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Tolède, capitale de la traduction : l’école que Jourdain a inventée

PHGCOM / Wikimedia Commons
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Daniel de Morley était reparti de Paris déçu. Dans la préface de sa Philosophia, dédiée à Jean d’Oxford, évêque de Norwich de 1175 à 1200, cet Anglais dit avoir trouvé les maîtres parisiens prestigieux et peu savants, et être parti pour Tolède entendre les plus sages philosophes du monde, là où l’on célébrait la doctrine des Arabes, presque tout entière contenue dans le quadrivium, les quatre disciplines du nombre. Il en revint avec des livres. À la fin de l’ouvrage, il montre celui qu’il appelle Girardus Tholetanus, Gérard le Tolédan, commentant devant un auditoire la Grande Introduction à l’astrologie d’Abû Ma’shar, et glisse qu’il avait rendu l’Almageste de Ptolé​mée en latin, Galippo mixtarabe interpretante, avec le mozarabe Galib pour interprète. Il rapporte aussi un échange. Gérard se dit roi, Daniel lui demande avec ironie où il règne, et l’autre répond que c’est dans son esprit, puisqu’il ne sert aucun mortel.

Le texte, avec sa préface, ne survit que dans un manuscrit du XIIIᵉ siècle, le volume Arundel 377 de la British Library, et c’est Valentin Rose qui en a tiré en 1874 le témoignage sur Tolède. Il plaçait le séjour de Daniel entre 1175, année où une copie de la traduction de l’Almageste fut achevée dans la ville, et la mort de Gérard en 1187, probablement peu après la première date. Ce récit d’un étudiant étranger était, pour Rose, le seul témoignage médiéval montrant quelqu’un enseigner à Tolède au XIIᵉ siècle. Tout ce que l’on a dit depuis d’une salle de classe repose sur ces quelques pages.

Jourdain invente un collège

L’expression a un auteur et une date. Amable Jourdain, orientaliste mort en 1818, a laissé des Recherches critiques sur l’âge et l’origine des traductions latines d’Aristote, couronnées par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, qui paraissent à Paris en 1819, après sa mort, puis en 1843 dans une édition revue par son fils Charles. Aux pages 108 et 119 de cette seconde édition, il prête à Raymond, archevêque de Tolède de 1125 à 1152, la création d’un collège de traducteurs autour de l’archidiacre Dominique Gundissalinus. Le mot convenait à un groupe de gens du même métier. Il n’en disait pas davantage.

La formule a fait une carrière rapide. Ernest Renan la reprend presque mot pour mot en 1852 dans Averroès et l’averroïsme, pour honorer un prélat favorable à la liberté de penser, et Marcelino Menéndez Pelayo parle encore en 1881 d’un « colegio de traductores toledanos » dans son Histoire des hétérodoxes espagnols, au service d’une tout autre cause, celle d’une Espagne catholique, ce que Marietta Gargatagli a montré en 1999. Entre-temps, en 1874, Valentin Rose avait changé le collège en Schule, en école, et logé ses leçons sous le toit de la cathédrale. Une école, au sens où l’entendait Rose, suppose des maîtres et des élèves réunis dans un lieu sous une règle commune.

Le rôle de Raymond tient à une ligne. Un manuscrit du XIIIᵉ siècle de l’université d’Édimbourg, coté MS 115, conserve aux folios 27r à 29v le traité de Qustâ ibn Lûqâ sur la différence entre l’esprit et l’âme, que Johannes Yspalensis, Jean de Séville, dit avoir traduit de l’arabe en latin pour son seigneur Raymond, archevêque du siège de Tolède. En dehors de cette dédicace, écrivait Danielle Jacquart en 1991, aucune preuve ne montre l’archevêque patronnant des traductions. Ses actes font voir un autre homme. En 1138, selon Francisco Hernández, il fixe le chapitre de la cathédrale à vingt-quatre grands chanoines et six chanoines mineurs, leur attribue la moitié de la part épiscopale des dîmes de la ville et la moitié des dons funéraires, et garde pour lui les deux tiers des revenus les plus gras.

Francisco Márquez Villanueva relevait en 1996 qu’aucun témoignage direct ne dit où ni comment s’enseignaient les savoirs que les étrangers venaient chercher à Tolède, ville qui n’eut pas d’université avant le XVIᵉ siècle ni d’école épiscopale de quelque importance, et il en concluait à un enseignement privé, sans intervention de l’Église ni du roi. Le nom a survécu à la critique. Depuis 1994, l’université de Castille-La Manche entretient dans la ville un centre de recherche appelé Escuela de Traductores de Toledo.

Des chrétiens qui testaient en arabe

Alphonse VI, roi de Castille et de León, entre dans Tolède le 25 mai 1085, après la capitulation de l’émir al-Qâdir. La ville était la capitale d’une taïfa, l’un des royaumes nés de l’éclatement du califat de Cordoue. Le roi y trouve une communauté chrétienne qui avait gardé sa foi sous les émirs en adoptant leur langue, celle que l’on appelle mozarabe, d’un mot arabe qui signifie arabisé.

Ces chrétiens ont continué d’écrire en arabe sous des rois chrétiens pendant plus de deux siècles. Leurs actes, plus de mille deux cents selon Ignacio Ferrando, surtout des ventes mais aussi des testaments, ont été édités par Ángel González Palencia en quatre volumes entre 1926 et 1930, et d’autres sont apparus depuis dans les archives du chapitre. L’un d’eux, coté E.8.F.1,5d à l’Archivo Capitular de la cathédrale de Tolède, tient sur une feuille de parchemin de 29,3 centimètres sur 18,8, quinze lignes d’écriture maghrébine à l’encre sépia. Doña Setí, alitée par la maladie qui l’emportera mais en pleine possession de son esprit, y ordonne en novembre 1214 (1252 de l’ère hispanique, que le notaire appelle ère du safar) de vendre sa maison du quartier de Saint-Jean, de donner quatorze mithqâls d’or alphonsin à sa petite-fille Dominga et de régler de petites dettes, dont un quart de mithqâl au prêtre don Lázaro, son maître, et un demi-mithqâl au prêtre don Yâqish. Elle rappelle aussi que son petit-fils Juanete, qui avait puisé dans son argent, doit faire dire treize messes pour son âme. Un témoin, Diego Martín, signe d’une formule latine, ego et testis compris, transcrite en lettres arabes, et le notaire précise que ces mots sont en ’ajamî, en langue non arabe. La maison est vendue en février 1215 pour trente-huit mithqâls. Ferrando explique ce choix de l’arabe par la culture des mozarabes, qui maniaient mal le latin au XIIᵉ siècle, puis, au XIIIᵉ, par le souci de se distinguer des chrétiens venus du Nord et de garder le statut juridique particulier, le fuero, qu’Alphonse VI leur avait accordé.

Dans cette ville où l’arabe resta, selon Teresa Witcombe, la langue de travail de la majorité jusqu’au milieu du XIIIᵉ siècle, les livres arabes circulaient malgré les réticences du camp d’en face. Au début du XIIᵉ siècle, le juriste sévillan Ibn ’Abdûn demandait dans son traité de hisba, ce manuel du contrôle des marchés, qu’on interdise de vendre aux chrétiens les livres de science, parce que leurs traducteurs les attribuaient ensuite à leurs évêques, passage qu’Évariste Lévi-Provençal a traduit en 1947. Richard Lemay en tirait l’idée que les compagnons de Gérard de Crémone passaient peut-être une partie de leur temps à rassembler des manuscrits.

Avendauth Israelita, philosophus

Une page a suffi à fixer pour longtemps l’image du travail tolédan. Elle ouvre la version latine du livre de l’âme du Shifâ’ d’Avicenne, et elle est adressée à Jean, archevêque du siège de Tolède et primat des Espagnes, par « Avendeuth Israelita, Philosophus ». L’auteur dit avoir exécuté l’ordre de l’archevêque et décrit l’opération en une phrase. Vous avez donc ce livre, écrit-il, traduit de l’arabe, nobis praecipiente et singula verba vulgariter proferente, et Dominico Archidiacono singula in latinum convertente, moi dictant et prononçant chaque mot en langue vulgaire, l’archidiacre Dominique les tournant un à un en latin.

L’archidiacre est Dominique Gundissalinus. Nicola Polloni le trouve dans les archives de la cathédrale de Ségovie dès 1148, comme archidiacre de Cuéllar, puis dans le chapitre de Tolède à partir de 1162, et date d’avant 1166 la version d’Avicenne. Avec Avendauth et un certain Iohannes Hispanus, il a mis en latin plus de vingt ouvrages, dont la Métaphysique d’Avicenne et la Source de vie d’Ibn Gabirol, tout en écrivant ses propres traités. Avendauth serait Abraham ibn Daud, philosophe juif de Tolède et auteur de La Foi sublime. Marie-Thérèse d’Alverny l’avait proposé. Gad Freudenthal a cru pouvoir le confirmer en 2016 en relevant dans La Foi sublime un passage sur une branche obscure du calcul commercial, les mu’âmalât, que l’auteur ne pouvait guère connaître que par l’équipe de Gundissalinus, alors occupée à traduire un Liber mahameleth nourri de ces matériaux. Les Jean posent un problème plus tenace, Jean de Séville et Jean d’Espagne se confondant d’un manuscrit à l’autre, au point que Charles Burnett a dû leur consacrer une mise au point en 2002.

La phrase d’Avendauth est devenue une règle générale. María Rosa Menocal écrivait en 2002, dans un livre dont le sous-titre promettait une culture de la tolérance, que l’usage commun voulait qu’un juif lise le texte arabe à voix haute en castillan et qu’un chrétien en tire le latin. Richard Lemay avait objecté dès 1978 que l’idée d’une traduction toujours faite à deux extrapolait à partir de mentions très rares. Galib n’apparaît que pour l’Almageste, et aucune autre traduction de Gérard ne nomme un aide. Ses versions, collées à l’arabe jusque dans la construction des phrases, reprennent la manière mot à mot de Jean de Séville, dont il avait révisé plusieurs traductions. L’argument le plus fort du camp adverse est grammatical. Chez Daniel de Morley, le participe présent interpretante fait travailler Galib et Gérard au même moment, comme l’a souligné Belén Bistué.

Mieux vaut s’en tenir aux deux cas où le dispositif est écrit noir sur blanc, l’Avicenne de l’archevêque Jean et l’Almageste, parce que les autres traductions n’en disent mot et qu’un silence ne fait pas une méthode.

Soixante et onze titres pour un Lombard

Gérard était né à Crémone vers 1114. Après sa mort, on a recopié à la fin de sa dernière traduction, celle du Tegni de Galien avec le commentaire d’Ali ibn Ridwân, une courte Vie, la liste de ses traductions et un éloge en vers. La Vie raconte que, par amour de l’Almageste, qu’il ne trouvait pas chez les Latins, amore tamen almagesti quem apud latinos minime reperiit, il gagna Tolède, y vit l’abondance des livres arabes en toute matière et apprit l’arabe pour traduire. D’après les manuscrits, il mourut en 1187, à soixante-treize ans. La liste compte soixante et onze titres rangés par disciplines, logique, géométrie et optique, astronomie, philosophie, médecine, alchimie, divination, et la médecine y pèse plus lourd que le reste, avec au moins vingt et un traités selon Richard Lemay, dont le Canon d’Avicenne.

Lemay a défait en 1978 plusieurs certitudes tirées de ces textes. La liste circulait aussi seule, comme au folio 109 du manuscrit 68 d’All Souls College, à Oxford, et la Vie, qui parle des compagnons à la troisième personne et au passé, lui paraissait rédigée ailleurs, plus probablement à Crémone. L’année 1175, que l’on donne pour l’achèvement de l’Almageste, n’est que celle d’une copie faite à Tolède par un certain Thaddée de Hongrie et ne fixe qu’une limite. Gérard devait être arrivé en 1144 au plus tard, ce qui lui laisse plus de quarante ans de travail et rend sa production moins invraisemblable qu’elle n’a paru à George Sarton. Sarton avait aussi réordonné la liste pour séparer les auteurs grecs de leurs commentateurs arabes, et Lemay lui reprochait d’avoir prêté au XIIᵉ siècle la passion des humanistes pour le grec. Gérard a fait passer en latin al-Kindî, al-Fârâbî, Râzî et Avicenne autant qu’Euclide ou Galien, et la science latine des XIIᵉ, XIIIᵉ et XIVᵉ siècles dépendait, selon Lemay, de cette tradition arabe.

Le lieu même de sa mort est disputé. Selon le dernier vers de l’éloge, Toleti vixit, Toletum reddidit astris, il vécut à Tolède et Tolède le rendit aux astres. Le dominicain Francesco Pipino, qui écrivait vers 1300, le faisait pourtant enterrer à Crémone, au couvent de Santa Lucia, auquel il aurait légué sa bibliothèque, et Francesco Arisi n’en trouvait plus trace en 1702. Lemay suppose un corps rapatrié.

Charles Burnett a tiré de la même liste, en 2001, une conclusion plus forte. Elle suit l’ordre des disciplines, et la façon dont Gérard et Gundissalinus se partagent les domaines du savoir dessine selon lui un programme cohérent, qui explique la place prise par Tolède parmi les centres de traduction dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle. Lemay y voyait déjà la trace des recueils d’enseignement que les savants arabes faisaient étudier dans chaque discipline, et que Gérard aurait cherché à traduire en bloc.

Ce camp-là ne ressuscite pas le collège de Jourdain. Il soutient qu’un travail peut être concerté sans être institué, là où d’autres ne voient qu’initiatives privées, et Clara Foz, en 1998, distinguait de son côté deux mouvements, l’un soutenu par l’Église au XIIᵉ siècle et tourné vers le latin, l’autre par le roi Alphonse X au XIIIᵉ et tourné vers le castillan.

Le Coran de l’archevêque Rodrigo

En 1210, la traduction change de destinataire. Marc, diacre puis prêtre du chapitre de Tolède, où on le voit signer des actes de 1193 à 1216, achève à l’été une version latine du Coran, le Liber Alchorani, à la demande de l’archevêque Rodrigo Jiménez de Rada, sur le siège depuis 1209, et de l’archidiacre Maurice, futur évêque de Burgos. Son prologue présente le livre comme un recueil d’institutions sacrilèges et de préceptes monstrueux, sacrilega instituta et enormia precepta, et déplore que là où les évêques offraient jadis le sacrifice au Christ, on exalte à présent le nom du faux prophète. Depuis la défaite castillane d’Alarcos, en 1195, Tolède était en première ligne face à l’empire almohade, et John Tolan a lu dans ce prologue un appel à la guerre que l’archevêque préparait, celle qui aboutit à Las Navas de Tolosa en juillet 1212.

La traduction elle-même déroute. Robert de Ketton, qui avait traduit le Coran en 1142-1143 pour Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, sur les bords de l’Èbre, loin de Tolède, en avait donné une paraphrase en latin soigné. Marc respecte les divisions, les titres, l’ordre des phrases et souvent celui des mots, au prix d’une grammaire latine forcée, comme l’ont montré Thomas Burman et Ulisse Cecini. Teresa Witcombe en tire en 2022 une hypothèse. Une version aussi littérale se prêtait à une lecture en regard de l’arabe, et le chapitre comptait assez de chanoines arabophones pour s’en servir, à commencer peut-être par Maurice, qu’un acte en arabe de 1209 montre réglant une affaire de la cathédrale selon le droit des mozarabes. Michel Scot, qui y siégeait en 1215, appartenait au même milieu de chanoines lettrés, capables de passer d’une langue à l’autre.

Deux colophons donnent à ce milieu des dates et un lieu. Michel Scot achève à Tolède en 1217, avec un certain Abuteus le lévite, la version latine du traité d’astronomie d’al-Bitrûjî, qui s’ouvre sur les erreurs des principes posés par Ptolé​mée. Hermann l’Allemand, selon un manuscrit florentin du XIVᵉ siècle cité par Rose, termine le 3 juin 1240, dans la chapelle de la Sainte-Trinité de la cathédrale, sa traduction du commentaire d’Averroès sur l’Éthique à Nicomaque. Un colophon dit où un homme a fini un livre.

Rose y voyait la salle de l’école.

« Castellano drecho »

Sous Alphonse X, roi de 1252 à 1284, la langue d’arrivée change, et les deux principaux collaborateurs scientifiques du roi, Yehudá ben Mošé ha-Kohen et Isaac ben Sid, sont juifs. Yehudá, dit Mosca, médecin et astronome tolédan dont l’activité est documentée de 1225 à 1276, compose avec le clerc Guillén Arremón Daspa le Libro de la ochava espera, le livre de la huitième sphère, celle des étoiles fixes, que l’on revoit de juin à décembre 1276 avec le roi lui-même, Juan de Mesina, Juan de Cremona et un certain Samuel.

Le prologue de ce livre est, selon Laura Fernández Fernández, l’un des textes alphonsins les plus connus et les plus commentés. Le roi, y lit-on, ôta les phrases qu’il jugeait superflues ou redoublées et « que non eran en castellano drecho », et pour la langue, la corrigea lui-même. Ramón Menéndez Pidal y voyait en 1972 une norme du bon castillan, assez souple pour tolérer les aragonismes que Guillén Arremón Daspa aurait glissés dans le texte. Rafael Cano a montré en 1985, et Anthony Cárdenas après lui, que cette phrase ne fondait aucune norme et que les formes drecho et endreçó n’étaient pas celles du manuscrit royal. Elles viennent d’une copie du XVIᵉ siècle, antérieure à 1562, conservée à la Bibliothèque nationale d’Espagne sous la cote Ms. 1197, que Manuel Rico y Sinobas a prise pour base de l’édition qu’il publia à partir de 1863. La copie de la Real Academia de la Historia, Ms. 9/5707, porte derecho et endereço, et Laura Fernández Fernández a retrouvé en 2010, dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale coté Ms. 1289, la transcription que le jésuite Jerónimo Román de la Higuera avait faite sur l’original, avec la même lecture. La critique tient désormais les formes de la copie de Madrid pour des catalanismes de son copiste.

L’original royal, le Libro del saber de astrología, est conservé à Madrid, à la Biblioteca Histórica Marqués de Valdecilla de l’université Complutense, sous la cote BH MSS 156. En 1505, Ferdinand le Catholique le céda au cardinal Cisneros avec d’autres livres de la reine Isabelle, et il entra dans la bibliothèque du collège de San Ildefonso d’Alcalá, où on le copia. Il a perdu depuis les cahiers du prologue, et des quarante-huit constellations de la huitième sphère, ceux qui en ont découpé les médaillons n’ont laissé en place que trois figures, les Poissons au folio 4r, le Fleuve au folio 7r et la Couronne australe au folio 18r.

Pour aller plus loin

La Maison de la sagesse de Bagdad, où l’Almageste fut traduit en arabe sous le calife al-Ma’mûn, éclaire l’amont de cette histoire, et Gerbert d’Aurillac, qui réclamait déjà des livres catalans en 984, en raconte un épisode plus ancien. Avicenne et Averroès passent par ces ateliers ; Cordoue et les Wisigoths de Tolède en donnent l’avant-scène. Les condamnations parisiennes de 1210 à 1277, la naissance de l’université et la bataille de Las Navas de Tolosa, en 1212, en prolongent les suites, l’une savante, l’autre militaire.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Daniel de Morley, Philosophia ou Liber de naturis inferiorum et superiorum, préface (départ de Paris, voyage à Tolède pour entendre les plus sages philosophes du monde, doctrine des Arabes presque tout entière contenue dans le quadrivium, d’après la traduction de Rose par Krisciunas et Bistué) et dernière partie (leçons de « Girardus Tholetanus » sur Abû Ma’shar, « Galippo mixtarabe interpretante almagesti latinavit », « Ego qui loquor rex sum… in animo, quia nemini mortalium servirem »), dédiée à Jean d’Oxford, évêque de Norwich (1175-1200) Londres, British Library, Arundel MS 377, f. 88-103, XIIIᵉ siècle, d’après Rose 1874  ; éd. Gregor Maurach, « Daniel von Morley, Philosophia », Mittellateinisches Jahrbuch 14, 1979, p. 204-255
  2. Vita, Commemoratio librorum et Eulogium de Gérard de Crémone, rédigés après 1187 et copiés à la suite de sa traduction du Tegni de Galien avec le commentaire d’Ali ibn Ridwân : « amore tamen almagesti quem apud latinos minime reperiit, Toletum perrexit », liste de soixante et onze traductions, distique « Hunc sine consimili genuisse Cremona superbit, Toleti vixit, Toletum reddidit astris » ; nouvelle éd. Charles Burnett, Science in Context 14, 2001, p. 249-288 ; liste seule, sans la Vie Oxford, All Souls College, MS 68, f. 109, d’après Lemay 1978
  3. Ptolé​mée, Almageste, traduction latine de Gérard de Crémone, copie achevée à Tolède en 1175 par Thaddée de Hongrie Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, d’après Charles H. Haskins et Dean P. Lockwood, Harvard Studies in Classical Philology 21, 1910, p. 78, n. 1, cités par Krisciunas et Bistué 2017
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Sources primaires (suite)

  1. Avicenne, Liber de anima seu sextus de naturalibus, prologue d’Avendauth à Jean, archevêque de Tolède et primat des Espagnes (« Avendeuth Israelita, Philosophus » ; « nobis praecipiente et singula verba vulgariter proferente, et Dominico Archidiacono singula in latinum convertente, ex arabico translatum »), éd. Simone Van Riet, Avicenna Latinus, Louvain et Leyde, 1968-1972, t. I, p. 3-4
  2. Qustâ ibn Lûqâ, Liber de differentia spiritus et animae, traduction de Jean de Séville, incipit « quem Johannes Yspalensis domino suo raimundo toletane sedi archiepiscopo de arabico in latinam transtulit », manuscrit composite du XIIIᵉ siècle Édimbourg, University of Edinburgh Library Heritage Collections, MS 115, ff. 27r-29v
  3. Testament de Doña Setí, novembre 1214 (première décade de novembre 1252 de l’ère hispanique), et vente de sa maison du quartier de Saint-Jean pour trente-huit mithqâls d’or alphonsin, février 1215 (1253 de l’ère hispanique), parchemins en arabe, écriture maghrébine, 29,3 × 18,8 cm et 29,1 × 55,2 cm Tolède, Archivo Capitular de la Catedral, E.8.F.1,5d ; éd. et trad. Ferrando 2007
  4. Actes des mozarabes de Tolède, XIIᵉ-XIIIᵉ siècles, éd. Ángel González Palencia, Los mozárabes de Toledo en los siglos XII y XIII, 4 vol., Madrid, Instituto de Valencia de Don Juan, 1926-1930 (d’après Ferrando 2007)
  5. Ibn ’Abdûn, Risâla fî l-qadâ’ wa l-hisba, interdiction de vendre aux chrétiens les livres de science, trad. Évariste Lévi-Provençal, Séville musulmane au début du XIIᵉ siècle. Le traité d’Ibn ’Abdun sur la vie urbaine et les corps de métiers, Paris, Maisonneuve, 1947, Islam d’hier et d’aujourd’hui 2, p. 128, d’après Lemay 1978
  6. Francesco Pipino, Chronicon, sépulture de Gérard au couvent de Santa Lucia de Crémone, éd. Ludovico Antonio Muratori, Rerum Italicarum Scriptores IX, p. 600, d’après Lemay 1978
  7. Francesco Arisi, Cremona literata, I, Parme, 1702, p. 269-273, d’après Lemay 1978
  8. Marc de Tolède, Liber Alchorani, prologue (« sacrilega instituta et enormia precepta » ; « in locis ubi suffraganei pontiffices sacrificia sancta Ihesu Christo quondam offerebant, nunc pseudo-prophete nomine extollitur »), Tolède, 1210, éd. Marie-Thérèse d’Alverny et Georges Vajda, « Marc de Tolède, traducteur d’Ibn Tūmart », Al-Andalus 16, 1951, p. 267-268, d’après Witcombe 2022 ; éd. crit. Nàdia Petrus i Pons, Liber Alchorani quem transtulit Marcus Toletanus. Estudio y edición crítica, Madrid, CSIC, 2016
  9. Al-Bitrûjî, De motibus celorum, traduction de Michel Scot avec Abuteus levita, Tolède, 1217, chap. I « Sermo in erroribus radicum quas posuit Tholomeus », éd. Francis J. Carmody, Berkeley et Los Angeles, 1952
  10. Hermann l’Allemand, colophon de sa traduction du commentaire d’Averroès sur l’Éthique à Nicomaque, achevée à Tolède le 3 juin 1240 dans la chapelle de la Sainte-Trinité, manuscrit florentin du XIVᵉ siècle cité par Rose 1874, p. 346
  11. Alphonse X, Libro del saber de astrología, original royal, 1276-1279, lacune de quatre cahiers aux f. 1v-2r (prologue, constellations septentrionales et zodiacales), médaillons subsistants des Poissons (f. 4r), du Fleuve (f. 7r) et de la Couronne australe (f. 18r) Madrid, Biblioteca Histórica Marqués de Valdecilla, Universidad Complutense, BH MSS 156
  12. Libro de las figuras de las estrellas fixas (Libro de la ochava espera), copie antérieure à 1562 portant le prologue (« et que non eran en castellano drecho… et quanto en el lenguage endreçólo él por sise ») Madrid, Biblioteca Nacional de España, Ms. 1197, f. 1-49, d’après Fernández Fernández 2010  ; éd. Manuel Rico y Sinobas, Libros del saber de astronomía del rey D. Alfonso X de Castilla, 5 vol., Madrid, 1863-1867, t. I, p. 7
  13. Libro de las figuras de las estrellas fixas, copie lisant « derecho » et « endereço » Madrid, Real Academia de la Historia, Ms. 9/5707, d’après Fernández Fernández 2010
  14. Jerónimo Román de la Higuera, Historia eclesiástica de la imperial ciudad de Toledo, livre XXII, chap. 7, transcription du prologue sur l’original d’Alcalá Madrid, Biblioteca Nacional de España, Ms. 1289, f. 108r-v, d’après Fernández Fernández 2010

Bibliographie

  1. Amable Jourdain, Recherches critiques sur l’âge et l’origine des traductions latines d’Aristote, et sur des commentaires grecs ou arabes employés par les docteurs scholastiques, Paris, 1819 – Fantin ; 2ᵉ éd. revue par Charles Jourdain, Paris, 1843, xv-472 p., p. 108 et 119 Joubert
  2. Ernest Renan, Averroès et l’averroïsme, Paris, 1852, cité d’après Gargatagli 1999
  3. Marcelino Menéndez Pelayo, Historia de los heterodoxos españoles, 1880-1882 ; éd. Madrid, 1956, 2 vol., cité d’après Gargatagli 1999 Biblioteca de Autores Cristianos
  4. Valentin Rose, « Ptolemaeus und die Schule von Toledo », Hermes 8, 1874, p. 327-349 Hermes
  5. Marietta Gargatagli, « La historia de la escuela de traductores de Toledo », Quaderns. Revista de traducció 4, 1999, p. 9-13 Universitat Autònoma de Barcelona
  6. Danielle Jacquart, « L’école des traducteurs », dans Tolède, XIIᵉ-XIIIᵉ. Musulmans, chrétiens et juifs : le savoir et la tolérance, Paris, 1991, série Mémoires 5, p. 177-191, cité d’après Gargatagli 1999 Éditions Autrement
  7. Francisco Hernández, « La cathédrale, instrument d’assimilation », dans Tolède, XIIᵉ-XIIIᵉ. Musulmans, chrétiens et juifs : le savoir et la tolérance, Paris, 1991, série Mémoires 5, p. 68-74, cité d’après Gargatagli 1999 Éditions Autrement
  8. Francisco Márquez Villanueva, « In lingua Tholetana », dans La escuela de traductores de Toledo, Tolède, 1996, p. 23-34, cité d’après Gargatagli 1999 Diputación Provincial de Toledo
  9. Clara Foz, Le traducteur, l’Église et le roi (Espagne, XIIᵉ et XIIIᵉ siècle), Ottawa et Arras, 1998 Presses de l’Université d’Ottawa et Artois Presses Université
  10. Charles Burnett, « The Coherence of the Arabic-Latin Translation Program in Toledo in the Twelfth Century », Science in Context 14 (1-2), 2001, p. 249-288, DOI 10,1017/S0269889701000096 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0269889701000096
  11. Charles Burnett, « John of Seville and John of Spain : a mise au point », Bulletin de philosophie médiévale 44, 2002, p. 59-78, d’après Witcombe 2022 Bulletin de philosophie médiévale
  12. Richard Lemay, « Gerard of Cremona », dans Dictionary of Scientific Biography, Supplement I, vol. 15, New York, 1978, p. 173-192 Charles Scribner’s Sons
  13. George Sarton, Introduction to the History of Science, II, Baltimore, 1931, p. 338-349, d’après Lemay 1978
  14. Ignacio Ferrando, « Testamento y compraventa en Toledo (años 1214 y 1215). Dos documentos árabes de los mozárabes de Toledo », Collectanea Christiana Orientalia 4, 2007, p. 41-54 Universidad de Córdoba
  15. Gad Freudenthal, « Abraham Ibn Daud, Avendauth, Dominicus Gundissalinus and Practical Mathematics in Mid-Twelfth Century Toledo », Aleph 16 (1), 2016, p. 61-106 Aleph
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Sources en ligne

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