Qui ne le croit pas n’a qu’à prendre la route de Francie pour aller le voir. La phrase est d’Agnellus, prêtre de Ravenne, au chapitre 94 de l’histoire des évêques de sa ville, et elle parle d’un cheval. Devant l’entrée principale du palais royal, sur un socle de pierre haut d’environ six coudées, se dressait un cheval de bronze couvert d’or fauve, monté par le roi Théodoric, le bouclier à l’épaule gauche et la lance levée dans la main droite. Près de trente-huit ans avant le moment où il écrit, raconte Agnellus, Charles, roi des Francs, revenait de Rome, où Léon III lui avait conféré l’Empire. Il entra dans Ravenne, vit cette image, la plus belle qu’il eût jamais vue de son propre aveu, et la fit emporter jusqu’au palais qu’on appelle Aquisgranis, Aix-la-Chapelle.
La statue a bien franchi les Alpes. En 829, Walahfrid Strabon, moine de Reichenau, consacre 262 hexamètres à ce cavalier, le De imagine Tetrici, et le traite durement. Tetricus joue sur le nom germanique du roi et sur l’adjectif latin taeter, repoussant, parce que Théodoric, arien, passait pour un hérétique et pour un damné. Grégoire le Grand, au chapitre 31 du livre IV des Dialogues, avait fait voir à un ermite de Lipari le roi pieds nus, mains liées, jeté dans un volcan à l’heure de sa mort. Agnellus ajoute que la statue avait d’abord représenté l’empereur Zénon, et que Théodoric se l’était appropriée en y faisant inscrire son nom. La statue a disparu depuis, et c’est par ces deux textes, celui du prêtre de Ravenne et celui du moine de Reichenau, qu’on sait qu’elle est arrivée à Aix.
Ravenne paie le chantier
Le transfert de la statue clôt une série d’emprunts commencée avant le chantier lui-même. En 787, le pape Hadrien Iᵉʳ écrit à Charles qu’il l’autorise à prendre des mosaïques et des marbres dans un palais de Ravenne, ville que Pépin le Bref avait contraint le roi lombard Aistulf à remettre au pape. La lettre s’est conservée parce que Charles fit réunir en 791 toutes les lettres pontificales adressées à son grand-père, à son père et à lui-même, quatre-vingt-dix-neuf en tout, et ce recueil, le Codex carolinus, ne survit que dans un seul manuscrit, conservé à Vienne sous la cote Cod. 449. Éginhard confirme l’usage qui en fut fait. Au chapitre 26 de la Vie de Charlemagne, il écrit que le roi, ne pouvant trouver ailleurs colonnes et marbres pour son église d’Aix, les fit venir de Rome et de Ravenne, et qu’il l’orna d’or, d’argent, de luminaires, de grilles et de portes de bronze massif.
Ces colonnes ont voyagé deux fois. En septembre 1794, l’armée française entre dans Aix et fait démonter une quarantaine de colonnes de l’église. Trente-deux de ces monolithes, dressés dans les huit arcades de la tribune, étaient déjà des remplois carolingiens tirés de Rome et de Ravenne. Dix d’entre eux furent intégrés à la galerie des Antiques du Musée central des arts, ouverte au public en novembre 1800, et les documents de l’époque les disent venus du tombeau de Charlemagne, sans jamais évoquer l’édifice médiéval. Brigitte Buettner a suivi en 2024 la longue restitution engagée après 1815. Les colonnes rendues ne furent remontées à Aix qu’entre 1843 et 1847, et les dix de la galerie sont restées au Louvre.
Pour la statue, l’intention se lit moins bien. Théodoric était un Goth et un arien, et les historiens se sont longtemps embarrassés de voir un empereur chrétien dresser devant son palais l’effigie d’un roi que l’Église disait damné. On y a vu le héros des légendes germaniques, un signe adressé à Constantinople pour dire que le nouvel empereur se contenterait de l’Occident, ou un trophée après la victoire sur les Avars de 796. Deborah Deliyannis a proposé une lecture topographique, que reprend Carlo Ferrari en 2022. Placé entre le palais et l’église, le cavalier d’Aix occupait la position du cavalier de bronze du Latran, que l’on prenait alors pour Constantin, et de celui de Justinien à Constantinople, tous deux dressés entre palais et sanctuaire. Ferrari ajoute qu’un autre cavalier de Ravenne, le futur Regisole, avait probablement été emporté à Pavie par le roi lombard Aistulf entre 751 et 756, si bien que Charles, maître de Pavie depuis 774, reliait à son tour sa résidence aux anciens sièges gothique et lombard de l’Italie.
Quarante-huit pieds
Aucun texte ne dit quand le chantier commença ni quand il s’acheva. Les dates viennent du bois. Sous la fondation d’un pilier du déambulatoire, les fouilles ont dégagé des pieux de chêne enfoncés pour tasser le sol, et le premier, retiré en septembre 2007, n’avait que 25 cernes, trop peu pour une datation. En mars 2009, le pieu n° 3, un quartier de chêne taillé à six pans, en livre 57, et le laboratoire de dendrochronologie de l’université de Cologne place le dernier d’entre eux en 781. L’écorce manque, et avec elle les cernes d’aubier, que le laboratoire estime à dix-sept, à cinq près. L’arbre a donc été abattu vers 798, entre 793 et 803. Une poutre du chaînage de bois de l’octogone, prélevée dès 1967 et datée en 1980 d’un abattage postérieur à 776, à dix ans près, a été déclarée indatable quand le laboratoire de Trèves a repris les mesures en 1999. En croisant le bois, une monnaie trouvée dans la zone des fondations et les textes, Ulrike Heckner situe le début des travaux vers 795 et leur achèvement vers 803. La dédicace de 804 ou 805, souvent avancée, n’est attestée par aucune source.
Le plan repose sur une trame de 6 pieds. L’octogone central mesure 48 pieds, son double, 96 pieds, donne la hauteur et la largeur du bâtiment central, son triple, 144 pieds, la longueur totale de l’église, et le pied employé, de 32,24 cm, est si proche du pied du roi de Paris, de 32,48 cm, qu’Ulrike Heckner se demande s’il n’est pas né à Aix. La coupole monte à plus de 30 mètres pour une portée de plus de 14 mètres. Quatre chaînages de fer et deux de bois ceinturent le tambour, trois autres en fer courent dans les murs du polygone extérieur à seize pans, et l’édifice est le premier exemple connu d’une coupole tenue par une armature de fer. Un mortier hydraulique au tuileau, qui prend vite, a permis de monter rapidement, et ce même mortier, d’un rouge vif, couvrait toute la façade.
À l’intérieur, Éginhard signale au chapitre 32 une inscription peinte à la sinopia, l’ocre rouge, sur le bandeau qui court entre les arcades basses et les arcades hautes, et qui nommait le fondateur de l’église. Son dernier vers portait KAROLUS PRINCEPS. Quelques mois avant la mort de l’empereur, en 814, certains remarquèrent que les lettres de PRINCEPS s’étaient effacées au point de ne plus se voir, présage dont Charles, assure son biographe, ne tint pas plus compte que des autres.
Les modèles, eux, se disputent. Notker, moine de Saint-Gall, qui écrit dans les années 880 pour l’empereur Charles le Gros, affirme aux chapitres 27 et 28 du livre I des Gesta Karoli que Charles bâtit à Aix sur l’exemple du très sage Salomon, et qu’il voulait une église supérieure aux ouvrages des Romains, pour laquelle il fit venir des maîtres de tous les pays d’outre-mer. Le même auteur, à quelques lignes d’écart, renvoie donc à Jérusalem et à Rome. Ulrike Heckner tient la géométrie de l’octogone pour une allusion au Temple de Salomon, et rappelle que le Dôme du Rocher, achevé en 691 ou 692 et tenu au haut Moyen Âge pour une réplique du Temple, est déjà un octogone à coupole et à déambulatoire. Le type architectural, de son côté, descend de la rotonde de Santa Costanza à Rome, vers 340-345, et de San Vitale à Ravenne, consacrée en 547. Le maître d’œuvre n’est connu que par une inscription, qui le nomme Odo et le dit enterré à Metz.
Une Rome à venir
Les annales dites de Lorsch, à l’année 801, justifient le titre impérial de Charles par le fait qu’il tenait Rome, où les Césars avaient toujours eu leur siège, ainsi que les autres sièges qu’il possédait en Italie, en Gaule et en Germanie. Aix n’y figure pas.
À la cour, pourtant, le nom de Rome circule. Un poème latin, connu par un seul manuscrit copié à Saint-Gall et conservé à Zurich sous la cote Ms. C 78, décrit la construction, sous la direction de Charles, d’une Rome à venir dont les thermes aux eaux chaudes évoquent Aix. La ville n’y est jamais nommée, et la date du poème est discutée. Modoin va plus loin dans sa première églogue. Les siècles, écrit-il, sont revenus aux mœurs antiques, et la Rome d’or renaît pour le monde, renouvelée, aurea Roma iterum renovata renascitur orbi. Klazina Staat y lit en 2024 une allusion aux chantiers d’Aix autant qu’aux restaurations que Charles soutenait à Rome même. La même cour pleurait l’autre Rome. Dans le poème que l’on édite sous le numéro 9, Alcuin l’appelle tête du monde, ornement du monde, Rome d’or, pour lui dire qu’il ne lui reste plus qu’une ruine cruelle.
Le mot le plus lourd de sens est un nom de lieu. La chronique dite de Moissac, à l’année 796 selon le relevé de Romuald Bauerreiß, situe à Aix une maison du palais « que l’on appelle le Latran », in domo Aquisgrani palatii, quae ad Lateranis dicitur, et un texte du règne de Louis le Pieux réunit des évêques dans le secretarium de la basilique Sainte-Marie, « qu’on appelle Latran ». Le Latran de Rome était le palais des papes et l’un des édifices attribués à Constantin. Ludwig Falkenstein a consacré à ce Latran d’Aix sa thèse, soutenue en 1964 et publiée en 1966, puis un long article en français, paru en 1991 dans la revue Byzantion, sur lequel s’appuie Carlo Ferrari pour écrire que Charles donna ce nom à son palais. Rutger Kramer et Clemens Gantner ont proposé en 2016 une autre lecture : le nom aurait servi à un petit groupe de réformateurs pour se placer dans une tradition constantinienne lorsqu’ils tenaient concile, sans désigner officiellement un bâtiment ni copier les constructions romaines.
Aix n’était pas Constantinople
Pépin le Bref, père de Charles, y avait déjà passé Noël et Pâques en 765 et 766.
Charles, écrit Éginhard au chapitre 22, aimait les vapeurs des eaux chaudes et nageait mieux que personne. C’est pour cela qu’il fit bâtir un palais à Aix, où il habita sans interruption dans les dernières années de sa vie, et il invitait au bain ses fils, ses grands, ses amis et parfois sa garde, jusqu’à cent hommes ou davantage. Harald Müller, dans un article publié en français dans la revue Francia en 2014, précise que le palais fut entre 806 et 822 la résidence permanente de Charlemagne puis de Louis le Pieux. En 811, les Annales royales notent que des envoyés venus de Pannonie attendaient l’empereur à Aix.
Les fouilles et l’étude des élévations menées depuis 2006 donnent la mesure de cette résidence. Au nord, la salle royale, l’aula regia, mesurait 47,4 mètres sur 20,8, et l’hôtel de ville gothique, élevé au XIVᵉ siècle, repose sur ses fondations. À son flanc oriental, une tour d’escalier, la tour Granus, conserve sur quatre niveaux ses vingt premiers mètres carolingiens. Une galerie d’environ 135 mètres reliait la salle à l’église. Notker, au chapitre 30 du livre I, ajoute que les maisons des dignitaires avaient été disposées autour du palais de façon que l’empereur, depuis les fenêtres de sa chambre, vît entrer et sortir chacun sans être aperçu. L’église elle-même pose un problème de mots. Elle fut fondée comme collégiale, desservie par une communauté de clercs, et le nom de chapelle palatine, que l’usage a consacré, la décrit mal. Mieux vaudrait dire, comme Éginhard, la basilique de la Mère de Dieu, parce que le terme moderne fait croire à un oratoire privé du souverain alors que l’édifice servait aussi à un chapitre. Rien de tout cela ne fait une capitale au sens où Constantinople en était une, siège fixe d’un empereur et de ses bureaux. Carlrichard Brühl a étudié en 1967 ce que les textes du haut Moyen Âge entendaient par sedes regia, urbs regia ou caput regni, et la distance entre ces mots et notre idée de capitale. Domantas Audronis rappelle que la sédentarité des dernières années tenait peut-être autant à l’âge de l’empereur qu’à un choix de gouvernement.
L’image d’une Aix capitale, voire seconde Rome, a son histoire. Frank Pohle, qui dirige les musées de la Route Charlemagne, la rattache en 2025 aux débats ouverts au siècle dernier par des historiens allemands qui cherchaient à accorder les vestiges du palais avec l’idée impériale, et il parle à ce propos d’un pouvoir des images. L’après-guerre lui a donné une scène. Du 26 juin au 19 septembre 1965, l’exposition Karl der Große. Werk und Wirkung, placée sous l’égide du Conseil de l’Europe, occupe l’hôtel de ville et le cloître de l’ancienne église palatine, vingt ans après la capitulation allemande, et Philippe Cordez en a retracé l’histoire en 2024. Le camp adverse a pourtant de quoi se défendre. Les marbres de Ravenne, le cavalier placé comme celui du Latran, le Latran d’Aix lui-même, la Rome d’or de Modoin et les sièges des Césars des annales de Lorsch montrent que la cour pensait à Rome en bâtissant Aix. Audronis en tire en 2021 une conclusion mesurée. Charles voulait être un empereur chrétien, sans chercher à devenir un empereur romain, et Rome lui fournissait la seule langue impériale disponible.
Le nom de Latran, lui, ne se retrouvera pas dans le sol. Les campagnes menées depuis 2006 ont rendu des fondations, des pieux de chêne, une monnaie et les murs de la salle royale, mais un nom ne laisse pas de trace dans une tranchée. Que le Latran d’Aix ait désigné une maison du palais, le secretarium de la basilique ou la manière qu’avait un cercle de clercs de se croire à Rome le temps d’un concile, aucune fouille ne pourra le dire, et les deux mentions citées plus haut se contentent de le nommer.
Pour aller plus loin
Le couronnement de Noël 800, traité dans la notice sur le sacre de Charlemagne, éclaire le titre impérial que les annales de Lorsch rattachent aux sièges des Césars. Ravenne, de Théodoric à l’exarchat byzantin, et l’ouverture du tombeau de Charlemagne par Otton III à la Pentecôte de l’an 1000 prolongent l’histoire du palais d’Aix et de ses usages.
Charlemagne a-t-il voulu faire d’Aix-la-Chapelle une nouvelle Rome ? On le lit souvent. Pour en juger, il faut reprendre ce que disent les textes de son temps et ce que les fouilles ont retrouvé. Certains indices vont dans ce sens. D’autres ont mal résisté à l’examen.
Des colonnes et une statue venues d’Italie
Aix se trouve aujourd’hui en Allemagne, près de la Belgique et des Pays-Bas. Les Romains y avaient déjà profité des sources chaudes. Dans les années 790, Charles, roi des Francs, y fait bâtir un palais et une grande église dédiée à Marie.
Pour cette église, il lui faut des colonnes et des marbres. En 787, le pape l’autorise par lettre à en prendre dans un palais de Ravenne, en Italie. Cette lettre ne nous est parvenue que dans un seul manuscrit, conservé à Vienne. Éginhard, le biographe de Charles, confirme que les colonnes de l’église sont venues de Rome et de Ravenne. On appelle remplois ces pièces anciennes réutilisées dans un bâtiment neuf.
Charles rapporte aussi une statue. Au retour de son couronnement à Rome, il voit à Ravenne un cavalier de bronze doré qui représente le roi Théodoric. D’après un prêtre de la ville, Agnellus, il le trouve si beau qu’il le fait emporter jusqu’à Aix. Le choix étonne, car Théodoric était un Goth et passait pour hérétique. En 829, un moine, Walahfrid Strabon, consacre un long poème à cette statue et en dit beaucoup de mal. Elle a disparu depuis.
Pourquoi l’installer à Aix ? Des historiens remarquent qu’elle se dressait entre le palais et l’église. À Rome, au Latran, un cavalier de bronze occupait la même place, entre le palais des papes et le sanctuaire. On le prenait alors pour l’empereur Constantin.
Une église datée par le bois
Aucun texte ne dit quand le chantier a commencé. La réponse vient du bois. Sous les fondations, on a retrouvé des pieux de chêne. Un laboratoire de Cologne a compté les cernes de l’un d’eux, ces anneaux que l’arbre ajoute chaque année. L’arbre a été abattu vers 798, à cinq ans près. Les travaux ont sans doute commencé vers 795 et se sont achevés vers 803.
L’église forme un octogone, une construction à huit côtés. Son plan repose sur des multiples de six pieds. La coupole monte à plus de trente mètres. Des chaînages de fer la ceinturent, et c’est le premier exemple connu d’une coupole tenue de cette façon.
Quel modèle Charles avait-il en tête ? Vers 880, un moine de Saint-Gall, Notker, écrit qu’il a suivi l’exemple du roi Salomon, le bâtisseur du Temple de Jérusalem. Quelques lignes plus loin, il ajoute que Charles voulait faire mieux que les Romains. Les spécialistes d’architecture rapprochent plutôt l’église d’Aix de San Vitale, une église à huit côtés consacrée à Ravenne en 547.
Rome dans les poèmes de la cour
À la cour, le nom de Rome revient souvent. Un poème décrit Charles en train de bâtir une « Rome à venir », avec des bains d’eau chaude qui font penser à Aix. La ville n’y est pourtant jamais nommée. Un autre poète, Modoin, chante une Rome d’or qui renaît.
Un indice pèse davantage. Une chronique signale à Aix, en 796, une maison du palais « que l’on appelle le Latran ». À Rome, le Latran était le palais des papes. Les historiens discutent encore du sens de ce nom. Pour les uns, Charles l’a donné à son palais. Pour d’autres, un petit groupe de clercs l’employait quand il se réunissait en concile, sans désigner un bâtiment précis.
Une capitale, vraiment ?
On présente souvent Aix comme la capitale de Charlemagne. Le mot convient mal. La cour franque voyageait de palais en palais, et Aix n’était pas un siège fixe comme Constantinople. Charles n’y réside en permanence qu’à la fin de sa vie, à partir de 806, et son fils Louis le Pieux après lui. Il aimait les eaux chaudes et y invitait au bain jusqu’à cent personnes. Son âge a peut-être compté autant qu’un projet politique.
Le nom de chapelle palatine trompe aussi. L’église n’était pas l’oratoire privé du souverain, et une communauté de clercs la desservait.
L’image d’une Aix capitale de l’Europe s’est renforcée vingt ans après la Seconde Guerre mondiale. En 1965, une grande exposition sur Charlemagne s’y tient sous l’égide du Conseil de l’Europe. Un historien résume aujourd’hui la question d’une phrase. Charles voulait être un empereur chrétien, et Rome lui offrait la seule langue impériale disponible.
Ses colonnes, elles, ont encore voyagé. En 1794, l’armée française en démonte une quarantaine, et dix se trouvent toujours au Louvre.
Le texte complet raconte comment les lettres du mot PRINCEPS se sont effacées de l’inscription peinte dans l’église quelques mois avant la mort de l’empereur, et suit un second cavalier de Ravenne, emporté à Pavie par un roi lombard.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Agnellus de Ravenne, Liber pontificalis ecclesiae Ravennatis, c. 94 (cheval de bronze « auro fulvo perfusus », socle haut « quasi cubiti sex », statue d’abord faite pour Zénon, transfert « in suo eam firmare palatio qui Aquisgranis vocatur », « Qui non credit, sumat Franciae iter, eum aspiciat », « Et nunc paene annis .xxxviii. »), éd. Deborah Mauskopf Deliyannis, Corpus Christianorum, Continuatio Mediaevalis 199, Turnhout, Brepols, 2006, p. 259-260, cité d’après Ferrari 2022
- Walahfrid Strabon, De imagine Tetrici, 829, 262 hexamètres, éd. Michael W. Herren, Journal of Medieval Latin 1, 1991, p. 118-139 ; éd. et trad. all. Tino Licht, Heidelberg, Mattes, 2020 (Reichenauer Texte und Bilder 16), d’après le compte rendu de Stüber (Sources en ligne)
- Grégoire le Grand, Dialogues, IV, 31 (un ermite de Lipari voit Théodoric, pieds nus et mains liées, jeté dans le volcan à l’heure de sa mort), éd. Adalbert de Vogüé, Sources chrétiennes 251, 260 et 265, cité d’après Ferrari 2022
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Sources primaires (suite)
- Hadrien Iᵉʳ, lettre à Charles, 787 (permission de prélever mosaïques et marbres dans un palais de Ravenne), recueil du Codex carolinus constitué en 791, quatre-vingt-dix-neuf lettres, éd. Wilhelm Gundlach, MGH Epistolae 3, Berlin, 1892, p. 614-615, cité d’après Ferrari 2022 Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, Cod. 449
- Éginhard, Vita Karoli Magni, c. 22 (bains d’Aix, jusqu’à cent hommes et davantage, résidence continue des dernières années), c. 26 (colonnes et marbres venus de Rome et de Ravenne, portes et grilles de bronze), c. 32 (inscription peinte à la sinopia, KAROLUS PRINCEPS, lettres effacées avant 814), éd. Oswald Holder-Egger, MGH Scriptores rerum Germanicarum 25, Hanovre et Leipzig, 1911, texte latin consulté sur The Latin Library
- Notker de Saint-Gall, Gesta Karoli Magni imperatoris, I, 27-28 (exemple de Salomon, église supérieure aux ouvrages des Romains, maîtres d’outre-mer) et I, 30 (maisons des dignitaires visibles depuis la chambre de l’empereur), éd. Hans F. Haefele, MGH Scriptores rerum Germanicarum, Nova series 12, Berlin, 1959, trad. angl. A. J. Grant, 1922
- Annales Laureshamenses, a. 801 (Rome, siège des Césars, et autres sièges tenus par Charles en Italie, en Gaule et en Germanie), éd. Georg Heinrich Pertz, MGH Scriptores 1, p. 38, cité d’après Audronis 2021
- Annales regni Francorum, a. 765 (Pépin à Aix) et a. 811 (envoyés de Pannonie attendant l’empereur à Aix), éd. Friedrich Kurze, MGH Scriptores rerum Germanicarum 6, Hanovre, 1895, cité d’après Kremser (Sources en ligne) et Audronis 2021
- Karolus magnus et Leo papa, dit poème de Paderborn (Rome à venir bâtie sous la direction de Charles, thermes aux eaux chaudes, ville jamais nommée), seul témoin, parchemin, 162 ff., Saint-Gall, IXᵉ-XVᵉ siècle Zurich, Zentralbibliothek, Ms. C 78 ; éd. Ernst Dümmler, MGH Poetae 1, p. 366-379 ; trad. angl. Peter Godman, 1985, p. 203, d’après Audronis 2021
- Modoin, Nasonis ecloga, I, v. 26-27 (« Rursus in antiquos mutataque secula mores. / Aurea Roma iterum renovata renascitur orbi »), MGH Poetae 1, p. 385, cité d’après Staat 2024
- Alcuin, Carmen 9, v. 37-38 (« Roma, caput mundi, mundi decus, aurea Roma, / Nunc remanet tantum saeva ruina tibi »), MGH Poetae 1, p. 230, cité d’après Staat 2024
- Chronicon Moissiacense, a. 796 (« in domo Aquisgrani palatii, quae ad Lateranis dicitur »), cité d’après Bauerreiß 1962
- Texte du règne de Louis le Pieux réunissant des évêques « in secretario basilicae sanctae genetricis dei Mariae, quod dicitur Lateranis », daté de 837 par Bauerreiß 1962
- Pieux de fondation sous un pilier du déambulatoire, Aix-la-Chapelle, cathédrale : premier pieu retiré en septembre 2007 (25 cernes) et pieu n° 3, quartier de chêne à six pans retiré en mars 2009 (57 cernes, dernier cerne 781, aubier estimé à 17 ± 5 cernes, abattage vers 798), analyse du laboratoire de dendrochronologie de l’université de Cologne, d’après Schmidt et al. 2009 ; monnaie trouvée dans la zone des fondations (fouille de 2009), d’après Heckner 2013
- Poutre du chaînage de bois de l’octogone, prélevée en 1967, datée en 1980 d’un abattage postérieur à 776 ± 10, déclarée indatable après les nouvelles mesures du laboratoire de Trèves en 1999, d’après Schmidt et al. 2009 et l’extrait « Der Aachener Dom » (Sources en ligne)
- Inscription nommant le maître d’œuvre, le magister Odo enterré à Metz, d’après Heckner 2013
- Dix colonnes monolithes de la tribune de l’église d’Aix, remplois carolingiens démontés en 1794 et entrés dans la galerie des Antiques du Musée central des arts, ouverte en novembre 1800 Paris, musée du Louvre, d’après Buettner 2024
- Aula regia (47,4 × 20,8 m), dont les fondations portent l’hôtel de ville du XIVᵉ siècle, tour Granus (vingt premiers mètres carolingiens sur quatre niveaux) et galerie d’environ 135 m, Aix-la-Chapelle, vestiges in situ, d’après Ley et Schaub 2025 et la notice « Das Rathaus » de la Route Charlemagne
Bibliographie
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- Ley et Schaub, « The Palace of Aachen. Settlement and Architectural History », dans Anna Gierszewska-Noszczyńska, Oliver Grimm et Lukas Grunwald (dir.), Frankish Seats of Power and the North, Heidelberg, Propylaeum, 2025 (LEIZA Publications 7), DOI 10,11588/propylaeum.1681.c24458 https://doi.org/10.11588/propylaeum.1681.c24458
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- Klazina Staat, « Imagining Rome : Reading a Ninth-Century Carolingian Manuscript in Its Monastic Context », dans Els Rose, Robert Flierman et Martine de Bruin-van de Beek (dir.), City, Citizen, Citizenship, 400-1500, Cham, Palgrave Macmillan, 2024, p. 397-431, DOI 10,1007/978-3-031-48561-9_14 https://doi.org/10.1007/978-3-031-48561-9_14
- Deborah Mauskopf Deliyannis, « Charlemagne’s Silver Tables : The Ideology of an Imperial Capital », Early Medieval Europe 12, 2003, p. 159-177, cité d’après Ferrari 2022
- Carlrichard Brühl, « Remarques sur les notions de « capitale » et de « résidence » pendant le haut Moyen Âge », Journal des savants, n° 4, 1967, p. 193-215
- Philippe Cordez, « 1965 – Charlemagne à Aix-la-Chapelle : histoires d’une exposition », dans Philippe Cordez (dir.), Art médiéval et médiévalisme, Heidelberg, arthistoricum.net, 2024 (Passages online 9), p. 34-55, DOI 10,11588/arthistoricum.732.c19036 https://doi.org/10.11588/arthistoricum.732.c19036
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Sources en ligne
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