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Biographie
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Théodoric le Grand, roi ostrogoth d’Italie

Moyen Âge5 octobre 202615 min de lecture
Sailko / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un seul visage sur trois solidi d’or

Une seule monnaie connue associe le nom de Théodoric à un visage. C’est un multiple d’or valant trois solidi, 15,32 grammes selon sa première publication, trouvé en 1894 dans une tombe du lieu-dit Sant’Amico, à Morro d’Alba, entre Jesi et Senigallia. Francesco Gnecchi, collectionneur milanais, le publie en 1895 ; l’État italien l’achète avec sa collection en 1923, et le médaillon est exposé au Medagliere du Museo Nazionale Romano. Au droit, un buste de face, cuirassé, tient une Victoire sur un globe, dans une légende qui se lit REX THEODERICVS PIVS PRINCIS. Au revers, une Victoire porte palme et couronne, entourée des mots VICTOR GENTIVM. Le musée date la frappe de 493, avec un point d’interrogation. Gnecchi rappelait que le seul autre grand médaillon d’or de cette période, frappé pour Justinien, avait été volé au Cabinet des médailles de Paris en 1831 puis fondu.

Le nom inscrit est celui des actes latins, Theodericus, que la chancellerie fait précéder du gentilice impérial Flavius. La forme gothique, restituée en Þiudareiks, n’est écrite nulle part. Théodéric serait plus proche du latin ; on garde Théodoric, parce que c’est la forme des index et des catalogues français. La légende médiévale en a fait Dietrich von Bern, et l’épithète « le Grand » n’appartient à aucun document de son vivant. Sa mort, le 30 août 526 à Ravenne, se déduit du récit d’une chronique latine anonyme du milieu du VIᵉ siècle, l’Anonyme de Valois. Pour la naissance, on n’a qu’une fourchette, entre 451 et 455, calculée à partir de l’âge de sept ou huit ans que les sources lui donnent quand il part en otage à Constantinople. L’année 454, souvent imprimée, est une convention.

Il est le fils de Théodemir, l’un des trois frères de la lignée des Amales qui commandent les Goths fédérés de Pannonie, et d’une femme nommée Erelieva. Après une dizaine d’années à la cour de Léon Ier, il rejoint les siens entre 469 et 471, prend Singidunum, l’actuelle Belgrade, et la garde au lieu de la rendre à l’Empire. En 474, à la mort de son père, il reste seul chef d’un groupe établi autour de Novae, en Mésie inférieure. Suivent quatorze années de services rendus à l’empereur Zénon et de raids contre l’Empire. Il reçoit le patriciat, le commandement de magister militum praesentalis, la plus haute charge militaire, et le consulat de 484 ; il pille la Macédoine et la Thessalie, et dispute la primauté parmi les Goths à un homonyme, Théodoric fils de Triarius, jusqu’à la mort de celui-ci.

À l’automne 488, un accord passé avec Zénon l’envoie contre Odoacre. Les Goths le battent sur l’Isonzo, puis devant Vérone en septembre 489 et sur l’Adda en août 490, puis l’assiègent près de trois ans dans Ravenne. En mars 493, quelques jours après une reddition négociée par l’évêque Jean de Ravenne, il est tué, et l’Anonyme de Valois écrit que Théodoric l’a frappé de sa main dans une partie du palais appelée Lauretum (Excerpta Valesiana, pars posterior, § 55). Commence un gouvernement de trente-trois ans, que Constantinople reconnaît quand l’empereur Anastase renvoie, en 497 ou 498, les ornements du palais qu’Odoacre avait expédiés en Orient (§ 64). Les Goths tiennent l’armée, les Romains l’administration civile. Au dehors, Théodoric épouse Audoflède, sœur de Clovis Ier, et marie une fille au Wisigoth Alaric II, une autre au Burgonde Sigismond, sa sœur Amalafrida au Vandale Thrasamond. Après la défaite wisigothique de Vouillé, en 507, il prend la Provence et gouverne l’Espagne au nom de son petit-fils Amalaric.

Les sources racontent les dernières années sur un autre ton. Vers 523, un référendaire nommé Cyprien accuse le patrice Albinus de correspondance avec Constantinople ; Boèce, maître des offices, le défend et tombe avec lui, puis son beau-père Symmaque, chef du sénat. Le pape Jean Ier, envoyé auprès de l’empereur Justin plaider la cause des ariens d’Orient, meurt en détention à Ravenne à son retour, en mai 526. Théodoric meurt le 30 août suivant et laisse le royaume à son petit-fils Athalaric, enfant placé sous la régence de sa mère Amalasonthe, veuve d’Eutharic. Le tombeau qu’il s’était fait construire de son vivant, en pierre de taille coiffée d’un bloc monolithe (§ 96), se dresse toujours hors de la ville.

Aucune ligne de sa main ne subsiste, et presque tout ce qui précède vient de cinq textes, dont quatre ont pris leur forme finale pendant la guerre ouverte par Justinien en 535. Il faut maintenant les regarder un à un, avec leurs auteurs et leurs manuscrits ; instruire ensuite trois épisodes sur lesquels ils divergent, la mort d’Odoacre, l’illettrisme prêté au roi et le procès de Boèce ; puis suivre comment un roi damné chez Grégoire le Grand est devenu, sous le nom de Dietrich, un héros de la poésie germanique.

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