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Biographie
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Justinien, empereur de la reconquête et du Code

Moyen Âge14 septembre 202616 min de lecture
Meister von San Vitale in Ravenna / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Deux mille livres lus en trois ans

Le 16 décembre 533, une constitution impériale intitulée Tanta déclare achevé un travail que son propre texte présente comme hors de portée de l’esprit humain. Le questeur du palais, Tribonien, a fait dépouiller près de deux mille livres de juristes, plus de trois millions de lignes, pour en retenir environ cent cinquante mille, réparties en cinquante livres. La commission avait été constituée le 15 décembre 530. On lui avait accordé dix ans.

L’homme qui signe cette constitution s’appelle, dans les actes, Flavius Petrus Sabbatius Iustinianus. Il est né Pierre Sabbatius et porte depuis son adoption le nom de son oncle Justin, officier illyrien de la garde palatine devenu empereur en 518. Les Grecs de la capitale écrivent Ioustinianos. Le français a retenu Justinien. Le « Iᵉʳ » qu’on lui accole est une commodité des modernes, née de l’existence d’un second Justinien au siècle suivant.

Aucun document contemporain ne donne sa date de naissance. La recherche la place vers 482, par calcul, et le 11 mai 483 qu’on lit encore dans les ouvrages de vulgarisation vient d’un texte fabriqué au XVIIᵉ siècle. Le lieu, en revanche, est nommé par Procope de Césarée au livre IV de son traité Sur les bâtiments, Tauresium, hameau de Dardanie voisin du fort de Bederiana. L’archéologie en situe les environs, avec prudence, au site de Gradište, près du village de Taor, au sud-est de Skopje. La famille est latinophone et paysanne, et Justinien sera le dernier empereur romain de langue maternelle latine.

La carrière tient d’abord dans l’ascension de l’oncle. Justin devient empereur en juillet 518, Justinien est consul ordinaire en 521, reçoit le titre de césar vers 525, celui d’auguste le 1ᵉʳ avril 527, et gouverne seul à partir du 1ᵉʳ août de la même année. Entre-temps il épouse Théodora, ancienne actrice, mariage qu’une constitution de Justin adressée au préfet Démosthène rend juridiquement possible en autorisant les femmes de théâtre repenties à épouser des hommes de rang sénatorial. Ce texte figure au Code sous la référence V, 4, 23. On ne sait pas le dater à mieux que l’intervalle 520-524, et le mariage lui-même est placé par les uns en 524, par les autres en 525. La seconde date paraît préférable, parce qu’elle laisse place à la mort de l’impératrice Euphémie, que Procope donne comme l’obstacle à lever.

Quatre entreprises rendent ce règne conséquent. La refonte du droit, d’abord, conduite entre février 528 et novembre 534 par des commissions successives que préside le préfet Jean de Cappadoce puis Tribonien seul. Elle produit un Code de constitutions impériales en 529, remplacé par une seconde édition en 534, le Digeste et les Institutes en 533, et ensuite des novelles jusqu’à la fin du règne. La guerre, ensuite. Une expédition commandée par Bélisaire détruit le royaume vandale d’Afrique en 533-534 ; une seconde campagne, ouverte en 535, reprend l’Italie aux Ostrogoths après vingt ans de combats et deux généraux, Bélisaire puis Narsès, avant que la Pragmatique Sanction du 13 août 554 n’y réorganise l’administration impériale. La construction, troisième entreprise, dont la pièce centrale est l’église de la Sagesse divine à Constantinople, commencée le 23 février 532 par Anthémios de Tralles et Isidore de Milet, dédiée à la fin de décembre 537, privée de sa coupole le 7 mai 558 après deux séismes, et redédiée en décembre 562 sous une voûte relevée de plusieurs mètres. La quatrième entreprise est religieuse, et elle échoue. Les conciliations successives entre partisans et adversaires du concile de Chalcédoine, jusqu’au concile réuni dans la capitale en 553, ne referment pas la division des Églises d’Orient.

Le règne connaît aussi deux désastres. Une sédition urbaine en janvier 532, partie de l’hippodrome, qui incendie le centre de la capitale et manque emporter l’empereur. Une épidémie qui atteint Constantinople au printemps 542 et revient par vagues pendant deux siècles.

Justinien meurt le 14 novembre 565, à Constantinople. Selon le récit qui circule aussitôt, le seul homme présent est Callinicos, préposé à la chambre impériale, qui rapporte que le mourant a désigné son neveu Justin. Celui-ci est couronné le lendemain. Le corps est déposé dans le mausolée attenant à l’église des Saints-Apôtres, où un cérémonial palatin du Xᵉ siècle décrira encore son sarcophage, taillé dans une pierre étrangère que le rédacteur n’arrive pas à nommer.

Ce que les documents ne donnent pas, c’est l’homme. Aucune lettre privée, aucun écrit personnel qui ne soit pas un acte de chancellerie, et aucune image que porte une inscription. Il faut donc regarder qui a écrit les textes dont tout dépend, à quelle distance des faits et pour quel destinataire, ce que les chiffres de ces textes valent quand on les confronte aux lois, aux monnaies et aux fouilles, et comment une figure aussi documentée a pu servir, mille ans plus tard, de support à une fabrication.

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