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Henri le Navigateur : le prince portugais qui ne navigua jamais

Bextrel / Wikimedia Commons

À l’automne 1454, des galères vénitiennes en route pour la Flandre s’abritent du vent sous le cap Saint-Vincent. À bord, un marchand, Alvise Cadamosto. Des envoyés de l’infant montent lui parler des navires que leur maître expédie vers le sud et de ce qu’ils en rapportent. Cadamosto va le voir à la Raposeira, et repart engagé. Le 22 mars 1455, il quitte Lagos sur une caravelle fournie par le prince, avec Vicente Dias pour maître. Ce que décrit son récit, imprimé à Vicence en 1507 dans le recueil de Fracanzano da Montalboddo, c’est un seigneur qui recrute et partage les profits. Pas une faculté de navigation. Henri le Navigateur meurt le 13 novembre 1460, quelques années avant le seuil conventionnel de l’époque moderne, cette période qui court de la fin du XVᵉ siècle à la Révolution, et il n’a jamais commandé un navire en mer.

Un surnom forgé en Allemagne, vendu à Londres

Le mot n’existe pas au XVᵉ siècle. Il apparaît dans l’érudition allemande du XIXᵉ, sous la forme Prinz Heinrich der Seefahrer, et les candidats à la paternité ne se départagent pas : on cite Heinrich Schäfer, Johann Eduard Wappäus pour ses recherches de 1842, et de Veer, dont le livre paraît à Dantzig en 1864. Le relais, lui, est certain. Richard Henry Major, conservateur des cartes au British Museum, publie en 1868 chez A. Asher & Co. The Life of Prince Henry of Portugal, surnamed the Navigator, and its Results, quatre cent quatre-vingt-sept pages avec portrait en frontispice et grande carte dépliante de l’Afrique. Charles Raymond Beazley reprend le titre en 1895. L’épithète est acquise dans le monde anglophone, et elle rentre au Portugal par ce chemin.

Major travaille avec une thèse : un demi-monde découvert en un siècle par un moteur unique. L’école de Sagres appartient au même montage. Suggérée par Damião de Góis, reprise par Samuel Purchas, développée par Sousa Holstein en 1877, elle est fixée par Beazley, qui installe l’infant sur le promontoire dès 1418 avec un chantier naval, un palais et le premier observatoire du royaume. Randles, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, a montré comment l’affirmation s’est propagée sans jamais s’adosser à un document. Peter Russell, auteur en 2000 de la première biographie savante depuis un siècle, y voit un homme du bas Moyen Âge, mû par la croisade et la chevalerie bien plus que par la science.

Cent soixante et un feuillets de vélin

Tout ce qu’on raconte des voyages africains d’Henri vient d’un livre, et ce livre a un commanditaire. Le titre du manuscrit l’énonce sans détour : chronique des faits notables accomplis dans la conquête de Guinée par mandat de l’infant dom Henri, duc de Viseu, réunie en ce volume par mandat du roi dom Alphonse le cinquième. Le neveu fait écrire l’éloge de l’oncle, de son vivant. Zurara ajoute que, pour les faits antérieurs à 1447, il s’appuie sur un récit d’un certain Afonso Cerveira, perdu et dont on ne sait rien d’autre.

La suite tient du roman de bibliothèque. João de Barros mentionne encore la chronique au second quart du XVIᵉ siècle ; en 1567, Damião de Góis ignore où elle se trouve. Le volume passe en Espagne. Ferdinand Denis le retrouve en 1837 à la Bibliothèque royale de Paris, et deux diplomates portugais en poste dans la ville, le vicomte da Carreira et le vicomte de Santarém, le font imprimer en 1841, au moment précis où l’Europe se disputait la priorité des découvertes. La traduction française de référence, due à Léon Bourdon, a paru chez Chandeigne.

Quarante-six captifs pour le quint

Le 8 août 1444, six caravelles armées à Lagos rentrent de la côte saharienne. L’expédition est menée par Lançarote de Freitas, receveur des droits royaux dans la ville, autorisé par l’infant à monter la flotte avec d’autres habitants de Lagos. Zurara en fait le chapitre XXV de sa chronique, celui où il s’attarde sur la pitié qu’inspirent les captifs et sur la manière dont le partage s’est fait : deux cent trente-cinq personnes débarquées, réparties en lots dans un champ, familles séparées. L’infant assiste à la scène à cheval et prélève quarante-six personnes au titre du quint, la part souveraine. Au chapitre suivant, il fait Lançarote chevalier.

Le total vient du même auteur. Au chapitre XCVI, en arrêtant son récit à 1448, Zurara estime à neuf cent vingt-sept le nombre de captifs amenés en Portugal depuis le début, et présente ce chiffre comme la plus belle des gloires du prince. C’est un décompte de chroniqueur, pas un registre : aucune série comptable ne le contrôle pour ces années-là. Les registres arrivent plus tard et changent la nature de la preuve : c’est sur eux qu’Ivana Elbl a bâti son estimation du volume de la traite atlantique entre 1450 et 1521, et qu’António de Almeida Mendes a reconstitué les réseaux ibériques, à partir de milliers de notices de l’Arquivo Nacional da Torre do Tombo. Sur Lagos en 1444, on tient les noms des armateurs et du bénéficiaire du quint. On ne tient pas ceux des deux cent trente-cinq.

Le droit suit, et il est explicite. La bulle Dum diversas du 18 juin 1452, puis Romanus Pontifex du 8 janvier 1455, conservée à Lisbonne sous la cote PT/TT/BUL/0007/29, concèdent à Alphonse V et à l’infant la faculté d’attaquer, de vaincre et de soumettre les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ, de s’emparer de leurs biens et de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle. Le même texte accorde au Portugal l’exclusivité de la navigation et du commerce au sud des caps Bojador et Nam ; Frances Gardiner Davenport en a donné le latin et l’anglais en 1917. Le 5 octobre 1455, Alphonse V le fait lire à la cathédrale de Lisbonne devant les représentants du commerce étranger. La traite et le monopole sont écrits ensemble, dans la même phrase, du vivant du prince.

Le cap que Gadifer de La Salle avait déjà doublé

Reste l’exploit qui fonde le reste : le passage du cap Bojador par Gil Eanes en 1434, la barrière rompue, la mer des Ténèbres démentie. Zurara le raconte comme la victoire d’un prince sur l’erreur où vivaient les ancêtres. Le dossier est plus embrouillé.

Des Européens fréquentaient déjà ces parages. Le Canarien, récit de l’expédition de Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle aux Canaries à partir de 1402, connu par deux manuscrits, le B conservé à Rouen sous la cote 1399 et le G acquis par le British Museum en 1888, rapporte que Gadifer envoya de l’île d’Erbane une barque avec quinze compagnons « au cap de Bugeder », d’où ils ramenèrent des gens du pays. Le 6 octobre 1405, Béthencourt débarque près du même lieu, prend des hommes et des femmes, puis se vante auprès du roi de Castille et du pape d’être allé en terre d’infidèles. Ces marins cherchaient déjà le fleuve de l’or et la route du prêtre Jean.

On ne sait d’ailleurs pas exactement de quel cap on parle. Christophe Maneuvrier, qui a repris le dossier pour la Société des historiens médiévistes, observe que Gadifer confond probablement la position : la traversée la plus courte depuis Fuerteventura mène aux environs du cap Juby, près de Tarfaya, à quelque 270 kilomètres au nord de l’actuel Boujdour. C’était déjà l’identification proposée par Raymond Mauny en 1960. Un pilote portugais de 1434 et un chevalier normand de 1405 ne désignaient peut-être pas le même promontoire.

Ce qu’il faut rendre à l’infant

Démonter le surnom ne règle rien. Ce que le camp adverse a de plus solide n’est ni la science nautique ni le génie personnel : c’est un montage juridique et financier tenu vingt-cinq ans sans interruption. Henri gouverne l’ordre du Christ, héritier portugais des biens du Temple, et en tire des revenus réguliers. En 1443, il obtient du régent son frère Pierre l’exclusivité de la navigation au sud du cap Bojador, avec exemption du quint et de la dîme sur ce qu’il en rapporte, et l’autorisation de créer sa Vila do Infante sur le promontoire de Sagres. Les chartes, concessions et bulles de ce dossier remplissent les quinze volumes des Monumenta Henricina, réunis à Coimbra pour le cinquième centenaire de sa mort.

Le résultat se mesure. Madère peuplée et plantée en sucre, les Açores colonisées pendant la régence, le cap Blanc atteint en 1441 par Nuno Tristão et Antão Gonçalves, la baie d’Arguin dotée d’un comptoir en 1448, le Sénégal et le cap Vert reconnus au milieu de la décennie. Aucun autre prince d’Europe n’a envoyé des navires au même endroit chaque année pendant un quart de siècle en absorbant les pertes. La caravelle, dont il n’est pas l’inventeur, devient sous ses contrats le bâtiment de la descente africaine. Il échoue aussi, lourdement : Tanger en 1437 est un désastre où son frère Ferdinand reste en otage et meurt à Fez en 1443. Et personne n’a retrouvé de document où il dessine une route des Indes.

Le promontoire, la tombe et le visage

La fiche officielle des Museus e Monumentos de Portugal sur la forteresse de Sagres est d’une franchise rare. De la Vila do Infante il ne reste, écrit-elle, qu’une muraille en dents de scie, une tour-citerne, les fondations d’un mur pare-vent très restauré et couronné de faux créneaux, et la construction énigmatique dite « rosa dos ventos ». Le bâtiment qu’on montre comme la maison du prince est reconstruit à un emplacement que certains suggèrent, précise le texte, sans fondement. Le tremblement de terre de 1755 et la refonte bastionnée de la fin du XVIIIᵉ siècle ont effacé presque tout le quinzième. Les pages officielles portugaises ne s’accordent même pas sur la mise au jour de la rosa dos ventos, fortuite en 1921 pour l’une, remontant au XVIIᵉ siècle pour l’autre, et toutes conviennent que sa fonction est inconnue.

Son visage tient à un fil comparable. La seule image quasi contemporaine est l’enluminure du feuillet 5 verso du manuscrit parisien, un portrait dans un encadrement de feuilles de chêne et de glands portant la devise « Talant de bien faire ». C’est par ressemblance avec elle que l’homme au grand chapeau des Panneaux de Saint-Vincent, au Musée national d’art ancien de Lisbonne, a été identifié à Henri à la fin du XIXᵉ siècle. Le musée écrit que l’intention et la signification de l’œuvre restent problématiques, et plusieurs auteurs proposent d’y voir un autre frère. Sa tombe, elle, ne bouge pas : arcosolium du mur sud de la Chapelle du Fondateur, au monastère de Santa Maria da Vitória de Batalha, statue gisante du deuxième quart du XVᵉ siècle, préparée de son vivant.

Sur le premier feuillet de garde du manuscrit de Paris, une main du XVIIᵉ siècle a inscrit un nom, D. Francisco de Solis. En marge du feuillet 1, un dominicain a laissé un avertissement : que celui qui lira ce livre voie s’il s’y trouve de quoi rendre compte au Saint-Office, comme l’ordonne l’expurgatoire de 1640. Au verso du feuillet 161, resté blanc, une note de 1702 signale que la chronique de Guinée appartenait à la bibliothèque de don Juan Lucas Cortés, du conseil de Castille. Le livre qui a fait d’Henri un héros a dormi deux siècles dans des bibliothèques espagnoles, sous surveillance inquisitoriale.

Pour aller plus loin

Ce dossier touche au traité de Tordesillas de 1494, qui prolonge en ligne de partage l’exclusivité accordée par Romanus Pontifex au sud du Bojador, et à la route des Indes ouverte par Vasco de Gama en 1498, qu’aucun texte henricien n’annonce. Il croise aussi l’histoire du comptoir d’Arguin, où la question des chiffres se pose exactement comme ici : des estimations, des noms de chercheurs, et très peu de registres avant le XVIᵉ siècle.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Gomes Eanes de Zurara, *Crónica dos feitos da Guiné*, manuscrit unique sur vélin, 161 feuillets, 322 × 230 mm, souscription du 18 février 1453 par Joham Gonçalvez, écuyer et écrivain des livres du roi Alphonse V Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Portugais 41 (ancienne cote Suppl. français, n° 236)
  2. Portrait de l’infant D. Henrique et devise « Talant de bien faire », encadrement de feuilles de chêne et de glands, f. 5v du même manuscrit BnF, Portugais 41
  3. Note marginale de Fray Pedro de Carvajal renvoyant à l’expurgatoire de 1640, f. 1 ; mention de la bibliothèque de Juan Lucas Cortés, datée de 1702, au verso du f. 161 ; nom de D. Francisco de Solis sur le premier feuillet de garde BnF, Portugais 41
  4. Bulle *Romanus Pontifex* de Nicolas V, 8 janvier 1455, adressée à Alphonse V de Portugal Arquivo Nacional da Torre do Tombo, Lisbonne, PT/TT/BUL/0007/29
  5. *Le Canarien*, récit de l’expédition de Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle aux Canaries : manuscrit B, dit « de Montruffet » – Bibliothèque municipale de Rouen, ms. 1399 (ancien Mm 129) ; manuscrit G, dit « Egerton », acquis par le British Museum en 1888 British Library, Londres, codex Egerton 2709
  6. Alvise Cadamosto, relation de ses navigations de 1455 et 1456, première impression dans Fracanzano da Montalboddo (éd.), *Paesi novamente retrovati et novo mondo da Alberico Vesputio Florentino intitulato*, Vicence, Henricus Vicentinus, 1507 exemplaire numérisé, Gallica, BnF
  7. *Monumenta Henricina*, corpus des documents henriciens, éd. António Joaquim Dias Dinis, 15 vol., Coimbra, 1960-1974 Comissão Executiva das Comemorações do Quinto Centenário da Morte do Infante Dom Henrique
  8. Tombeau de l’infant D. Henrique, arcosolium du mur sud, statue gisante, deuxième quart du XVᵉ siècle Chapelle du Fondateur, monastère de Santa Maria da Vitória, Batalha
  9. Panneaux dits de Saint-Vincent, attribués à Nuno Gonçalves, six tableaux, cinquante-huit personnages Museu Nacional de Arte Antiga, Lisbonne

Bibliographie

  1. Peter Russell, *Prince Henry « the Navigator ». A Life*, New Haven et Londres, 2000, xvi-448 p. Yale University Press
  2. W. G. L. Randles, « The alleged nautical school founded in the fifteenth century at Sagres by Prince Henry of Portugal, called the « Navigator » », *Imago Mundi* 45 (1), 1993, p. 20-28, DOI 10,1080/03085699308592761 Imago Mundi
  3. Christophe Maneuvrier, « « L’intention de monseigneur de Béthencourt est d’ouvrir le chemin du fleuve de l’or ». Autour du rêve africain de Jean de Béthencourt », dans *Histoire monde, jeux d’échelles et espaces connectés*, Paris Éditions de la Sorbonne
  4. Raymond Mauny, *Les navigations médiévales sur les côtes sahariennes antérieures à la découverte portugaise (1434)*, thèse complémentaire, Lisbonne, 1960, XV-151 p., p. 85-91 Centro de Estudos Históricos Ultramarinos
  5. Ivana Elbl, « The Volume of the Early Atlantic Slave Trade, 1450-1521 », *The Journal of African History* 38 (1), 1997, p. 31-75, DOI 10,1017/S0021853796006810 Cambridge University Press
  6. António de Almeida Mendes, « Les réseaux de la traite ibérique dans l’Atlantique nord (1440-1640) », *Annales. Histoire, Sciences Sociales* 63 (4), 2008, p. 739-768 Éditions de l’EHESS
  7. Frances Gardiner Davenport (éd.), *European Treaties bearing on the History of the United States and its Dependencies to 1648*, Washington, 1917, p. 13-26 Carnegie Institution of Washington
  8. Richard Henry Major, *The Life of Prince Henry of Portugal, surnamed the Navigator, and its Results*, Londres, 1868, lii-487 p. A. Asher & Co.
  9. Eduardo Aznar, Dolores Corbella, Berta Pico, Maurice Privat et Antonio Tejera (éd.), *Le livre nommé Le Canarien. Textes français de la conquête des Canaries au XVᵉ siècle*, Paris, 2008, « Sources d’histoire médiévale », 38 CNRS Éditions
  10. Gomes Eanes de Zurara, *Chronique de Guinée. 1453*, traduction et notes de Léon Bourdon, préface de Jacques Paviot, Paris, 2011, 588 p., « Magellane », 46 Chandeigne

Sources en ligne

  1. « Portugais 41 • Suppl. français, n° 236 • Crónica dos feitos da Guiné » Archives et manuscrits, Bibliothèque nationale de France
  2. « Crónica dos feitos da Guiné » Gallica, Bibliothèque nationale de France
  3. « [Paesi novamente retrovati et novo mondo da Alberico Vesputio Florentino intitulato « A la fin »] » Gallica, Bibliothèque nationale de France
  4. « Fortaleza de Sagres » Museus e Monumentos de Portugal
  5. « Torre e Muralhas de Sagres / Fortaleza de Sagres » Sistema de Informação para o Património Arquitetónico
  6. « Fortaleza de Sagres » Portal do Arqueólogo, Direção-Geral do Património Cultural
  7. « Capela do Fundador » Mosteiro da Batalha
  8. « Painéis de São Vicente » Museu Nacional de Arte Antiga
  9. « O Infante D. Henrique », folha de sala de l’exposition du 8 juin au 30 septembre 2013 Padrão dos Descobrimentos, Lisbonne
  10. « The bull Romanus Pontifex (1455) » Institut für Europäische Geschichte, EGO, Mayence
  11. « The alleged nautical school founded in the fifteenth century at Sagres by Prince Henry of Portugal, called the « Navigator » » Imago Mundi, Taylor & Francis Online
  12. « « L’intention de monseigneur de Béthencourt est d’ouvrir le chemin du fleuve de l’or » » OpenEdition Books, Éditions de la Sorbonne
  13. « The Volume of the Early Atlantic Slave Trade, 1450-1521 » The Journal of African History, Cambridge Core
  14. « Les réseaux de la traite ibérique dans l’Atlantique nord (1440-1640) » Cairn.info, Annales. Histoire, Sciences Sociales