Dieudonné pour Rigord, Philippe pour sa chancellerie
Dans les actes publiés depuis 1916 dans le Recueil des actes de Philippe Auguste, la suscription, formule par laquelle l’auteur d’un acte se nomme, est celle de tous les Capétiens, Philippe, par la grâce de Dieu roi des Francs. Le surnom qui l’accompagne a été forgé par un moine. Rigord, médecin originaire du Languedoc entré à l’abbaye de Saint-Denis, l’appelle Augustus dans le prologue de son Histoire de Philippe Auguste (éd. Élisabeth Carpentier, Georges Pon et Yves Chauvin, CNRS Éditions, 2006), et il en donne deux raisons sans lien entre elles, le mois d’août où l’enfant est né et le verbe latin augere, accroître, parce que le roi a agrandi le royaume. Le même moine lui attribue un second nom, Dieudonné, en latin Dei datus, dont il fait le prénom qui lui revient en propre.
Rigord place la naissance le onzième jour avant les calendes de septembre 1165, fête des saints Timothée et Symphorien, ce qui correspond au 22 août. Presque toutes les notices modernes écrivent le 21. L’écart tient probablement à l’heure, car Giraud de Barri, alors étudiant à Paris, décrit dans son De principis instructione la ville réveillée en pleine nuit par l’annonce de l’enfant. On retient ici la nuit du 21 au 22 août 1165, attestée à quelques heures près par deux auteurs vivants à cette date. Le lieu est moins sûr, Paris pour la plupart des historiens, Gonesse pour une autre tradition.
Il est le seul fils de Louis VII, marié trois fois avant d’obtenir un héritier, et d’Adèle de Champagne, dont les frères tiennent les comtés de Champagne et de Blois et l’archevêché de Reims. Frappé de paralysie, Louis VII le fait sacrer à Reims le 1ᵉʳ novembre 1179, selon l’usage capétien d’associer l’héritier au trône, puis meurt en septembre 1180. Au printemps de cette même année, le roi de quatorze ans a épousé Isabelle de Hainaut, nièce du comte de Flandre Philippe d’Alsace. Le mariage ouvre une querelle sur l’Artois et le Vermandois, que le traité de Boves, en juillet 1185, règle en partie à l’avantage du roi.
Quatre ensembles de faits rendent le règne conséquent. En 1190, avant de partir pour la troisième croisade, le roi fait rédiger une ordonnance-testament qui confie le royaume à sa mère et à l’archevêque de Reims et règle le travail des baillis, agents chargés de juger et de percevoir les revenus du domaine ; il rentre dès la fin de 1191, après la prise d’Acre. Contre les Plantagenêts, rois d’Angleterre qui tiennent aussi la Normandie, l’Anjou et l’Aquitaine, la guerre occupe presque tout le règne. Richard Cœur de Lion surprend l’armée royale à Fréteval le 5 juillet 1194 ; après sa mort en 1199, la cour du roi condamne son frère Jean sans Terre en 1202, et les troupes royales prennent Château-Gaillard en mars 1204, Rouen en juin, puis l’Anjou. Entre-temps, le mariage avec Ingeburge de Danemark, célébré à Amiens le 14 août 1193 et dont le roi demande la rupture dès le lendemain, a valu au royaume l’interdit prononcé par Innocent III en 1200. Le 27 juillet 1214, enfin, près du pont de Bouvines entre Lille et Tournai, l’armée royale défait celles de l’empereur Otton IV, du comte de Flandre Ferrand et du comte de Boulogne Renaud. Le récit le plus complet de cette journée est celui du chapelain Guillaume le Breton (Gesta Philippi Augusti, chap. 181-203, éd. H.-François Delaborde, Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, t. I, Paris, 1882).
Après 1214, il ne conduit plus de campagne en personne. Son fils Louis mène l’expédition d’Angleterre de 1216-1217 et prend part à la croisade contre les Albigeois. Paris, enfermée sur ses deux rives dans une muraille entre 1190 et 1210 environ, est devenue le centre de l’administration royale. En septembre 1222, à Saint-Germain-en-Laye, le roi fait dresser un testament dont l’original est conservé aux Archives nationales sous la cote AE/II/214. Il meurt à Mantes le 14 juillet 1223, après quarante-trois ans de règne, et son corps est porté à Saint-Denis.
Presque tout ce qui précède vient de deux clercs de son entourage, un moine de l’abbaye où reposent les rois et un chapelain qui suivait l’armée, ou de registres que sa chancellerie tient à partir de 1204 environ. Aucun de ces textes ne dit pourquoi il rompt avec Ingeburge, ni comment meurt Arthur de Bretagne, ni ce que le roi a prononcé avant la bataille. Il faut maintenant prendre ces sources une à une, avec leurs manuscrits et leurs éditeurs, puis reprendre trois affaires où la recherche se partage, Amiens en 1193, les condamnations de Jean sans Terre et Bouvines, et suivre enfin la scène de la couronne offerte aux barons, d’un ménestrel de Reims vers 1260 au tableau d’Horace Vernet.

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