« Les poux me mangent tout vif, mes chausses sont déchirées, et n’ai de quoi changer, ni pourpoint ni chemise, qu’une méchante. » Un prisonnier de l’Évêché, à Genève, adresse ces lignes aux magistrats de la ville le 15 septembre 1553, dans une requête où il réclame aussi un avocat. Le Petit Conseil ordonne le jour même qu’on lui fournisse des vêtements. Rien n’est fait. Le 10 octobre, il écrit de nouveau que le froid le tourmente à cause de sa « rompure », une hernie dont il a honte de détailler les suites, et qu’il demande une audience depuis trois semaines. Il signe Michel Servet, et il est brûlé vif à Champel dix-sept jours plus tard, au terme de ce que l’on appelle depuis l’affaire Servet et que l’on résume volontiers d’une phrase où Calvin tient seul la torche.
Michel de Villeneuve, médecin de l’archevêque
Né vers 1511 à Villanueva, en Aragon, Servet publie en 1531 à Haguenau un De Trinitatis erroribus de 120 pages qui le fait chasser de Strasbourg. Dans l’Europe de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, nier la Trinité fait de l’auteur un hérétique pour les catholiques comme pour les réformés, et Melanchthon ou Bucer, à qui il envoie son livre, le reçoivent mal. Il change donc de nom. Sous celui de Villeneuve, il étudie la médecine à Paris, puis s’installe en 1540 à Vienne, en Dauphiné, comme médecin de l’archevêque Pierre Palmier, et il y passe treize ans en fréquentant la messe.
La correspondance avec Calvin commence en 1546 par l’intermédiaire de Jean Frellon, libraire à Lyon. Le 13 février, sous le pseudonyme de Charles Despeville, Calvin répond à Frellon qu’il a écrit à son correspondant « plus durement que ma coustume ne porte » ; la lettre a été retrouvée dans les archives judiciaires de l’archevêché de Vienne et publiée en 1749 par l’abbé d’Artigny. Dans la même journée, il écrit en latin à Guillaume Farel que Servet viendra à Genève s’il le lui permet, mais que, s’il vient, et pour peu que son autorité vaille quelque chose, il ne souffrira pas qu’il en sorte vivant. Servet, de son côté, achève une lettre au pasteur genevois Abel Poupin, non datée mais postérieure à 1547, en se disant certain de devoir mourir pour cette cause. Le 3 janvier 1553 s’achève à Vienne, dans une petite maison à l’écart de l’atelier connu de l’imprimeur Balthazar Arnoullet, l’impression de la Christianismi restitutio, 734 pages in-octavo signées des seules initiales M. S. V., où sont reproduites trente lettres à Calvin, sans les réponses. Aux pages 168 à 173, au milieu d’un développement sur l’Esprit saint, Servet décrit le passage du sang par les poumons ; le Dictionnaire historique de la Suisse rappelle qu’on a longtemps vu là une découverte et que cette primauté a été réfutée.
La dénonciation part de Genève. En février 1553, Guillaume de Trie, réfugié français proche de Calvin, écrit à son cousin lyonnais Antoine Arneys que le médecin Villeneuve est l’auteur du livre de 1531, puis lui fait parvenir des lettres de Servet à Calvin et des feuillets du manuscrit. Francis Higman écrit que Calvin a fourni indirectement ces preuves ; Frans Pieter van Stam, en 2015, lui attribue la rédaction même de la lettre du 26 février. Le 4 avril, Servet est écroué. Trois jours plus tard, à quatre heures du matin, il s’évade par-dessus le mur. Le 17 juin, le vibailli de Vienne le condamne à être « brûlé tout vif à petit feu », et la sentence est exécutée le jour même en effigie, avec ses livres.
Arrêté un dimanche
Le dimanche 13 août 1553, Servet loge à l’auberge de la Rose, place du Molard, et cherche une barque pour gagner Zurich, puis Naples, où il dira aux juges vouloir exercer la médecine. Au temple, « quelques frères » le reconnaissent, note le registre de la Compagnie des pasteurs, qui consigne qu’on trouva bon de l’emprisonner. Le Dictionnaire historique de la Suisse donne le 12 août. Nous retenons le 13, parce que le registre des pasteurs, tenu sur le moment, date l’emprisonnement de ce jour.
Calvin ne porte pas plainte lui-même. La procédure genevoise veut que l’accusateur, dans les causes graves, soit détenu avec l’accusé, et c’est Nicolas de la Fontaine, réfugié au service du réformateur, qui dépose le 14 août une plainte en trente-huit articles ; les auteurs en font tantôt le secrétaire, tantôt le serviteur ou le cuisinier de Calvin. Ensuite, le procureur général Claude Rigot reprend l’accusation. Le 28 août, le Conseil refuse un avocat à l’accusé, faute selon lui de la moindre apparence d’innocence, alors qu’un juriste réfugié, Germain Colladon, assiste l’accusation.
Ces juges ne sont pas des amis du réformateur. Les élections de février 1553 ont favorisé ses adversaires, et Ami Perrin, capitaine général de la ville et chef du parti dit perriniste, préside les syndics depuis que son collègue Étienne Chapeaurouge, goutteux, a demandé à être déchargé. Le 1er septembre, le Conseil autorise Philibert Berthelier, excommunié par le Consistoire, à communier contre l’avis de Calvin, et Perrin et Berthelier siègent le même jour parmi les commissaires qui interrogent Servet dans sa prison. Calvin n’a aucune autorité politique dans la ville.
Sur ordre du Conseil, le débat devient écrit. Calvin extrait trente-huit propositions des livres de Servet, Servet répond en vingt-quatre heures, quatorze ministres signent une réplique de vingt-trois pages in-folio. Le 18 septembre, Servet la renvoie annotée de sa main dans les marges et entre les lignes, où « mentiris », tu mens, revient presque à chaque phrase, et il signe seul, avec le Christ, écrit-il, pour protecteur très certain. L’ensemble part vers les Églises et les magistrats de Zurich, Berne, Bâle et Schaffhouse, dont les réponses sont lues au Conseil le 23 octobre, en l’absence de Perrin, qui se dit malade.
Trois jours plus tard, tous les conseillers sont convoqués sous serment. Perrin demande l’acquittement, puis le renvoi devant le Conseil des Deux-Cents, et il est battu sur les deux points. Le procureur invoque les lois des premiers empereurs chrétiens contre les antitrinitaires. La sentence, lue le lendemain matin, retient la Trinité appelée monstre à trois têtes, le baptême des enfants dit invention du diable, et la condamnation de Vienne. Albert Rilliet, qui a publié les actes en 1844 sans complaisance pour Calvin, la jugeait odieuse aux consciences et juste selon le droit. Le Dictionnaire historique de la Suisse la tient pour la seule exécution capitale pour hérésie dans la Genève réformée.
Le pasteur sans bourgeoisie
Calvin écrit à Farel le 26 octobre. Les Églises, dit-il, sont unanimes, « uno consensu pronunciant omnes », Zurich se montre la plus véhémente, Bâle judicieuse, et Berne joint à la lettre de ses ministres une lettre de son Sénat qui stimule fort les juges. Perrin, qu’il appelle César le comédien, a fait le malade trois jours avant de monter au Conseil pour soustraire ce misérable au supplice. Calvin ajoute qu’il a tenté, avec d’autres, de faire changer le genre de mort, sans succès, et qu’il racontera pourquoi de vive voix.
Le camp de l’accusation tient là ses arguments les plus forts, avec la menace de 1546, les documents qui ont permis à l’Inquisition d’arrêter un homme que Calvin ne pouvait pas atteindre, l’homme de sa maison qui dépose la plainte, et la Defensio orthodoxae fidei, imprimée à Genève chez Robert Estienne en 1554, dont le titre annonce que les hérétiques doivent être réprimés par le glaive. Calvin y reproduit nombre d’actes du procès, que l’édition critique de Joy Kleinstuber, en 2009, a collationnés avec les originaux des Archives d’État de Genève. Dans la version française publiée la même année chez Jean Crespin, il montre l’accusé apprenant sa condamnation, hurlant « comme un homme hors du sens » et criant « misericordia » à l’espagnole.
La défense de Calvin dispose pourtant d’un argument plus solide que la piété confessionnelle, et il est institutionnel. Le Petit Conseil juge, il est dominé par les adversaires du réformateur, il refuse l’adoucissement que Calvin demandait, et il agit après l’avis de quatre Églises suisses, dans un procès où Vienne, catholique, avait déjà prononcé le feu à petit feu. Encore faut-il s’entendre sur cet avis. Le Dictionnaire historique de la Suisse parle d’une culpabilité unanimement reconnue ; l’avocat Juan Antonio Cremades, qui a présenté l’affaire devant l’Académie nationale de médecine en 2003, y lit une condamnation de la doctrine assortie d’un refus de se prononcer sur le procès en cours. Servet a-t-il servi d’instrument aux perrinistes ? Roland Bainton voyait en 1936 dans ce rapprochement le dernier recours des défenseurs de Calvin, et van Stam soutient au contraire que Servet avait rejoint le groupe de pression des Enfants de Genève et en savait plus long qu’on ne l’a cru. Les actes publiés ne permettent probablement pas de trancher, faute d’un écrit de Servet adressé à l’un des chefs perrinistes.
Le procès avait aussi ses moments étranges. Calvin reprocha à l’accusé d’avoir écrit, dans ses notes à la Géographie de Ptolémée, que la Palestine était selon les marchands une terre sèche et stérile, contre Moïse qui la disait ruisselante de lait et de miel, et Servet répondit que son Ptolémée s’était vendu partout sans encourir de censure.
Le bois vert vient d’un pamphlet
Farel arrive de Neuchâtel le 26 et reste auprès du condamné à partir de sept heures du matin le 27. Calvin vient aussi, et rapporte que Servet lui a demandé pardon. À la lecture de la sentence, Servet tombe à genoux et demande le glaive plutôt que le feu. Farel l’accompagne jusqu’à Champel et fait le récit de la journée en décembre, dans une lettre à Ambroise Blaurer conservée à Saint-Gall, où il note que le condamné n’a jamais voulu confesser le Christ comme Fils éternel de Dieu, et qu’il a prié pour ses accusateurs.
La suite se raconte partout avec des détails que Farel ne donne pas. Le bourreau aurait empilé du chêne vert, des spectateurs auraient jeté des fagots secs dans un feu qui languissait, l’agonie aurait duré une demi-heure, et le condamné aurait crié « Jésus, Fils du Dieu éternel, aie pitié de moi ». Philip Schaff notait dès 1892 que ces circonstances viennent de l’Historia de morte Serveti, récit latin anonyme que la tradition attribuait à un Genevois ennemi de Calvin, et que Grzegorz Wierciochin a étudié en 2015 comme une œuvre de Sébastien Castellion, écrite pour accuser. En 2003, Cremades prêtait encore à Servet, sur le bûcher, une phrase sur l’argent qu’on lui avait pris et qui aurait suffi à acheter du bois sec, et ajoutait qu’il lui aurait suffi de dire « Fils éternel de Dieu » pour avoir la vie sauve, sans renvoyer dans ses notes à aucun document. La sentence ne prévoyait aucune grâce, et rien dans les actes publiés ne la subordonne à une formule. Le bois vert a fait carrière parce qu’il donne corps à la thèse d’une cruauté voulue, que Stefan Zweig a poussée en 1936 jusqu’à faire de Calvin un dictateur sans scrupule, dans un Castellion contre Calvin où Frank Lestringant reconnaît un pamphlet visant Hitler à travers le réformateur.
Un bloc de granit à hauteur d’homme
La polémique commence dans les mois qui suivent. En mars 1554 paraît, sous le nom de Martinus Bellius et à l’adresse fictive de Magdebourg pour une impression bâloise, le De haereticis an sint persequendi, contre la mise à mort des hérétiques ; Théodore de Bèze lui répond la même année par un De haereticis a civili magistratu puniendis. Castellion rédige à Bâle pendant l’été 1554 un Contra libellum Calvini que l’humaniste Reinier Telle ne fera imprimer qu’en 1612, aux Pays-Bas, et où se lit la phrase « Hominem occidere, non est doctrinam tueri, sed est hominem occidere », tuer un homme n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme.
Le livre de Servet a mieux survécu que son auteur. L’exemplaire de Paris porte sur son titre le nom de Germain Colladon, qui l’avait annoté pour l’accusation, avant de passer chez le médecin londonien Richard Mead, qui y ajouta une note latine affirmant que Colladon siégeait « simul cum Calvino » parmi les juges.
Calvin n’était pas juge.
L’erreur est donc inscrite dans l’exemplaire même que l’accusation avait annoté. Mead entreprit en 1723 une réimpression que l’évêque de Londres, Gibson, fit saisir et brûler, puis l’exemplaire passa dans la bibliothèque du duc de La Vallière, à la dispersion de laquelle il fut vendu 4 120 livres selon le docteur A. Finot.
À Champel, à l’angle des actuelles avenues de la Roseraie et de Beau-Séjour, un bloc de granit brut d’environ la hauteur d’un homme, selon la description qu’en donnait Ephraim Emerton en 1909, porte une inscription datée du 27 octobre 1903, où ses auteurs se disent « fils respectueux et reconnaissants de Calvin » et condamnent « une erreur qui fut celle de son siècle ». La statue de Servet modelée par Clotilde Roch en 1908 fut refusée à Genève et installée à Annemasse. Une statue a été ajoutée près du bloc en 2011, puis une plaque sur son socle le 29 septembre 2025, que la Ville a inaugurée en attribuant à Servet « d’importantes découvertes sur la circulation pulmonaire du sang », à rebours du Dictionnaire historique de la Suisse, tandis que la page qu’elle consacre au lieu le fait mourir le 26 octobre et place le monument « 500 ans plus tard ». Lestringant a montré que Zweig croisait alors à Genève la campagne du pasteur Jean Schorer, protestant libéral, contre l’héritage de l’orthodoxie calviniste, et Valentine Zuber a consacré en 2004 un livre de 640 pages à cette mémoire disputée des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
À Vienne, le tribunal ecclésiastique avait ouvert sa propre procédure, distincte de la sentence civile de juin, et il l’a menée à son terme sans tenir compte de Champel. Le 23 décembre 1553, près de deux mois après l’exécution, il a condamné à son tour Michel de Villeneuve à être livré aux flammes avec tous ses livres.
Pour aller plus loin
L’affaire se prolonge dans la querelle de la tolérance ouverte par Sébastien Castellion, qui oppose dès 1554 Bâle à Genève. Elle rejoint aussi l’histoire de la répression de l’hérésie dans le royaume de France, où l’imprimeur Étienne Dolet avait été brûlé place Maubert en 1546, et celle du Consistoire de Genève, dont le conflit avec Philibert Berthelier se joue pendant le procès même.
Le 27 octobre 1553, à Genève, un médecin espagnol, Michel Servet, est brûlé vif pour hérésie. On résume souvent l’affaire en disant que Calvin l’a fait brûler. Les documents du procès montrent une histoire plus compliquée : Calvin a beaucoup pesé dans l’affaire, mais ce sont les magistrats de Genève qui ont jugé, et plusieurs de ces juges étaient ses adversaires.
Un médecin sous un faux nom
Servet est né vers 1511 en Aragon. Très jeune, il publie un livre qui rejette la Trinité, l’idée d’un seul Dieu en trois personnes. Pour les catholiques comme pour les protestants, c’est une hérésie grave. Il change donc de nom et devient Michel de Villeneuve, médecin de l’archevêque de Vienne, en Dauphiné.
À partir de 1546, il écrit à Calvin, qui dirige l’Église de Genève. Les lettres tournent mal. En février 1546, Calvin écrit à son ami Farel que si Servet vient un jour à Genève, il ne le laissera pas en sortir vivant, pour peu que son autorité compte.
En janvier 1553, Servet fait imprimer en secret un gros livre, la Christianismi restitutio. Un réfugié proche de Calvin le dénonce, et des lettres de Servet adressées à Calvin servent de preuves. Servet est arrêté à Vienne en avril, s’évade trois jours plus tard, et il est brûlé en effigie, c’est-à-dire sous la forme d’un mannequin, en juin.
Reconnu au temple
Le dimanche 13 août 1553, Servet est de passage à Genève et cherche une barque pour partir vers l’Italie. Il va au temple, où on le reconnaît. Il est arrêté le jour même.
Calvin ne porte pas plainte lui-même. C’est un homme de sa maison qui le fait, parce que la loi de Genève oblige l’accusateur à être emprisonné avec l’accusé. Servet demande un avocat, qu’on lui refuse. En prison, il souffre du froid et des poux, et il écrit aux magistrats pour réclamer des vêtements, qu’il ne reçoit pas.
Ceux qui jugent ne sont pas des amis de Calvin. Le Petit Conseil de Genève est alors présidé par Ami Perrin, son principal adversaire. Calvin, lui, n’a aucun pouvoir politique et n’est même pas citoyen de la ville.
Le Conseil demande l’avis des Églises protestantes de Zurich, Berne, Bâle et Schaffhouse. Toutes condamnent les idées de Servet. Perrin essaie de le faire acquitter, puis de faire juger l’affaire par un autre conseil, mais il échoue. Servet est condamné à être brûlé vif avec son livre.
La part de Calvin
La veille de l’exécution, Calvin écrit à Farel qu’il a essayé de faire changer le genre de mort, sans y parvenir.
Les historiens discutent encore de sa part de responsabilité. Contre lui, il y a la menace de 1546, son rôle dans la dénonciation, et le livre qu’il publie en 1554 pour justifier la mise à mort des hérétiques. Pour lui, il y a le fait qu’il ne jugeait pas, que les juges lui étaient hostiles, et que l’Église catholique de Vienne avait déjà condamné Servet au feu.
Une légende née d’un pamphlet
On raconte souvent que le bois était vert pour faire durer le supplice et que Servet a agonisé une demi-heure. Ces détails ne viennent pas de Farel, qui assistait à l’exécution. Ils viennent d’un texte anonyme hostile à Calvin, attribué aujourd’hui à Sébastien Castellion.
Castellion est aussi l’auteur de la phrase la plus célèbre de l’affaire : « Tuer un homme n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. » Son livre n’a été imprimé qu’en 1612.
Le livre et le monument
Le livre de Servet avait été tiré à mille exemplaires. Il en reste trois, à Paris, à Vienne en Autriche et à Édimbourg. Celui de Paris porte une note écrite par un médecin anglais, qui affirme à tort que Calvin faisait partie des juges.
En 1903, à Champel, des protestants de Genève ont posé un bloc de granit pour condamner « une erreur qui fut celle de son siècle », tout en se disant fils reconnaissants de Calvin.
À Vienne, le tribunal de l’Église catholique a continué sa propre procédure. Le 23 décembre 1553, près de deux mois après l’exécution, il a encore condamné Servet et ses livres au feu.
Le détail du procès, les lettres de Calvin et l’histoire de la légende du bois vert sont développés dans l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Michel Servet, De Trinitatis erroribus libri septem, [Haguenau, Johann Setzer], 1531, 120 p., sans nom de lieu ni d’imprimeur, signé « per Michaelem Serveto, alias Reves ab Aragonia Hispanum » décrit par Ph. Schaff (1892), § 136, et J. A. Cremades (2003)
- Calvin à Jean Frellon, sous le pseudonyme de Charles Despeville, 13 février 1546, en français, retrouvée dans les archives judiciaires de l’archevêché de Vienne publ. abbé d’Artigny, Nouveaux mémoires d’histoire, de critique et de littérature, t. II, Paris, 1749 ; Calvini Opera quae supersunt omnia, t. VIII, Brunswick, 1870, col. 833 sq.
- Calvin à Guillaume Farel, Genève, 13 février 1546, en latin, menace contre Servet Letters of John Calvin, compiled from the original manuscripts, éd. Jules Bonnet, vol. II, Philadelphie, Presbyterian Board of Publication, 1858, p. 31 ; trad. française citée par J. A. Cremades (2003)
Voir les 65 sources restantesMasquer les autres sources
Sources primaires (suite)
- Michel Servet, lettre à Abel Poupin, non datée (1548 ou après), autographe non signé produit au procès Calvini Opera, t. VIII, col. 750 sq.
- Christianismi restitutio, [Vienne en Dauphiné, Balthazar Arnoullet], achevé le 3 janvier 1553, 734 p., in-8°, signé « M. S. V. » à la dernière page ; passage sur le passage pulmonaire du sang p. 168-173 ; trente lettres à Calvin p. 577-664
- Exemplaire de la Christianismi restitutio portant le nom de Germain Colladon sur le titre, annoté par lui, avec note latine de Richard Mead (« simul cum Calvino inter judices sedebat »), provenance Mead puis La Vallière Bibliothèque nationale de France, Paris
- Exemplaire de la Christianismi restitutio privé du titre et des seize premières pages, collection William Hunter Edinburgh University Library, Df.8,90
- Sentence du vibailli et des juges delphinaux de Vienne contre « Michel de Villeneuve », 17 juin 1553, exécutée en effigie le jour même avec ses livres publ. abbé d’Artigny, 1749 (t. II) ; texte cité par J. A. Cremades (2003)
- Registre de la Vénérable Compagnie des pasteurs de Genève, mention de l’emprisonnement de Servet, 13 août 1553 texte cité par J. A. Cremades (2003)
- Plainte de Nicolas de la Fontaine contre Michel Servet devant le Petit Conseil, 14 août 1553, trente-huit articles Actes du procès, Calvini Opera, t. VIII ; trad. anglaise M. Whitcomb, Translations and Reprints from the Original Sources of European History, vol. 3, n° 3, Philadelphie, 1898
- Interrogatoire de Servet, août 1553, projet de gagner « le royaulme de naples la ou sont des Espagnolz » pour y vivre de la médecine Calvini Opera, t. VIII, col. 770, cité par R. H. Bainton (1936)
- Requêtes de Michel Servet au Petit Conseil, 15 septembre et 10 octobre 1553 Actes du procès, Calvini Opera, t. VIII, col. 797 (requête du 15 septembre) ; originaux aux Archives d’État de Genève ; textes français cités par J. A. Cremades (2003)
- Annotations marginales de Servet sur la réplique de Calvin et des quatorze ministres, remises le 18 septembre 1553, souscription « Michael Servetus subscribit solus hic quidem, sed qui Christum habet protectorem certissimum » Calvini Opera, t. VIII, col. 553, note
- Sentence du Petit Conseil de Genève contre Michel Servet, lue le 27 octobre 1553 Calvini Opera, t. VIII, col. 827-830
- Calvin à Guillaume Farel, Genève, 26 octobre 1553, « uno consensu pronunciant omnes » Calvini Opera, t. XIV, col. 657
- Guillaume Farel à Ambroise Blaurer, décembre 1553, récit de l’exécution bibliothèque de Saint-Gall ; copie dans le Thesaurus Hottingerianus, bibliothèque de la ville de Zurich ; éd. P. Henry, t. III, appendice (Beilage), p. 72-75, d’après Ph. Schaff (1892)
- Historia de morte Serveti, récit latin anonyme de l’exécution, attribué à Sébastien Castellion étudié par G. Wierciochin (2015)
- Sentence du tribunal ecclésiastique de Vienne contre Michel de Villeneuve et ses livres, 23 décembre 1553 citée par J. A. Cremades (2003) et la chronologie du H. Henry Meeter Center
- Jean Calvin, Defensio orthodoxae fidei de sacra Trinitate, contra prodigiosos errores Michaelis Serueti Hispani, ubi ostenditur haereticos iure gladii coercendos esse, [Genève], Robert Estienne, 1554, 261 p., in-8° exemplaire de la Johannes a Lasco Bibliothek, Emden
- Jean Calvin, Declaration pour maintenir la vraye foy que tiennent tous Chrestiens de la Trinité des personnes en un seul Dieu, Genève, Jean Crespin, 1554, p. 90 (Ptolémée et la Palestine) et p. 95 (réaction de Servet à sa condamnation) cité par J. A. Cremades (2003)
- Martinus Bellius [Sébastien Castellion], De haereticis an sint persequendi, « Magdebourg, Georgius Rausch » [Bâle], mars 1554
- Théodore de Bèze, De haereticis a civili magistratu puniendis, Genève, Oliva Roberti Stephani, 1554
- Sébastien Castellion, Contra libellum Calvini in quo ostendere conatur haereticos jure gladii coercendos esse, [Pays-Bas], 1612, 250 p., publ. par Reinier Telle exemplaire de la Princeton Theological Seminary Library
- Monument expiatoire de Michel Servet, bloc de granit brut sur socle de roche, inscription datée du 27 octobre 1903 Champel, angle des avenues de la Roseraie et de Beau-Séjour (avenue de la Roseraie 53), Genève
- Clotilde Roch, statue de Michel Servet, modelée en 1908, refusée par Genève et érigée à Annemasse ; statue posée près du monument de Champel en 2011, plaque épigraphique inaugurée le 29 septembre 2025
Bibliographie
- Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, Modern Christianity. The Swiss Reformation, New York, 1892, chap. XVI, § 136-155 édition numérisée par la Christian Classics Ethereal Library
- Albert Rilliet, Relation du procès criminel intenté à Genève, en 1553, contre Michel Servet, rédigée d’après les documents originaux, Genève, 1844, Mémoires et documents publiés par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, t. III ; trad. anglaise W. K. Tweedie, Calvin and Servetus, Édimbourg, John Johnstone, 1846, xv + 245 p. Société d’histoire et d’archéologie de Genève
- Roland H. Bainton, « Servetus and the Genevan Libertines », Church History 5 (2), juin 1936, p. 141-149, DOI 10,2307/3160525 Church Historyhttps://doi.org/10.2307/3160525
- Ephraim Emerton, « Calvin and Servetus », Harvard Theological Review 2 (2), avril 1909, p. 139-160, DOI 10,1017/S0017816000003679 Harvard Theological Reviewhttps://doi.org/10.1017/S0017816000003679
- Stefan Zweig, Castellio gegen Calvin oder Ein Gewissen gegen die Gewalt, Vienne, mai 1936 ; trad. française d’Alzir Hella, Conscience contre violence, ou Castellion contre Calvin cité d’après F. Lestringant (2006)
- Frank Lestringant, « Stefan Zweig contre Calvin (1936) », Revue de l’histoire des religions 223 (1), 2006, p. 71-94, DOI 10,4000/rhr.4623 Armand Colinhttps://doi.org/10.4000/rhr.4623
- Valentine Zuber, Les Conflits de la tolérance. Michel Servet entre mémoire et histoire (XIXᵉ-XXᵉ siècles), Paris, 2004, 640 p. Honoré Champion
- Jean Calvin, Defensio orthodoxae fidei de sacra Trinitate, éd. Joy Kleinstuber, Ioannis Calvini Opera omnia, série IV, Scripta didactica et polemica, vol. 5, Genève, 2009, 228 p., ISBN 978-2-600-01308-6 Droz
- Frans Pieter van Stam, The Servetus Case. An Appeal for a New Assessment, Genève, 2015, coll. « Cahiers d’Humanisme et Renaissance » 136 Droz
- Grzegorz Wierciochin, « Écrire contre l’intolérance : l’Historia de Morte Serveti de Sébastien Castellion », Studia Romanica Posnaniensia 42 (3), 2015, p. 97-113, DOI 10,14746/strop.2015 423,006 Studia Romanica Posnaniensiahttps://doi.org/10.14746/strop.2015
- Sébastien Castellion, Contra libellum Calvini, éd. critique Uwe Plath, Genève, 2019, 240 p., ISBN 978-2-600-05976-3 Droz
- Juan Antonio Cremades, « Il y a 450 ans, Miguel Servet », Bulletin de l’Académie nationale de médecine 187 (8), 2003, p. 1597-1606 Académie nationale de médecine
Sources en ligne
- « Servet, Michel », par Francis Higman Dictionnaire historique de la Suissehttps://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/011327/2010-09-09/
- « Calvin, Jean », par Francis Higman Dictionnaire historique de la Suissehttps://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/011069/2009-09-17/
- « Perrin, Ami », par Micheline Tripet Dictionnaire historique de la Suissehttps://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/025682/2009-03-26/
- « Il y a 450 ans, Miguel Servet », par Juan Antonio Cremades Académie nationale de médecinehttps://www.academie-medecine.fr/il-y-a-450-ans-miguel-servet/
- « The Servetus Literature », Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VIII, § 136 Christian Classics Ethereal Libraryhttps://ccel.org/ccel/schaff/hcc8/hcc8.iv.xvi.i.html
- « Correspondence of Servetus with Calvin and Poupin », Philip Schaff, § 145 Christian Classics Ethereal Libraryhttps://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.xvi.x.html
- « The Theological System of Servetus », Philip Schaff, § 147 (supplice d’Étienne Dolet, 1546) Christian Classics Ethereal Libraryhttps://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.xvi.xii.html
- « The Second Act of the Trial at Geneva », Philip Schaff, § 152 Christian Classics Ethereal Libraryhttps://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.xvi.xvii.html
- « Condemnation of Servetus », Philip Schaff, § 154 Christian Classics Ethereal Libraryhttps://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.xvi.xix.html
- « Execution of Servetus. Oct. 27, 1553 », Philip Schaff, § 155 Christian Classics Ethereal Libraryhttps://ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.xvi.xx.html
- « The Complaint of Nicholas de la Fontaine Against Servetus, 14 August, 1553 » Hanover Historical Texts Project, Hanover Collegehttps://history.hanover.edu/texts/comserv.html
- « Christianismi restitutio », notice n° 754 Garrison-Morton, bibliographie de l’histoire de la médecinehttps://www.historyofmedicine.com/id/1741
- « Michael Servetus : Christianismi Restitutio » University of Edinburgh, Library and University Collectionshttps://libraryblogs.is.ed.ac.uk/diu/?p=2055
- « The extraordinarily rare first edition of Servetus’s Christianismi Restitutio (1553) », cote Df.8,90 History of Informationhttps://historyofinformation.com/image.php?id=3288
- « Le frontispice de la Christianismi Restitutio », par A. Finot, Histoire des sciences médicales, 1974 BIU Santé, Université Paris Citéhttps://numerabilis.u-paris.fr/ressources/pdf/sfhm/hsm/HSMx1974x008x003/HSMx1974x008x003x0445.pdf
- « Letters of John Calvin », vol. II, éd. Jules Bonnet, 1858 Internet Archivehttps://archive.org/stream/lettersofcalvin02calvuoft/lettersofcalvin02calvuoft_djvu.txt
- « Defensio Orthodoxae fidei de sacra Trinitate », exemplaire de la Johannes a Lasco Bibliothek Kulturerbe Niedersachsenhttps://kulturerbe.niedersachsen.de/objekt/isil_DE-84_digibib_00000588/29/LOG_0000_0_8_1/
- « La impresión en 1554 del Traité des hérétiques por el lionés Jean Pidié tras la muerte de Servet » Dialnet, Universidad de La Riojahttps://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/7635983.pdf
- « Contra libellum Calvini in quo ostendere conatur haereticos jure gladii coercendos esse », 1612 Theological Commons, Princeton Theological Seminaryhttps://commons.ptsem.edu/id/contralibellumca00cast
- « Contra Libellum Calvini », présentation de l’édition Uwe Plath REFORChttps://reforc.com/?p=6634
- « Registres du consistoire de Genève au temps de Calvin », introduction (élections de 1552 et 1553) Librairie Droz, extraithttps://e.lavoisier.fr/extract/537010
- « The Servetus Case. An appeal for a new assessment », extrait Librairie Drozhttps://e.lavoisier.fr/extract/523855
- « Servetus and the Genevan Libertines » Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/church-history/article/servetus-and-the-genevan-libertines/3A2524206BA2CC07BF7EB2AA5A4A1E46
- « Calvin and Servetus », Ephraim Emerton Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/harvard-theological-review/article/abs/calvin-and-servetus1/0CFCD361A3D9EEEAED35DCF9E90DF7F4
- « Stefan Zweig contre Calvin (1936) », Frank Lestringant OpenEdition Journals, Revue de l’histoire des religionshttps://journals.openedition.org/rhr/4623
- « Écrire contre l’intolérance : l’Historia de Morte Serveti de Sébastien Castellion » Studia Romanica Posnaniensiahttps://pressto.amu.edu.pl/index.php/srp/article/view/4124
- « The Servetus Controversy », chronologie H. Henry Meeter Center for Calvin Studies, Calvin Universityhttps://calvin.edu/sites/default/files/migrated/centers-institutes-meeter-center-files-resources-page-TheServetusControversy.pdf
- « Stèle, statue et plaque Michel Servet » Ville de Genèvehttps://www.geneve.ch/stele-statue-plaque-michel-servet
- « Inauguration d’une plaque épigraphique en hommage à Michel Servet » Ville de Genèvehttps://www.geneve.ch/actualites/inauguration-plaque-epigraphique-hommage-michel-servet
- « Monumento a Miguel Servet » (statue de Clotilde Roch) Ayuntamiento de Zaragoza, Arte públicohttps://www.zaragoza.es/ciudad/artepublico/detalle_ArtePublico?id=74
- Liste des publications de Valentine Zuber École pratique des hautes étudeshttps://www.ephe.psl.eu/sites/default/files/2025-07/valentine_zuber_publications_20250707.docx








_2.jpg?width=500)

%2C_Astley_1745.jpg?width=500)


