Un squelette mesuré en 1958 et brûlé en 1966
Le corps de l’empereur Wanli n’a été mesuré qu’une fois, et par des spécialistes des fossiles. Son cercueil est ouvert en 1957 dans la chambre funéraire du Dingling, le tombeau dont il avait lancé la construction en 1584 au nord de Pékin, et le dégagement du site s’achève à la fin de juillet 1958. Selon le récit publié en 2016 par le portail d’archéologie de l’Académie chinoise des sciences sociales, les crânes de l’empereur et de ses deux impératrices passent alors entre les mains d’un professeur de l’école de stomatologie de Pékin, Zhou Dacheng, qui relève des caries et une atteinte sévère des gencives, tandis que les trois squelettes partent à l’Institut de paléontologie des vertébrés et de paléoanthropologie, où l’on estime la taille de l’empereur à 1,64 mètre et où l’on note un dos voûté et une jambe droite nettement plus courte que la gauche. En 1966, des gardes rouges sortent les restes des réserves du musée, les dénoncent publiquement devant le tombeau et les brûlent.
Zhao Qichang, l’un des fouilleurs, revint plus tard chercher des fragments sur le lieu du bûcher, sans rien trouver.
De son vivant, l’homme porte le nom personnel de Zhu Yijun, que la règle du tabou interdit à ses sujets d’écrire en toutes lettres. Wanli, « dix mille calendriers », est le nom de l’ère ouverte le 2 février 1573, devenu nom de personne dans l’usage savant français, qu’on suit ici. Les histoires officielles l’appellent Shenzong, son nom de temple posthume. Il naît le dix-septième jour du huitième mois de la quarante-deuxième année Jiajing (4 septembre 1563), date que donnent les histoires compilées après lui et qu’aucun acte de naissance conservé ne vient doubler. Il meurt au palais le vingt et unième jour du septième mois de la quarante-huitième année Wanli (18 août 1620).
Troisième fils de l’empereur Longqing et d’une concubine, dame Li, il est intronisé le 19 juillet 1572, deux semaines après la mort de son père, à neuf ans. L’éloge qui clôt ses annales dans l’Histoire des Ming (juan 21) résume la décennie suivante d’une formule, « Jiangling tient le gouvernement ». Jiangling désigne, par sa ville d’origine, le grand secrétaire Zhang Juzheng, qui conduit l’administration jusqu’à sa mort en 1582, en accord avec la mère de l’empereur et avec l’eunuque Feng Bao, placé à la tête de la Direction des cérémonies, le bureau du palais par lequel passent les documents soumis au souverain.
Deux ans après la mort de Zhang, en 1584, un procès posthume le condamne, et les biens de sa famille sont saisis. De 1586 à 1601, l’empereur diffère la désignation comme héritier de son fils aîné, Zhu Changluo, né en 1582 d’une servante de sa mère, et la cour lui prête l’intention d’élever à sa place Zhu Changxun, fils de sa favorite, dame Zheng ; cette querelle du guoben, le « fondement du pays », ne se clôt qu’en 1614, quand Zhu Changxun part pour son fief de Luoyang. De 1592 à 1600, trois campagnes sont menées en son nom, contre la révolte de Pubei à Ningxia en 1592, en Corée contre les armées de Toyotomi Hideyoshi de 1592 à 1598, et contre le chef héréditaire Yang Yinglong à Bozhou, soumis en 1600. À partir de 1596, des eunuques partent dans les provinces ouvrir des mines et taxer le commerce ; les mines sont fermées en 1606 par une décision que les annales du règne enregistrent au juan 416, les taxes courent jusqu’à la mort du souverain. En 1619 enfin, à Sarhu, dans le Nord-Est, les armées ming sont défaites par Nurhaci, qui a pris le titre de khan trois ans plus tôt.
Les audiences où le souverain reçoit en personne ses fonctionnaires se raréfient à partir de la fin des années 1580, sans date de rupture qui fasse accord, et l’empereur gouverne dès lors par des réponses écrites aux mémoires qu’on lui adresse. Les vingt-huit ou trente années sans audience que répètent les ouvrages de vulgarisation sont des ordres de grandeur. Là se situe la limite des documents. Chaque réponse impériale passe par les eunuques secrétaires du palais avant d’être copiée dans les annales, de sorte qu’on lit la décision sans savoir qui l’a formulée.
Tout ce qui précède vient pour l’essentiel de deux textes de lettrés, les annales présentées au trône en 1630 et l’Histoire des Ming achevée un siècle plus tard, et des relevés faits sur un corps détruit. Il faut maintenant prendre ces textes un par un, avec la gazette de la capitale et les compilations privées qui les doublent, puis instruire trois accusations que la recherche des vingt dernières années a rouvertes, l’abandon des affaires, la conduite de la guerre de Corée et l’envoi des eunuques percepteurs, avant de dater la phrase qui a fixé la réputation du règne.










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