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Gengis Khan, unificateur des tribus mongoles

Moyen Âge15 octobre 202617 min de lecture
Unknown authorUnknown author / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Que Dieu confonde ces Tatars

Dans les années 1220, à Mossoul, un lettré déjà âgé consigne ce qu’il a appris des événements survenus aux confins orientaux du monde musulman, après avoir, dit-il, longtemps reculé devant la tâche. Ibn al-Athir (1160-1233) les range dans sa chronique universelle, al-Kamil fi l-ta’rikh, sous l’année 617 de l’hégire (1220-1221), et les présente comme la plus grande catastrophe dont l’histoire garde la trace (trad. D. S. Richards, 2008, p. 202 et suiv.). Ses envahisseurs sont des Tatars venus des abords de la Chine, qui ont pris en moins d’un an les villes les plus peuplées de la Transoxiane et du Khorassan, et il appelle sur eux la malédiction divine. Leur chef n’a encore, sous sa plume, guère plus qu’un nom.

Cet homme s’appelle Temüjin. En 1206, une assemblée de chefs, ce que les Mongols nomment quriltai, réunie sur l’Onon, lui reconnaît le titre de Chinggis Qan, que les auteurs persans écrivent Čingiz et dont dérive la forme française Gengis Khan, retenue ici. Rashid al-Din rattache ce titre à un mot signifiant « fort, dur », lecture que reprend Igor de Rachewiltz, et l’ancienne traduction par « océan » ne résiste guère à l’examen phonétique. Aucun document de son temps ne date sa naissance. Les sources avancent 1155, 1162 ou 1167, chaque fois par le calcul d’un âge au décès ou par une année du cycle animal, et 1162, l’année que donne l’Histoire des Yuan, est la plus souvent retenue sans être démontrée. La mort se place mieux, en août 1227, au cours d’une campagne contre le royaume tangoute des Xia, mais le jour varie entre le 4 ramadan 624 de Juvaini, soit le 18 août, et le jour jichou du septième mois que donne l’Histoire des Yuan, soit le 25 août, dans le calendrier julien que suit tout cet article.

Il est le fils de Yesügei, chef d’un lignage mongol, les Borjigin, et de Hö’elün. Selon l’Histoire secrète des Mongols, le père meurt empoisonné par des Tatars quand l’enfant a neuf ans, et les fidèles de Yesügei abandonnent la veuve et ses fils. La suite, jusque vers 1210, ne se lit presque que dans ce texte. Le jeune chef y gagne des compagnons, les nökör, s’allie à Toghril, khan des Kereit et ancien frère juré de son père, ainsi qu’à son propre frère juré, Jamuqa, puis se retourne contre l’un et l’autre. En 1196, avec Toghril, il combat les Tatars aux côtés d’une armée de la dynastie jürchen des Jin, qui gouverne la Chine du Nord, et reçoit d’elle un titre. Les Kereit sont défaits en 1203 et les Naiman en 1204, ce qui laisse le plateau sans confédération capable de lui tenir tête.

Après 1206, l’échelle change. Plusieurs expéditions frappent le royaume des Xia, puis l’armée entre en territoire jin en 1211 et prend Zhongdu, l’actuelle Pékin, en 1215. En 1218, le massacre d’une caravane venue de Mongolie dans la ville frontière d’Otrar, puis l’exécution d’un ambassadeur, ouvrent la guerre contre le Khwarazm-shah Muhammad. Boukhara tombe en 1220. Juvaini, qui écrit vers 1260 au service des Mongols, fait monter le conquérant à la chaire de la grande mosquée et lui fait déclarer aux habitants qu’il est « le châtiment de Dieu » (Tarikh-i jahangushay, trad. J. A. Boyle, 1958, t. I, p. 103-106). Revenu en Mongolie au début de 1225, le khan repart contre les Xia et meurt pendant cette campagne.

Une stèle de granit de deux mètres, conservée au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, porte probablement la plus ancienne mention écrite de son titre en mongol. Elle rapporte qu’après la soumission des musulmans d’Asie centrale, devant les nobles de toute la nation mongole, son neveu Yisüngge a tiré une flèche à 335 alds, environ 536 mètres selon le calcul de Rachewiltz. Pour la période antérieure à 1210, en revanche, presque tout repose sur un texte unique dont ni l’auteur ni la date ne sont connus. Il faut donc reprendre les sources une à une, l’Histoire secrète et sa date disputée, la chronique chinoise des campagnes, les compilations persanes et la stèle de Yisüngge, puis examiner trois épisodes que la recherche lit différemment, la décennie sans trace avant 1196, la naissance de Jochi et les massacres du Khorassan, avant de suivre la fabrication de la figure jusqu’au mausolée d’Ejin Horo.

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