Un nom au bas d’un acte de 1565
Au onzième mois d’Eiroku 8, à la fin de 1565, un acte qui garantit ses terres à Tsubouchi Toshisada, guerrier de la province d’Owari, porte parmi ses signatures celle de Kinoshita Tōkichirō. Aucun écrit plus ancien ne nomme l’homme que l’on appelle aujourd’hui Toyotomi Hideyoshi. L’acte le montre au service d’Oda Nobunaga, seigneur d’Owari, dans les années où celui-ci attaque la province voisine de Mino, qu’il prend en 1567 avant de marcher sur Kyoto l’année suivante.
Le nom suit les charges. Kinoshita Tōkichirō signe Hashiba Hideyoshi à partir de 1573 environ, quand Nobunaga lui confie Nagahama, au nord-est du lac Biwa ; il passe du clan Taira au clan Fujiwara en 1585 par une adoption fictive dans la maison du noble Konoe Sakihisa, puis reçoit de la cour le nom nouveau de Toyotomi à la fin de 1586. Les dates sont données ici dans le calendrier luni-solaire alors en usage au Japon, avec leur équivalent grégorien à la première occurrence. Pour la naissance, le texte le plus ancien est le Kanpaku ninkanki, récit de sa nomination comme régent achevé au huitième mois de 1585 par Ōmura Yūko (Tenshōki, éd. Kuwata Tadachika, Taikō shiryōshū, Shinjinbutsu ōraisha, 1965), qui la place au sixième jour du deuxième mois de Tenbun 6, en mars 1537. Un vœu offert en 1590 au sanctuaire d’Itoshiro par un de ses vassaux, Itō Hidemori, connu par une copie, lui donne cinquante-quatre ans selon le compte japonais des âges, ce qui ramène à la même année. Les vies composées sous les Tokugawa préfèrent le premier jour de l’an de Tenbun 5 (1536), date trop bien placée pour être reçue sans examen.
Le milieu se lit mal. Le Taikō sosei ki, rédigé au début de l’époque Edo par Tsuchiya Tomosada, vassal direct des Tokugawa, fait naître Hideyoshi à Nakamura, village aujourd’hui englobé dans Nagoya, d’un père nommé Yaemon qu’il présente comme fantassin armé d’un mousquet, alors que les armes à feu n’atteignent l’archipel qu’en 1543. Selon une généalogie du temple Zuiryū-ji, fondé par sa sœur aînée, ce père mourut en 1543 ; un autre recueil d’époque Edo dit 1547.
Les actes qui comptent se datent mieux. Chargé en 1577 de la guerre contre les Mōri, maîtres de l’ouest, il assiège en 1582 le château de Takamatsu, dans le Bitchū, qu’il isole en barrant une rivière, quand Nobunaga est tué à Kyoto, au temple Honnō-ji, le deuxième jour du sixième mois de Tenshō 10 (21 juin 1582), par son général Akechi Mitsuhide. Il traite avec les Mōri et bat Akechi à Yamazaki onze jours après le meurtre. Shibata Katsuie est défait à Shizugatake en 1583, l’année où commence le château d’Osaka ; contre Tokugawa Ieyasu, la campagne de Komaki et Nagakute, en 1584, s’achève sans vainqueur. Régent en 1585, grand chancelier à la fin de 1586, il soumet Kyushu en 1587 et les Hōjō d’Odawara en 1590.
À partir de 1592, ses armées envahissent la Corée. Le premier jour du neuvième mois de 1596, il reçoit au château d’Osaka l’envoyé des Ming, Yang Fangheng, sans conclure la paix, et une seconde expédition part en 1597. Son neveu Hidetsugu, à qui il avait cédé la régence, s’était donné la mort en 1595. Hideyoshi meurt au château de Fushimi le dix-huitième jour du huitième mois de Keichō 3 (18 septembre 1598). Son poème d’adieu autographe, où Naniwa n’est plus que « rêve dans le rêve », est conservé au donjon du château d’Osaka avec dix serments signés au sang par lesquels ses vassaux juraient fidélité à son fils Hideyori, ensemble classé bien culturel important en 2020.
Le Musée de la ville de Nagoya publie chez Yoshikawa Kōbunkan, depuis le milieu des années 2010, les documents émis en son nom, en neuf volumes dont le premier s’ouvre sur l’année 1565. Ils disent ce qu’il ordonne, rarement pourquoi, et rien de ses vingt-huit premières années. Il faut donc reprendre une à une les trois couches de récits qui comblent ce vide, la chronique commandée à Ōmura Yūko, les vies imprimées sous les Tokugawa et l’Histoire du jésuite Luís Fróis, puis examiner deux décisions que la recherche lit autrement depuis 2010 et 2016, et suivre ce que les Tokugawa ont fait de son tombeau sur l’Amidagamine.




