Guillaume de Rubrouck est passé sur les terres du prêtre Jean, et personne n’a su lui dire qui il était. Envoyé par Louis IX chez les Mongols, le franciscain flamand atteint la cour du grand khan Möngke en décembre 1253 et rédige pour le roi un long rapport, l’Itinerarium. Au chapitre XVII, il raconte qu’après la mort d’un souverain qu’il nomme « Coir Cham », un puissant berger naiman, nestorien, c’est-à-dire chrétien de l’Église d’Orient, s’est fait roi, que les nestoriens l’appelaient roi Jean et qu’ils en disaient dix fois plus que la vérité. Sur ses pâturages, seuls quelques nestoriens savaient encore quelque chose de lui. Le moine écrit un peu plus d’un siècle après la première mention latine du personnage, et plus de deux siècles avant que des Portugais partent le chercher en Afrique.
L’évêque de Jabala devant Eugène III
À la fin de 1145, Otton, évêque de Freising et demi-frère du roi Conrad III, se trouve auprès du pape Eugène III à Viterbe. Il y rencontre Hugues, évêque de Jabala, ville côtière de la principauté d’Antioche, venu chercher du secours après la prise d’Édesse par Zengi. Otton consigne la conversation au livre VII de sa Chronique des deux cités, chapitre 33.
Selon Hugues, un roi et prêtre nommé Jean, établi au-delà de la Perse et de l’Arménie, nestorien comme tout son peuple, a fait la guerre aux « Samiardi », rois frères des Mèdes et des Perses, et pris Ecbatane, leur capitale, après trois jours de combat. Il a ensuite voulu marcher au secours de l’Église de Jérusalem. Arrêté par le Tigre, qu’il ne parvenait pas à faire franchir à son armée, il serait remonté vers le nord, où le fleuve passait pour geler en hiver, et aurait attendu la glace plusieurs années sans la voir venir, perdant beaucoup d’hommes à un climat dont ils n’avaient pas l’habitude, avant de rentrer chez lui. On le disait descendant des Mages de l’Évangile. Otton l’appelle Presbyter Iohannes, et l’ordre des mots compte. Le titre précède le nom comme s’il en faisait partie, et Paolo Chiesa relève que la Lettre du prêtre Jean emploie exactement la même construction, ce qui rend la filiation entre les deux textes très probable.
Derrière le récit d’Hugues, on reconnaît d’ordinaire la bataille de Qatwan, livrée en 1141 près de Samarcande, où les Qara Khitai de Yelü Dashi défont l’armée du sultan seldjoukide Sanjar. Les « Samiardi » seraient une déformation du nom de Sanjar, quand d’autres lecteurs y entendent un écho du Smerdis des récits perses sur Cyrus ; la première explication a pour elle d’être la plus simple, puisque Sanjar est bel et bien le souverain vaincu cette année-là. Le vainqueur, lui, n’était pas chrétien. Entre Samarcande et Ecbatane, la nouvelle a parcouru quelque deux mille kilomètres, troqué un khan des steppes contre un prêtre-roi et changé une défaite seldjoukide en promesse de croisade, sans que personne ait eu besoin de mentir pour la transmettre.
Soixante-douze rois et un miroir sur une colonne
Dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle, une lettre latine se met à circuler sous le nom de ce Jean. Elle s’adresse à Manuel Comnène, empereur byzantin, sur le ton d’un supérieur qui invite un inférieur à se soumettre. On ignore qui l’a écrite, et où. Albéric de Trois-Fontaines la date de 1165, mais ce cistercien rédige sa chronique vers 1235-1240, et Paolo Chiesa préfère s’en tenir à une seule borne ferme, la mort de Manuel en 1180, puisqu’on n’adresse guère une fausse lettre à un empereur défunt.
Dans la version que Friedrich Zarncke a éditée en 1879, dite U, le royaume compte soixante-douze rois et autant de provinces. On y trouve le tombeau de l’apôtre Thomas, un fleuve issu du paradis et chargé de gemmes, une mer de sable, un fleuve de pierres, des salamandres dont on tisse la fibre, une source qui rend la jeunesse. On n’y connaît ni le mensonge ni l’adultère. En guerre, le roi marche derrière des croix d’or, en paix derrière une simple croix de bois. Un miroir dressé au sommet d’un escalier lui montre tout ce qui se passe sur ses terres, et le texte prend la peine, aux paragraphes 97 et 98, d’expliquer pourquoi un souverain si puissant se contente du titre de presbyter.
Ce portrait n’a jamais été un texte fixe, et la philologie récente l’a montré par étapes. Zarncke recensait une centaine de manuscrits latins et en avait collationné une vingtaine ; Bettina Wagner, en 2000, en dénombre plus de deux cents pour le seul latin, sans remplacer l’édition de son prédécesseur. Chiesa est allé plus loin en 2022, en soutenant que le texte U est lui-même secondaire. La forme la plus ancienne se réduirait à la partie épistolaire, sans aucune description du royaume, conservée telle quelle dans deux manuscrits seulement, l’un à Munich, l’autre à Vienne. Une première liste de merveilles s’y est ensuite greffée, attestée par deux manuscrits de Reims et de Rouen, où le royaume ne compte encore que sept rois et soixante-dix provinces, sans palais, sans Gog et Magog, sans fonction sacerdotale, et où l’éléphant est à peu près le seul animal exotique. Tout le décor qui a fait la célébrité du texte est plus tardif. En moins d’un siècle, la Lettre est augmentée plusieurs fois en latin, jusqu’à tripler de volume dans la dernière version distinguée par Zarncke, et passe en français, en catalan, en occitan, en plusieurs dialectes allemands, en italien et en hébreu ; Martin Gosman a réuni en 1982 les versions en ancien français et en ancien occitan. Sur l’intention première, Chiesa avance prudemment qu’il pouvait s’agir d’une satire contre Byzance, ou d’un jeu né dans un milieu diplomatique. Bernard Hamilton y lisait en 1985 un texte au service de Frédéric Barberousse, destiné à montrer que la conception impériale des rapports entre l’Église et le pouvoir faisait régner l’harmonie entre chrétiens. Les deux lectures peuvent valoir pour des couches différentes, aucune pour le texte entier, qui n’a jamais eu d’auteur unique. Au XVᵉ siècle, un copiste intitule la Lettre Liber incredibilis, le livre incroyable, et la recopie quand même.
Le pape répond depuis Venise
Le 27 septembre d’une année que l’on fixe d’ordinaire à 1177, Alexandre III écrit de Venise à Jean, « illustre et magnifique roi des Indes ». Le porteur est maître Philippe, médecin du pape. D’après la lettre, Philippe a déjà rencontré en Orient des sujets de ce roi, constaté qu’ils tenaient sur quelques points de doctrine des opinions erronées, et il repart pour instruire Jean dans la foi catholique. Zarncke a édité le texte aux pages 941 à 944 de son étude. De Philippe, on ne sait plus rien après son départ.
Les historiens ne lisent pas cette lettre de la même manière. Pour Bernard Hamilton, elle vise d’abord les fidèles d’Occident qui avaient lu la Lettre du prêtre Jean et pouvaient s’y laisser prendre ; Alexandre III, alors en excellents termes avec Manuel Comnène, était en mesure de vérifier que l’empereur n’avait jamais transmis ce texte à Frédéric Ier, et il a attendu la paix de Venise, conclue avec Barberousse, pour rappeler, copies à l’appui, que l’instruction d’un roi chrétien revient au siège de Pierre. Keagan Brewer, qui a traduit en 2015 l’ensemble des sources, refuse au contraire d’y voir une réponse à la Lettre et la tient pour une anomalie. Paolo Chiesa souligne que l’année n’est pas assurée, que le document ne contient aucune allusion certaine à la Lettre, et qu’un pape pouvait difficilement reconnaître le titre de presbyter à un roi qui se l’était donné.
L’autre camp s’appuie sur le texte lui-même. Jean Richard prenait au sérieux la mention d’un émissaire du roi venu jusqu’au pape, au point de se demander s’il s’agissait d’un Éthiopien ou d’un Nubien, deux peuples qui avaient bien des souverains chrétiens. On peut ajouter qu’une pièce de pure propagande n’avait aucune raison d’inventer un désaccord doctrinal avec son destinataire.
L’argument ne prouve pas un contact. Il oblige à le tenir pour possible.
Damiette, avril 1221
Le 18 avril 1221, à Damiette, que tiennent les croisés de la cinquième croisade, Jacques de Vitry, évêque d’Acre, insère dans une lettre une Histoire des hauts faits de David, roi des Indes, connue sous le nom de Relatio de Davide. Le texte proviendrait d’un rapport arabe obtenu par les espions de Bohémond IV, prince d’Antioche, puis traduit en latin. Un roi chrétien nommé David, descendant du prêtre Jean selon la version la plus développée, aurait vaincu le roi de Perse et pris Boukhara et Samarcande. Jacques en diffuse la nouvelle auprès du pape Honorius III, du roi Henri III d’Angleterre, du duc Léopold d’Autriche et de ses anciens collègues de l’université de Paris.
Jean Richard a montré en 1992 que ce texte, probablement rédigé par des chrétiens orientaux, résume des événements réels, depuis le renversement du gür khan des Qara Khitai par le prince naiman Küchlüg en 1211 jusqu’à la destruction de châteaux géorgiens et de Qazvin par les Mongols pendant l’hiver 1220-1221. Il confond Küchlüg, mort en 1218, avec Gengis Khan, et prête au premier les conquêtes du second. Les nouvelles étaient exactes, leur héros ne l’était pas. Quelques semaines plus tard, l’armée croisée engagée vers Le Caire est prise par la crue du Nil et capitule devant le sultan al-Kâmil, neveu de Saladin, sans avoir vu paraître aucun roi David.
« L’empereur des Éthiopiens, que vous appelez Prêtre Jean »
Pour l’Éthiopie, le découpage européen en Moyen Âge ne s’applique pas ; l’histoire du royaume chrétien des hautes terres se compte par dynasties, et celle qui règne au XIVᵉ siècle, dite salomonienne, a pris le pouvoir vers 1270. D’après Verena Krebs, les Mirabilia descripta du dominicain Jordan Catala de Sévérac, rédigées vers 1330, sont le premier texte latin à placer clairement le prêtre Jean en Afrique. Jordan a doublé la Corne de l’Afrique sans jamais pénétrer à l’intérieur des terres. Il parle de « l’empereur des Éthiopiens, que vous appelez Prêtre Jean », maître de cinquante-deux rois, assez puissant pour que le sultan mamelouk lui verse tribut, chrétien mais hérétique. Au passage, il s’arrête sur des bêtes semblables à l’âne, rayées en travers de bandes noires et blanches, une noire, une blanche.
En août 1339, à Majorque, Angelino Dulcert signe une carte marine aujourd’hui conservée au département des Cartes et plans de la BnF sous la cote GE B-696 (RES), un parchemin de 760 millimètres sur 1 020. Au sud de l’Égypte, une légende y montre un roi sarrasin en guerre continuelle avec les chrétiens de Nubie et d’Éthiopie, soumis au prêtre Jean, « le chrétien noir ». Un cartouche voisin porte le nom d’Abdeselib, transcription de l’arabe Abd al-Salîb, « serviteur de la croix », qui traduit lui-même Gabra Masqal, nom de règne d’Amda Seyon, souverain salomonien qui règne jusqu’en 1344. Le souverain réel figure donc sur la carte, à côté du prêtre-roi des Latins, sans se confondre encore avec lui. La fusion ne s’achève qu’au XVᵉ siècle, quand des missions éthiopiennes atteignent réellement l’Europe latine et que des moines éthiopiens assistent au concile de Florence, en 1441.
Une ambassade, si elle avait eu lieu, ferait remonter le contact direct au tout début du siècle. À en croire le Supplementum chronicarum de l’augustin Jacopo Filippo Foresti, imprimé à Venise en 1483, le prêtre Jean aurait envoyé en 1306 trente légats au « roi des Espagnes » pour lui offrir son aide contre les infidèles ; ils seraient passés par Avignon saluer Clément V, puis par Rome, et auraient attendu à Gênes un vent favorable, le temps qu’un prêtre, prévôt de Saint-Marc, les interroge sur leurs usages. On a reconnu dans ce prêtre le cartographe Giovanni da Carignano, et l’historiographie de l’Éthiopie a reçu l’épisode comme un fait. En 2019, Verena Krebs a repris la page, au folio 18 recto du livre VIII. Le récit qui précède, sur l’apôtre Matthieu évangélisant l’Éthiopie, est tiré de la Légende dorée de Jacques de Voragine et reste inconnu des traditions copte et éthiopienne ; le portrait du royaume aligne les lieux communs latins, soixante-quatorze rois, cent vingt-sept archevêchés de vingt évêques chacun ; et Clément V ne s’installe à Avignon qu’en mars 1309. Charles Beckingham avait proposé en 1989 de déplacer l’ambassade vers 1310, tout en reconnaissant qu’aucune trace n’en subsiste dans les registres de Clément V. Krebs conclut qu’il faut l’écarter.
Ses adversaires gardent pourtant des pièces réelles. Carignano a existé, il était recteur de San Marco al Molo à Gênes et a dessiné une carte marine sur laquelle on lisait, avant sa destruction pendant la Seconde Guerre mondiale, « Terra Abaise » et « christiani nigri » vers le confluent des deux Nils. Une lettre en italien attribuée à un roi « Voddomaradeg », écho déformé de Wedem Ra’ad, le souverain salomonien qui régnait en 1306, est connue par une publication de 1857. Krebs répond que la carte était déjà mutilée à l’endroit de l’Éthiopie, que la lettre est un faux dont l’original reste introuvable, et elle admet qu’il est impossible de dire si Foresti, ou Carignano avant lui, a inventé l’épisode.
Preste Joam das Indias
En mai 1487, le roi Jean II de Portugal fait partir Pêro da Covilhã et Afonso de Paiva par la Méditerranée et l’Égypte, avec mission de s’informer sur les épices et de rencontrer le prêtre Jean. Paiva disparaît en route. Covilhã finit par gagner l’Éthiopie, où une ambassade portugaise le retrouve plus de trente ans après son départ. Le chapelain de cette ambassade, Francisco Álvares, rapporte de son séjour, commencé en 1520, une relation imprimée à Lisbonne en 1540 par Luís Rodrigues sous le titre Ho Preste Joam das Indias. Verdadera informaçam das terras do Preste Joam. Álvares y présente au pape Clément VII le souverain éthiopien comme David, roi de la grande et haute Éthiopie, que le peuple appelle prêtre Jean. Le nom ne désigne plus un homme à découvrir. Il sert de titre à un roi que l’on connaît.
Pendant que Covilhã voyageait vers l’Orient, les presses françaises reproduisaient la vieille Lettre. À Paris, Jean Du Pré imprime au plus tard en 1488 un Prestre Jehan de douze feuillets in-quarto, qui suit ligne à ligne l’édition lyonnaise de Guillaume Le Roy. L’exemplaire de la Bibliothèque nationale de France, conservé à la Réserve des livres rares sous la cote RES 4-O2K-3 (A), ne porte pas de date imprimée, et le catalogue le date d’après la seule marque de l’imprimeur.
Pour aller plus loin
La cinquième croisade et le siège de Damiette donnent son cadre militaire à la Relatio de Davide. Le voyage de Rubrouck se lit avec celui de Jean de Plan Carpin et l’ensemble des missions franciscaines chez les Mongols. Le royaume salomonien d’Éthiopie, de Yekouno Amlak à Amda Seyon, mérite enfin d’être abordé pour lui-même, hors du regard latin.
Du XIIᵉ siècle à la fin du XVᵉ, beaucoup de chrétiens d’Europe ont cru à un roi lointain, chrétien et fabuleusement riche. On le disait installé quelque part derrière les pays musulmans. Il était à la fois roi et prêtre, d’où son nom de prêtre Jean. On espérait qu’il viendrait aider les croisés. On ne l’a jamais trouvé, et toute la question est de savoir d’où venait cette assurance.
Une bataille racontée de travers
Tout commence par une conversation à la cour du pape. En 1145, un évêque venu de Syrie raconte qu’un roi chrétien d’Orient a battu les Perses. Ce roi aurait voulu secourir Jérusalem. Un fleuve trop large l’en aurait empêché. Un évêque allemand, Otton de Freising, note l’histoire dans sa chronique.
La bataille a bien eu lieu. Elle s’est déroulée en 1141, près de Samarcande, en Asie centrale. Le vainqueur venait d’un peuple des steppes, et rien ne dit qu’il était chrétien. En passant de bouche en bouche, la nouvelle a changé de héros. Aucun menteur n’a été nécessaire pour qu’elle se transforme.
La lettre d’un roi qui n’existe pas
Un peu plus tard, une lettre circule sous le nom de ce Jean. Elle est adressée à l’empereur de Constantinople. Le roi y décrit son royaume. Soixante-douze rois lui obéissent. Le tombeau d’un apôtre s’y trouve, et un miroir permet au souverain de voir tout ce qui se passe chez lui.
Personne ne sait qui a écrit cette lettre, ni où. Les spécialistes ont compris qu’elle n’est pas née d’un seul coup. Au départ, il n’y avait qu’un court message à l’empereur. Les merveilles sont venues ensuite, couche après couche. Le texte a été recopié un très grand nombre de fois et traduit dans plusieurs langues d’Europe.
Le pape lui-même a répondu. Il a confié sa lettre à son médecin, Philippe, chargé d’aller instruire ce roi dans la foi. On n’a plus jamais entendu parler du médecin. Les historiens discutent encore de ce geste. Pour les uns, le pape parlait surtout aux fidèles d’Europe, pour d’autres, il pensait à des chrétiens lointains, peut-être d’Éthiopie ou de Nubie.
Le roi David n’arrive pas
En 1221, des croisés tiennent une ville d’Égypte. Une nouvelle leur parvient d’Asie. Un roi chrétien appelé David, héritier du prêtre Jean, y écraserait les musulmans. Les croisés l’attendent. Il ne vient pas, et leur armée est vaincue quelques semaines plus tard.
Les conquêtes racontées étaient bien réelles. Elles appartenaient à Gengis Khan et à un autre prince des steppes, mélangés dans un même récit. Plus tard, un moine envoyé chez les Mongols traverse les terres du fameux roi Jean. Seuls quelques chrétiens de l’endroit se souviennent encore de lui.
Un nom posé sur l’Éthiopie
Faute de le trouver en Asie, on le cherche ailleurs. Au XIVᵉ siècle, les Européens le placent en Éthiopie, un royaume chrétien bien réel au sud de l’Égypte. Une carte marine de 1339, dessinée à Majorque, montre le prêtre Jean dans cette région. Elle porte aussi, sous une forme arabe, le nom de l’empereur éthiopien qui régnait alors. Les deux figures voisinent sans encore se confondre.
Une ambassade éthiopienne serait venue voir le pape en 1306. Ce récit ne se trouve que dans une chronique imprimée bien plus tard. En 2019, l’historienne Verena Krebs a montré qu’il recopie surtout des légendes européennes. Elle relève aussi que le pape ne résidait pas encore à Avignon cette année-là. Ses contradicteurs gardent un cartographe génois bien réel, et personne ne peut dire si l’épisode a été inventé.
À la fin du XVᵉ siècle, le roi du Portugal envoie deux hommes à sa recherche. L’un disparaît en route. L’autre atteint l’Éthiopie, où d’autres Portugais le retrouvent des années plus tard. Parmi eux, un prêtre publie son récit à Lisbonne. Il y appelle le roi d’Éthiopie David et précise que le peuple le nomme prêtre Jean.
Pendant ce temps, à Paris, un imprimeur tire la vieille lettre en un mince livret de douze feuillets. Un exemplaire en est conservé à la Bibliothèque nationale de France.
La version complète détaille les couches successives de la Lettre et les lectures opposées de la réponse du pape, puis déchiffre la carte de 1339 où l’empereur d’Éthiopie se cache sous un nom arabe.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Otton de Freising, Chronica sive Historia de duabus civitatibus, VII, 33 : rapport d’Hugues, évêque de Jabala, recueilli auprès d’Eugène III à la fin de 1145, éd. Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum
- Epistola presbiteri Johannis, version U, adressée à Manuel Comnène, éd. Friedrich Zarncke, 1879 : soixante-douze rois et soixante-douze provinces, tombeau de l’apôtre Thomas, croix d’or et croix de bois, miroir du palais, explication du titre de presbyter aux paragraphes 97-98
- Alexandre III, lettre à Jean, « illustre et magnifique roi des Indes », Venise, 27 septembre [1177], portée par maître Philippe, éd. Friedrich Zarncke, 1879, p. 941-944
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Sources primaires (suite)
- Albéric de Trois-Fontaines, Chronica, à l’année 1165, éd. Paul Scheffer-Boichorst, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores XXIII, Hanovre, 1874, p. 848-849
- Jacques de Vitry, lettre datée de Damiette, 18 avril 1221, insérant l’Historia gestorum David regis Indorum (Relatio de Davide)
- Guillaume de Rubrouck, Itinerarium, chap. XVII : le « Coir Cham », le roi Jean naiman et les nestoriens qui « en disaient dix fois plus que la vérité »
- Jacques de Voragine, Legenda aurea, vie de l’apôtre Matthieu (Matthieu en Éthiopie, Iphigénie, conversion du royaume), éd. Johann Grässe, Leipzig, 1850, p. 622-625, source non déclarée de Foresti
- Jordan Catala de Sévérac, Mirabilia descripta, vers 1330, passage sur l’Éthiopie et « l’empereur des Éthiopiens, que vous appelez Prêtre Jean »
- Carte marine d’Angelino Dulcert, Majorque, août 1339, parchemin, 760 × 1 020 mm, légendes sur le prêtre Jean et cartouche d’Abdeselib Bibliothèque nationale de France, département des Cartes et plans, GE B-696 (RES)
- Jacopo Filippo Foresti, Supplementum chronicarum, Venise, Bernardinus Benalius, 1483, livre VIII, fol. 18r : ambassade de trente légats du prêtre Jean datée de 1306
- Lettre en italien attribuée au roi « Voddomaradeg » et adressée à l’empereur Charles IV, publiée par Leone del Prete en 1857 d’après une archive privée, original non localisé
- Prestre Jehan, [Paris], Jean Du Pré, [non post 1488], [12] f., in-4, d’après l’édition lyonnaise de Guillaume Le Roy Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, RES 4-O2K-3 (A)
- Francisco Álvares, Ho Preste Joam das Indias. Verdadera informaçam das terras do Preste Joam, Lisbonne, Luís Rodrigues, 1540, [2]-136 [i.e. 128]-[6] f.
Bibliographie
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- Martin Gosman, La Lettre du Prêtre Jean. Les versions en ancien français et en ancien occitan, Mediaevalia Groningana 2, Groningen, 1982, XI-637 p. Bouma’s Boekhuis
- Paolo Chiesa, « Un Prete Gianni senza l’India ? Un’ipotesi genetica sull’Epistola », Mittellateinisches Jahrbuch 57, 2022, p. 76-115 Mittellateinisches Jahrbuch
- Paolo Chiesa, « Origin, metamorphosis and destiny of an enigmatic Letter », Studi e materiali di storia delle religioni 89 (1), 2023, p. 21-31, hdl.handle.net/2434/990728 Morcelliana
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- Jean Richard, « L’Extrême-Orient légendaire au Moyen Âge : roi David et prêtre Jean », Annales d’Éthiopie 2, 1957 Annales d’Éthiopie
- Jean Richard, Au-delà de la Perse et de l’Arménie. L’Orient latin et la découverte de l’Asie intérieure. Quelques textes inégalement connus aux origines de l’alliance entre Francs et Mongols (1145-1262), Miroir du Moyen Âge, Turnhout, 2005, 218 p. Brepols
- Charles F. Beckingham, « An Ethiopian embassy to Europe c. 1310 », Journal of Semitic Studies 34 (2), 1989, p. 337-346, DOI 10,1093/jss/XXXIV.2 337 Oxford University Presshttps://doi.org/10.1093/jss/XXXIV.2
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- « La lettre du prêtre Jean » Arlima, Archives de littérature du Moyen Âgehttps://arlima.net/il/lettre_du_pretre_jean.html
- « Travels of William of Rubruck » The International Prester John Project, University of Southern California (Scalar)https://scalar.usc.edu/works/prester-john/travels-of-william-of-rubruck
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- « A True Relation of the Lands of Prester John of the Indies » The International Prester John Project, University of Southern California (Scalar)https://scalar.usc.edu/works/prester-john/a-true-relation-of-the-lands-of-prester-john-of-the-indies
- « Pêro da Covilhã » The International Prester John Project, University of Southern California (Scalar)https://scalar.usc.edu/works/prester-john/pro-da-covilh
- « The Black Sea in Medieval Maps », notice « 1339 Dulcert Map » Medieval Black Sea Project, Princeton Universityhttps://medievalblackseaproject.princeton.edu/?p=684
- « Angelino Dulcert » Real Academia de la Historia, Diccionario Biográfico electrónicohttps://dbe.rah.es/biografias/115321/angelino-dulcert
- « Prestre Jehan », notice FRBNF42663835 Bibliothèque nationale de France, catalogue généralhttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42663835m
- « Ho Preste Joam das indias verdadera informaçam das terras do Preste Joam » Europeanahttps://classic.europeana.eu/en/item/9200110/BibliographicResource_1000126554350

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