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Biographie
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Scipion l’Africain, vainqueur de Zama

Antiquité14 septembre 202616 min de lecture
Miguel Hermoso Cuesta / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Aucun portrait ne remonte à son vivant

Une quinzaine de bustes romains au crâne rasé, dépourvus de sourcils, marqués d’une incision en croix ou en tau, sont dispersés dans les collections européennes. Le Musée du Capitole en conserve un sous l’inventaire MC 562, la Bibliothèque nationale de France un autre. Jusqu’au début du XXᵉ siècle, on y reconnaissait Scipion l’Africain, et les sculpteurs modernes en ont tiré des dizaines de copies. Walter Dennison a repris la série entière en 1905 dans l’American Journal of Archaeology et rattaché ce type au clergé d’Isis, dont les desservants se rasaient le crâne.

Personne ne sait à quoi ressemblait le vainqueur d’Hannibal.

La documentation écrite est d’une tout autre densité. Polybe lui consacre l’essentiel des livres X, XI, XIV et XV de ses Histoires, Tite-Live le suit des livres XXI à XXXIX, et la tradition postérieure en a fait un exemplum scolaire. La date de naissance demeure pourtant un calcul. Polybe donne au jeune homme dix-sept ans à la bataille du Tessin en 218, puis vingt-sept ans devant Carthagène en 209 (Histoires, X, 6, 10). Aucune source ne donne l’année de naissance directement. Le compte renvoie à 236 ou 235 av. J.-C., et les deux chiffres proviennent du même informateur que le reste du récit espagnol.

Les Cornelii Scipiones sont une branche de la gens Cornelia. L’arrière-grand-père, Lucius Cornelius Scipio Barbatus, consul en 298, a laissé le seul sarcophage intact du sépulcre familial de la via Appia, aujourd’hui aux Musées du Vatican, dans le vestibule carré du Musée Pio-Clementino sous le numéro 1191, avec un éloge en vers saturniens gravé sur la cuve (CIL VI 1285). Le père, Publius Cornelius Scipio, est consul en 218 et affronte Hannibal au Tessin. Avec son frère Gnaeus, il commande en Espagne jusqu’en 211, où tous deux sont tués à quelques semaines d’intervalle.

Le fils sert au Tessin comme cavalier, puis comme tribun militaire. Après Cannes, en 216, la tradition le place parmi les officiers qui rallient les survivants à Canusium. Tite-Live le donne édile curule en 213, et note que des tribuns de la plèbe contestèrent son âge (XXV, 2, 6).

En 210, le peuple réuni en comices centuriates lui confie les armées d’Espagne avec l’imperium d’un proconsul. Il a vingt-cinq ans environ et n’a exercé ni la préture ni le consulat. Il est le premier Romain à recevoir un commandement proconsulaire sans avoir jamais été consul.

L’année suivante, il enlève Carthagène en une journée. Polybe chiffre à plus de six cents talents les fonds carthaginois remis aux questeurs, en sus des quatre cents apportés de Rome (X, 19, 1-2). Près de dix mille prisonniers sont triés. Les artisans, environ deux mille, deviennent esclaves publics avec promesse d’affranchissement à la fin de la guerre, et dix-huit navires saisis dans le port permettent de gonfler les équipages de moitié.

Suivent Baecula en 208, où Hasdrubal Barca rompt le combat et passe en Gaule avec ses éléphants et sa caisse, puis Ilipa en 206, qui achève la présence carthaginoise en Espagne. La même année, une partie de l’armée se mutine sur le Sucro, et les meneurs sont exécutés. Les chefs ibères, eux, le saluent du titre de roi ; Polybe rapporte qu’il leur demande de l’appeler général (X, 40, 5).

Consul en 205, il obtient la Sicile et l’autorisation de passer en Afrique. Le débarquement a lieu en 204 près d’Utique. L’hiver suivant, l’incendie nocturne des camps de Syphax et d’Hasdrubal décide de la campagne. Après la bataille des Grandes Plaines en 203, Carthage rappelle Hannibal d’Italie, et les deux armées se rencontrent en 202. Le traité imposé l’année suivante retire à Carthage ses possessions extérieures, limite sa flotte à dix bâtiments, lui interdit toute guerre sans autorisation romaine, et fixe une indemnité de dix mille talents payable en cinquante annuités.

Le triomphe de 201 lui vaut le surnom d’Africanus. Censeur en 199, princeps senatus, consul une seconde fois en 194, il suit en 190 son frère Lucius comme légat dans la guerre contre Antiochos III. Les deux frères sont mis en cause à leur retour sur l’emploi de l’argent séleucide. Lucius est condamné, et Publius quitte Rome pour Liternum, en Campanie, où il meurt. Tite-Live signale que l’année de cette mort était déjà disputée de son temps, et qu’il la fixe contre Polybe, contre Rutilius et contre Valerius Antias, en s’appuyant sur des listes de magistrats (XXXIX, 52).

Il faut maintenant regarder qui a écrit les deux récits dont tout dépend, à quelle distance des faits et d’après quels informateurs ; reprendre un à un quatre épisodes sur lesquels la recherche ne s’accorde pas, du sauvetage du Tessin au lieu de la bataille de 202 ; puis suivre la fabrication du personnage, depuis le serpent qui aurait visité sa mère jusqu’à l’épitaphe que deux siècles séparent de sa tombe.

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