Connectez-vous pour enregistrer les articles, suivre votre progression et ajouter des favoris.

Suivez-nous :
Biographie
Abonnez-vous pour bénéficier des playlists

Innocent III, pape de l’apogée théocratique

Moyen Âge29 octobre 202618 min de lecture
Carlo Raso / Wikimedia Commons
18 min de lectureIntroduction en accès libre
La biographie complète en PDFAbonnez-vous pour bénéficier du téléchargement PDF
Introduction

Un corps dépouillé dans la cathédrale de Pérouse

Le 17 juillet 1216, Jacques de Vitry, chanoine régulier d’Oignies dans le diocèse de Liège, arrive à Pérouse pour faire confirmer son élection au siège d’Acre. Il trouve le pape mort de la veille et pas encore enseveli. Dans une lettre écrite peu après à Gênes, avant de s’embarquer, il rapporte que des voleurs ont emporté pendant la nuit les vêtements précieux dans lesquels le corps devait être mis au tombeau, et qu’on l’a laissé dans l’église presque nu et déjà fétide, corpus fere nudum et fetidum (Lettres de Jacques de Vitry, éd. R. B. C. Huygens, Leyde, 1960, lettre I, l. 61-67, p. 73-74). Entré dans l’église, il écrit avoir reconnu de ses propres yeux combien est brève et vaine la gloire trompeuse de ce siècle.

Le mort se nommait Lothaire jusqu’au 8 janvier 1198, Lotharius dans le latin des actes, Lotario di Segni dans l’usage italien. Fils de Trasimond, comte de Segni, et de Claricia, issue des Scotti, une famille de la noblesse romaine, il naît à Gavignano, dans le Latium, en 1160 ou 1161. Aucune source ne donne ce millésime, qui se calcule à partir des trente-sept ans qu’on lui prête au moment de son élection. Il passe ensuite plusieurs années à Paris, où il suit l’enseignement du théologien Pierre de Corbeil, puis rejoint la curie peu après 1181. Grégoire VIII l’ordonne sous-diacre en 1187, et Clément III le crée en 1190 cardinal-diacre des Saints-Serge-et-Bacchus. Sous Célestin III (r. 1191-1198), il écrit, et son traité sur la misère de la condition humaine, signé du cardinal Lothaire, connaît une large diffusion manuscrite.

Le 8 janvier 1198, jour même de la mort de Célestin III, les cardinaux l’élisent. Il n’est que diacre. Ordonné prêtre le 21 février, il est consacré évêque de Rome le lendemain, en la fête de la Chaire de Pierre, et prêche ce jour-là un sermon où le pontife se dit placé entre Dieu et l’homme (PL 217). La mort de l’empereur Henri VI, en septembre 1197, a laissé l’Empire sans souverain reconnu. Pendant cette vacance, Innocent III reprend en main la ville de Rome et les terres que la papauté revendique en Italie centrale, puis arbitre entre les deux rois élus en Allemagne en 1198, Philippe de Souabe et Otton de Brunswick. Il soutient Otton, l’excommunie en 1210 quand celui-ci envahit le royaume de Sicile, et se tourne en 1212 vers le jeune Frédéric, fils d’Henri VI.

Le 15 août 1199, le pape appelle à une nouvelle croisade, et l’armée rassemblée à Venise prend Zara en novembre 1202, puis Constantinople en avril 1204. En 1200, le royaume de France est frappé d’interdit parce que Philippe Auguste a répudié Ingeburge de Danemark. En 1202, la décrétale Per venerabilem, insérée plus tard dans les Décrétales de Grégoire IX (X 4,17,13), dit à propos d’une demande venue de Montpellier dans quels cas le pape juge au temporel. L’Angleterre est mise en interdit en 1208, après le refus du roi Jean d’accepter Étienne Langton comme archevêque de Cantorbéry ; en mai 1213, Jean remet son royaume au pape et le reçoit de lui en fief, et en août 1215 Innocent III annule la Grande Charte. Le 14 janvier 1208, le légat Pierre de Castelnau est tué près du Rhône, et la croisade prêchée contre les protecteurs des hérétiques du Languedoc aboutit au massacre de Béziers en juillet 1209. Vers 1209 ou 1210, le pape approuve de vive voix la forme de vie de François d’Assise et de ses compagnons. En novembre 1215 enfin, le quatrième concile du Latran promulgue soixante et onze constitutions, dont l’obligation pour chaque fidèle de se confesser une fois l’an à son propre prêtre.

Au printemps 1216, le pape quitte Rome pour aller prêcher la croisade à Pise et à Gênes. La maladie le prend en route, et il meurt à Pérouse le 16 juillet, où il est enseveli dans la cathédrale. Presque tout ce qui précède vient de sa propre chancellerie. Les registres qui conservent ses lettres sont des copies faites par des notaires sur des minutes rédigées par d’autres que lui, et le seul récit suivi du pontificat, écrit par un membre de la curie, s’interrompt en 1208. La part personnelle de l’homme dans les décisions qui portent son nom se mesure rarement, et jamais sans discussion.

Il faut maintenant regarder qui a écrit ce récit et à quelle date il s’arrête, ce que les registres de chancellerie conservent et ce qu’ils ont perdu, puis reprendre deux décisions que la recherche lit encore en sens contraires, la décrétale de 1202 et l’entrée en guerre contre le Languedoc, avant de suivre la fabrication de la figure posthume entre Pérouse, Assise et le Latran.

La suite de la biographie

Ce que les sources permettent de tenir

Se connecter pour enregistrer
Se connecter pour enregistrer
Suivez-nous :
La lettre

Vous avez aimé cette biographie ?

Les nouveaux récits de l’encyclopédie et la biographie du moment.