Na de tulpenmanie : drie opvallende rechtszaken », Th. J. M. van Mierlo Uitgeverij Parishttps://www.uitgeverijparis.nl/documenten/na_de_tulpenmanie_drie_opvallende_rechtszaken.pdf
- « Bijlage bij het artikel “Na de tulpenmanie : drie opvallende rechtszaken” », transcriptions d’actes et de la lettre de Haarlem Uitgeverij Parishttps://www.uitgeverijparis.nl/documenten/bijlage_tvc_2017_2.pdf
- « Na de tulpenmanie : eerste trekken van het poldermodel » Uitgeverij Parishttps://www.uitgeverijparis.nl/nl/reader/199214/1001297221
- « Samen-spraeck tusschen Waermondt ende Gaergoedt : nopende de opkomste ende ondergangh van Flora » Google Bookshttps://books.google.com/books/about/Samen_spraeck_tusschen_Waermondt_ende_Ga.html?id=2uNKAAAAcAAJ
- « Why do tulips break ? » John Innes Centrehttps://www.jic.ac.uk/blog/why-do-tulips-break/
- « 1. La spéculation sur les tulipes entre vérité et légende » Cairn.infohttps://cairn.info/une-breve-histoire-des-crises-financieres--9782707177100-page-15.html

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