Les yeux d’un rat, et rien à craindre. Voilà ce que Kim Seong-il dit au roi de Joseon Seonjo, au printemps 1591, de l’homme qu’il vient de voir en audience au Japon. Hwang Yun-gil, qui conduisait la même ambassade, a vu tout autre chose, un regard qui étincelle et l’air d’un homme d’audace et de calcul. Entre les deux rapports, la cour de Séoul doit décider s’il faut préparer la guerre. Un an plus tard, les armées de Toyotomi Hideyoshi débarquent en Corée.
« Ses yeux sont ceux d’un rat »
L’échange est consigné à la date du premier jour du troisième mois de la vingt-quatrième année de Seonjo, au livre 25 des Annales révisées de ce règne. Hwang déclare « 其目光爍爍, 似是膽智人也 », son regard brille, il semble avoir de l’audace et de l’intelligence. Kim réplique « 其目如鼠, 不足畏也 », ses yeux sont comme ceux d’un rat, il n’y a pas lieu de le craindre. Le même passage décrit Hideyoshi petit et d’aspect misérable, le teint sombre et ridé, l’allure d’un singe, avec des yeux enfoncés qui lancent des éclairs et transpercent celui qu’ils regardent, et il ajoute que la lettre de réponse rapportée par l’ambassade était d’un ton si arrogant que Kim en avait exigé plusieurs corrections avant de l’accepter. Il faut savoir d’où vient ce texte. Les Annales révisées du roi Seonjo ont été commencées en 1643, interrompues en 1646 et achevées au neuvième mois de 1657, parce que la faction des Occidentaux, revenue au pouvoir, jugeait partiales les Annales originales rédigées sous Gwanghaegun par la faction rivale. La scène des deux ambassadeurs arrive donc dans une rédaction postérieure de soixante-six ans, écrite par des hommes qui savaient comment la guerre avait tourné.
Les autres portraits concordent sur l’essentiel, et d’abord sur la taille. Le jésuite Luís Fróis, dans son Histoire du Japon, décrit un homme petit et laid, aux yeux saillants, presque imberbe. Kang Hang, lettré coréen capturé pendant la guerre et emmené au Japon, écrit dans son Kanyang-nok que l’apparence simiesque de Hideyoshi lui avait valu le nom d’enfant de Singe.
Une main ajoute un détail. Fróis note que Hideyoshi avait six doigts à une main, au premier volume de la traduction japonaise de son Histoire, page 317. Le Kokuso yuigon, recueil de propos attribués à Maeda Toshiie, l’un des cinq grands vassaux du régime, précise qu’il s’agissait d’un second pouce à la main droite, que Hideyoshi ne l’a jamais fait couper et que Nobunaga l’appelait « Mutsume », le Six. Kang Hang affirme au contraire qu’il se l’est tranché au couteau une fois adulte, et il est le seul à le dire. L’historien Hamada Kōichirō penche pour le doigt conservé, et c’est probablement la lecture la plus sûre, parce que Kang Hang est seul à parler d’amputation et qu’il écrit en captif, sur des propos rapportés.
Nakamura
Personne ne sait exactement quand Hideyoshi est né. La notice de Hashimoto Masanobu dans l’encyclopédie Nipponica aligne deux dates incompatibles. Le Taikō sosei ki de Tsuchiya Tomosada donne le premier jour de l’an de la cinquième année Tenbun, en 1536. Le Kanpaku ninkanki, composé en 1585 sur commande de Hideyoshi lui-même, donne le sixième jour du deuxième mois de la sixième année, en 1537. Le père s’appelle Yaemon, paysan selon la même notice, simple fantassin au service d’Oda Nobuhide, le père de Nobunaga, selon d’autres dictionnaires. Les noms des parents et le vrai patronyme de la famille restent inconnus. Les dates de cet article suivent le calendrier luni-solaire japonais, par ère, mois et jour, avec l’année occidentale correspondante.
Le lieu tient mieux, au moins par la tradition. Nakamura, dans la province d’Owari, aujourd’hui un arrondissement de Nagoya, où le temple Jōsen-ji dit occuper l’emplacement de la maison natale. Isoda Michifumi a relevé en 2025 que le seul texte d’époque à nommer un autre village, Hibo-Murakumo, est précisément le Kanpaku ninkanki, et que la recherche l’a écarté à cause de sa nature. Kawachi Masayoshi en a pourtant tiré une hypothèse dans son Zusetsu Toyotomi Hidenaga. Les témoins extérieurs se contentent d’une condition. Takenaka Shigekado, fils de Takenaka Shigeharu, l’un des conseillers de Hideyoshi, le dit dans son Yutakakagami enfant d’un peuple obscur, et Fróis insiste sur la bassesse de ses origines.
Son entrée chez Nobunaga se place en 1554 comme komono, domestique de rang inférieur, au château de Kiyosu, selon la Nipponica, en 1558 selon la notice de Paul Akamatsu dans l’Encyclopædia Universalis. C’est à ce poste de valet que s’accrochera l’image du porteur de sandales.
Les surnoms que lui donnaient ses contemporains sont mieux attestés que sa naissance. Le quinzième jour du troisième mois de 1577, une lettre au sceau noir de Nobunaga, calligraphiée par le secrétaire Kusunoki Chōan et adressée à Hosokawa Fujitaka, Niwa Nagahide, Takigawa Kazumasu et Akechi Mitsuhide, contient la formule « saru kaeri sōrōte », le Singe est revenu. Elle appartient au fonds du Eisei bunko, classée bien culturel important, et porte le numéro 79 dans la liste de l’exposition d’automne 2024. Hamada y lit Hideyoshi ; d’autres lecteurs pensent que saru désigne ici un espion. Une autre lettre, adressée par Nobunaga à Ne, l’épouse de Hideyoshi, et conservée dans une collection particulière, le traite de hage-nezumi, rat chauve. Elle a été exposée au musée d’art Tokugawa de Nagoya en 2025. Singe, rat chauve, le Six : trois noms d’animal ou d’infirmité, aucun de valet.
Le kanpaku se choisit un grand-père
L’ascension elle-même ne fait guère débat, ses étapes sont datées. Le onzième jour du septième mois de 1582, un peu plus d’un mois après la mort de Nobunaga au Honnō-ji, Hideyoshi, qui signe encore Hashiba, adresse à Hosokawa Fujitaka et à son fils Tadaoki un serment écrit, un kishōmon, marqué de son sang ; la pièce est au Eisei bunko, numéro 86 de la même liste. Au septième mois de 1585, il devient kanpaku. Nous gardons le mot japonais plutôt que la traduction usuelle de régent, parce que le kanpaku assistait un empereur adulte et que le terme français évoque une minorité qu’il n’y avait pas. Pour obtenir la charge, réservée aux grandes maisons de la noblesse de cour, il se fait adopter par un ancien titulaire de la charge, Konoe Sakihisa, dit Ryūzan. Au douzième mois de la quatorzième année Tenshō, qui tombe dans les premières semaines de 1587, l’empereur lui accorde le nom de Toyotomi.
La notice d’Akamatsu, qui place la nomination de kanpaku en 1586 et le nom de Toyotomi en 1587, décale la première d’un an ; le colophon du Kanpaku ninkanki, daté du huitième mois de 1585, tranche.
Pour les historiens japonais, ces années ouvrent le kinsei, l’âge que l’on traduit par « moderne », et Pierre-François Souyri a construit sa Nouvelle histoire du Japon sur le refus de calquer sur l’archipel le découpage européen ; une encyclopédie de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, n’y fait coïncider ses bornes que par convention.
Le Kanpaku ninkanki est l’œuvre d’Ōmura Yūko, ancien moine devenu l’un des compagnons de conversation de Hideyoshi, et il forme une partie du Tenshōki, chronique des campagnes de 1580 à 1590 écrite sur commande. Le texte insinue que le grand-père maternel de Hideyoshi était un noble, le « Hagi chūnagon », exilé de Kyoto en Owari sur une fausse accusation, et que sa fille, rentrée en grâce et entrée au service de la cour, aurait mis au monde le futur kanpaku. Isoda le classe sans détour parmi les textes de propagande, avec des affirmations qui semblent contredire sciemment des faits connus. Le grand-père de cour apparaît au moment précis où Hideyoshi entre dans une charge réservée à la haute noblesse, et le texte qui le fait apparaître a été commandé le même été.
Les lettres envoyées hors de l’archipel vont plus loin. Selon le musée commémoratif de Hideyoshi et de Kiyomasa à Nagoya, Hideyoshi y affirme que sa mère a rêvé, la nuit de sa naissance, que le soleil entrait dans son corps, que la chambre en avait été éclairée comme en plein jour, et qu’il était par conséquent destiné à gouverner ; Dyson Naoko relève la même formule dans les lettres adressées à la Corée, aux Philippines et au Takasago, nom japonais de Taïwan, publiées dans le recueil Ikoku ōfuku shokanshū. On retrouve le rêve solaire dans le Taikōki d’Oze Hoan et dans le Taikō sosei ki. Une chancellerie a fabriqué un récit de naissance pour des rois étrangers, et les biographes l’ont recopié pour des lecteurs japonais. Le nom d’enfant Hiyoshimaru, que l’on lit partout, sort de la même veine, puisque la Nipponica le rattache à la naissance du jour de l’an donnée par le Taikō sosei ki et à une légende du dieu du sanctuaire de Hie.
Un tumulus de nez à Higashiyama
Les débarquements commencent en 1592. La guerre que les Coréens nomment Imjin, du nom cyclique de l’année, et que les Japonais appellent les campagnes de Bunroku et de Keichō, dure jusqu’au retrait de 1598. Au milieu, une trêve et une négociation. Le vingt et unième jour du premier mois de la vingt-troisième année Wanli, en 1595, l’empereur Ming signe un brevet d’investiture rédigé en prose parallèle, qui porte la formule « 茲特封爾為日本国王 », nous te conférons spécialement le titre de roi du Japon. Le rouleau est conservé au musée d’histoire d’Osaka, classé bien culturel important. Une tradition d’Edo fait rompre Hideyoshi, furieux, à la lecture du mot « roi » ; Katō Tōru rappelle que la recherche a reconstitué une négociation différente, et le document, en tout cas, n’a pas été détruit.
La guerre reprend en 1597. Au neuvième mois de cette année, une cérémonie bouddhique en faveur des morts est célébrée à Kyoto devant un tumulus élevé au sud du Hōkō-ji, le temple du Grand Bouddha que Hideyoshi faisait construire depuis 1586. La notice de Kitajima Manji dans la Nipponica explique ce qu’il recouvre. Les commandants envoyaient au Japon, à la place des têtes trop lourdes, les nez coupés des ennemis tués, et Katō Kiyomasa en avait fixé le quota à trois par homme de sa troupe ; beaucoup de ces nez avaient été pris sur des non-combattants. Le tumulus mesure environ six mètres de haut pour vingt-six de diamètre, porte à son sommet un grand stūpa de pierre à cinq éléments, et il est protégé depuis 1969 au titre du site historique du Hōkō-ji, élargi en 2014. Les documents d’Edo l’appellent Mimizuka, le « tumulus des oreilles ». Il contient des nez.
Personne ne sait combien.
Deux cents ans de Taikōki
Le valet devenu maître vient d’ailleurs. Dans les années 1621 à 1623, un vassal de Tanaka Yoshimasa, seigneur de Yanagawa, Kawasumi Saburōemon, écrit un Taikōki en cinq livres que les dictionnaires tiennent pour la plus fiable des biographies anciennes. En 1625, date de sa préface, le médecin confucianiste Oze Hoan publie le sien, en vingt-deux livres. Hoan nomme le père Chikuami, raconte le rêve solaire, et, selon la notice d’Iwasawa Yoshihiko dans le Sekai daihyakka jiten, remanie les documents qu’il cite pour servir sa doctrine du gouvernement vertueux.
Les sandales arrivent plus tard. Dans l’Ehon Taikōki, texte de Takeuchi Kakusai et images d’Okada Gyokuzan, dont la première partie paraît en 1797, le jeune serviteur réchauffe dans son vêtement les sandales de son maître par une nuit froide avant de les lui présenter, et Nobunaga le remarque. La première partie ne devait couvrir que la jeunesse du héros ; le succès en fait sept parties et quatre-vingt-quatre volumes. Gozai Yūichi, du Centre international de recherche pour les études japonaises, souligne que l’anecdote et l’image de séducteur qu’elle installe, celle d’un homme qui gagne les cœurs par sa délicatesse, ne reposent sur rien d’attesté, et il juge Hideyoshi cruel même au regard des usages de son siècle. Parallèlement circule en manuscrit le Shinsho Taikōki, attribué à Kurihara Ryūan, en trois cent soixante volumes, sans valeur documentaire selon les dictionnaires.
Le succès inquiète Edo. Au cinquième mois de 1804, l’Ehon Taikōki est interdit, et avec lui un triptyque de Kitagawa Utamaro qui montre Hideyoshi et ses épouses au cerisier en fleur, tiré de l’illustration de la fête de Daigo dans le dixième volume de la septième partie. Le 16 mai 1804, selon les sources réunies par le musée, Utamaro est condamné à porter les menottes pour avoir dessiné des estampes inspirées du livre. Un exemplaire du triptyque est au British Museum.
Miyatake Gaikotsu voyait en 1911 dans cette estampe la cause de l’interdiction ; le conservateur du musée rappelle que cette thèse n’est plus retenue, et que la sanction frappe Utamaro par ricochet, à cause de ses liens avec Utagawa Toyokuni et d’autres graveurs.
Fushimi, 1598
Le cinquième jour du huitième mois de la troisième année Keichō, en 1598, au château de Fushimi, Hideyoshi fait venir de nuit Maeda Toshiie et Tokugawa Ieyasu pour régler ce qui suivra sa mort. Il a soixante-deux ans selon le compte japonais, et un fils né en 1593, Hideyori. Une lettre de ce jour est adressée aux cinq grands vassaux chargés de gouverner pendant la minorité, Ieyasu, Toshiie, Mōri Terumoto, Ukita Hideie et Uesugi Kagekatsu : « 返す返す秀より事、たのみ申し候、五人のしゆたのみ申候、いさい五人の物に申わたし候、なごりおしく候、以上 ». Encore et encore, je vous confie Hideyori, je compte sur vous cinq, je vous ai dit les détails à tous les cinq, j’ai peine à vous quitter, ijō. La version conservée dans les archives de la famille Mōri a été publiée en 1921 au troisième volume des Mōri-ke monjo, dans la collection Dai Nihon komonjo, page 243. La notice de référence qui la signale la désigne comme la copie d’une lettre autographe, sans permettre de savoir si le document des Mōri est l’original ou une transcription. Hideyoshi meurt le dix-huitième jour du même mois, vers deux heures du matin. Deux ans plus tard, Ieyasu l’emporte à Sekigahara ; en 1615, il fait détruire le sanctuaire où l’on vénérait Hideyoshi, à côté du Grand Bouddha et du tumulus.
La lettre aux cinq ne porte ni grand-père de cour, ni soleil, ni ambition chinoise, et son dernier mot, ijō, est celui qui ferme d’ordinaire les mémorandums de chancellerie, posé ici au bas d’une supplique.
Pour aller plus loin
L’article consacré au Sengoku traite des sauvegardes vendues aux villages pendant le siège d’Odawara, de l’édit de 1587 contre la vente de Japonais aux marchands portugais et de la chasse aux sabres de 1588, que ce dossier laisse de côté ; celui sur Oda Nobunaga retrace l’origine du vers du coucou attribué aux trois unificateurs. La mission jésuite, d’où Luís Fróis observait la cour de Hideyoshi, et la guerre d’Imjin vue depuis la Corée prolongent l’enquête.
Au XVIᵉ siècle, le Japon est déchiré entre des seigneurs de guerre. Toyotomi Hideyoshi, né dans une famille modeste de la province d’Owari, entre au service de l’un d’eux, Oda Nobunaga, prend sa place après sa mort en 1582 et soumet tout l’archipel. On raconte souvent qu’il a commencé comme simple porteur de sandales. Les documents de son époque disent autre chose, et ils disent aussi moins qu’on ne le croit.
Le visage vu par les Coréens
En 1591, deux ambassadeurs coréens reviennent d’une mission au Japon et décrivent Hideyoshi à leur roi. Le premier, Hwang Yun-gil, lui trouve un regard brillant et pense qu’il est audacieux et intelligent. Le second, Kim Seong-il, dit qu’il a des yeux de rat et qu’il n’y a rien à craindre. Un an plus tard, les armées de Hideyoshi débarquent en Corée.
Ce dialogue est connu par les annales du royaume de Corée, mais dans une version corrigée, terminée en 1657, plus de soixante ans après. Le même texte décrit Hideyoshi petit, le teint sombre et ridé, avec l’allure d’un singe.
Un missionnaire portugais, Luís Fróis, et un recueil de souvenirs attribué à l’un de ses grands vassaux, Maeda Toshiie, disent aussi qu’il avait six doigts à une main. Selon ce recueil, c’était un second pouce à la main droite, et il ne l’a jamais fait couper. Un prisonnier coréen affirme au contraire qu’il se l’était tranché, mais il est le seul à le dire.
Une naissance mal connue
On ne sait pas exactement quand Hideyoshi est né, en 1536 ou en 1537 selon les textes. On ignore le nom de ses parents. Son père, Yaemon, était paysan ou simple soldat selon les sources. La tradition le fait naître à Nakamura, aujourd’hui un quartier de Nagoya.
Ses contemporains lui donnaient des surnoms. Dans une lettre de 1577, Nobunaga écrit que « le Singe est revenu », ce qui désigne peut-être Hideyoshi, même si d’autres lecteurs y voient un espion. Dans une autre lettre, adressée à l’épouse de Hideyoshi, il le traite de « rat chauve ». Selon le recueil attribué à Maeda Toshiie, Nobunaga l’appelait aussi « le Six », à cause de sa main.
Des ancêtres inventés
En 1585, Hideyoshi reçoit le titre de kanpaku, la plus haute charge de conseiller de l’empereur. Ce titre était réservé aux grandes familles nobles. Pour l’obtenir, il se fait adopter par un ancien titulaire de la charge. Au tout début de 1587, l’empereur lui donne le nom de Toyotomi.
La même année 1585, un de ses proches écrit sur commande un récit de sa nomination. Ce texte laisse entendre que le grand-père de Hideyoshi était un noble exilé, et que sa mère avait servi à la cour. L’historien Isoda Michifumi le range parmi les textes de propagande.
Dans ses lettres aux souverains étrangers, Hideyoshi va plus loin. Il affirme que sa mère a rêvé que le soleil entrait dans son corps, et qu’il était donc né pour gouverner. On retrouve ensuite cette naissance solaire chez ses biographes.
La guerre de Corée et le tumulus de Kyoto
Hideyoshi envahit la Corée en 1592, puis à nouveau en 1597. Entre les deux, l’empereur de Chine lui envoie un document qui le nomme roi du Japon. Ce rouleau est aujourd’hui conservé au musée d’histoire d’Osaka.
Pendant la guerre, les commandants japonais envoyaient au Japon les nez coupés des ennemis tués, plus faciles à transporter que les têtes. Beaucoup avaient été pris sur des civils. À Kyoto, ils ont été enterrés sous un tumulus de six mètres de haut, qu’on appelle pourtant le « tumulus des oreilles ». Personne ne sait combien de nez il contient.
L’histoire des sandales
Après sa mort, des écrivains racontent sa vie dans des livres appelés Taikōki. L’un d’eux, publié en 1625, modifie les documents qu’il cite pour servir les idées de son auteur. L’anecdote la plus connue arrive encore plus tard, dans un livre illustré publié à partir de 1797. Le jeune Hideyoshi y réchauffe dans son vêtement les sandales de Nobunaga par une nuit froide. Selon l’historien Gozai Yūichi, elle ne repose sur aucun document de son époque.
Ce livre eut un tel succès que le gouvernement l’interdit en 1804. Le célèbre peintre Utamaro, qui avait dessiné des estampes inspirées du livre, fut condamné à porter des menottes.
La dernière lettre
En 1598, sentant la mort venir, Hideyoshi écrit à cinq grands seigneurs pour leur confier son jeune fils, Hideyori. « Je vous confie Hideyori, encore et encore », écrit-il, avant d’ajouter qu’il a peine à les quitter. Il meurt treize jours plus tard. Deux ans après, l’un de ces cinq seigneurs, Tokugawa Ieyasu, prend le pouvoir, et en 1615 il fait détruire le sanctuaire où l’on vénérait Hideyoshi.
Le témoignage des ambassadeurs coréens, la fabrication des ancêtres de Hideyoshi et l’histoire des Taikōki sont développés dans l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Seonjo sujeong sillok (Annales révisées du roi Seonjo), livre 25, premier jour du troisième mois de la vingt-quatrième année de Seonjo (1591), entrée « 통신사 황윤길 등이 왜 사신 평조신 등과 돌아오다 » : rapports de Hwang Yun-gil (« 其目光爍爍, 似是膽智人也 ») et de Kim Seong-il (« 其目如鼠, 不足畏也 »), portrait de Hideyoshi, ton de sa lettre de réponse ; annales commencées en 1643 et achevées au neuvième mois de 1657, 42 livres édition en ligne du National Institute of Korean History (Guksa pyeonchan wiwonhoe), identifiant knb_12403001_003
- Luís Fróis, Historia de Japam, traduction japonaise Nihonshi, vol. 1, Tokyo, Chūō kōronsha, 1978, p. 317, mention des six doigts ; portrait de Hideyoshi petit, laid, aux yeux saillants et presque imberbe p. 317 d’après la base Reference Kyōdō de la Bibliothèque nationale de la Diète ; page du portrait non relevée, passage cité d’après Hamada Kōichirō (janvier 2026)
- Kokuso yuigon, propos attribués à Maeda Toshiie, second pouce à la main droite de Hideyoshi, jamais coupé, et surnom de « Mutsume » donné par Nobunaga manuscrit conservé à la bibliothèque municipale de Kanazawa, cote non relevée ; cité d’après Hamada Kōichirō (mars 2026) et la base Reference Kyōdō
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Sources primaires (suite)
- Kang Hang, Kanyang-nok (jap. Kan.yōroku), apparence simiesque, nom d’enfant de Singe, sixième doigt tranché au couteau édition non consultée, cité d’après Hamada Kōichirō (janvier et mars 2026)
- Oda Nobunaga, lettre au sceau noir (kokuinjō) à Hosokawa Fujitaka, Niwa Nagahide, Takigawa Kazumasu et Akechi Mitsuhide, quinzième jour du troisième mois de Tenshō 5 (1577), de la main du secrétaire Kusunoki Chōan, formule « saru kaeri sōrōte » Eisei bunko, Tokyo, dépôt à la bibliothèque de l’université de Kumamoto ; bien culturel important ; n° 79 de la liste de l’exposition d’automne 2024 ; formule citée d’après Hamada Kōichirō (janvier 2026)
- Oda Nobunaga, lettre à Ne (« おね宛 »), épouse de Hideyoshi, qualifié de hage-nezumi, Momoyama, XVIᵉ siècle collection particulière ; objet d’art important (jūyō bijutsuhin) ; n° 1 de l’exposition « Yomitoki kinsei no shojō », musée d’art Tokugawa, Nagoya, 2025 ; mention de hage-nezumi d’après Hamada Kōichirō (janvier 2026)
- Hashiba Hideyoshi, serment marqué de sang (keppan kishōmon) à Hosokawa Fujitaka et Hosokawa Tadaoki, onzième jour du septième mois de Tenshō 10 (1582) Eisei bunko, dépôt à la bibliothèque de l’université de Kumamoto ; n° 86 de la liste de l’exposition d’automne 2024
- Ōmura Yūko, Kanpaku ninkanki, partie du Tenshōki, colophon du huitième mois de Tenshō 13 (1585) : naissance au sixième jour du deuxième mois de Tenbun 6 (1537), grand-père maternel dit « Hagi chūnagon », village de Hibo-Murakumo édition non consultée, cité d’après Hashimoto Masanobu (Nipponica), Kobayashi Akira (2026) et Isoda Michifumi (2025)
- Tsuchiya Tomosada, Taikō sosei ki : naissance au premier jour de l’an de Tenbun 5 (1536), rêve solaire édition non consultée, cité d’après Hashimoto Masanobu (Nipponica) et Dyson Naoko (2020)
- Takenaka Shigekado, Yutakakagami, Hideyoshi dit « あやしの民の子 » édition non consultée, cité d’après Dyson Naoko (2020)
- Lettres de Toyotomi Hideyoshi à la Corée, aux Philippines et au Takasago, récit du rêve solaire de sa mère publiées dans l’Ikoku ōfuku shokanshū, édition non consultée ; cité d’après le musée commémoratif Hideyoshi-Kiyomasa de Nagoya et Dyson Naoko (2020), qui renvoie à Hori Shin et alii, Hideyoshi no kyozō to jitsuzō
- Brevet d’investiture de l’empereur Wanli conférant à Hideyoshi le titre de roi du Japon (Min.ō zō Hōtaikō sakuhōbun), vingt et unième jour du premier mois de Wanli 23 (1595), un rouleau, formule « 茲特封爾為日本国王 » musée d’histoire d’Osaka ; bien culturel important ; n° 9 de l’exposition du musée du château de Nagoya (préfecture de Saga) ; formule d’après Katō Tōru
- Mimizuka, tumulus d’environ 6 m de haut et 26 m de diamètre surmonté d’un grand gorintō, Chaya-machi, arrondissement de Higashiyama, Kyoto site historique « Hōkō-ji daibutsuden ato oyobi sekirui, sekitō », désigné le 12 avril 1969, étendu et renommé en octobre 2014, gestion par la ville de Kyoto
- Kawasumi Saburōemon, Kawasumi Taikōki, 5 livres, vers 1621-1623 édition non consultée, d’après les notices de Kotobank
- Oze Hoan, Taikōki (dit Hoan Taikōki), 22 livres, préface de Kan.ei 2 (1625), père nommé Chikuami édition non consultée, d’après Iwasawa Yoshihiko (Sekai daihyakka jiten) et la bibliothèque municipale de Nagoya
- Takeuchi Kakusai (texte) et Okada Gyokuzan (images), Ehon Taikōki, 7 parties en 84 volumes, Osaka, 1797-1802, épisode des sandales réchauffées édition non consultée, d’après Gozai Yūichi (2025) et le British Museum
- Kurihara Ryūan (attribué), Shinsho Taikōki, 12 parties en 360 volumes, diffusé en manuscrit d’après les notices de Kotobank
- Kitagawa Utamaro, Taikō gosai rakutō yūkan no zu, triptyque gravé sur bois en couleurs, vers 1803-1804 British Museum, Londres, n° 1909,0406,0 472,1-3
- Toyotomi Hideyoshi, lettre aux cinq grands vassaux, cinquième jour du huitième mois de Keichō 3 (1598), « 返す返す秀より事、たのみ申し候 […] なごりおしく候、以上 » archives de la famille Mōri (Mōri-ke monjo), signalée comme « 豊臣秀吉自筆書状写 » ; publiée dans Dai Nihon komonjo, iewake 8, Mōri-ke monjo 3, Tokyo, Tōkyō teikoku daigaku bungakubu shiryō hensan-gakari, 1921, p. 243 ; texte cité d’après l’Ehime kenshi ; statut d’original ou de copie
Bibliographie
- Pierre-François Souyri, Nouvelle histoire du Japon, 2ᵉ éd. revue et augmentée, Paris, 2023, 636 p., ISBN 978-2-262-10497-9 Perrin
- Hashimoto Masanobu, notice « Toyotomi Hideyoshi », Nihon daihyakka zensho (Nipponica) Shōgakukan, consultée sur Kotobank
- Kitajima Manji, notice « Mimizuka », Nihon daihyakka zensho (Nipponica) Shōgakukan, consultée sur Kotobank
- Iwasawa Yoshihiko, notice « Taikōki », Kaitei shinpan Sekai daihyakka jiten Heibonsha, consultée sur Kotobank
- Lee Jang-hui, notice « 선조수정실록 », Encyclopedia of Korean Culture, 1995, révisée le 8 novembre 2023 Academy of Korean Studies
- Kawachi Masayoshi, Zusetsu Toyotomi Hidenaga, éditeur et année hypothèse de Hibo-Murakumo rapportée d’après Isoda Michifumi (2025)
- Miyatake Gaikotsu, Hikka-shi, 1911 thèse rapportée d’après le British Museum
- Ehime-ken shi. Kinsei jō, chapitre 1, section « Hideyoshi shigo no seijō », 31 janvier 1986 préfecture d’Ehime
Sources en ligne
- « 통신사 황윤길 등이 왜 사신 평조신 등과 돌아오다 », Seonjo sujeong sillok, livre 25 Joseon wangjo sillok, National Institute of Korean Historyhttps://sillok.history.go.kr/id/knb_12403001_003
- « 선조수정실록 (宣祖修正實錄) », Lee Jang-hui Encyclopedia of Korean Culture, Academy of Korean Studieshttps://encykorea.aks.ac.kr/Article/E0028916
- « 豊臣秀吉の指が6本あったというが、そのことが記載されている資料はあるか。 », bibliothèque préfectorale de Fukuoka Reference Kyōdō Database, Bibliothèque nationale de la Diètehttps://crd.ndl.go.jp/reference/entry/index.php?id=1000228496&page=ref_view
- « 「生まれつき指が6本&猿顔&低身長」“醜悪”と評された豊臣秀吉が天下人になれたのはコンプレックスのお陰 », Hamada Kōichirō, 28 mars 2026, page 3 Tōyō keizai onlinehttps://toyokeizai.net/articles/-/938558?page=3
- « サルでもハゲネズミでもない…外見にコンプレックスを抱える秀吉が信長に付けられた「もう一つの呼び名」 », Hamada Kōichirō, 3 janvier 2026 President Onlinehttps://president.jp/articles/-/106843
- « 令和6年度秋季展 永青文庫 信長の手紙―珠玉の60通大公開― 出品リスト » Eisei bunkohttps://www.eiseibunko.com/images_exhibition/2024/2024Autumn_list.pdf
- « 読み解き 近世の書状 展示作品リスト » musée d’art Tokugawahttps://www.tokugawa-art-museum.jp/wp-content/uploads/2025/02/読み解き-近世の書状_展示作品リスト.pdf
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