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Biographie
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Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry assassiné dans sa cathédrale

Moyen Âge8 octobre 202617 min de lecture
Palauenc05 / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un nom forgé quatre siècles après la mort

Aucun des clercs qui l’ont servi ne l’appelle Thomas à Becket. De son vivant, les textes disent le plus souvent Thomas de Londres, du nom de la ville où il est né, et le patronyme paternel, Beket, ne s’attache à lui que dans quelques documents, surtout semble-t-il avant son ordination. La particule « à » apparaît dans les années 1590, chez le satiriste Thomas Nashe, qui en faisait un instrument de dérision, selon l’enquête que John Jenkins a consacrée en 2023 à l’histoire de ce nom. Entre-temps, l’Église a dit saint Thomas de Cantorbéry pendant plus de trois siècles, jusqu’à ce qu’une proclamation d’Henri VIII, en novembre 1538, ordonne de l’appeler désormais « Bishop Becket », forme qui a fini par passer dans l’usage courant.

Ses biographes placent sa naissance un 21 décembre, jour de la fête de l’apôtre dont il porte le prénom. L’année, aucune source de son temps ne la donne, et les éditeurs la reconstituent entre 1118 et 1120. Ses parents, Gilbert et Mathilde, sont des Normands installés à Londres, où Gilbert, d’abord marchand, vit dans les années 1120 du revenu de ses maisons de la Cité, près de Cheapside. L’enfant fréquente l’école du prieuré de Merton, puis les écoles de Londres et de Paris, avant d’entrer comme clerc dans la maison de Théobald du Bec, archevêque de Cantorbéry. En 1154, Théobald lui confie l’archidiaconé de Cantorbéry, laissé libre par le passage de Roger de Pont-l’Évêque au siège d’York, selon Guillaume de Newburgh, chanoine augustin qui écrit dans les années 1190 (Historia rerum Anglicarum, livre II, chap. 16).

Henri II, roi depuis décembre 1154, fait de lui son chancelier l’année suivante. Newburgh écrit qu’il paraissait alors partager le gouvernement avec le roi, et lui attribue la négociation qui fiance le fils aîné d’Henri II à une fille de Louis VII, avec Gisors pour dot, remis aux Templiers jusqu’au mariage (II, 24). Le 23 mai 1162, un an après la mort de Théobald, Thomas est élu archevêque alors qu’il n’est que diacre ; il est consacré le 3 juin. Dans le courant de la même année, et contre le souhait du roi, il résigne la chancellerie.

En janvier 1164, au palais de Clarendon, le roi fait mettre par écrit seize articles donnés pour les coutumes observées sous son grand-père Henri Iᵉʳ. L’archevêque y consent de vive voix, puis se rétracte. Poursuivi en octobre au concile de Northampton, notamment sur la gestion de sa chancellerie, il passe la mer en novembre. Six ans d’exil suivent, à l’abbaye cistercienne de Pontigny puis à Sens. Le 14 juin 1170, à Londres, Roger, devenu archevêque d’York, couronne le fils aîné du roi, un sacre que le siège de Cantorbéry tenait pour sa prérogative. Une paix est conclue à Fréteval en juillet, et Becket débarque à Sandwich le 1ᵉʳ décembre 1170, après avoir fait partir les lettres pontificales qui frappent l’archevêque d’York et les évêques de Londres et de Salisbury.

Le 29 décembre, date que tous les récits donnent, quatre chevaliers de la maison du roi, Renaud FitzUrse, Guillaume de Tracy, Hugues de Morville et Richard le Breton, arrivés de la cour de Noël tenue en Normandie, viennent l’interpeller dans le palais archiépiscopal. Ils le suivent ensuite dans la cathédrale, à l’heure des vêpres, et le tuent au pied d’un pilier. Édouard Grim, clerc venu de Cambridge et blessé au bras en tentant de le protéger, a laissé le récit le plus cité de la scène (Vita S. Thomae, dans Materials for the History of Thomas Becket, éd. James Craigie Robertson, Rolls Series 67, t. II). Les moines ensevelissent le corps dans la crypte le lendemain, Alexandre III le canonise le 21 février 1173, et Henri II vient faire pénitence au tombeau en 1174.

Anne Duggan a publié en 2000, dans les Oxford Medieval Texts, les 329 lettres écrites ou reçues par l’archevêque entre 1162 et 1170, et cinq au moins des hommes présents dans la cathédrale ont raconté le meurtre. Cette abondance laisse pourtant trois zones sans témoin direct. Les mots d’Henri II n’ont été notés, semble-t-il, par personne qui les ait entendus. L’intention des quatre chevaliers n’est connue que par les clercs de leur victime. Et la transformation que les biographes situent en 1162 n’est racontée que dans des textes postérieurs au meurtre, écrits par des hommes qui vénéraient déjà un martyr.

Il faut donc reprendre une à une les Vies écrites dans les quinze ans qui suivent, regarder qui les a écrites, dans quelle maison et à quelle distance des faits, puis examiner trois épisodes où la recherche se divise, la transformation de 1162, les articles de Clarendon et les paroles royales de décembre 1170, avant de suivre le culte jusqu’aux missels grattés de 1538 et de faire le compte des questions qu’aucun de ces textes ne règle.

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