Polybe donne deux chiffres à quelques chapitres d’intervalle. Un peu plus de vingt mille soldats de l’armée de Sicile campent d’abord à Tunis, tout près de Carthage, pour réclamer leur solde (I, 67). Quand les bourgs libyens de l’arrière-pays entrent à leur tour dans la guerre des mercenaires, ils fournissent soixante-dix mille hommes aux mutins, et les femmes de ces bourgs donnent jusqu’à leurs bijoux pour payer la troupe (I, 72-73).
Sicca, où l’on envoie l’armée de Sicile attendre sa solde
La paix qui clôt la première guerre punique en 241 laisse Carthage à bout de ressources. Révisé à la hausse par le peuple romain, le traité lui impose de verser 3 200 talents en dix ans (I, 62-63). En Sicile, Gisco, qui commande à Lilybée, fait passer l’armée en Afrique par petits détachements, pour que chacun soit payé et renvoyé chez lui avant l’arrivée du suivant. À Carthage, on préfère attendre que tous soient là, dans l’espoir de négocier un rabais sur les arriérés. Les soldats s’entassent dans la ville, les désordres se multiplient, et les autorités les expédient à Sicca, l’actuelle El Kef, bagages et familles compris, en donnant à chacun une pièce d’or pour ses dépenses courantes (I, 66).
Polybe décrit l’armée qui arrive là-bas (I, 67). Ibères, Celtes, Ligures, frondeurs des Baléares, demi-Grecs pour la plupart déserteurs ou esclaves fugitifs, et, plus nombreux que tous les autres, des Libyens. Aucune langue commune. Quand Hannon vient plaider la pauvreté de la cité et demander une réduction, ses propos passent par des interprètes et des officiers qui les rapportent chacun à sa façon, et l’armée, persuadée qu’on la trompe, marche sur Tunis.
À Tunis, les exigences montent de jour en jour. Une fois la solde accordée, les soldats réclament le prix des chevaux perdus, puis la valeur des rations de blé qu’on leur devait depuis longtemps, calculée au cours le plus haut de la guerre (I, 68). Carthage leur envoie Gisco, qu’ils estiment, avec l’argent. Deux hommes ont alors intérêt à ce que tout échoue. Spendios, un Campanien, esclave évadé des Romains, sait qu’on le torturera à mort s’il est rendu à ses maîtres ; Mathos, un Libyen libre, s’est trop avancé dans les troubles pour espérer le pardon. Ils convainquent les Libyens que Carthage, une fois les étrangers payés et partis, se vengera sur eux seuls. Lorsque ceux-ci viennent réclamer leur dû avec insolence, Gisco leur conseille de s’adresser à Mathos, puisqu’il est leur général. On se saisit de lui et de son entourage, et les caisses sont pillées (I, 69-70).
Combien Carthage devait-elle vraiment ? Luigi Loreto soutient que les arriérés ne pouvaient guère dépasser deux mois de solde, 260 talents au plus, et tient pour gonflée l’escalade des réclamations que décrit Polybe. Dexter Hoyos lui a répondu en 1999 que les sources s’accordent toutes sur une dette importante, et que la gêne financière de Carthage dans les années 240 est attestée, puisque la cité avait tenté vers 247 d’emprunter 2 000 talents à Ptolémée II, sans succès (Appien, Sicelica, 1).
Hannon prélève la moitié des récoltes
Pendant que l’armée se battait en Sicile, Carthage faisait aussi la guerre en Afrique. Hannon, qui commandait dans l’arrière-pays, y a mené campagne et a pressuré le territoire soumis pour financer les deux fronts. Polybe écrit que la cité exigeait des campagnes la moitié des récoltes, qu’elle avait doublé le tribut des villes, et qu’elle honorait les gouverneurs qui rapportaient le plus, Hannon parmi eux (I, 72).
Les envoyés de Mathos n’avaient presque rien à expliquer.
Deux villes seulement refusent de suivre, Utique et Hippou Acra, l’actuelle Bizerte, et les rebelles les assiègent aussitôt. Grâce aux contributions des bourgs et à l’argent pris à Gisco, Mathos et Spendios versent aux soldats tout ce qu’ils réclamaient à Carthage (I, 72, 6). La solde, point de départ de la crise, cesse alors d’en être l’enjeu. Comment cette coalition s’est organisée et financée pendant trois ans, les textes le disent à peine, parce que Polybe regarde les rebelles depuis Carthage et que les archives puniques ont disparu avec la ville en 146, bien avant que Caton l’Ancien n’en fasse son adversaire.
ΛΙΒΥΩΝ, et la lettre mem
Les rebelles ont pourtant laissé un témoignage à eux, en métal. Des shekels et des doubles shekels de billon, un argent fortement allié de cuivre, portent la légende grecque ΛΙΒΥΩΝ, « des Libyens », avec au droit une tête d’Héraclès ou de Zeus et au revers un lion en marche ou un taureau qui charge. On les attribuait autrefois à des tribus nord-africaines, jusqu’à ce qu’E. S. G. Robinson les rattache à la guerre en 1943, à partir d’un trésor qui aurait été trouvé à Tunis en 1928. Un second trésor, mis au jour en 1952 par un homme qui labourait son champ à une trentaine de kilomètres de la ville, contenait 117 monnaies dans un pot de fabrication punique. Beaucoup sont frappées par-dessus des émissions carthaginoises, souvent si mal que le type d’origine transparaît, et sur un double shekel l’étoile qui surmontait le cheval punique reste visible au-dessus du taureau. Le métal venait probablement des caisses de Gisco, refrappé au camp. Robinson en tirait une conclusion que Polybe ne suggère guère, celle d’une coalition dotée d’une organisation politique durable. Une lettre punique, mem, accompagne presque toujours ces types, et l’on a voulu y lire l’initiale de Mathos. Stephen Mulligan rappelle que la même lettre abrège, sur les tétradrachmes sicilo-puniques frappés pendant plus d’un siècle pour payer les troupes, le mot MHNT, « le camp » ou « l’armée ». L’hypothèse de l’armée s’appuie sur une série monétaire entière, celle de Mathos sur la coïncidence d’une initiale, et aucun document ne permet de conclure.
Un autre trésor, 167 monnaies qui proviendraient de Tunisie, a réservé une surprise au laboratoire du British Museum. Quarante-deux bronzes y portent au droit une tête de Tanit, au revers une charrue accompagnée de la lettre punique zayin ; ils n’ont pas de légende, mais on ne les trouve qu’en Tunisie et aux côtés des monnaies signées par les rebelles. Nettoyés, plusieurs se sont révélés gris argenté. Susan La Niece et Ian Carradice y ont mesuré en 1989 jusqu’à 29 % d’arsenic en surface, un enrichissement produit pendant la coulée du flan, alors qu’on croyait que de tels alliages n’avaient plus été fabriqués entre le début de l’âge du bronze et la fin du Moyen Âge. Beaucoup ont le pourtour fendillé, peut-être parce qu’on les a frappés à froid. Pour les deux chercheurs, le blanchiment était presque certainement voulu, sans intention de tromper, car la forme épaisse de ces monnaies et leurs jets de coulée les rangent parmi les bronzes, et l’arsenic a pu aussi remplacer un étain que les rebelles avaient du mal à se procurer.
Flaubert, qui consacra une année entière aux recherches de Salammbô, alla lui aussi examiner des monnaies antiques au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale ; Serge Lancel est revenu en 1992 sur ce Flaubert à Carthage dans la revue Recherches & Travaux.
Le défilé de la Scie
Hannon, nommé général, débloque Utique puis perd l’avantage en laissant surprendre son camp (I, 74). Carthage confie une seconde armée à Hamilcar Barca, qui avait commandé en Sicile, avec dix mille hommes et soixante-dix éléphants (I, 75). Enfermé par les camps rebelles qui barrent l’isthme, il attend qu’un vent ensable l’embouchure du Bagradas, l’actuelle Medjerda, pour passer à gué, puis bat Spendios dans la plaine par une retraite simulée suivie d’une brusque volte-face (I, 75-76). Plus tard, cerné dans une plaine entourée de montagnes, il doit son salut au prince numide Naravas, qui passe dans son camp avec deux mille cavaliers contre la promesse d’épouser une fille d’Hamilcar (I, 78).
La clémence d’Hamilcar, qui relâche les prisonniers disposés à le servir ou à rentrer chez eux, inquiète les meneurs. Pour rendre toute réconciliation impossible, ils font couper les mains de Gisco, puis le mutilent et le tuent avec environ sept cents captifs carthaginois (I, 79-80). Hamilcar livre désormais ses prisonniers aux éléphants (I, 82). Polybe appelle ce conflit ἄσπονδος πόλεμος, une guerre sans trêve ni convention, et l’on gardera volontiers son nom, parce qu’il décrit la manière dont on s’est battu sans décider d’avance qui se battait.
Utique et Hippou Acra finissent par massacrer leurs garnisons carthaginoises et passent aux rebelles, qui assiègent Carthage elle-même (I, 82). Rome, sollicitée par Utique, refuse la ville, autorise ses marchands à ravitailler Carthage et lui rend sans rançon ses derniers prisonniers de la guerre de Sicile ; Hiéron de Syracuse, qui ne tient pas à voir disparaître le seul contrepoids à la puissance romaine, envoie lui aussi ce qu’on lui demande (I, 83).
La campagne décisive se joue dans l’intérieur. Devenu seul commandant après une querelle avec Hannon que Carthage a laissé trancher par les soldats, Hamilcar harcèle l’armée de Spendios et d’Autaritos, le chef des Gaulois, jusqu’à l’enfermer dans un lieu que Polybe nomme le Prion, la Scie, à cause de son relief (I, 85, 7). À court de vivres, les rebelles mangent leurs prisonniers, puis leurs esclaves. Ils envoient dix négociateurs, Spendios parmi eux ; Hamilcar les retient, lance ses éléphants sur une armée privée de chefs, et plus de quarante mille hommes périssent. Cornelius Nepos affirme que la faim en avait tué davantage que le fer (Hamilcar, 2, 4).
Où se trouvait la Scie ? Personne n’a su l’identifier, et Loreto se garde de proposer un site. Il se représente une grande vallée dont les Carthaginois auraient fortifié les issues. Hoyos objecte que Polybe montre les rebelles entièrement entourés par le fossé et la palissade carthaginois, ce qui évoque plutôt une colline ou une crête, et que le nom même du lieu renvoie à un relief. On se rangera à l’avis de Hoyos, dont la lecture s’appuie sur deux indications précises du texte grec.
Les meneurs capturés sont crucifiés devant Tunis, sous les yeux de Mathos. Celui-ci lance une attaque de nuit contre le camp d’Hannibal, le collègue d’Hamilcar et non son fils, et fait clouer vivant ce général sur la croix de Spendios, avec une trentaine de notables venus de Carthage (I, 86). La guerre s’achève plus au sud, près de Leptis. Presque tous les historiens y reconnaissent Leptis Minor, voisine d’Hadrumète ; Loreto a proposé Leptis Magna, à mi-chemin de Cyrène, et Hoyos juge une poursuite aussi lointaine invraisemblable. Mathos, capturé, est promené dans Carthage, où la foule le torture jusqu’à la mort pendant le triomphe des vainqueurs (I, 88).
Trois ans et quatre mois, selon Polybe
La seule mesure que fournit Polybe est une durée de trois ans et quatre mois (I, 88, 7). Le soulèvement commence à la fin de 241, et Loreto le place en novembre, précision que Hoyos juge fragile. En ajoutant la durée, on arrive à la fin de 238 ou au début de 237 selon le mois de départ retenu. Bien des ouvrages écrivent 241-238, comme La Niece et Carradice dans le titre de leur étude sur les monnaies. Hoyos, qui a consacré en 2000 un article à cette chronologie, arrête la guerre en 237 dans le titre de son livre, et Loreto aussi. Entre la victoire et le départ d’Hamilcar pour l’Espagne, au début de 237, il faut en effet loger une crise diplomatique entière.
Elle vient de Sardaigne. Les mercenaires qui y tenaient garnison se sont révoltés pendant la guerre d’Afrique et ont massacré les Carthaginois de l’île, avant d’être chassés par les Sardes et de passer en Italie. Rome, qui avait d’abord décliné leurs offres, change d’attitude. Quand Carthage arme une expédition pour reprendre l’île, les Romains la tiennent pour un acte de guerre dirigé contre eux ; épuisée, la cité cède la Sardaigne et ajoute 1 200 talents à sa dette (I, 88, 8-12). Polybe y voit la cause principale de la guerre d’Hannibal, déclenchée vingt ans plus tard (III, 10). Hamilcar part alors pour l’Espagne avec son fils Hannibal, qui a neuf ans (III, 11).
Presque tout ce récit repose sur un seul auteur, un Grec qui écrit à Rome un siècle après les faits et qui annonce, dès l’ouverture, qu’il veut montrer ce que devient une foule barbare et mêlée face à des hommes élevés sous des lois (I, 65). Bruce Gibson a montré que Polybe se sert de cette guerre pour réfléchir aux troupes mercenaires, en écho à l’expédition des Dix Mille que Xénophon raconte dans l’Anabase et que Polybe mentionne au livre III, et pour donner à voir la faiblesse et la cruauté de Carthage pendant que Rome, encore en retrait, attend son heure. Loreto a cru distinguer sous le texte deux traditions, l’une hostile aux Barcides et favorable à Hannon, l’autre admirative d’Hamilcar, qu’il rattache aux historiens grecs qui suivirent Hannibal ; Hoyos juge ces reconstructions trop fragiles pour peser, faute de texte parallèle assez long.
Sur la nature même du conflit, les auteurs des deux monographies récentes s’opposent. Loreto y voit une insurrection des sujets libyens, destinée à créer une entité politique indépendante de Carthage, et range les mercenaires étrangers parmi les professionnels qu’elle aurait pris à son service. Hoyos lui répond que la moitié au moins de l’armée mutinée était déjà libyenne, que Spendios le Campanien et Autaritos le Gaulois ont pratiqué la terreur autant que Mathos, et que les vétérans de Sicile, libres de rejoindre une Carthage qui avait commencé à les payer, ont choisi de se battre jusqu’au bout, sans doute dans l’espoir de s’enrichir aux dépens d’une cité vaincue.
Pour aller plus loin
La première guerre punique, de Mylae aux îles Égates, est le conflit dont Carthage sort ruinée. Carthage avant Hannibal et la constitution de Carthage, suffètes, Grand Conseil et Cent-Quatre, situent la cité que les mutins assiègent. Les ports puniques de Carthage et les stèles votives puniques rappellent le cadre urbain et cultuel, Tanit comprise, que les monnaies rebelles détournent. Scipion l’Africain, vainqueur de Zama, et Caton l’Ancien, censeur et adversaire de Carthage, prolongent la rivalité ouverte par la prise de la Sardaigne. Les poulets sacrés de Drépane, désastre naval de la guerre de Sicile, montrent déjà combien la solde et la religion d’État pesaient sur ces armées.
Le nom de guerre des mercenaires fait croire à une simple révolte de soldats étrangers réclamant leur paie. L’affaire commence ainsi, en 241 avant notre ère, autour de Carthage, dans l’actuelle Tunisie. La cité vient de perdre contre Rome une longue guerre pour la Sicile. Elle doit ramener en Afrique l’armée qui s’y battait, et elle n’a plus de quoi la payer.
Une armée venue de partout
Cette armée réunissait des hommes engagés loin de chez eux, contre une paie. On appelle ces combattants des mercenaires. Ils venaient d’Espagne, de Gaule, d’Italie du Nord ou de Grèce. Le groupe le plus nombreux venait pourtant des campagnes voisines, que Carthage dominait. On appelait ces paysans soumis les Libyens.
Presque tout ce que l’on sait vient d’un historien grec qui écrivait bien plus tard. Il s’appelle Polybe. Il raconte que Carthage envoie d’abord ses soldats patienter dans une ville de l’intérieur. Chacun reçoit une pièce d’or pour vivre en attendant.
Les soldats reviennent ensuite camper tout près de la capitale. Ils sont plus de vingt mille. Une fois leur paie promise, ils réclament le prix de leurs chevaux perdus. Ils exigent ensuite la valeur du blé qu’on leur doit. Carthage leur envoie un général avec l’argent, et ils le font prisonnier.
La rupture a ses meneurs. Le premier est un esclave italien évadé, qui risque la torture s’il est repris. Il s’appelle Spendios. Le second est un Libyen libre, trop compromis pour espérer un pardon. Il se nomme Mathos.
Les campagnes entrent en guerre
Les Libyens avaient leurs raisons de suivre Mathos. Pendant la guerre contre Rome, Carthage leur avait pris la moitié de leurs récoltes. Elle avait aussi alourdi l’impôt de leurs villes. D’après Polybe, soixante-dix mille hommes rejoignent alors la révolte. Les femmes donnent leurs bijoux pour payer les soldats.
Ce soulèvement a laissé des traces qu’on peut tenir en main. Les révoltés ont fabriqué leur propre monnaie, souvent en refrappant des pièces de Carthage. On y lit, en lettres grecques, un mot qui veut dire « des Libyens ». Une lettre de l’alphabet de Carthage l’accompagne presque toujours. Les uns y voient l’initiale de Mathos, les autres l’abréviation du mot « armée », et rien ne permet de choisir.
D’autres petites monnaies ont surpris les chercheurs du British Museum, à Londres. Elles sont en cuivre, mais leur surface est gris argenté. Les analyses y ont trouvé beaucoup d’arsenic, remonté en surface quand le métal refroidissait. Les chercheurs pensent que cette couleur était voulue. Ils ne croient pas qu’on cherchait à faire passer ces monnaies pour de l’argent.
Hamilcar contre les révoltés
Carthage trouve enfin un chef à la hauteur. C’est Hamilcar Barca, le père du futur Hannibal. Il remporte une bataille près d’un fleuve, puis un prince numide le rejoint avec ses cavaliers. Inquiets, les meneurs veulent rendre toute paix impossible. Ils font mutiler puis tuer le général prisonnier et plusieurs centaines de captifs.
Après ces meurtres, personne n’épargne plus personne. Hamilcar livre ses prisonniers à ses éléphants, qui les écrasent. Polybe appelle ce conflit la guerre sans trêve. Ce nom décrit la façon dont on s’est battu, sans désigner un camp.
La bataille décisive se livre dans un lieu que Polybe appelle la Scie. L’armée de Spendios y est encerclée et affamée. Ses chefs viennent négocier, et Hamilcar les fait arrêter. Plus de quarante mille révoltés sont ensuite massacrés. Aujourd’hui, personne ne sait situer cet endroit.
Les chefs capturés sont crucifiés sous les yeux de Mathos. Il riposte en faisant crucifier un général de Carthage. La guerre finit plus au sud, où Mathos est pris puis torturé à mort. Rome profite aussitôt de la faiblesse de Carthage pour lui prendre la Sardaigne.
Une fin mal datée, un sens discuté
Polybe dit que la guerre a duré un peu plus de trois ans. Il ne donne aucune date. Les historiens comptent donc à partir du début de la révolte, dont le mois exact est lui-même discuté.
Selon le mois retenu, on arrive à deux fins possibles. Beaucoup de livres font finir la guerre en 238. D’autres préfèrent le tout début de 237.
Le désaccord le plus vif porte sur la nature de cette guerre. Un historien italien, Luigi Loreto, y voit d’abord un soulèvement des Libyens. Pour lui, ils voulaient se séparer de Carthage et employaient les étrangers comme des soldats de métier. Un historien australien, Dexter Hoyos, lui répond que l’armée révoltée était déjà en grande partie libyenne. Il ajoute que les étrangers se sont battus jusqu’au bout.
Sur le pourtour des monnaies grises, on voit encore des fissures, peut-être laissées par une frappe sur un métal froid.
L’article complet donne les mesures d’arsenic relevées à Londres sur ces monnaies, et la querelle entre deux historiens sur la dette réelle de Carthage envers ses soldats.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Polybe, *Histoires*, I, 62-88 (paix de Lutatius et guerre inexpiable), texte établi et traduit par Paul Pédech, Collection des Universités de France, 1969 Les Belles Lettres
- Polybe, *Histoires*, III, 10-11 (cession de la Sardaigne, départ d’Hamilcar pour l’Espagne), texte établi et traduit par Jules de Foucault, Collection des Universités de France, 1971 Les Belles Lettres
- Cornelius Nepos, *Hamilcar*, 2, 4 (famine dans l’armée rebelle)
Voir les 20 sources restantesMasquer les autres sources
Sources primaires (suite)
- Appien, *Sicelica*, fragment 1 (emprunt de 2 000 talents demandé à Ptolémée II)
- Shekel de billon à la légende ΛΙΒΥΩΝ, tête d’Héraclès coiffé de la peau de lion / lion marchant, lettre punique mem, 27 mm, 7,6 g, refrappé sur un shekel carthaginois Musée national du Danemark, Copenhague, *Sylloge Nummorum Graecorum* n° 239 ; Carradice et La Niece 1988, n° 1
- Monnaies de cuivre arsenié au type tête de Tanit / charrue et lettre zayin, env. 20 mm, trésor de 167 pièces probablement tunisien British Museum, Londres, 1987,9-13,4 ; 1987,9-13,14 ; 1930,4-27,9
Bibliographie
- Luigi Loreto, *La grande insurrezione libica contro Cartagine del 241-237 a.C. Una storia politica e militare*, Collection de l’École française de Rome 211, Rome, 1995, x-238 p. [École française de Rome (notice Persée)](https://www.persee.fr/doc/efr_0223-5099_1995_mon_211_1
- Dexter Hoyos, *Truceless War : Carthage’s Fight for Survival, 241 to 237 BC*, History of Warfare 45, Leyde et Boston, 2007, xxvi-286 p. Brill
- Dexter Hoyos, « Towards a Chronology of the “Truceless War”, 241-237 B.C. », *Rheinisches Museum für Philologie* 143, 2000, DOI [10,18716/ojs/rhm/2000 143,10929]( Rheinisches Museum für Philologiehttps://doi.org/10.18716/ojs/rhm/2000.143.10929
- Ian A. Carradice et Susan La Niece, « The Libyan War and coinage : a new hoard and the evidence of metal analysis », *The Numismatic Chronicle* 148, 1988, p. 33-52, pl. 7-12 Royal Numismatic Society
- Susan La Niece et Ian Carradice, « White copper : the arsenical coinage of the Libyan revolt 241-238 BC », *Journal of the Historical Metallurgy Society* 23 (1), 1989, p. 9-15 [Historical Metallurgy Society](https://hmsjournal.org/index.php/home/article/view/622
- E. S. G. Robinson, « The coinage of the Libyans and kindred Sardinian issues », *The Numismatic Chronicle*, 6ᵉ série, 3, 1943, p. 1-13, pl. I-II Royal Numismatic Society
- E. S. G. Robinson, « The Libyan hoard (1952) », *The Numismatic Chronicle*, 6ᵉ série, 16, 1956, p. 9-14, pl. I Royal Numismatic Society
- Bruce Gibson, « Polybius and Xenophon : The Mercenary War », dans Bruce Gibson et Thomas Harrison (dir.), *Polybius and his World. Essays in Memory of F. W. Walbank*, Oxford, 2013 [Oxford University Press](https://academic.oup.com/book/3163/chapter/144042471
- Serge Lancel, « La guerre des mercenaires, ou Flaubert à Carthage », *Recherches & Travaux* 42, 1992, p. 109-118 [Persée](https://www.persee.fr/doc/retra_2605-7778_1992_num_42_1_1607
- Gustave Flaubert, *Salammbô*, Paris, 1862 Michel Lévy frères
Sources en ligne
- [« Polybius • Histories – Book 1 »]( (trad. Loeb, 1922) LacusCurtius, University of Chicagohttps://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Polybius/1*.html
- [« Polybius • Histories – Book 3 »]( (trad. Loeb, 1922) LacusCurtius, University of Chicagohttps://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Polybius/3*.html
- [« Polybius, Histories, book 1, The Mercenaries Accept an Arbitration »]( Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus:text:1999.01.0234:book%3D1:chapter%3D68
- [« A modern view of Carthage’s “Truceless War” (241–237 b.c.) »]( Dexter Hoyos, *Electronic Antiquity* 5 (1), 1999 Virginia Tech University Librarieshttps://scholar.lib.vt.edu/ejournals/ElAnt/V5N1/loreto.html
- [« Coinage of the Libyan Revolt, 241–238 BC »]( Stephen P. Mulligan, *Journal of the Numismatic Association of Australia* 19, 2008 Numismatic Association of Australiahttps://numismatics.org.au/wp-content/uploads/2021/06/Vol-19-Article-2.pdf
- [« Mercenaires (Guerre des) »]( Encyclopédie berbère, OpenEdition Journalshttps://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/561
- [« “Salammbô” : l’incroyable histoire du plus fou des romans de Flaubert, dans une passionnante exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen »]( franceinfo Culturehttps://www.franceinfo.fr/culture/livres/roman/salammbo-l-incroyable-histoire-du-plus-fous-des-romans-de-flaubert-dans-une-passionnante-exposition-au-musee-des-beaux-arts-de-rouen_4641279.html



.jpg?width=500)


_makes_sacred_chickens_cast_into_the_sea.jpg?width=500)




.jpg?width=500)
.jpg?width=500)