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Les ports puniques de Carthage : le cothon et le port marchand

T A / Wikimedia Commons
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Appien loge 220 navires de guerre dans le port militaire de Carthage. Les fouilles britanniques du port circulaire, conduites à partir de 1974, ont dégagé une quarantaine de loges à navires : trente sur l’îlot central, dix sur la rive nord. De ces vestiges, Henry Hurst tire une restitution d’au moins 170 cales sur le pourtour. Les deux ports puniques de Carthage sont aujourd’hui deux lagunes du quartier de Salammbô, au sud de Tunis, reliées par un chenal bouché puis rouvert à l’époque moderne.

Le plan du consul Falbe

En 1833, Christian Tuxen Falbe, consul du Danemark auprès de la Régence de Tunis, publie ses Recherches sur l’emplacement de Carthage et le premier plan détaillé du site. Il y porte les deux lagunes et, à la pointe sud du rivage, des môles immergés que la littérature appellera le quadrilatère de Falbe.

Le plan était juste, et personne n’y a cru tout à fait. On voyait mal la marine qui avait tenu la Méditerranée occidentale pendant deux siècles tenir dans huit hectares d’eau saumâtre.

En 1973 encore, Pierre Cintas publiait un volume tiré de son Manuel d’archéologie punique sous un sous-titre sans détour, « fin d’une fiction », pour soutenir que les ports puniques se trouvaient ailleurs. La campagne internationale « Pour sauver Carthage », lancée par l’Unesco dans les années 1970, a réparti le terrain entre deux équipes. Les Américains du Punic Project, dirigés par Lawrence Stager pour l’Oriental Institute de Chicago, ont fouillé la lagune rectangulaire et le tophet voisin. Les Britanniques de Henry Hurst ont travaillé sur l’îlot central du bassin circulaire et sur sa rive nord. Le mobilier céramique sorti des cales de halage a mis fin à la discussion.

Trois cent vingt-cinq mètres de diamètre, deux mètres d’eau

Le bassin circulaire a été creusé dans un substrat argilo-sableux, dans le prolongement du bassin rectangulaire. Son diamètre atteint 325 mètres, soit près de 8,3 hectares, pour une profondeur d’origine de deux mètres. L’îlot central, 125 mètres de diamètre, a été surélevé avec les déblais du creusement, et le plan d’eau qui en résulte forme un anneau de 100 mètres de large. Parois du bassin et parois de l’îlot sont dressées à la verticale, puis parementées de boutisses en grès du Cap Bon appareillées sans mortier.

Deux mètres d’eau. Le bassin est fait pour des coques qu’on hale au sec, pas pour un mouillage.

Les rampes ont été relevées. Leur pente est de 10 %, obtenue par un remblai de terre entassé sur un fond plat, et des murs de séparation entre les loges il ne subsiste que des piliers de grès d’environ un mètre sur cinquante centimètres. Vingt-huit des trente cales de l’îlot offrent une largeur utile de 5,30 mètres, les deux dernières montent à 7,30, et les longueurs vont de trente mètres à plus de quarante. Au centre de l’îlot se dresse un bâtiment hexagonal à cour intérieure, équipé de deux citernes. Appien y place le kiosque de l’amiral, d’où le trompette sonnait les signaux, et note qu’un double mur empêchait les marchands entrés dans le premier port d’apercevoir l’arsenal.

Le bassin rectangulaire mesure 400 mètres sur 150, soit six hectares, pour la même profondeur initiale. Le goulet qui donnait sur la mer ne faisait, selon Appien, que soixante-dix pieds de large et se fermait par des chaînes de fer.

La céramique donne le IIᵉ siècle

Le matériel découvert dans les cales date l’aménagement du bassin circulaire, de l’îlot de l’Amirauté et des rampes du début du IIᵉ siècle avant notre ère, dans la fourchette qui sépare Zama, en 202, de la destruction de la ville, en 146. Hurst place lui-même le creusement des deux ports artificiels près de la fin de l’indépendance carthaginoise. Comment une cité privée du droit d’entretenir une flotte creuse-t-elle un arsenal pour cent soixante-dix coques ? Polybe donne les clauses du traité imposé après Zama, et elles sont sans ambiguïté. Carthage livre ses éléphants et tous ses navires longs à l’exception de dix trières, verse dix mille talents en cinquante ans, et ne fait plus la guerre hors d’Afrique. L’arsenal fouillé est donc postérieur à l’interdiction qu’il contredit.

Le camp d’en face n’est pas démuni pour autant. La stratigraphie relevée au droit du quai du bassin rectangulaire indiquerait un premier aménagement dès la seconde moitié du IVᵉ siècle, bien avant le port militaire, et sous les rampes de pierre de l’îlot la fouille a trouvé des vestiges en bois de rampes non couvertes, datées entre le IIIᵉ siècle et le début du IIᵉ. L’aménagement du secteur commence plus tôt encore, puisqu’un chenal peu profond, large de quinze à vingt mètres, courait parallèlement à la côte à travers l’emplacement des futurs ports, son comblement final ne livrant aucune céramique postérieure au milieu du IVᵉ siècle. Aucun de ces indices ne prouve un bassin. On ne sait pas trancher entre un port marchand creusé au IVᵉ siècle et remanié au IIᵉ, et un aménagement littoral progressif dont les deux lagunes seraient l’aboutissement tardif. Le port des cinq premiers siècles, lui, n’est localisé nulle part, et les fouilles allemandes du front de mer montrent que la terre a gagné plusieurs dizaines de mètres sur la mer depuis le VIIᵉ siècle avant notre ère, si bien que l’emplacement des bassins se trouvait partiellement en pleine eau à l’époque de la fondation.

Seize sondages carottés autour du bassin circulaire, publiés en 1992, ont restreint les emplacements possibles d’une installation antérieure sans la faire apparaître. Une jarre à étrier mycénienne trouvée dans le jardin d’une maison du Kram-ouest, sur la rive nord du lac, suggère une sépulture du XIIIᵉ siècle avant notre ère ; aucun habitat de cette période n’a été retrouvé. Hurst avait proposé en 1994 que le lac de Tunis ait servi de port primitif, avant de renverser sa propre hypothèse en 2010, Appien mentionnant le lac pendant tout le siège sans jamais lui donner de rôle portuaire.

Cothon n’est pas un mot punique

Le passage descriptif d’Appien, celui que la fouille a confirmé point par point, n’emploie jamais le terme. Le mot apparaît trente chapitres plus loin, dans le récit de l’assaut final, où l’historien parle de la partie rectangulaire du Cothon, puis de sa partie circulaire. Pour lui, le Kôthôn désigne l’ensemble des deux bassins. Strabon réserve le nom au seul bassin rond, tandis que Diodore de Sicile indique simplement que le port de Carthage s’appelait ainsi. Deux sources au moins ont servi à Appien, et la plus précise ignore le mot.

Quatre chercheurs ont repris ce dossier en 2017 dans les Mélanges de l’École française de Rome. La première définition conservée est celle du grammairien Festus, qui fait du cothon un port intérieur, marin, dû à l’art et à la main de l’homme, sans un mot sur le creusement. C’est Servius, commentant le vers de l’Énéide où les compagnons de Didon « creusent des ports », qui transforme le cothon en bassin creusé. Virgile, lui, n’emploie jamais le terme.

Les sémitisants ont cherché au mot une racine phénicienne signifiant « couper », ou un terme signifiant « petit », mais aucune de ces propositions n’est attestée en phénico-punique et leurs auteurs les formulent toutes au conditionnel. Le grec, en revanche, possède un κώθων, coupe à boire laconienne ronde à anse unique, et le port principal du Pirée s’appelait déjà au Vᵉ siècle Kantharos, du nom d’une autre forme de vase. Le nom viendrait donc de la forme du bassin. Aucun autre port creusé de l’Antiquité n’est appelé cothon, pas même le bassin hexagonal de Trajan à Portus.

Le contrecoup se lit à Motyé. C’est par analogie avec Carthage que Joseph Whitaker avait baptisé kothon, en 1921, le grand bassin de l’île sicilienne, et une première objection avait été formulée dès 1968. Les fouilles conduites depuis 2002 par Lorenzo Nigro ont tranché autrement. Le bassin est alimenté par trois sources souterraines, il occupe le centre d’un enclos sacré à trois temples, et un socle en son milieu portait une statue de Baal.

Scipion ferme la passe, les Carthaginois en creusent une autre

En 147, Scipion Émilien décide de fermer l’accès aux ports. Il fait avancer en mer, depuis la langue de terre qui sépare le lac du large, un remblai chargé de blocs lourds pour qu’il résiste aux vagues, huit mètres au sommet et quatre fois plus à la base selon la traduction consultée. Les Carthaginois commencent par mépriser le chantier, puis s’alarment en voyant l’armée y travailler de jour comme de nuit. Ils ouvrent alors une autre passe, du côté du large, là où la profondeur et le vent interdisent de porter un remblai. Les femmes et les enfants creusent avec les autres. Le travail commence par l’intérieur et reste dissimulé, si bien que les prisonniers interrogés par les Romains savent seulement qu’un vacarme monte du port. Dans le même temps, on rebâtit des trières et des quinquérèmes avec du bois de récupération. Un matin, à l’aube, la passe neuve est ouverte et cinquante trières en sortent. Elles défilent, narguent l’ennemi et rentrent. Trois jours plus tard, la bataille dure jusqu’au soir. Au moment du repli, les petits bateaux s’agglutinent dans le goulet et le bouchent, les navires longs ne peuvent plus entrer, et ils s’amarrent le long d’un large quai construit contre le mur de la ville pour le déchargement des marchands. Scipion s’en emparera et y postera quatre mille hommes.

Ce quai porte un nom dans le texte grec, le choma, et son emplacement a été longtemps discuté. Jean Baradez, en 1958, le plaçait sur le quadrilatère de Falbe. Hurst refuse cette identification pour deux raisons, l’une de chronologie, l’autre d’arithmétique : de tous les éléments du quadrilatère, seul le môle nord, long d’environ soixante-quinze mètres, peut être punique, et un terre-plein de 425 mètres sur moins de cent n’accueille pas commodément quatre mille soldats et deux lignes de fortification. Il identifie donc le choma à la longue façade maritime de la ville. L’argument arithmétique emporte l’adhésion sur ce point précis.

Sur l’îlot, une place à portiques et des reçus d’huile

Après la refondation romaine, l’îlot de l’Amirauté cesse d’être un arsenal. À la fin du IIᵉ siècle de notre ère ou plus tard, il devient une place à portiques, avec un temple et un bâtiment octogonal en son centre. Sur la rive nord du bassin, une fouille menée entre deux rues et le quai a livré une séquence d’ateliers du Iᵉʳ au VIIᵉ siècle, liés pour partie au travail du tissu.

Dans une fosse du centre de l’îlot, une trentaine d’ostraca enregistrent des chargements d’huile d’olive. L’un d’eux donne le nom du mesureur d’huile du forum de Carthage, Felix, et une date consulaire qui se convertit au 16 février 373.

Trois éléments du dispositif restent hors d’atteinte. Le chenal qui faisait communiquer les deux bassins n’a jamais été fouillé et sa configuration d’origine est inconnue. Celui qui reliait le port marchand à la mer, comblé, se trouve en zone militaire, où aucun travail de terrain n’a pu être conduit. Au nord de la ville, le voisinage du palais présidentiel interdit l’étude de la façade portuaire depuis un demi-siècle, et un héliport et un mouillage de plaisance en ont effacé une partie.

Pour aller plus loin

Le sujet touche au tophet de Salammbô, fouillé par la même équipe américaine, immédiatement à l’ouest du port marchand. Il croise la troisième guerre punique, dont le siège de 149 à 146 a produit la description la plus détaillée d’un port antique qui nous soit parvenue. Il rejoint enfin Motyé, comptoir phénicien de Sicile occidentale dont le grand bassin a longtemps servi de modèle pour comprendre Carthage.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Appien, Histoire romaine, Livre africain (Libyca), 96, description des deux ports, des logements pour 220 navires de guerre et du goulet de soixante-dix pieds fermé par des chaînes
  2. Appien, Libyca, 121-125, môle de Scipion, percement d’une passe nouvelle, sortie des cinquante trières et repli sur le choma
  3. Appien, Libyca, 127, emploi du terme Kôthôn pour la partie rectangulaire et pour la partie circulaire
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Sources primaires (suite)

  1. Strabon, Géographie, XVII, 3, 14-15, le Kôthôn, l’îlot circulaire entouré d’un canal et les cales à navires
  2. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 44, 7-8, le port de Carthage appelé Kôthôn
  3. Polybe, Histoires, XV, 18, clauses du traité imposé après Zama, remise de tous les navires longs à l’exception de dix trières
  4. Festus, De verborum significatu, 37, première définition conservée du cothon, port intérieur dû à l’art et à la main de l’homme
  5. Servius, Commentaire à l’Énéide, I, 427, et Virgile, Énéide, I, 427, la glose qui fait du cothon un port creusé
  6. Îlot de l’Amirauté, bâtiment hexagonal, rampes de halage et hangars à navires en grès d’El-Haouaria, port circulaire de Salammbô, Carthage
  7. Ostraca du mesureur d’huile Felix, fosse centrale de l’îlot de l’Amirauté, date consulaire de 372-373

Bibliographie

  1. Nicolas Carayon, Pascal Arnaud, Núria Garcia Casacuberta et Simon J. Keay, « Kothon, cothon et ports creusés », Mélanges de l’École française de Rome. Antiquité, 129 (1), 2017, p. 255-266 École française de Rome
  2. Nicolas Carayon, « Le cothon ou port artificiel creusé. Essai de définition », Méditerranée, 104, 2005, p. 5-13 Méditerranée, revue géographique des pays méditerranéens
  3. Henry Hurst, « Understanding Carthage as a Roman port », Bollettino di Archeologia on line, I, 2010, volume spécial B/B7/6, p. 49-68 Ministero per i Beni e le Attività Culturali
  4. Henry R. Hurst, Excavations at Carthage. The British Mission, vol. II.1, The Circular Harbour, North Side. The Site and Finds other than Pottery, Oxford, 1994 British Academy
  5. Henry Hurst et Lawrence E. Stager, « A metropolitan landscape : the late Punic port of Carthage », World Archaeology, 9 (3), 1978, p. 334-346 World Archaeology
  6. Henry Hurst, « Le port militaire de Carthage », Les Dossiers d’Archéologie, 183, 1993, p. 42-51 Les Dossiers d’Archéologie
  7. John A. Gifford, George Rapp et Vanda Vitali, « Palaeogeography of Carthage (Tunisia) : coastal change during the first millennium bc », Journal of Archaeological Science, 19 (5), 1992, p. 575-596 Journal of Archaeological Science
  8. J. Theodore Peña, « The mobilization of state olive oil in Roman Africa : the evidence of late 4th c. ostraca from Carthage », dans Carthage Papers, Journal of Roman Archaeology, Supplementary Series 28, 1998, p. 117-238 Journal of Roman Archaeology
  9. Lorenzo Nigro, « The sacred pool of Ba’al : a reinterpretation of the ‘Kothon’ at Motya », Antiquity, 2022, DOI 10,15184/aqy.2022,8 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.15184/aqy.2022.8
  10. Joseph I. S. Whitaker, Motya. A Phoenician Colony in Sicily, Londres, 1921 G. Bell and Sons
  11. Pierre Cintas, Le Port de Carthage, extrait du Manuel d’archéologie punique, Paris, 1973 Manuel d’archéologie punique
  12. Jean Baradez, « Nouvelles recherches sur les ports antiques de Carthage », Karthago, 9, 1958, p. 45-78 Karthago
  13. Christian Tuxen Falbe, Recherches sur l’emplacement de Carthage, Paris, 1833 Imprimerie royale
  14. Serge Lancel, Carthage, Paris, 1992 Fayard
  15. Serge Lancel, « Les ports puniques de Carthage. État des questions », dans Ve Colloque sur l’histoire et l’archéologie de l’Afrique du Nord, Avignon, 1990, Paris, 1992, p. 297-315 Ve Colloque sur l’histoire et l’archéologie de l’Afrique du Nord
  16. Abdelmajid Ennabli (dir.), Pour sauver Carthage. Exploration et conservation de la cité punique, romaine et byzantine, Paris et Tunis, 1992 Unesco et Institut national d’archéologie et d’art

Sources en ligne

  1. « Kothon, cothon et ports creusés », tiré à part des Mélanges de l’École française de Rome Ancient Ports, Ports Antiqueshttps://journals.openedition.org/mefra/4222
  2. « Understanding Carthage as a Roman Port », Henry Hurst, Bollettino di Archeologia on line Ancient Ports, Ports Antiqueshttps://www.ancientportsantiques.com/wp-content/uploads/Documents/PLACES/NorthAfrica/Carthage-Hurst2010.pdf
  3. « Carthage ancient ports » Ancient Ports, Ports Antiqueshttps://www.ancientportsantiques.com/a-few-ports/carthage/
  4. « Appian, The Punic Wars 25 », traduction de Horace White, notes de Jona Lendering Livius.orghttps://www.livius.org/sources/content/appian/appian-the-punic-wars/appian-the-punic-wars-25/
  5. « Appian, The Punic Wars 26 » Livius.orghttps://www.livius.org/sources/content/appian/appian-the-punic-wars/appian-the-punic-wars-26/
  6. « Polybius, Histories, book 15, Terms Made After the Battle of Zama », traduction d’Evelyn S. Shuckburgh Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://www.perseus.tufts.edu/hopper/text.jsp?doc=Perseus%3Atext%3A1999.01.0234%3Abook%3D15%3Achapter%3D18
  7. « Palaeogeography of Carthage (Tunisia) : Coastal change during the first millennium bc » ScienceDirect, Journal of Archaeological Sciencehttps://doi.org/10.1016/0305-4403(92)90029-3
  8. « The sacred pool of Ba’al : a reinterpretation of the ‘Kothon’ at Motya » Cambridge Core, revue Antiquityhttps://www.cambridge.org/core/journals/antiquity/article/sacred-pool-of-baal-a-reinterpretation-of-the-kothon-at-motya/329646E6561765FD30A9D6EC5FD5B6CB
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