Dans les écoles de Paris, au cours des décennies qui suivent le meurtre de Thomas Becket, deux maîtres se disputent un cas d’école. Roger le Normand, juriste formé à Bologne et passé par la cour de Sicile avant de devenir doyen du chapitre de Rouen en 1181, soutient que l’archevêque de Cantorbéry est mort de son obstination. Pierre le Chantre lui répond qu’il est mort pour la liberté de l’Église. Le cistercien Césaire de Heisterbach, qui rapporte l’échange au siècle suivant dans son Dialogue des miracles, livre VIII, chapitre 69, donne raison au second et n’avance qu’un argument, la foule des guérisons obtenues au tombeau.
Le Martyrdom
Le 1ᵉʳ décembre 1170, Becket débarque à Sandwich après six ans d’exil. Avant de partir, il a sanctionné l’archevêque d’York et les évêques de Londres et de Salisbury, qui avaient couronné en juin, à sa place, le fils aîné du roi. Les prélats s’en plaignent à Henri II, qui passe Noël à Bures, près de Caen. Quatre chevaliers de la maison royale, Réginald FitzUrse, Guillaume de Tracy, Hugues de Morville et Richard le Bret, traversent la Manche et arrivent à Cantorbéry le 29 décembre.
Une première entrevue a lieu sans armes, au palais archiépiscopal. Les chevaliers exigent la levée des sanctions, Becket répond qu’il ne peut absoudre à la place du pape, et le ton monte jusqu’à l’accusation de trahison. Ils reviennent à la tombée du jour en haubert. Poussé par ses clercs vers la cathédrale, où les moines chantent vêpres, l’archevêque interdit qu’on barre l’entrée, car on ne fait pas d’une église une forteresse. C’est dans le bras nord du transept que les quatre hommes le rejoignent, et Édouard Grim, clerc de passage à Cantorbéry, a noté leur cri, « Ubi est Thomas Beketh, proditor regis et regni ? », où est Thomas Becket, traître au roi et au royaume (Materials, t. II, p. 435). Martin Aurell a relevé que c’est la seule occurrence du nom de famille dans les Vies du saint, de sorte que le nom retenu par la postérité vient d’une insulte qui rappelait le père marchand. Les chevaliers tentent de le traîner hors de l’église, il s’agrippe à un pilier. Selon la reconstitution d’Aurell, FitzUrse porte le premier coup, qui tranche le sommet du crâne à l’endroit de la tonsure et entaille le bras de Grim, presque sectionné, écrit celui-ci. Tracy frappe à son tour, le corps s’effondre, et Richard le Bret assène un coup si violent que la pointe de son épée se brise sur le dallage. Un clerc de leur suite pose le pied sur la nuque du mort et répand la cervelle avec la pointe de son arme, pendant que Morville tient les assistants à distance.
Les quatre hommes pillent ensuite le palais archiépiscopal et ses écuries.
Le clerc qui a répandu la cervelle porte dans les récits le surnom de Mauclerc, qui vaut mieux ici que son nom, Hugues de Horsea, parce qu’il contient déjà le jugement des moines. Persuadés d’avoir coupé le bras de Jean de Salisbury, le conseiller de Becket, les chevaliers repartent en s’en réjouissant, rapporte Aurell. La pointe brisée devient une relique, baisée par les pèlerins sur l’autel de la Pointe de l’Épée, à l’endroit que les Anglais appellent le Martyrdom. Depuis 1986, une sculpture de Giles Blomfield y suspend deux épées aux pointes rougies dont les ombres, sur le mur chaulé, font quatre armes pour quatre chevaliers, et Jean-Paul II s’y est agenouillé avec l’archevêque Robert Runcie le 29 mai 1982.
Cinq témoins, une quinzaine de Vies
Si l’on connaît ce crime dans un détail rare pour le XIIᵉ siècle, c’est que cinq hommes présents ont écrit ce qu’ils avaient vu. Jean de Salisbury suit la scène à l’écart, Guillaume FitzStephen se tient près de l’archevêque, comme Grim, et deux moines de Christ Church, Benoît de Peterborough et Guillaume de Cantorbéry, l’attendent dans l’église pour les vêpres. Le British Museum compte au moins treize biographies achevées en vingt ans, Aurell une quinzaine de récits antérieurs à 1200, en latin, en anglo-normand et jusqu’en islandais. Même le rôle de Grim se discute à la marge, car FitzStephen affirme être resté jusqu’au bout avec lui et avec Robert de Merton, le vieux chapelain.
La proximité a son revers. Tous ces auteurs sont des clercs acquis à Becket, et plusieurs écrivent pour sa canonisation. Le plus ancien récit est la lettre Ex inesperato, que Jean de Salisbury adresse dans les semaines suivantes à Jean Bellesmains, évêque de Poitiers, avant d’en tirer une Vie présentée au pape. Grim rédige la sienne dans les années 1170. Très tôt, ces textes calquent l’événement sur la Passion, le retour à Cantorbéry devenant un dimanche des Rameaux et le pillage du palais un partage des vêtements, et les récits suivants reprennent le calque. Quand deux Vies s’accordent sur un détail, il faut donc se demander si l’une l’a vu ou si elle l’a lu chez l’autre.
Guernes de Pont-Sainte-Maxence, clerc d’Île-de-France, commence en 1172 une Vie en vers français, se la fait voler, vient enquêter à Cantorbéry et interroge Marie, abbesse de Barking, sœur de l’archevêque. Emmanuel Walberg date l’achèvement de ses 6 180 vers des derniers mois de 1174. Vers le milieu des années 1180, un recueil de lettres de la querelle reçoit une enluminure du martyre, aujourd’hui au folio 341 recto du manuscrit Cotton Claudius B II de la British Library. Un chevalier au bouclier rouge marqué d’une tête d’ours, FitzUrse, le « fils de l’ours », frappe Becket agenouillé, Grim reçoit le coup au bras derrière lui, et entre les deux tombent un fragment de crâne et la pointe de l’épée.
« Un clerc de basse naissance »
Aucun biographe n’était à Bures. Grim prête au roi une plainte contre les incapables qu’il a nourris et élevés dans son royaume et qui laissent leur seigneur bafoué a plebeo quodam clerico, par un clerc de basse naissance (Materials, t. II, p. 429). Guernes, qui a enquêté, donne une autre version, traduite par Michael Staunton, celle d’un homme qui a mangé le pain du roi, qu’il a tiré de la pauvreté et qui lui lance maintenant son talon dans les dents, sans que personne ne venge son seigneur. Entre les deux versions, les mots diffèrent, et aucune ne contient d’ordre de tuer.
La phrase que tout le monde cite ne figure dans aucune source médiévale. Jonathan McGovern a montré en 2021, dans Notes and Queries, qu’elle naît en 1740 dans la Chronicle of the Kings of England du libraire Robert Dodsley, sous la forme « O wretched Man that I am, who shall deliver me from this turbulent Priest ? ». La tournure démarque l’épître aux Romains (7, 24), « Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ? », et George Lyttelton la reprend en 1772, au point qu’on l’a longtemps crue née chez lui. L’invention moderne ne blanchit pas le roi pour autant. Vers 1191, sur les fonts baptismaux de l’église de Lyngsjö, dans le sud de la Suède, un sculpteur montre Henri trônant, identifié par un phylactère REX:HRICVS, qui désigne du doigt un chevalier pour l’envoyer vers les assassins, et vingt ans après les faits, à l’autre bout de la chrétienté latine, l’atelier désigne déjà le commanditaire.
Arrestation manquée ou conjuration jurée
Sur l’intention des quatre hommes, deux lectures s’affrontent. La première, retenue par le British Museum pour son exposition de 2021 comme par English Heritage, voit une arrestation projetée au nom du roi et qui échappe à tout contrôle. Elle a des arguments solides, à commencer par l’entrevue sans armes. Grim lui-même écrit que les chevaliers voulaient tuer l’archevêque hors de l’église ou l’emmener enchaîné, ce qui laisse les deux issues ouvertes jusqu’au dernier moment, et leur effort pour le traîner dehors s’accorde mieux avec une capture qu’avec une exécution au pied de l’autel.
Martin Aurell, dans les actes du colloque de Göttingen sur le meurtre des évêques parus en 2003, plaide pour la préméditation. Les quatre hommes se sont concertés à plusieurs reprises, et des hagiographes soulignent qu’ils n’avaient pas bu, ce qui leur retirait une excuse. D’après Guernes (v. 5096-5100), ils ont prêté serment à Bures, dans la salle même où Harold avait juré de laisser la couronne d’Angleterre à Guillaume. On ne sait pas d’où le poète tient ce détail, mais il dit comment on comprenait le crime quatre ans après. Presque tous les coups visent la tête, et d’abord la tonsure, marque du clerc et de son privilège de juridiction, celui que les constitutions de Clarendon avaient voulu rogner en 1164. Au coup de grâce, Richard le Bret crie qu’il frappe pour l’amour de Guillaume, frère du roi (Materials, t. III, p. 142), dont Becket avait empêché le mariage avec Isabelle de Warenne, comtesse de Surrey, pour cause de parenté trop proche. Aux yeux des tenants de la préméditation, un homme qui solde une rancune de famille en frappant ne cherche plus à arrêter personne.
Nicholas Vincent, dans le même volume, a reconstitué familles et patrimoines des meurtriers, qui avaient servi Étienne de Blois pendant la guerre civile, et Aurell y lit le zèle de ralliés récents. La sanction royale reste légère. Henri prive leurs héritiers mâles de succession et les laisse un an environ à Knaresborough, dans le Yorkshire, avant que le pape ne les envoie en Terre sainte, où on les croit morts tous les quatre. Une charte de Guillaume de Tracy, donnée à Cosenza, en Calabre, en 1173-1174, conserve la dernière trace de l’un d’eux, qui y fait des dons aux moines de Cantorbéry pour le salut de son âme (Canterbury Cathedral Archives, CCA-DCc/ChAnt/A/40).
Robert de Melun avait posé la question avant le crime
Le débat sur le martyre précède le meurtre. Selon FitzStephen, Robert de Melun, maître parisien devenu évêque de Hereford et mort en 1168, demandait déjà si l’archevêque, tué pour la liberté de l’Église, compterait parmi les martyrs, qui meurent pour la foi (Materials, t. III, p. 60-61). Le soir même du 29 décembre, raconte Grim, un clerc conteste devant les autres que le mort en soit un (t. II, p. 440). La querelle parisienne rapportée par Césaire reprend donc une objection née à chaud, et solide en droit.
Le camp de Roger le Normand a d’autres arguments. Becket a refusé la fuite, défendu qu’on ferme les portes et annoncé sa mort dans son sermon de Noël. À Montmartre en novembre 1169 puis à Fréteval en juillet 1170, la paix avait échoué sur le baiser qu’Henri refusait de donner et que Becket exigeait au nom du pape, et Frank Barlow, dans la biographie la plus documentée, parue en 1986, relève que rien n’empêchait l’archevêque de passer outre et d’en informer ensuite Alexandre III. Ses biographes nomment martyre ce que ses adversaires nommaient obstination.
Le culte, lui, n’a pas attendu les théologiens. Les moines ne lavent pas le corps, persuadés que le sang qui le couvre atteste la pureté de son âme, et découvrent sous les vêtements un cilice. Des témoins trempent des étoffes dans le sang ou le recueillent dans de petits récipients. Alexandre III canonise Becket le 21 février 1173. En juillet 1174, en pleine révolte de ses fils et de la reine Aliénor, Henri II traverse Cantorbéry pieds nus, s’agenouille devant le tombeau de la crypte et reçoit les coups des moines, et la victoire décisive que ses troupes remportent le lendemain est attribuée au saint.
Le sang dilué dans l’eau devient l’eau de saint Thomas, que Pierre-André Sigal a étudiée comme un vinage exceptionnel, c’est-à-dire une boisson sanctifiée par le contact d’une relique, vendue aux pèlerins dans des ampoules de plomb. Au British Museum, l’une d’elles, repêchée dans la Tamise, mesure 74,57 millimètres de long et montre l’archevêque bénissant sur une face, le martyre sur l’autre (1896,0501,69). Son cadre porte une inscription qui fait de FitzUrse l’auteur du martyre de Thomas. Les ateliers de Limoges produisent de leur côté des châsses émaillées, quarante-huit selon Aurell, qui répètent la scène du meurtre, comme celle du même musée, haute de 136 millimètres (1854,0411,2).
Un coffre de pierre dans la crypte orientale
Le 7 juillet 1220, les restes quittent la crypte pour une châsse dressée dans la chapelle de la Trinité, où ils demeurent jusqu’en septembre 1538, quand les commissaires d’Henri VIII la détruisent. À partir de là, les textes se contredisent. La chronique dite de Wriothesley note en septembre 1538 que les os furent brûlés dans l’église sur ordre de Cromwell, et le 25 octobre, en consistoire, Paul III dénonce le roi qui a fait brûler le corps et disperser les cendres au vent. Pourtant le brouillon d’un sermon de justification, écrit en 1539 de la main de Thomas Derby, greffier du Conseil privé, affirme que les os furent « conveyed and buried in a noble toure », et ce passage est rayé dans le manuscrit. Nicholas Harpsfield, archidiacre de Cantorbéry en 1554, écrit dans sa Vie de Thomas More que les saints os ont été brûlés. À la fin du siècle, un biographe catholique qui signe Ro. Ba. le paraphrase dans une autre Vie de More, et ses trois manuscrits, datés de 1599, portent enterrés.
En janvier 1888, des fouilles dans la crypte orientale dégagent, à quatre pieds des marches de l’ancien tombeau, un coffre de pierre grossier, large d’à peine dix-huit pouces, qui contient les os d’un homme de grande taille d’une cinquantaine d’années, au crâne largement ouvert du côté gauche. C. F. Routledge, membre du comité de fouille, publie en 1895 dans Archaeologia Cantiana un plaidoyer qui en fait probablement les reliques du saint. John Butler a repris en 1995 les témoignages sur 1538 et sur 1888, et aucune identification n’a jamais été démontrée.
Le corps du saint de Cantorbéry reste ainsi suspendu à un verbe, brûlés ou enterrés, que Ro. Ba. a changé en recopiant Harpsfield et que le greffier de 1539 a choisi de rayer.
Pour aller plus loin
Le conflit qui mène au meurtre s’éclaire par les constitutions de Clarendon de 1164 et par la question du privilège judiciaire des clercs. Il se prolonge dans l’histoire de l’espace Plantagenêt d’Henri II et d’Aliénor, et dans celle du pèlerinage de Cantorbéry, de ses enseignes de plomb et des vitraux des miracles de la chapelle de la Trinité.
Au XIIᵉ siècle, le roi d’Angleterre s’appelle Henri II. Son ancien ami s’appelle Thomas Becket. Il dirige l’Église anglaise comme archevêque de Cantorbéry. Ils finissent par se disputer pendant des années sur les droits de l’Église. Un soir de décembre 1170, des chevaliers du roi tuent l’archevêque dans sa propre cathédrale.
Le cri d’un roi en colère
Tout le monde croit connaître la phrase du roi furieux. « Qui me débarrassera de ce prêtre turbulent ? » Des chevaliers l’auraient entendue et seraient partis aussitôt pour Cantorbéry.
Cette phrase, Henri II ne l’a jamais prononcée. Aucun texte du Moyen Âge ne la rapporte. Elle apparaît pour la première fois en 1740, dans un livre d’histoire écrit par un libraire. Ce libraire l’a imitée d’un verset de la Bible.
Le roi a pourtant crié quelque chose. Il passait Noël en Normandie quand il a appris que Becket punissait les évêques qui avaient couronné son fils. Selon un biographe de l’époque, il s’est plaint de nourrir des incapables. Ces hommes laissaient un clerc de basse naissance humilier leur maître. Un poète qui a enquêté peu après lui prête d’autres mots, et aucune version ne contient l’ordre de tuer.
Une épée brisée sur le sol
Le soir du meurtre, cinq hommes présents dans la cathédrale ont ensuite raconté la scène par écrit. Tous étaient des clercs proches de l’archevêque. Leurs récits se ressemblent beaucoup. Ils viennent pourtant tous du même camp.
Les chevaliers arrivent d’abord sans armes. Ils exigent que Becket lève ses sanctions, et il refuse. Ils reviennent armés à la tombée du jour. Les moines chantent alors la prière du soir, qu’on appelle les vêpres. Becket les rejoint et interdit qu’on ferme les portes derrière lui.
Dans la cathédrale, les chevaliers veulent le traîner dehors, mais il s’accroche à un pilier. Le premier coup d’épée lui tranche le haut du crâne. Un clerc de passage tenait alors l’archevêque dans ses bras. Ce clerc s’appelle Édouard Grim, et le même coup lui entaille profondément le bras. Plus tard, une des épées se brise sur les dalles.
En entrant, les chevaliers avaient crié « Où est Thomas Becket, traître au roi ? ». Les vies du saint ne donnent nulle part ailleurs ce nom de famille. Il rappelait que son père était marchand. Le nom que tout le monde retient vient donc d’une insulte de ses assassins.
Une arrestation ou un meurtre préparé
Les historiens ne s’accordent pas sur ce que voulaient les chevaliers. Pour certains, ils venaient arrêter l’archevêque au nom du roi, et tout a dérapé. Leur première visite sans armes va dans ce sens. Le clerc blessé écrit aussi qu’ils voulaient le tuer dehors ou l’emmener enchaîné.
L’historien Martin Aurell pense au contraire à un meurtre préparé. Les chevaliers s’étaient réunis plusieurs fois, et ils n’avaient pas bu. Leurs coups visent presque tous le sommet du crâne. C’est là que les clercs portent un petit cercle rasé, la tonsure. Cette marque leur donnait droit à leurs propres tribunaux, et la querelle avec le roi portait justement sur ce point.
Un détail pèse aussi. En frappant, l’un des tueurs crie qu’il venge le frère du roi. Becket avait autrefois empêché le mariage de ce prince. Le débat reste ouvert, et personne ne l’a tranché.
Un saint discuté dès le premier soir
Quelqu’un qui meurt pour sa foi, l’Église l’appelle un martyr. Becket, lui, est mort dans une querelle sur les droits de l’Église. Avant même le crime, un théologien se demandait si cela suffisait. Le soir du meurtre, un clerc refusait déjà de parler de martyre. Plus tard, à Paris, un maître dira que Becket est mort de son entêtement.
Les fidèles, eux, n’ont pas attendu les savants. Des témoins trempent des tissus dans le sang du mort. On mêle ensuite ce sang à de l’eau. Ce mélange se vend aux pèlerins dans de petites fioles de plomb. Le pape déclare Becket saint en 1173.
Le roi Henri VIII fait détruire en 1538 le monument qui abritait les restes du saint. Personne ne sait ce que sont devenus les os. Un texte de l’époque parle d’os brûlés, un autre d’os enterrés en secret. Des fouilles dégagent en 1888, dans la crypte, le squelette d’un homme très grand au crâne ouvert. Rien n’a jamais prouvé que c’était lui.
À Cantorbéry, une sculpture moderne marque l’endroit du crime avec deux épées aux pointes rouges. Sur le mur blanc, leurs ombres ajoutent les armes manquantes.
La version complète cite le cri latin des chevaliers et la charte qu’un des meurtriers a fait écrire en Calabre. On y lit aussi le passage qu’un greffier d’Henri VIII a préféré rayer.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Édouard Grim, *Vita S. Thomae, Cantuariensis archiepiscopi et martyris*, dans James Craigie Robertson (éd.), *Materials for the History of Thomas Becket*, t. II, Londres, 1875-1885 (Rolls Series 67), p. 429 (paroles prêtées à Henri II), p. 435 (cri des chevaliers), p. 440 (clerc contestant le martyre le soir du meurtre) édition de référence
- Guillaume FitzStephen, *Vita Sancti Thomae*, dans *Materials for the History of Thomas Becket*, t. III (Rolls Series 67), p. 60-61 (question de Robert de Melun), p. 142 (cri de Richard le Bret) édition de référence
- Benoît de Peterborough, *Passio Sancti Thomae*, dans *Materials for the History of Thomas Becket*, t. II (Rolls Series 67) récit d’un moine de Christ Church présent dans la cathédrale
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Sources primaires (suite)
- Guillaume de Cantorbéry, *Vita et passio S. Thomae*, dans *Materials for the History of Thomas Becket*, t. I (Rolls Series 67) récit d’un moine de Christ Church présent dans la cathédrale
- Jean de Salisbury, lettre *Ex inesperato* à Jean Bellesmains, évêque de Poitiers, début 1171, dans W. J. Millor et C. N. L. Brooke (éd.), *The Letters of John of Salisbury*, t. II, The Later Letters (1163-1180), Oxford, 1979, p. 728-733 Clarendon Press
- Guernes de Pont-Sainte-Maxence, *Vie de saint Thomas Becket*, 6 180 vers, 1172-1174, v. 5096-5100 (serment de Bures) éd. Emmanuel Walberg, Paris, 1936, Classiques français du Moyen Âge 77, Honoré Champion
- Recueil de lettres de la querelle Becket, enluminure du martyre, milieu des années 1180 British Library, Londres, Cotton MS Claudius B II, f. 341r
- Châsse, cuivre doré, émail champlevé, h. 136 mm, l. 137 mm, Limoges, XIIIᵉ siècle, scène du meurtre de Thomas Becket British Museum, Londres, 1854,0411,2
- Ampoule de pèlerinage, alliage de plomb moulé, 74,57 × 64,58 mm, trouvée dans la Tamise, inscription nommant Réginald FitzUrse British Museum, Londres, 1896,0501,69
- Fonts baptismaux de Lyngsjö, pierre sculptée, vers 1191, Henri II désigné par le phylactère REX:HRICVS église de Lyngsjö, sud de la Suède
- Charte de Guillaume de Tracy donnée à Cosenza, 1173-1174, dons aux moines de Cantorbéry Canterbury Cathedral Archives, CCA-DCc/ChAnt/A/40
- Césaire de Heisterbach, *Dialogus miraculorum*, VIII, 69 (dispute entre Roger le Normand et Pierre le Chantre) éd. Joseph Strange, Cologne, 1851
- Robert Dodsley, *The Chronicle of the Kings of England*, Londres, 1740 première attestation de la phrase du « turbulent priest », d’après McGovern 2021
- George Lyttelton, *History of the Life of King Henry the Second*, Londres, 1772 reprise de la phrase
- Chronique dite de Wriothesley, septembre 1538, mention des os « brent » sur ordre de Cromwell citée d’après C. F. Routledge, *Archaeologia Cantiana* 21, 1895, p. 78
- Allocution de Paul III en consistoire, 25 octobre 1538 citée d’après C. F. Routledge, *Archaeologia Cantiana* 21, 1895, p. 78
- Brouillon de sermon de justification pour la croix de Saint-Paul, main de Thomas Derby, greffier du Conseil privé, 1539, passage rayé sur l’inhumation des os cité d’après C. F. Routledge, *Archaeologia Cantiana* 21, 1895, p. 79-80
- Nicholas Harpsfield, *Vie de sir Thomas More*, passage sur les os « burned » cité d’après C. F. Routledge, *Archaeologia Cantiana* 21, 1895, p. 78
- Ro. Ba., *Vie de sir Thomas More* paraphrasant Harpsfield, trois manuscrits datés de 1599, leçon « buried » cités d’après C. F. Routledge, *Archaeologia Cantiana* 21, 1895, p. 78-79
Bibliographie
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- Nicholas Vincent, « The Murderers of Thomas Becket », dans Natalie Fryde et Dirk Reitz (dir.), *Bischofsmord im Mittelalter. Murder of Bishops*, Göttingen, 2003, p. 211 et suiv. Vandenhoeck & Ruprecht
- Emmanuel Walberg, *La tradition hagiographique de saint Thomas Becket avant la fin du XIIᵉ siècle*, Paris, 1929 Droz
- Pierre-André Sigal, « Naissance et premier développement d’un vinage exceptionnel : l’eau de saint Thomas », *Cahiers de civilisation médiévale* 44, 2001, p. 35-44 Cahiers de civilisation médiévale
- Frank Barlow, *Thomas Becket*, Berkeley, 1986 University of California Press
- Michael Staunton (trad.), *The Lives of Thomas Becket*, Manchester, 2001, Manchester Medieval Sources Manchester University Press
- Jonathan McGovern, « The Origin of the Phrase “Will no one rid me of this turbulent priest ?” », *Notes and Queries* 68 (3), 2021, p. 266, DOI 10,1093/notesj/gjab094 Oxford University Presshttps://doi.org/10.1093/notesj/gjab094
- C. F. Routledge, « The Bones of Archbishop Becket », *Archaeologia Cantiana* 21, 1895, p. 73-80 Kent Archaeological Society
- John R. Butler, *The Quest for Becket’s Bones. The Mystery of the Relics of St Thomas Becket of Canterbury*, New Haven et Londres, 1995 Yale University Press
Sources en ligne
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- « Who killed Thomas Becket ? », Lloyd de Beer et Naomi Speakman, 22 avril 2021 British Museumhttps://www.britishmuseum.org/blog/who-killed-thomas-becket
- « A timeline of Thomas Becket’s life and legacy » British Museumhttps://www.britishmuseum.org/exhibitions/thomas-becket-murder-and-making-saint/timeline-thomas-beckets-life-and-legacy
- « reliquary | British Museum », notice 1854,0411,2 British Museum, Collection onlinehttps://www.britishmuseum.org/collection/object/H_1854-0411-2
- « ampulla | British Museum », notice 1896,0501,69 British Museum, Collection onlinehttps://www.britishmuseum.org/collection/object/H_1896-0501-69
- « Thomas Becket, Henry II and Dover Castle » English Heritagehttps://www.english-heritage.org.uk/visit/places/dover-castle/history-and-stories/becket-henry-dover-castle/
- « Becket altar (Martyrdom) » Canterbury Historical and Archaeological Societyhttps://www.canterbury-archaeology.org.uk/becket-altar-memorial
- « Thomas Becket - Learning Resources » Canterbury Cathedralhttps://learning.canterbury-cathedral.org/a-walk-through-time/becket/
- « The Bones of Archbishop Beckett » Kent Archaeological Society, Archaeologia Cantiana, vol. 21https://www.kentarchaeology.org.uk/journal/21/bones-archbishop-beckett
- « Le meurtre de Thomas Becket : les gestes d’un martyre », dépôt de l’auteur, université de Poitiers Academia.eduhttps://www.academia.edu/4259673/Le_meurtre_de_Thomas_Becket_les_gestes_d_un_martyre
- « Rezension zu : N. Fryde ; D. Reitz (Hg.) : Bischofsmord im Mittelalter » H-Soz-Kulthttps://www.hsozkult.de/publicationreview/id/reb-4954
- « Full text of « Materials for the history of Thomas Becket, Archbishop of Canterbury (canonized by Pope Alexander III., A.D. 1173) » », t. III, introduction sur Guillaume FitzStephen Internet Archivehttps://archive.org/stream/materialsforhist03robe/materialsforhist03robe_djvu.txt
- « Guernes de Pont-Sainte-Maxence, Vie de saint Thomas Becket, texte établi par Emmanuel Walberg » Base de français médiéval, ENS de Lyonhttps://txm-bfm.huma-num.fr/txm/pdf/becket.pdf
- « ‘Who will deliver me from this turbulent priest ?’ How two Henrys failed to erase the memory of Thomas Becket », Chris Catling The Past (Current Archaeology)https://the-past.com/feature/who-will-deliver-me-from-this-turbulent-priest-how-two-henrys-failed-to-erase-the-memory-of-thomas-becket/


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