Pendant les deux jours qui suivent la bataille, l’armée chrétienne campe dans le camp abandonné par les vaincus, et pour cuire la viande et le pain elle ne brûle pas d’autre bois que les flèches et les lances ennemies qui jonchent le sol, sans en consumer la moitié. Alphonse VIII de Castille l’écrit au pape Innocent III dans les jours qui suivent le 16 juillet 1212. Sa fille Bérengère, reine de León, raconte à sa sœur Blanche, épouse du fils aîné de Philippe Auguste, qu’il a fallu près de 20 000 bêtes de somme pour emporter les seuls javelots et les seules flèches. Le légat Arnaud Amaury, archevêque de Narbonne, rapporte de son côté que beaucoup jugeaient 2 000 bêtes insuffisantes pour les arcs et les flèches ramassés en trois ou quatre tas. Bérengère était restée en León et n’avait voulu croire la nouvelle, apportée par un serviteur de son père, qu’en lisant la lettre royale. Arnaud, lui, avait vu les tas.
Les vainqueurs ont nommé la journée d’après un petit château musulman pris deux jours plus tard, Tolosa, et Arnaud Amaury, qui avait accompagné en 1209 la croisade contre les albigeois, souhaitait que les hérétiques de Toulouse y entendent un avertissement. Jacques Iᵉʳ d’Aragon, fils de Pierre II, parle encore de la « bataille d’Úbeda » dans son Livre des faits. Al-Marrâkushî situe la rencontre en un lieu appelé al-’Iqâb, près d’un château nommé Hisn Salim, et Francisco García Fitz relève que l’une des traductions possibles du mot est « le châtiment ».
Salvatierra, cinquante et un jours
La guerre de 1212 répond à une défaite. Le 19 juillet 1195, à Alarcos, au sud de Tolède, le calife Ya’qûb al-Mansûr avait écrasé l’armée castillane, et des trêves, renouvelées à intervalles, avaient suivi jusqu’à la reprise des hostilités en 1210. Au printemps 1211, son fils Muhammad al-Nâsir passe le détroit et assiège Salvatierra, principale maison des chevaliers de Calatrava, un ordre militaire affilié à Cîteaux. Les frères tiennent cinquante et un jours, et la chute de la place, en septembre, émeut les milieux cisterciens bien au-delà des Pyrénées. Le 29 septembre, par un édit, Alphonse VIII annonce à son royaume qu’il livrera bataille rangée l’année suivante, et ses envoyés partent prêcher au nord des Pyrénées vers la fin d’octobre. Entre-temps, le 14 octobre, est mort l’infant Ferdinand, son héritier, à la demande duquel Innocent III avait accordé dès le 10 décembre 1210 la rémission de leurs péchés à ceux qui viendraient combattre à ses côtés.
En Europe, on racontait que le calife avait défié toute la chrétienté. Le 5 avril 1212, une lettre d’Innocent III aux archevêques de Tolède et de Saint-Jacques évoque des ennemis de la croix qui menacent les Espagnes et, au-delà, d’autres terres chrétiennes. Le 11 août, de Tolède, Arnaud Amaury annonce au chapitre général de Cîteaux la défaite du « Miramomelinus », lequel, à ce qu’il a entendu dire, avait déclaré la guerre à tous les adorateurs de la croix, et sa lettre est lue le 13 septembre devant quelque trois cents abbés. La rumeur grossit en voyageant. Césaire de Heisterbach, en Rhénanie, prête au calife l’ordre donné au pape de changer le portique de Saint-Pierre en écurie pour ses chevaux. Les annales de l’abbaye bénédictine de Lambach, en Haute-Autriche, recopient même le texte entier d’une lettre de défi, datée de Séville le 8 des ides d’octobre et adressée à tous les princes chrétiens, au roi d’Aragon surtout. Martín Alvira Cabrer, qui a suivi ce défi dans plus de vingt chroniques, ne l’a trouvé dans aucune source musulmane, ni dans les lettres d’Alphonse VIII et de ses filles, ni dans l’histoire de l’archevêque de Tolède, et le légat, la Chronique latine des rois de Castille et Lucas de Tuy disent seulement en avoir entendu parler. Il conclut qu’on ne peut en fixer ni l’origine ni même la réalité, et qu’il s’agit probablement d’une rumeur entretenue depuis Alarcos par la cour de Castille, les troubadours et le chapitre de Cîteaux.
Le rustique du Muradal
Les croisés d’outre-monts quittent Tolède dans la seconde quinzaine de juin. Le 24, à Malagón, ils emportent la tour et passent la garnison au fil de l’épée, à l’exception de très peu d’hommes. Calatrava capitule le 1ᵉʳ juillet, et sur les conditions de la reddition les sources se contredisent. Alphonse VIII assure au pape que les gens d’outre-monts et le roi d’Aragon ont voulu la place intacte, ses défenseurs sortant désarmés mais vivants, et que ces mêmes alliés trouvaient la terre trop vide et trop chaude. Al-Marrâkushî affirme au contraire que beaucoup de chrétiens quittèrent le roi parce qu’il leur interdisait de tuer les musulmans du château, et Peter Linehan tient la version royale pour arrangée à l’intention du pape. Trois jours plus tard, la plupart des ultramontains reprennent la route du nord, plus de 40 000 hommes selon Arnaud Amaury. Il ne resterait, selon le roi, qu’à peine cent cinquante chevaliers et sergents montés, sans un seul fantassin. Sanche VII de Navarre rejoint l’armée avec à peine deux cents chevaliers.
Le 12 juillet, l’avant-garde de Diego López de Haro, seigneur de Biscaye, enlève le col du Muradal et le château de Castro Ferral, que le calife avait fait bâtir pour barrer la route. Plus bas, les Almohades tiennent le défilé de La Losa, si étroit, écrit le roi, que mille hommes l’auraient défendu contre toutes les armées du monde. On propose de redescendre et de chercher un autre passage à deux ou trois jours de marche. Un homme du pays en indique un tout proche, que l’ennemi ignorait, et le samedi 14 juillet l’armée s’installe sans perdre un homme sur le plateau que l’on nomme depuis la Mesa del Rey. Le dimanche, le roi refuse le combat par respect pour le jour du Seigneur, d’après Bérengère.
L’homme a grandi à chaque récit, et García Fitz a reconstitué ses métamorphoses. Alphonse VIII ne voit en lui qu’un rustique envoyé par Dieu. Rodrigo Jiménez de Rada, archevêque de Tolède, présent lui aussi, le décrit une trentaine d’années plus tard en homme du lieu, fort négligé de sa personne et de ses habits, qui avait gardé des troupeaux dans ces montagnes et y chassait le lapin et le lièvre. Le chroniqueur léonais Lucas de Tuy, qui n’y était pas, en fait un envoyé d’en haut sous l’apparence d’un berger, qui disparaît une fois le chemin montré. La Chronique latine des rois de Castille, avec précaution, ajoute que les esprits droits voyaient en lui quelque vertu divine. Certaines versions de l’Estoria de España d’Alphonse X en font un ange messager de Dieu et lui prêtent un discours aux rois. En 1588, dans sa Nobleza del Andaluzía, Gonzalo Argote de Molina lui donne enfin un nom, Martín Alhaja, et une descendance, le lignage des Cabeza de Vaca, tandis que d’autres reconnaissaient en lui saint Isidore le Laboureur. Le récit le plus ancien est le plus sobre, et c’est le roi qui l’a écrit, lui qui avait le plus de raisons de voir partout la main de Dieu.
Le terrain commence à répondre. Depuis 2022, une équipe de l’université de Jaén, associée à Patrimonio Nacional et à l’université Complutense, enregistre chaque objet dans un système d’information géographique, par micro-prospection, fouille et lecture archéologique des élévations. Sur la Mesa del Rey, les résultats signalent un campement occupé par la troupe comme par des personnages de rang, avec une aire où l’on referrait les bêtes. Autour de Castro Ferral, une forte concentration d’armes pourrait dater de l’assaut du 12 juillet, alors que le site a été pillé pendant plus d’un siècle. Une prospection publiée en 2002 avait rapporté des flèches, des fers à cheval, des clous et un seul tesson, et Yaiza Hernández-Casas et Alberto Dorado-Alejos ont mesuré en 2022 les pointes de projectiles pour comparer les systèmes de mesure des forgerons chrétiens et andalous. La première campagne n’a porté que sur la Mesa del Rey et les abords de Castro Ferral, et ses auteurs présentent leurs résultats comme préliminaires.
Lundi, à la troisième heure
Le lundi 16 juillet, avant que la première ligne almohade ait fini de descendre de sa colline, les chrétiens occupent la plaine et chargent vers la troisième heure, selon Arnaud Amaury. Bérengère décrit l’ordre de bataille. Diego López de Haro commande la première ligne, le roi d’Aragon et celui de Navarre forment côte à côte la deuxième, chacun renforcé de trois « conrois » castillans, et Alphonse VIII tient la dernière, mais la reine annonce trois corps et en énumère quatre, et l’on ne saura pas si elle a mal compté ou si son messager confondait les lignes et les ailes. Les premiers rangs ennemis cèdent. Au pied d’une seconde hauteur où se tient, dit-on, le calife, les musulmans se reforment au bruit des tambours et contre-attaquent, et une partie des gens de la Sierra, les milices castillanes, à pied comme à cheval, prend la fuite. Le roi charge alors, la croix en tête, derrière sa bannière où l’image de la Vierge et de son Fils est placée au-dessus de ses armes. Al-Nâsir s’enfuit parmi les premiers, et le légat rapporte un bruit, qu’il tient pour vrai, selon lequel le calife avait fait partir son trésor la nuit précédente à dos de chameaux et de mulets. Pour Arnaud, la débandade des Castillans relevait d’une disposition divine destinée à rabattre l’orgueil des vainqueurs, et le combat prend dans sa lettre la forme d’un jugement de Dieu, comme Georges Duby l’a montré pour Bouvines, livrée deux ans plus tard en Flandre.
Du côté almohade, le seul récit circonstancié vient d’un lettré marocain, ’Abd al-Wâhid al-Marrâkushî, qui achève en 1224 son Kitâb al-mu’jib. Il date la défaite du lundi de la mi-safar 609 de l’hégire, que la concordance de son traducteur fixe au 16 juillet. La cause principale, écrit-il, est la division des cœurs. Sous Ya’qûb al-Mansûr, les Almohades touchaient leur solde tous les quatre mois sans faute. Sous al-Nâsir, et surtout pendant cette campagne, elle arrivait en retard, et plusieurs combattants lui ont dit n’avoir ni tiré l’épée ni pointé la lance, et s’être enfuis au premier assaut des Francs. Le même auteur prête au calife une fermeté qu’aucun roi n’avait montrée avant lui, sans laquelle toute l’armée aurait été tuée ou prise. Entre le calife qui fuit le premier, chez le légat, et celui qui sauve ses troupes, chez al-Marrâkushî, aucune source ne permet de trancher, et le chroniqueur marocain tenait ses informations d’anciens soldats, douze ans après les faits.
Cent mille morts pour vingt-cinq
Alphonse VIII tient de serviteurs du calife faits prisonniers que 185 000 cavaliers musulmans étaient présents, les fantassins étant innombrables, et d’autres captifs que plus de 100 000 hommes d’armes sont tombés. Des siens, il compte vingt-cinq ou trente morts, et ne regrette qu’une chose, que si peu, dans une si grande armée, soient allés au Christ comme martyrs. Arnaud Amaury retient au moins 60 000 morts, poursuite comprise, et moins de cinquante chrétiens. Bérengère donne 70 000 hommes et 15 000 femmes, et environ deux cents des siens. Aucun de ces chiffres ne vient d’un dénombrement. Le roi présente le sien comme la preuve d’un miracle, et la même lettre grossit l’armée d’outre-monts qu’il a dû nourrir, deux mille chevaliers, dix mille sergents montés et cinquante mille à pied, au moment de rappeler au pape ce que l’entreprise a coûté à son royaume. Des trois bilans chrétiens, celui de la reine est le seul qui ne serve aucune démonstration, et c’est lui qu’on retiendra ici, faute de mieux, comme ordre de grandeur des pertes des vainqueurs.
La campagne ne s’arrête pas au champ de bataille. Vilches, Baños et Tolosa tombent, Baeza est trouvée vide, et al-Marrâkushî ajoute que le roi en fit brûler les maisons et détruire la grande mosquée. À Úbeda, où les fuyards s’entassent, Arnaud Amaury rapporte un premier accord, contre 200 000 mazmutinae, des dinars d’or almohades, que les vaincus ne purent payer et qui finit en captivité. Soixante mille morts ou captifs selon le roi, près de cent mille prisonniers, femmes et enfants compris, selon la Chronique latine. Al-Marrâkushî parle de femmes et d’enfants en nombre suffisant pour remplir tous les pays chrétiens, et juge ce coup plus dur pour les musulmans que la défaite elle-même. Puis le flux de ventre, écrit le chroniqueur castillan, frappe l’armée au point qu’il reste peu d’hommes valides, et les rois rentrent.
L’année suivante, la Castille a faim.
Au début de décembre 1213, Alphonse VIII, à peine relevé d’une maladie qui avait failli l’emporter, assiège Baeza, reconstruite et remparée entre-temps. Il lève le siège après la Purification, le 2 février 1214, faute de vivres. La viande d’âne et de cheval se vend très cher au camp, et la Chronique latine décrit en Castille, en Trasierra et dans l’Extrémadure surtout, une famine comme on n’en avait jamais vu, où l’on meurt en masse au point qu’il ne reste presque personne pour enterrer les morts. Une trêve est conclue avec le « roi du Maroc », et les musulmans, note le chroniqueur, avaient en abondance chevaux, blé, orge et huile. Al-Nâsir était mort en 1213. Alphonse VIII meurt à son tour l’année suivante, près d’Arévalo, et on l’enterre à Las Huelgas de Burgos, le monastère qu’il avait fondé.
Des chaînes d’or sur champ de gueules
Les armes de Navarre, des chaînes d’or sur champ de gueules chargées en leur centre d’une émeraude, passent depuis la fin du Moyen Âge pour un trophée de cette journée, celles que Sanche VII le Fort aurait rompues en forçant l’enceinte du calife. Faustino Menéndez Pidal de Navascués a défait la tradition point par point, de 1963 à 2000. Sanche VII validait ses diplômes d’un aigle tracé à la plume, et un aigle occupait ses sceaux. La figure des armes est une bloca, un renfort de métal à huit rayons qui consolidait les boucliers de luxe bien avant 1212 et que l’héraldique nomme escarboucle. Le premier roi à en faire ses armes est Thibaut Iᵉʳ de Champagne, roi à partir de 1234, et les armoriaux anglo-français de 1270-1280 blasonnent toujours une escarboucle. Le mot de « chaînes » n’apparaît que vers 1400, sous Charles III le Noble, et la légende avec lui. Le jésuite José de Moret, dans ses Investigaciones históricas de las antigüedades del Reino de Navarra, attribuait encore à Sanche VII un sceau à l’écu rayonné qui appartenait à son père Sanche VI.
À Burgos, le musée des tissus médiévaux du monastère de Las Huelgas, que gère Patrimonio Nacional, expose sous le nom de pendón de Las Navas une tenture almohade de soie et d’or de 326 centimètres sur 222. Chaque fil d’or y est une âme de soie gainée de cuir puis de feuille d’or, et les inscriptions reprennent notamment un passage du Coran qui appelle à combattre dans le chemin de Dieu. La pièce est réversible, et l’historien du monastère, interrogé par la presse burgalaise en 2025, y voit la portière d’une tente almohade, peut-être celle du calife. La tradition en fait le butin d’Alphonse VIII, et elle était assez forte pour qu’on enchâsse, dans la seconde moitié du XVIᵉ siècle, un fragment « du célèbre pendón de Las Navas de Tolosa » dans l’ostensoir d’argent doré que conserve le musée Cerralbo de Madrid sous le numéro d’inventaire 04554. La notice de ce même musée signale pourtant que les études récentes attribuent la prise à Ferdinand III, petit-fils du vainqueur, qui l’aurait offerte au monastère lors des travaux du cloître. La seule dépouille que des contemporains suivent jusqu’à destination se trouvait à Rome. Le notaire impérial Richard de San Germano rapporte qu’Alphonse VIII envoya au pape une tente toute de soie et un étendard tissé d’or, suspendu dans la basilique Saint-Pierre, et Guillaume le Breton, chroniqueur de Philippe Auguste, attribue l’envoi de l’étendard à Pierre II d’Aragon.
Le souvenir eut aussi sa liturgie. Dans le lectionnaire cistercien de Las Huelgas, un manuscrit enluminé de la fin du XIIᵉ siècle que les archives du monastère conservent sous la cote Ms. 49, un cahier inséré après 1212 contient, aux feuillets 80 à 89, l’office d’une fête de la Sainte-Croix qui doit être célébrée le seizième jour de juillet. Alvira Cabrer y a reconnu une première version du récit de Jiménez de Rada, antérieure à celle de son histoire. Cette fête du Triomphe de la Sainte-Croix, attestée avant 1265 par un autre manuscrit du monastère, fut confirmée pour tous les royaumes de la monarchie espagnole par Grégoire XIII le 30 décembre 1573.
« Ils ne relevèrent jamais la tête »
L’idée du tournant est née au XIIIᵉ siècle, et elle a sa chronologie. En 1218 déjà, le chancelier Diego García de Campos écrit, dans le prologue de son Planeta, que ce qui avait été défait si lamentablement au temps du roi Rodrigue avait été glorieusement restauré au temps de l’archevêque Rodrigue. Vers 1243-1246, cet archevêque, Jiménez de Rada, fait de la victoire la cause de l’effondrement et de l’anéantissement des Almohades, dans un chapitre consacré à leur histoire, loin de son long récit de la campagne, et il écrit en 1245, dans son Histoire des Arabes, que l’épée des Arabes fut alors étouffée et la force des Goths restaurée. Vers 1262-1263, les évêques de Castille et de León rappellent au pape Urbain IV qu’à partir de ce temps la foi catholique commença de prévaloir en ces contrées, ab illo tempore in antea cepit in partibus illis fides catholica prevalere. Vers 1270-1274, des interpolations de l’Estoria de España affirment que les Maures furent si brisés à Las Navas qu’ils ne relevèrent jamais la tête en Espagne, et qu’ils ne la relèveront pas, si Dieu le veut.
Le ton change à la fin du siècle. En 1275, l’émir mérinide Abû Yûsuf passe le détroit et bat les armées castillanes, et Ibn Abî Zar’, chroniqueur proche de la cour mérinide, note que les Andalous se réjouirent, parce que les étendards musulmans n’avaient plus triomphé dans leur pays depuis le jour de Hisn al-’Iqâb. Au moment où les vaincus datent de 1212 le début de leurs malheurs, la Crónica de Castilla, composée entre 1295 et 1312, cesse de présenter la bataille comme un tournant. Alvira Cabrer y voit l’effet des défaites infligées par les Mérinides, tout en admettant que son auteur pouvait suivre des textes antérieurs qui n’en parlaient pas en ces termes.
Le même historien rappelle, après García Fitz, qu’il passe plus de dix ans entre la victoire et le début des grandes conquêtes de Ferdinand III et de Jacques Iᵉʳ, et que Juan de Soria, chancelier de Castille et auteur probable de la Chronique latine, savait l’empire almohade entré en crise après 1224. En 1229, l’Ifrîqiya des Hafsides s’en détache. Cordoue tombe en 1236, Séville en 1248.
La querelle moderne oppose deux manières d’écrire l’histoire de la guerre. Ambrosio Huici Miranda, en 1956, tenait les grandes batailles contre les Almoravides, les Almohades et les Mérinides pour les points de triangulation qui permettent de tracer le profil de toute la lutte, et une longue tradition, de Charles-Emmanuel Dufourcq en 1966 à Joseph O’Callaghan en 2003, a vu dans Las Navas le début de la fin pour les musulmans d’Espagne. Francisco García Fitz rappelle que la guerre médiévale se faisait surtout de chevauchées et de sièges, la bataille rangée restant l’exception, et il compte parmi ses arguments le cas de Ferdinand III, petit-fils du vainqueur de 1212, qui conquit la vallée du Guadalquivir sans avoir jamais connu l’expérience d’une bataille rangée.
Pour aller plus loin
L’encyclopédie consacre un article à la croisade des enfants, contemporaine de la campagne de 1212 et née dans la même atmosphère de prédication. Pierre II d’Aragon, vainqueur à Las Navas, meurt l’année suivante à Muret, dans la croisade contre les albigeois, et l’article sur la Reconquista retrace l’histoire du mot qui a fait de la bataille l’une de ses étapes.
Une seule bataille peut-elle changer le destin d’un pays ? En Espagne, on l’a longtemps affirmé de celle de Las Navas de Tolosa. Cet été-là, au sud de la Castille, le roi Alphonse VIII affronte l’armée des Almohades, une dynastie musulmane venue du Maroc qui domine alors le sud de la péninsule. La rencontre a lieu le 16 juillet 1212. Les spécialistes se demandent encore ce qu’elle a vraiment changé.
Trois rois et un col de montagne
Lors d’une bataille précédente, le maître des Almohades avait écrasé l’armée castillane. Ce souverain commande à tous les croyants de son empire, et on l’appelle calife. Alphonse VIII veut sa revanche. Il obtient l’aide des rois d’Aragon et de Navarre. Ce dernier n’arrive qu’avec une petite troupe de chevaliers.
Le pape, de son côté, promet le pardon de leurs péchés à tous ceux qui viendront combattre. On appelle cela une croisade. Beaucoup de chevaliers arrivent alors de France. La plupart repartent avant la bataille, découragés par une terre vide et brûlante.
Pour atteindre l’ennemi, l’armée doit franchir les montagnes de la Sierra Morena. Les musulmans gardent le seul passage connu, un défilé très étroit. Un homme du pays montre alors aux chrétiens un autre chemin. Le roi le décrit comme un simple paysan. Avec le temps, les récits en font un berger mystérieux, puis un ange, et un auteur finit même par lui inventer un nom.
Une victoire que personne n’a comptée
La bataille s’achève par la fuite du calife. Aussitôt, les vainqueurs écrivent pour annoncer la nouvelle. Dans sa lettre au pape, le roi dit n’avoir perdu qu’une trentaine d’hommes à peine. Selon lui, les morts de l’autre camp dépassent cent mille. Personne ne les a comptés, et chaque témoin avance son propre chiffre.
Du côté musulman, un lettré marocain a raconté la défaite après avoir interrogé d’anciens soldats. Leur solde, lui ont-ils dit, arrivait en retard. Beaucoup n’ont même pas tiré l’épée et ont fui dès la première charge.
La victoire n’apporte ni la paix ni l’abondance. L’armée chrétienne prend une ville voisine et emmène ses habitants en captivité. Puis une maladie du ventre la force à rentrer. L’année suivante, une terrible famine frappe la Castille. Le roi doit abandonner un siège faute de vivres, puis signer une trêve avec les musulmans.
Des trophées inventés après coup
Plusieurs souvenirs passent pour des prises de ce jour-là. Le dessin qui représente la Navarre, ses armoiries, montre des chaînes d’or. Le roi navarrais les aurait brisées autour de la tente du calife. En réalité, ce motif figurait d’abord un renfort de métal fixé sur les boucliers. On ne parle de chaînes qu’à partir de 1400 environ.
À Burgos, le monastère qu’Alphonse VIII avait fondé expose une immense tenture de soie et d’or, couverte d’inscriptions tirées du Coran. On la dit arrachée à la tente du calife. Les études récentes pensent pourtant qu’elle a été rapportée plus tard, par Ferdinand III, petit-fils du vainqueur.
Un tournant discuté
Très tôt, des clercs castillans écrivent que cette victoire a tout changé. L’archevêque de Tolède, présent à la bataille, y voit la cause de la ruine des Almohades. Vers la fin du siècle, pourtant, ce discours disparaît des chroniques castillanes. Une armée musulmane venue de l’autre côté du détroit venait alors de battre de nouveau la Castille. Au même moment, un chroniqueur musulman fait justement commencer les malheurs des siens au jour de Las Navas. L’historien Martín Alvira Cabrer a suivi ce va-et-vient dans les textes.
Francisco García Fitz pose la question autrement. Les grandes conquêtes chrétiennes commencent plus de dix ans après la bataille, quand l’empire almohade se déchire. À cette époque, rappelle-t-il, la guerre se gagnait surtout par des sièges et des chevauchées armées. Le roi qui prend Cordoue et Séville n’a d’ailleurs jamais livré de bataille rangée. La question de savoir si Las Navas fut décisive reste ouverte.
Au musée Cerralbo de Madrid, on peut voir un fragment de la grande tenture de Burgos. Il est enchâssé depuis le XVIᵉ siècle dans un objet liturgique d’argent doré.
La version complète cite la lettre de défi recopiée dans une abbaye autrichienne, et suit jusqu’au pape Grégoire XIII la fête instituée pour chaque 16 juillet.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Alphonse VIII de Castille, lettre à Innocent III, juillet 1212 : départ des gens d’outre-monts et terre vide et chaude, capitulation de Calatrava, à peine 150 chevaliers et sergents restés, Sanche VII avec à peine 200 chevaliers, défilé tenable par mille hommes, le paysan envoyé par Dieu, bannière à l’image de la Vierge et de son Fils, 185 000 cavaliers, plus de 100 000 morts, « vix XXti Vque christiani aut XXX », armée d’outre-monts de 2 000 chevaliers, 10 000 sergents montés et 50 000 à pied, bois des flèches et des lances pour les feux pendant deux jours, Úbeda et 60 000 Sarrasins morts ou captifs ; éd. Julio González, El reino de Castilla en la época de Alfonso VIII, Madrid, 1960, t. III, n° 897, p. 566-572 ; éd. et trad. Maurilio Pérez González, « Sobre la edición de textos latinos medievales : la carta de Alfonso VIII a Inocencio III en 1212 », Veleia 17, 2000, p. 231-266 (passage des pertes p. 257), d’après Alvira 2017 ; trad. angl. Colin Smith, Christians and Moors in Spain, t. II, Warminster, Aris & Phillips, 1989, p. 14-25, et G. A. Loud, 2011
- Arnaud Amaury, archevêque de Narbonne, lettre au chapitre général de Cîteaux, Tolède, « Sabbato ante assumptionem beatae Virginis Mariae » (11 août 1212), lue au chapitre le 13 septembre 1212 : guerre déclarée par le « Miramomelinus » à tous les adorateurs de la croix, arrivée à Tolède le 5 juin, Malagón le 24 juin, plus de 40 000 hommes repartis après Calatrava, occupation de la plaine et charge vers la troisième heure, fuite des Castillans attribuée à une disposition divine, trésor du calife envoyé à dos de chameaux et de mulets, au moins 60 000 morts et moins de cinquante chrétiens, 2 000 bêtes jugées insuffisantes pour les arcs et les flèches, Tolosa et les hérétiques de Toulouse, accord d’Úbeda pour 200 000 mazmutinae Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XIX, p. 250-254 ; date d’après les Annales de Waverley, Rerum Anglicarum Scriptores, t. II, 1687, p. 175, citées par Alvira Cabrer 1997 ; trad. angl. G. A. Loud, 2011
- Bérengère, reine de León, lettre à sa sœur Blanche, épouse de Louis, fils aîné du roi de France, 1212 : nouvelle reçue d’un serviteur et confirmée par la lettre du roi, refus du combat le dimanche, trois corps annoncés et quatre décrits, 70 000 hommes et 15 000 femmes tués, environ 200 chrétiens, près de 20 000 bêtes de somme pour les javelots et les flèches éd. Julio González, El reino de Castilla en la época de Alfonso VIII, t. III, n° 898, p. 572-574 ; Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XIX, p. 254-255 ; trad. angl. G. A. Loud, 2011
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Sources primaires (suite)
- Innocent III, lettre aux archevêques et évêques d’Espagne, 10 décembre 1210, rémission des péchés accordée à la demande de l’infant Ferdinand Registre XIII, n° 183 ; Patrologie latine, t. 216, col. 353 ; trad. angl. G. A. Loud, 2011
- Innocent III, lettre aux archevêques de Tolède et de Saint-Jacques, 5 avril 1212 (« qui non solum ad destructionem Hyspaniarum aspirant ») éd. Demetrio Mansilla, La documentación pontificia de Inocencio III (1198-1216), Monumenta Hispaniae Vaticana I, Rome, 1955, n° 471, p. 502, d’après Alvira Cabrer 1997
- ’Abd al-Wâhid al-Marrâkushî, Kitâb al-mu’jib, achevé en 1224 : défection de chrétiens après Calatrava, al-’Iqâb près de Hisn Salim, solde en retard et combattants qui ne tirent pas l’épée, fermeté du calife, défaite du lundi de la mi-safar 609 (16 juillet selon le traducteur), Baeza brûlée et grande mosquée détruite, Úbeda prise après treize jours et captifs trad. angl. Colin Smith, Christians and Moors in Spain, Warminster, Aris & Phillips, 1989-1992, d’après De Re Militari
- Chronica latina regum Castellae, attribuée à Juan de Soria, chancelier de Castille, rédigée vers 1223-1237, chap. 24-26 : bataille, prise d’Úbeda et près de 100 000 captifs, flux de ventre, siège de Baeza de décembre 1213 au 2 février 1214, famine en Trasierra et en Extrémadure, trêve avec le « roi du Maroc » trad. angl. Joseph F. O’Callaghan, The Latin Chronicle of the Kings of Castile, Tempe, Medieval & Renaissance Texts & Studies 236, 2002, p. 49-56 ; défi du calife (« contra omnes qui signum Crucis adorabant »), éd. Luis Charlo Brea, Cadix, 1984, p. 32, d’après Alvira Cabrer 1997 ; berger tenu pour une vertu divine, d’après García Fitz 2024 ; connaissance de la crise almohade après 1224, chap. 6 et 45, d’après Alvira Cabrer 2012
- Lucas de Tuy, Chronicon mundi, IV, 87-93 : défi du calife et repentir, envoyé d’en haut sous l’apparence d’un berger qui disparaît, bataille sans égale en Espagne, maladie de l’armée, mort d’Alphonse VIII près d’Arévalo et sépulture à Las Huelgas éd. Emma Falque, Turnhout, Brepols, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 74, 2003, p. 327-332 ; trad. angl. G. A. Loud, 2011
- Rodrigo Jiménez de Rada, Historia de rebus Hispanie, vers 1243-1247 : livre VIII, récit de la campagne de 1212 et homme du lieu, gardien de troupeaux et chasseur de lapins et de lièvres, d’après García Fitz 2024 ; VII, 10, victoire cause de l’effondrement et de l’anéantissement des Almohades, d’après Alvira Cabrer 2012 éd. Juan Fernández Valverde, Turnhout, Brepols, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 72, 1987
- Rodrigo Jiménez de Rada, Historia Arabum, 1245 : épée des Arabes étouffée et force des Goths restaurée éd. Juan Fernández Valverde, Roderici Ximenii de Rada Historiae minores, Turnhout, Brepols, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 72C, 1999, p. 87, d’après Alvira Cabrer 2012
- Lectionnaire cistercien de Las Huelgas, manuscrit enluminé de la fin du XIIᵉ siècle, cahier interpolé après 1212 contenant l’office de la fête de la Sainte-Croix (« Istud Festum Sancte Crucis apud Nauas de Tholosa debet celebrari sextodecimo die mensis iulii ») et une première version du récit de Jiménez de Rada Burgos, Archivo del Monasterio de Las Huelgas, Ms. 49, f. 80r-89v, d’après Alvira 2017
- Collectaneum cistercien de Las Huelgas, « Incipit Oficium Triumphi San(c)te Crucis sub Era Mª CCCª IIIª » Burgos, Archivo del Monasterio de Las Huelgas, Ms. 2, f. 2v, d’après Alvira 2017
- Grégoire XIII, bref Pastoralis officii cura, 30 décembre 1573, confirmation de la fête du Triomphe de la Sainte-Croix pour les royaumes de la monarchie espagnole, imprimé en tête du Proprium sanctorum hispanorum, d’après Alvira 2017
- Diego García de Campos, Planeta, prologue, 1218 éd. Manuel Alonso, Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, 1943, p. 181, d’après Alvira Cabrer 2012
- Lettre des évêques de Castille et de León au pape Urbain IV, vers 1262-1263 (« ab illo tempore in antea cepit in partibus illis fides catholica prevalere ») éd. Eloy Benito Ruano, « La Iglesia española en la caída del Imperio Latino de Constantinopla », Hispania Sacra 9, 1958, p. 12, d’après Alvira Cabrer 2012
- Estoria de España, interpolations transmises par la Versión amplificada de 1289, chap. 979 et 1013 éd. Ramón Menéndez Pidal, Primera Crónica General de España, Madrid, Gredos, p. 659 et 693, d’après Alvira Cabrer 2012
- Crónica de Castilla, composée entre 1295 et 1312, récit de Las Navas sans évaluation de la bataille comme tournant éd. Patricia Rochwert-Zuili, Paris, SEMH-Sorbonne, Les Livres d’e-Spania, Sources 1, 2010, p. 290, d’après Alvira Cabrer 2012
- Ibn Abî Zar’, Rawd al-qirtâs, victoire mérinide de 1275 et « jour de Hisn al-’Iqâb » trad. Ambrosio Huici Miranda, Valence, Anubar, Textos Medievales 12-13, 1964, p. 568 et 575-576, d’après Alvira Cabrer 2012
- Jacques Iᵉʳ d’Aragon, Llibre dels Fets, chap. 380, « bataille d’Úbeda » trad. angl. Damian J. Smith et Helena Buffery, The Book of Deeds of James I of Aragon, Aldershot, Ashgate, 2003, p. 286, d’après Alvira Cabrer 2012
- Annales Lambacenses, continuatio, à l’année 1211, lettre de défi du calife datée de Séville le 8 des ides d’octobre et adressée aux princes chrétiens et au roi d’Aragon Monumenta Germaniae Historica, Scriptores IX, Hanovre, 1851, p. 557-558, d’après Alvira Cabrer 1997
- Césaire de Heisterbach, Dialogus miraculorum, vers 1219-1223, ordre du calife au pape de changer le portique de Saint-Pierre en écurie, d’après Alvira Cabrer 1997
- Richard de San Germano, Chronica, envoi au pape d’une tente toute de soie et d’un étendard tissé d’or suspendu dans la basilique Saint-Pierre Monumenta Germaniae Historica, Scriptores XIX, Hanovre, 1866, p. 355, d’après Alvira Cabrer 1997
- Guillaume le Breton, Chronique, étendard et lance du calife envoyés à Saint-Pierre par le roi d’Aragon éd. Henri-François Delaborde, Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, historiens de Philippe Auguste, Paris, 1885, p. 241, d’après Alvira Cabrer 1997
- Gonzalo Argote de Molina, Nobleza del Andaluzía, Séville, Fernando Díaz, 1588, livre I, chap. xxxv-l, f. 26v-48v : récit de Las Navas, Martín Alhaja et lignage des Cabeza de Vaca, d’après Alvira 2017 et García Fitz 2024
- Sanche VII de Navarre, échange de biens avec doña Narbona, Olite, 1205, original portant le signe de l’aigle tracé de la main du roi Pampelune, Archivo General de Navarra, Comptos, Documentos, Caj. 1, núm. 74, d’après Martínez de Aguirre 2004
- Tenture dite pendón de Las Navas de Tolosa, almohade, XIIIᵉ siècle, soie et fil d’or sur âme de soie gainée de cuir, 326 × 222 cm, réversible, inscriptions coraniques Burgos, Monasterio de Santa María la Real de Las Huelgas, Museo de Telas Medievales, Patrimonio Nacional
- Ostensoir, ensemble « Custodia con fragmentos de los pendones de las Navas de Tolosa y de la conquista de Cáceres », argent doré, pâte de verre, cédules de parchemin, h. 51 cm, 1551-1600 Madrid, Museo Cerralbo, inv. 04554
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- Fiche « Custodia », inv. 04554, Museo Cerralbo CER.es, Red Digital de Colecciones de Museos de España, Ministerio de Culturahttps://ceres.mcu.es/pages/Main?idt=4646&table=FMUS&museum=MCM
- « Convent of Santa María La Real de Las Huelgas » (pendón original conservé au musée des tissus médiévaux) Patrimonio Nacionalhttps://www.patrimonionacional.es/en/rodajes-en-espacios-de-patrimonio-nacional/monasterio-de-santa-maria-la-real-de-las-huelgas
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- « Histoire du Maghreb médiéval - XIe-XVe siècle » (Hafsides d’Ifrîqiya, 1229-1574) Dunodhttps://dunod.com/histoire-geographie-et-sciences-politiques/histoire-du-maghreb-medieval-xie-xve-siecle-0






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