La fin des Sarrasins d’Espagne avait une date, la Saint-Martin. Un clerc de la cour d’Oviedo l’annonce en avril 883 dans le texte que l’on appelle depuis la Chronique prophétique. Il reprend la prophétie d’Ézéchiel contre Gog, fait de Gog le peuple des Goths et d’Ismaël celui des Arabes, et en tire un compte. Les Ismaélites, entrés en Espagne selon lui le 11 novembre de l’ère 752, c’est-à-dire en 714, la tiendront cent soixante-dix ans, après quoi Gog leur rendra ce qu’ils lui ont fait subir. À la Saint-Martin suivante, écrit-il, seront accomplis cent soixante-neuf ans et sept mois, et la cent soixante-dixième année commencera. Le roi Alphonse III, ajoute-t-il, régnera bientôt sur toute l’Espagne.
Covadonga, cent soixante ans après
La Saint-Martin passe, et Cordoue garde son émir omeyyade. Manuel Gómez-Moreno a publié le texte complet de la prophétie en 1932, d’après le recueil que l’on appelle Códice de Roda et que la Real Academia de la Historia conserve à Madrid sous la cote cód. 78, un manuscrit de 232 feuillets copié à la fin du Xᵉ ou au début du XIᵉ siècle, où il voisine avec Orose, Isidore de Séville et des généalogies des princes pyrénéens. L’auteur n’a pas de nom.
La même cour écrit, à la même époque, le récit fondateur. La Chronique d’Alphonse III, conservée en deux versions, l’une dite Rotense, du nom du Códice de Roda, l’autre adressée à un certain Sébastien, couvre l’histoire des rois de Wamba, en 672, à Ordoño Iᵉʳ, mort en 866. Elle a été rédigée sous le règne d’Alphonse III, entre 866 et 910, vers 900 selon Patrick Marschner. Pélage y apparaît comme l’ancien porte-épée des derniers rois wisigoths, Wittiza et Rodrigue. Réfugié avec les siens dans une grotte du mont Auseva, il reçoit l’évêque Oppa, passé aux conquérants, qui l’invite à se soumettre. Il répond qu’il se fie à la miséricorde du Seigneur, que le salut de l’Espagne viendra de cette modeste petite montagne et que l’armée du peuple des Goths sera restaurée. Les pierres des machines de jet, parvenues au sanctuaire de la Vierge, se retournent alors contre les Chaldéens, nom que le chroniqueur donne aux musulmans, et 124 000 assaillants périssent sur place, et les 63 000 survivants, qui fuient par la montagne vers la Liébana, sont emportés dans la rivière par un pan de mont qui s’effondre. Le chroniqueur prête à l’armée ennemie 187 000 hommes au total, soit exactement la somme des tués et des engloutis.
Ces nombres sortent très probablement de la Bible. Marschner a montré que le récit démarque l’Exode, les Maccabées et l’histoire de Gédéon, et que le chiffre des Sarrasins tués rappelle celui des Assyriens abattus au livre des Rois et dans Isaïe. Peter Linehan a résumé le personnage d’une formule, un hybride asturien de Moïse et d’Astérix. La version adressée à Sébastien retouche aussi la légitimité du héros. Là où la Rotense le fait élire par les Astures, elle le fait élire par des Goths, ce que Víctor Nieto Alcaide a relevé en 1989 comme l’indice d’un même projet, faire du royaume asturien le continuateur légitime de celui de Tolède, au point de présenter Oviedo comme une nouvelle Tolède. Thomas Deswarte a suivi cette idéologie de la restauration jusqu’au XIᵉ siècle, bien après le transfert de la capitale à León.
On ignore la date exacte de la bataille. Les propositions vont de 718 à 722, l’Encyclopædia Britannica situe l’élection de Pélage vers 718 et le combat vers 720, et ses estimations, une vingtaine de milliers d’hommes contre moins de cinq cents, ne reposent sur aucun dénombrement. Le récit le plus ancien qui nous soit parvenu a été écrit plus d’un siècle et demi après l’affrontement, par des clercs qui composaient l’histoire d’une dynastie pour le roi régnant.
Ortiz y Sanz, 1796
Ces textes ne parlent jamais de reconquête. Leur vocabulaire est celui du salut et de la restauration, et c’est en ces termes, la perte puis la restauration de l’Espagne, que l’archevêque de Tolède Rodrigo Jiménez de Rada fixe le récit au XIIIᵉ siècle, dans une histoire dont Ríos Saloma fait la matrice des récits nationaux de l’époque moderne. Le mot moderne a une histoire beaucoup plus courte. Dans son livre de 2011, Ríos Saloma relève le verbe reconquistar en 1646 dans la Relation historique du royaume du Chili d’Alonso de Ovalle, à propos de l’Amérique. Le premier emploi qu’il ait trouvé pour la guerre contre al-Andalus date de 1796, au deuxième volume du Compendio cronológico de José Ortiz y Sanz. L’invasion napoléonienne de 1808, qui fait de la libération du territoire une affaire présente, aide à le répandre, et plusieurs auteurs, dont Alcalá Galiano, l’emploient plus souvent entre 1840 et 1844.
Modesto Lafuente lui donne un contenu en 1850 et 1851 dans son Histoire générale de l’Espagne. La Reconquista y devient une période, définie par l’élargissement des frontières. Jusqu’en 1874, le mot de restauración désignait encore le mouvement parti des Asturies. Puis la monarchie des Bourbons revient sur le trône avec Alphonse XII, et sa propre « Restauration » s’empare du terme. Reconquista reste pour la guerre médiévale contre les musulmans, et son usage se généralise dans le dernier tiers du siècle, jusqu’à l’Histoire générale de l’Espagne dirigée par Antonio Cánovas del Castillo. Le Prado garde une image de ces années-là. Pedro González Bolívar y peint en 1883, sur une toile de 120 centimètres sur 155, l’émir de Grenade venu en armure baiser la main de Ferdinand III, scène de vassalité que le musée a déposée à l’université de Saint-Jacques-de-Compostelle sous le numéro d’inventaire P005368. Pour le IXᵉ siècle asturien, « restauration » vaut mieux que « reconquête », pour une raison simple, c’est le mot des textes.
Le XXᵉ siècle a fait du terme une clef d’interprétation. Dans La realidad histórica de España, Américo Castro faisait naître la conscience espagnole entre le Xᵉ et le XIᵉ siècle, de la vie commune des chrétiens, des musulmans et des juifs. Claudio Sánchez-Albornoz lui a répondu en 1956, dans España, un enigma histórico, en s’élevant contre l’idée que l’Espagne fût postérieure à 711 et en faisant de la Reconquista la clef de l’histoire d’Espagne, une entreprise de plusieurs siècles sans équivalent chez les autres peuples d’Europe. José Luis Gómez Martínez a résumé en 1972 cette querelle, qui portait sur l’origine des Espagnols bien plus que sur la guerre.
Les parias de Grenade
De 711 à 1492, on compte 781 ans. La frontière ne bouge pourtant que par à-coups, Tolède en 1085, Las Navas de Tolosa en 1212, Séville en 1248, et entre ces dates les rois chrétiens tirent souvent davantage de l’or des émirs que de leurs villes. Au XIᵉ siècle, quand le califat de Cordoue s’est défait en royaumes rivaux, les taïfas, ces émirs achètent la paix par des tributs annuels, les parias. Celui de Saragosse, al-Muqtadir, devient tributaire de la Castille en 1067. Rodrigo Díaz, le Cid, exilé par Alphonse VI en 1081, passe près de dix ans au service des successeurs d’al-Muqtadir, al-Mu’tamin puis al-Musta’in II, et bat en 1082, pour le compte du premier, le roi musulman de Lérida et ses alliés chrétiens, parmi lesquels le comte de Barcelone. Le pacte de Jaén, en 1246, change ce système en vassalité. Muhammad Iᵉʳ, maître de Grenade depuis 1238, livre Jaén à Ferdinand III et se déclare son vassal. Selon José María Alcántara Valle, il doit dès lors verser chaque année les parias convenues, fournir une aide militaire quand le roi l’exige, siéger aux Cortes de Castille quand il y est convoqué et paraître à la cour sur demande. La paix entre Castillans et Nasrides tient jusqu’à la révolte des musulmans soumis aux rois chrétiens, les mudéjars, au printemps 1264, ce qui n’empêche pas Ferdinand de prendre Séville en 1248 à un autre maître que l’émir. Après la guerre, en 1267, Muhammad Iᵉʳ promet à Alphonse X, lors des rencontres d’Alcalá de Abenzaide, 250 000 maravédis par an. En 1273, son fils Muhammad II s’engage à payer de nouvelles parias, trezientas vezes mill marauedís selon le texte castillan, trois cent mille maravédis, contre une exemption de tribut de dix ans. Le royaume nasride a vécu ainsi deux siècles et demi, tantôt vassal et payeur, tantôt en guerre ouverte avec la Castille.
La part de la paix fait débat. Diego Melo Carrasco a soutenu en 2008 que les trêves entre la Castille et Grenade, rédigées sur un modèle fixe, avaient été appliquées pendant une grande partie des XIIIᵉ, XIVᵉ et XVᵉ siècles, et qu’il existait à la frontière une volonté réelle de paix. Alcántara Valle conclut au contraire, pour le seul règne d’Alphonse X, que les périodes de guerre ont duré plus longtemps que les périodes de paix, les trêves de décembre 1275 et de février 1278 n’ayant été que des haltes dictées par les invasions mérinides venues du Maroc. Les deux constats ne portent pas sur la même durée, et ils s’accordent sur un point, celui d’une frontière où la guerre et le tribut alternaient. Ríos Saloma en tire l’objection la plus forte contre le mot, qui laisse entendre, employé sans précaution, une guerre continue de huit siècles.
Des croisés qu’on ne comprenait pas
Une autre lecture rattache ces guerres à la croisade. En 2003, Joseph O’Callaghan a montré que les bulles pontificales accordées pour la péninsule reprenaient les clauses de celles de la Terre sainte, et que les indulgences promises aux pèlerins en armes y étaient les mêmes. Reprenant la question en 2014, Francisco García Fitz et Feliciano Novoa Portela refusent de confondre les deux. La croisade, entreprise de salut individuel dirigée par les papes pour toute la chrétienté, se distingue selon eux d’une reconquête conduite collectivement par les rois ibériques pour recouvrer ce qu’ils tenaient pour perdu, même si les mêmes arguments juridiques et religieux ont permis aux deux de se superposer dans les mêmes campagnes. Les combattants venus d’ailleurs ont surtout compté entre 1096 et 1217, devant Saragosse, Tortosa, Lisbonne, Silves et Alcácer do Sal, avant de se raréfier. Les chroniqueurs de la péninsule les regardaient souvent de travers, quand ils ne les passaient pas sous silence, et un auteur tolédan les décrivait comme des gens que l’on ne comprenait pas, gientes que non entendíamos.
Soixante-dix-sept articles
Le 25 novembre 1491, les délégués de l’émir Boabdil et ceux des Rois Catholiques s’accordent sur les soixante-dix-sept articles de la capitulation de Grenade. Les musulmans y seront jugés selon leur loi, leurs biens ne pourront être confisqués, ils renoncent aux armes à poudre, ils ne seront pas tenus de porter de signe distinctif, ils sont exemptés d’impôts pendant trois ans, et l’entrée des mosquées est interdite aux chrétiens. Ferdinand et Isabelle entrent dans la ville le 2 janvier 1492. Une dizaine de milliers de personnes émigrent entre 1491 et 1493, selon une estimation reprise par Luis Fernando Bernabé-Pons.
Rien de cela ne dure.
En 1499, le cardinal Cisneros remplace à Grenade la politique de Hernando de Talavera par la contrainte, la révolte de l’Albaicín et des Alpujarras est écrasée en 1501, et la même année commencent les baptêmes forcés. Le 14 février 1502, une pragmatique ordonne aux mudéjars de Castille de se convertir ou de partir, à des conditions si restrictives qu’elle revient à imposer la conversion. La couronne d’Aragon suit en 1525, et de 1609 à 1614 les descendants de ces convertis, les morisques, sont expulsés, entre 275 000 et 300 000 personnes chassées ou mortes selon une fourchette que les historiens discutent encore.
« La Reconquista comenzará en tierras andaluzas »
Le mot a été contesté de l’intérieur même de la médiévistique espagnole. En 1974, Abilio Barbero et Marcelo Vigil réunissent dans Sobre los orígenes sociales de la Reconquista trois articles parus en 1965, en 1970 et en 1971. Les royaumes chrétiens du Nord, soutiennent-ils, s’expliquent par l’organisation sociale propre des Cantabres et des Vascons, montagnards face auxquels les Wisigoths entretenaient une ligne fortifiée, et ils refusent de voir dans la Reconquista une entreprise nationale née de la « perte de l’Espagne ». Leur thèse avouait ses limites. Ils écrivaient eux-mêmes ignorer le tracé exact de cette ligne, et l’hypothèse d’un limes wisigothique a été contestée depuis.
Francisco García Fitz a défendu le terme en 2010, dans un petit livre de 204 pages intitulé La Reconquista, avec l’argument le plus solide de son camp. Un concept forgé par les historiens, soutient-il, peut nommer après coup une idéologie qui a réellement existé au Moyen Âge. Les chroniques asturiennes de la fin du IXᵉ siècle, avec leur Espagne à restaurer et leur armée des Goths à relever, en donnent les premiers témoignages. Ríos Saloma, qui reconnaît lui-même l’existence de cette idéologie de restauration à partir de la fin du IXᵉ siècle, propose pourtant d’abandonner le mot au profit de « restauration » et de termes plus précis, conquête, expansion militaire, repeuplement. Álvaro Carvajal Castro a jugé la proposition prématurée en 2012, en rappelant que la qualité des arguments devait trancher la querelle, quel que soit le nombre d’historiens rangés dans chaque camp. Alejandro García Sanjuán, spécialiste d’al-Andalus à l’université de Huelva, voit dans le concept une création universitaire du XIXᵉ siècle, chargée dès l’origine d’une vision excluante de l’identité espagnole, qui a perdu sa domination académique avec la fin du franquisme avant de revenir sous une forme plus agressive, adossée à la doctrine du choc des civilisations.
Le mot a retrouvé dans le même temps une carrière électorale. Le 12 novembre 2018, pendant la campagne des élections régionales andalouses, le compte Vox Noticias diffuse une phrase prêtée au chef du parti, Santiago Abascal, selon laquelle la Reconquista commencera en terres andalouses, et une vidéo de campagne montre Abascal et d’autres dirigeants du parti à cheval. Le 2 décembre, Vox entre au parlement d’Andalousie avec douze sièges et près de 400 000 voix.
Le désaccord entre García Fitz et Ríos Saloma tient finalement à une question que les sources ne permettent pas de trancher. La Chronique prophétique, la chronique dite d’Albelda et celle d’Alphonse III sortent toutes de l’entourage d’un même roi, dans les mêmes décennies, et l’on ne sait pas si l’Espagne à restaurer qu’elles annoncent était autre chose, dans les vallées des Asturies et de la Galice de la fin du IXᵉ siècle, que le programme d’une cour.
Pour aller plus loin
L’article sur Charles Martel et la bataille de Poitiers suit l’autre frontière d’al-Andalus, celle de la Narbonnaise, au VIIIᵉ siècle. Tolède, prise en 1085, eut ses chrétiens arabophones et ses traducteurs, que l’encyclopédie présente dans l’article consacré à la prétendue école des traducteurs, et la bataille de Las Navas de Tolosa, en 1212, ouvre la voie aux conquêtes andalouses de Ferdinand III.
On répète souvent que les chrétiens d’Espagne ont combattu l’islam pendant huit siècles. L’histoire commence en 711, quand des armées venues d’Afrique conquièrent presque toute la péninsule. Elle s’achève en 1492, quand les rois de Castille et d’Aragon entrent dans Grenade. Ce long affrontement porte un nom, la Reconquista. La question est de savoir ce que disent les textes, et si cette guerre a vraiment duré huit siècles.
Une prophétie pour la Saint-Martin
Au nord de l’Espagne, dans les montagnes des Asturies, un petit royaume chrétien a survécu à la conquête. En 883, un clerc de la cour royale écrit un texte étonnant. Il y annonce que la domination des Arabes prendra bientôt fin, à la fête de la Saint-Martin. Son roi, Alphonse III, régnera alors sur toute l’Espagne.
La fête passe et rien ne change. Au sud, le souverain musulman de Cordoue reste sur son trône. Le texte compte pourtant beaucoup. Il montre qu’une cour chrétienne rêve déjà, à cette époque, de reprendre le pays perdu.
La même cour raconte aussi la naissance du royaume. Un chef nommé Pélage, réfugié dans une grotte, y annonce que le salut de l’Espagne sortira de sa petite montagne. Les ennemis tombent alors par dizaines de milliers. Le compte des morts est sans doute inspiré de la Bible. Ce combat de Covadonga a eu lieu peu après la conquête, à une date que personne ne connaît avec certitude.
Un mot de l’époque moderne
Les chroniqueurs du Moyen Âge ne parlent jamais de reconquête. Ils écrivent qu’il faut restaurer l’Espagne, c’est-à-dire la rétablir dans son état ancien. Le mot de Reconquista arrive beaucoup plus tard.
Un historien, Martín Ríos Saloma, a cherché sa première apparition. Il l’a trouvée dans un livre espagnol de 1796. L’invasion de l’Espagne par Napoléon aide ensuite à le répandre. Au milieu du XIXᵉ siècle, un autre historien en fait le nom d’une période entière. Le mot devient courant dans les dernières décennies du siècle.
Des rois payés en or
La frontière entre chrétiens et musulmans ne bouge que par à-coups, après quelques grandes victoires. Entre ces bonds, les rois chrétiens se font souvent payer par les princes musulmans, qui achètent ainsi la paix. Le Cid lui-même, héros castillan, a servi un prince musulman. Pour son maître, il a même vaincu un comte chrétien, celui de Barcelone.
Grenade, dernier royaume musulman d’Espagne, vit ainsi. Son prince se reconnaît vassal du roi de Castille, c’est-à-dire qu’il lui jure fidélité et lui doit chaque année un tribut. Il promet un jour de verser deux cent cinquante mille maravédis par an, la monnaie de compte castillane. Les spécialistes ne s’accordent pas sur la place de la paix. Certains voient des trêves longuement respectées. D’autres jugent que, sous le roi Alphonse X, la guerre a duré plus longtemps que la paix.
La fin de Grenade se règle elle aussi par écrit. À la fin de la guerre, la ville se rend par un accord écrit. Ses soixante-dix-sept articles promettent aux musulmans de garder leur loi et leurs biens. Quelques années plus tard, ces promesses sont rompues. En 1502, les musulmans de Castille doivent choisir entre le baptême et l’exil.
Garder le mot ou le changer
Les historiens espagnols se disputent encore sur ce terme. Francisco García Fitz le défend. Pour lui, un mot inventé après coup peut très bien désigner une idée qui existait au Moyen Âge, celle de restaurer l’Espagne perdue.
Martín Ríos Saloma admet que cette idée existait. Il propose pourtant de ne plus dire Reconquista, parce que le mot fait croire à une guerre ininterrompue de huit siècles. Il préfère parler de restauration, puis de conquêtes et de repeuplement.
Le mot a aussi retrouvé une vie politique. En 2018, un parti espagnol, Vox, annonce pendant une campagne électorale que la Reconquista commencera en Andalousie.
Une question reste sans réponse. Tous les textes asturiens qui parlent alors de restaurer l’Espagne viennent de l’entourage d’un même roi. Personne ne sait si les habitants des vallées asturiennes partageaient ce rêve, ou s’il appartenait à la seule cour.
La version complète cite la réponse prêtée à Pélage dans sa grotte, et suit le traité de 1273 où Grenade promet trois cent mille maravédis à la Castille.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Chronique prophétique (Chronica prophetica), avril 883 : prophétie d’Ézéchiel appliquée aux Goths (Gog) et aux Arabes (Ismaël), entrée des Sarrasins le 3 des ides de novembre de l’ère 752 (11 novembre 714), domination de cent soixante-dix ans, « seven months and 169 years will be completed » à la Saint-Martin, Alphonse III appelé à régner prochainement sur toute l’Espagne ; éd. Manuel Gómez-Moreno, « Las primeras crónicas de la Reconquista : el ciclo de Alfonso III », Boletín de la Real Academia de la Historia 100, 1932, cité d’après la traduction anglaise d’Aymenn Jawad Al-Tamimi, 2021
- Códice de Roda, 232 feuillets, fin du Xᵉ ou début du XIᵉ siècle : Orose, Isidore de Séville, Épitomé d’Oviedo, histoire des royaumes wisigoth et asturien, généalogies des princes pyrénéens, témoin utilisé par Gómez-Moreno en 1932 pour la Chronique prophétique Madrid, Real Academia de la Historia, cód. 78
- Chronique d’Alphonse III, version Ad Sebastianum, règne de Pélage : réponse de Pélage à l’évêque Oppa (« the salvation of Yspania is from this modest little mountain », « the army of the people of the Goths is to be restored »), pierres retournées contre les assaillants, 124 000 tués, 63 000 engloutis vers la Liébana, 187 000 hommes au total ; éd. Zacarías García Villada, Crónica de Alfonso III, Madrid, 1918, et Juan Gil Fernández (éd.), Crónicas asturianas, Oviedo, Universidad de Oviedo, 1985, cités d’après Al-Tamimi 2020 et Marschner 2019 ; élection de Pélage par les Astures dans la version Rotense, par les Goths dans la version Ad Sebastianum, d’après Nieto Alcaide 1989, p. 12
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Sources primaires (suite)
- Rodrigo Jiménez de Rada, De rebus Hispaniae, XIIIᵉ siècle : récit de la perte et de la restauration de l’Espagne, d’après Ríos Saloma 2011 cité par Starczewska 2013, p. 339
- Pacte de Jaén entre Ferdinand III et Muhammad Iᵉʳ, 1246 : vassalité, parias annuelles, aide militaire, présence aux Cortes et à la cour, d’après Alcántara Valle 2015, p. 19 ; accords d’Alcalá de Abenzaide, 1267 : 250 000 maravédis par an, ibid., p. 22 ; pacte de 1273 entre Alphonse X et Muhammad II : « trezientas vezes mill marauedís », exemption de tribut de dix ans, ibid., p. 25-26
- Capitulation de la ville de Grenade, 25 novembre 1491, privilège roulé, soixante-dix-sept articles (loi et juges musulmans, biens protégés, pas de signe distinctif, exemption d’impôts de trois ans, mosquées interdites aux chrétiens), d’après History Lab et le Portal de Archivos Españoles Archivo Histórico de la Nobleza
- Pragmatique du 14 février 1502 ordonnant aux mudéjars de Castille de se convertir ou de quitter le royaume, d’après Bernabé-Pons
- José Ortiz y Sanz, Compendio cronológico de la historia de España, t. II, Madrid, 1796, premier emploi de « reconquista » pour la guerre contre al-Andalus, d’après Ríos Saloma 2011, p. 324 et 327
- Alonso de Ovalle, Histórica relación del Reyno de Chile, 1646, emploi du verbe « reconquistar », d’après Ríos Saloma 2011, p. 324
- Modesto Lafuente, Historia general de España, Madrid, 1850-1851, la Reconquista comme période et « ensanchamiento de las fronteras », d’après Ríos Saloma 2011, p. 324-325
- Pedro González Bolívar, Alhamar, roi de Grenade, rend hommage de vassal au roi de Castille Ferdinand III le Saint, 1883, huile sur toile, 120 × 155 cm, signé et daté, en dépôt à l’université de Saint-Jacques-de-Compostelle Madrid, Museo Nacional del Prado, P005368
- Compte Vox Noticias, publication du 12 novembre 2018 citant Santiago Abascal (« La Reconquista comenzará en tierras andaluzas »), d’après Maier 2018
Bibliographie
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- Francisco García Fitz, La Reconquista, Granada, 2010, 204 p., coll. Eirene, ISBN 978-84-338-5176-5 Editorial Universidad de Granada
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- Joseph F. O’Callaghan, Reconquest and Crusade in Medieval Spain, Philadelphie, 2003, 344 p., The Middle Ages Series University of Pennsylvania Press
- Thomas Deswarte, De la destruction à la restauration. L’idéologie dans le royaume d’Oviedo-León (VIIIᵉ-XIᵉ siècles), Turnhout, 2004, 411 p., Cultural Encounters in Late Antiquity and the Middle Ages 3, ISBN 978-2-503-51305-8 Brepols
- Abilio Barbero et Marcelo Vigil, Sobre los orígenes sociales de la Reconquista, Esplugues de Llobregat, [1974], 197 p., Ariel quincenal 91, ISBN 84-344-0741-8 Editorial Ariel
- Claudio Sánchez-Albornoz, España, un enigma histórico, Buenos Aires, 1956, 2 vol., t. II, p. 9 et 11, cité d’après Gómez Martínez 1972
- Américo Castro, La realidad histórica de España, Mexico, 1954, p. 139, cité d’après Gómez Martínez 1972
- José Luis Gómez Martínez, « Américo Castro y Sánchez Albornoz : dos posiciones ante el origen de los españoles », Nueva Revista de Filología Hispánica XXI (2), 1972 El Colegio de México
- José María Alcántara Valle, « La guerra y la paz en la frontera de Granada durante el reinado de Alfonso X », Historia. Instituciones. Documentos 42, 2015, p. 11-58 Universidad de Sevilla
- Diego Melo Carrasco, « Características y proyección de las treguas entre Castilla y Granada durante los siglos XIII, XIV y XV », Revista de Estudios Histórico-Jurídicos 30, 2008 Pontificia Universidad Católica de Valparaíso
- Víctor Nieto Alcaide, « La imagen de la arquitectura asturiana de los siglos VIII y IX en las crónicas de Alfonso III », Espacio, Tiempo y Forma, Serie VII, Historia del Arte 2, 1989, p. 11-34 UNED
- Álvaro Carvajal Castro, compte rendu de Martín F. Ríos Saloma, La Reconquista. Una construcción historiográfica, Studia Historica. Historia Medieval 30, 2012, p. 265-285 Ediciones Universidad de Salamanca
- Katarzyna K. Starczewska, compte rendu du même ouvrage, Medievalia 16, 2013, p. 339-341 Universitat Autònoma de Barcelona
- Dionisio Pérez Sánchez, compte rendu de Abilio Barbero et Marcelo Vigil, Visigodos, cántabros y vascones en los orígenes sociales de la Reconquista, Pamplona, Urgoiti, 2012, Studia Historica. Historia Antigua 30, 2012, p. 387-390 (thèse, aveu sur la ligne fortifiée wisigothique, objection de Javier Arce) Ediciones Universidad de Salamanca
- Enrique Rodríguez-Picavea, compte rendu de Francisco García Fitz et Feliciano Novoa Portela, Cruzados en la Reconquista, Medievalismo 25, 2015, p. 465-467 Sociedad Española de Estudios Medievales et Universidad de Murcia
- Ana Echevarría, compte rendu de Joseph F. O’Callaghan, Reconquest and Crusade in Medieval Spain, Reviews in History, n° 344, août 2003 Institute of Historical Research
- Peter Linehan, History and the Historians of Medieval Spain, Oxford, 1993, cité d’après Marschner 2019
Sources en ligne
- « The Prophetic Chronicle : Translation and Commentary », Aymenn Jawad Al-Tamimi, 11 avril 2021 aymennjawad.orghttps://aymennjawad.org/25287/the-prophetic-chronicle-translation-and-commentary
- « The Chronicle of Alfonso III : The Kingdom of Asturias and the Beginnings of the Reconquista », Aymenn Jawad Al-Tamimi, 20 août 2020 aymennjawad.orghttps://aymennjawad.org/24483/the-chronicle-of-alfonso-iii-the-kingdom
- « The Many Faces of Pelayo », Patrick Marschner, 12 mars 2019 After Empire, University of St Andrewshttps://arts.st-andrews.ac.uk/after-empire/?p=2166
- « Ro : Stemma in the Roda Codex » (Madrid, Real Academia de la Historia, cod. 78, 232 feuillets) piggin.nethttps://piggin.net/gsEdition/msRoda.htm
- « El Códice de Roda (Madrid, BRAH 78) como compilación de voluntad historiográfica », Helena de Carlos Villamarín, Edad Media. Revista de Historia 12, 2011, p. 119-142 Minerva, Universidade de Santiago de Compostelahttps://minerva.usc.gal/entities/publication/82baff49-f932-42cd-bf98-d4477bcb279b/full
- « La Crónica Profética y l’aniciu la reconquista » (texte publié par Gómez-Moreno en 1932 d’après le Códice de Roda) – Lletres Asturianes, Academia de la Llingua Asturiana 1-Javier Rodríguez Muñoz-La Crónica Profética y l´aniciu la reconquista.pdfhttps://lletresasturianes.alladixital.org/pdf/1572453466Artículu
- « La restauración de la España visigoda : la historia del Reino de Asturias a través de sus crónicas », Jesús Rodríguez Pérez, ArqueoTimes 62, p. 62-65 (Covadonga « en torno al 718-722 ») Dialnet, Universidad de La Riojahttps://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/9025469.pdf
- « Battle of Covadonga » Encyclopædia Britannicahttps://britannica.com/topic/Battle-of-Covadonga
- « The Cid » Encyclopædia Britannicahttps://www.britannica.com/biography/the-Cid
- « La Reconquista. Una construcción historiográfica », conclusions Universidad Nacional Autónoma de México, Instituto de Investigaciones Históricashttps://historicas.unam.mx/publicaciones/publicadigital/libros/reconquista/RCH010.pdf
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