Polybe place la bataille aux alentours du solstice d’hiver (Histoires, III, 72, 3), et Tite-Live dit la même chose avec ses mots, brumae tempus, le temps des jours les plus courts (Histoire romaine, XXI, 54, 7). Aucun des deux ne donne de jour. Les 18, 22 ou 23 décembre 218 av. J.-C. que proposent les ouvrages de vulgarisation sont des reconstructions modernes, et elles masquent une bizarrerie que les historiens antiques n’ont pas relevée. À Rome, ce jour-là, le calendrier des magistrats ne marquait pas décembre. Alfred Klotz estimait en 1950 qu’il avait alors environ quarante-cinq jours d’avance sur les saisons, si bien que la Trébie, perdue en plein hiver astronomique, aurait été inscrite dans les registres de la cité au début de février.
Quatre cents pièces d’or à Clastidium
La Trébie descend de l’Apennin et rejoint le Pô juste en amont de Plaisance, colonie de six mille colons que Rome avait installée au cours de l’été 218 sur la rive droite du fleuve, en même temps que Crémone sur l’autre rive (Polybe, III, 40, 4-5). À peine les colons arrivés, les Boïens avaient ravagé leurs terres. Quand Hannibal descend des Alpes, c’est vers Plaisance que Publius Cornelius Scipion se replie après le combat de cavalerie du Tessin, où il a été blessé (Tite-Live, XXI, 46-47).
Une nuit, près de Plaisance, des auxiliaires gaulois massacrent les sentinelles du camp et passent à l’ennemi, deux mille fantassins et deux cents cavaliers selon Tite-Live (XXI, 48, 1-2). Scipion craint la contagion. À la quatrième veille, malgré sa blessure, il emmène l’armée vers la Trébie et s’installe sur des hauteurs où la cavalerie manœuvre mal (XXI, 48, 4). Hannibal le suit, mais il manque de vivres. Il les trouve à Clastidium, un bourg où les Romains avaient entassé du grain et que le commandant de la garnison, Dasius de Brindes, lui livre contre quatre cents monnaies d’or (XXI, 48, 9). Clastidium, l’actuelle Casteggio, avait déjà sa place dans la mémoire romaine, puisque Marcellus y avait tué de sa main un chef insubre quatre ans plus tôt, exploit que le poète Naevius porta sur la scène.
L’autre consul vient de loin. Tiberius Sempronius Longus préparait à Lilybée, en Sicile, un débarquement en Afrique avec cent soixante quinquérèmes (Polybe, III, 41, 2-3). Selon Polybe, le Sénat ne le rappelle qu’en apprenant qu’Hannibal assiège déjà des villes d’Italie (III, 61, 8-9). Sempronius renvoie sa flotte et fait jurer à ses soldats d’être à Ariminum, l’actuelle Rimini, avant l’heure du coucher d’un jour fixé (III, 61, 10). Polybe évoque plus loin quarante jours de marche continue depuis Lilybée (III, 68, 14). On a jugé la chose impossible, et Klotz répondait que des hommes voyageant isolément, sans camp à dresser chaque soir, couvrent plus d’une étape réglementaire par jour.
Réunis au bord de la Trébie, les deux consuls ne s’entendent pas. Entre le fleuve et le Pô vivent des Gaulois qui attendent de voir qui l’emportera ; Hannibal fait ravager leurs champs par deux mille fantassins et mille cavaliers, Numides pour la plupart, et ils appellent Rome à l’aide (Tite-Live, XXI, 52, 3-6). Scipion se méfie d’eux. Sempronius envoie sa cavalerie et un millier de lanceurs de javelots au-delà de la Trébie, et l’escarmouche, longtemps indécise, laisse aux Romains le crédit d’une victoire (XXI, 52, 9-11). Polybe prête au consul deux mobiles très concrets, livrer bataille avant que son collègue guéri puisse en partager le mérite, et avant que les consuls de l’année suivante n’entrent en charge (III, 70, 7). Tite-Live ajoute l’approche des élections (XXI, 53, 6). Averti par ouï-dire du tempérament fougueux de l’un des deux consuls, Hannibal n’avait plus qu’à lui offrir l’occasion qu’il cherchait (XXI, 53, 7-8).
Une embuscade en terrain découvert
Entre les deux camps, Polybe décrit un terrain plat et nu, traversé par un ruisseau dont la berge forme un rebord couvert d’épines et de ronces (III, 71, 1). L’endroit avait de quoi rassurer. Les Romains, explique-t-il, se méfiaient des bois, parce que les Gaulois y tendaient toujours leurs pièges, et faisaient confiance aux plaines dégagées, sans voir qu’on y dissimule une troupe plus sûrement, puisque l’embusqué voit venir de loin et qu’un rien suffit à le couvrir (III, 71, 2-3). Polybe s’attarde alors sur la technique : un ruisseau à berge basse, des roseaux, des fougères ou quelques buissons d’épineux peuvent cacher des fantassins et même des cavaliers, pour peu qu’on pose les boucliers à plat, l’emblème contre le sol, et qu’on glisse les casques dessous (III, 71, 4). Le ruisseau de la Trébie offrait tout cela. Le soir, Hannibal confie l’affaire à son frère Magon, que Polybe peint jeune, plein d’ardeur et formé à la guerre depuis l’enfance. Il réunit cent cavaliers et cent fantassins parmi les plus solides de l’armée, puis ordonne à chacun d’aller choisir dans son unité les dix hommes les plus braves. Cela fait mille cavaliers et mille fantassins, qui partent de nuit avec des guides (III, 71, 5-9). Tite-Live reprend les mêmes chiffres et prête à Hannibal une pointe sur cet ennemi aveugle à ce genre de ruse (XXI, 54, 1-4).
À l’aube, les cavaliers numides passent la Trébie, s’approchent du camp romain et le harcèlent de traits, car Hannibal veut prendre l’adversaire le ventre vide et sans préparatifs (III, 71, 10). Le reste de l’armée carthaginoise déjeune et soigne ses armes et ses chevaux. Sempronius réagit exactement comme prévu, avec sa cavalerie d’abord, puis six mille fantassins armés de javelots, puis toute l’armée, sortie sans avoir mangé (III, 72). Il neige. La Trébie, grossie par la pluie tombée dans la nuit sur les hauteurs, monte jusqu’à la poitrine des hommes qui la passent à gué (III, 72). Pendant ce temps, de l’autre côté, les Carthaginois s’enduisent d’huile autour des feux.
Polybe aligne ensuite les effectifs. Hannibal pousse en avant huit mille hommes de trait, lanciers et frondeurs, avance d’environ huit stades, un peu moins d’un kilomètre et demi, et déploie sur une seule ligne environ vingt mille fantassins ibères, celtes et libyens ; plus de dix mille cavaliers, alliés gaulois compris, tiennent les ailes, avec les éléphants devant eux (III, 72). En face, Sempronius range seize mille citoyens et vingt mille alliés, flanqués de quatre mille cavaliers, soit, précise Polybe, l’effectif complet de deux armées consulaires réunies (III, 72). Tite-Live compte dix-huit mille Romains au lieu de seize mille, ajoute les Cénomans, seul peuple gaulois resté fidèle, et fait des hommes de trait des Baléares (XXI, 55, 2-4). L’écart de deux mille hommes ne se tranche pas, faute d’un document qui permette de choisir entre les deux historiens.
« L’hiver leur a pris la victoire »
Les hommes de trait ouvrent le combat, puis se replient sur les ailes, où la cavalerie romaine, à peine quatre mille cavaliers fourbus face à plus de dix mille, cède sous les projectiles et devant les éléphants, dont l’odeur et la silhouette affolent les chevaux (Tite-Live, XXI, 55, 5-7). Au centre, l’infanterie tient. C’est alors que Magon sort du ruisseau. Ses deux mille hommes chargent le centre romain par derrière (Polybe, III, 74, 1), tandis que les deux ailes, pressées de face par les éléphants et sur les flancs par l’infanterie légère, lâchent pied et refluent vers la rivière (III, 74, 2). Les premiers rangs du centre enfoncent les Celtes et une partie des Libyens qui leur font face, et percent la ligne carthaginoise (III, 74, 4). Derrière eux, la bataille est perdue. Revenir au camp les obligerait à affronter la cavalerie et à repasser la rivière sous une pluie battante, et ils y renoncent. Ils marchent en ordre serré jusqu’à Plaisance, au nombre de dix mille au moins, et la plupart des cavaliers rescapés les rejoignent en chemin (III, 74, 5-8). Les autres meurent sur les berges, sous les éléphants et les cavaliers. Tite-Live raconte la même percée en précisant que le centre carthaginois était fait d’auxiliaires gaulois (XXI, 56, 2-3).
Combien de Romains sont morts ? Polybe ne le dit pas, Tite-Live non plus.
Les totaux qui circulent sont des soustractions faites par les modernes à partir des effectifs de départ. Les pertes des vainqueurs sont mieux décrites. Peu d’Ibères et de Libyens ont péri, la plupart des morts sont des Celtes, mais la pluie et la neige des jours suivants tuent beaucoup d’hommes et de chevaux, et tous les éléphants sauf un (III, 74, 10-11). Tite-Live parle de presque tous les éléphants, puis fait mourir dans l’Apennin, quelques semaines plus tard, sept bêtes rescapées de la Trébie (XXI, 56, 6 et 58, 11), ce qui ne cadre ni avec son propre bilan ni avec celui de Polybe.
Après la défaite, Sempronius écrit à Rome. Polybe résume son message en une phrase, la bataille a eu lieu et l’hiver leur a pris la victoire, en précisant que le consul savait ce qui s’était passé et voulait le cacher (III, 75, 1). Rome le crut d’abord. Puis les nouvelles arrivèrent, les Carthaginois tenaient toujours leur camp, tous les Celtes étaient passés de leur côté, et les légions, repliées dans les villes, recevaient leur ravitaillement par le Pô depuis la mer (III, 75, 2-3). Rome envoya des troupes en Sardaigne et en Sicile et des postes avancés à Tarente, arma soixante quinquérèmes et demanda de l’aide à Hiéron de Syracuse, qui fournit cinq cents Crétois et mille soldats armés à la légère (III, 75, 4-7). Polybe referme l’épisode sur une maxime, « les Romains ne sont jamais plus redoutables que lorsqu’une peur réelle les entoure » (III, 75, 8).
La Trébie entre le camp et la bataille
Une donnée commande toute la topographie. Chez Polybe, les dix mille du centre renoncent à regagner leur camp parce que la rivière les en sépare (III, 74, 5). Le camp romain et le champ de bataille se trouvaient donc sur deux rives opposées, et puisque l’armée de Sempronius a traversé la Trébie pour aller combattre, tout revient à savoir de quel côté elle était partie. La Trébie coulant vers le nord, sa rive gauche est la rive ouest et sa rive droite la rive est, du côté de Plaisance.
F. W. Walbank résumait le problème en 1957 dans son commentaire historique de Polybe. Le récit de Polybe s’accorde le mieux avec un combat sur la rive gauche, tandis que Tite-Live place nettement la bataille sur la rive droite. De fait, Tite-Live fait franchir la Trébie à Scipion dès sa retraite vers les collines (XXI, 48, 6), ce qui met le camp romain à l’ouest. Les reconstitutions que discute Walbank, et qu’il tient pour très probables en ce qui concerne le camp romain, placent au contraire le second camp de Scipion à l’est de la rivière, au pied des collines, près de Pieve Dugliara, et celui d’Hannibal à l’ouest, entre la Trébie et la Luretta, au sud de Campremoldo di Sopra. La bataille se serait alors livrée dans la plaine de la rive gauche, et c’est le schéma que reprend aujourd’hui l’office de tourisme de Plaisance, qui loge les Carthaginois vers Agazzano et les Romains vers Niviano, près de Rivergaro.
La version de Tite-Live a pour elle un détail concret. La nuit suivante, raconte-t-il, la garnison du camp et les rescapés désarmés passent la Trébie sur des radeaux pour gagner Plaisance (XXI, 56, 8), ce qui suppose bien un camp romain à l’ouest. Le schéma majoritaire a sa propre difficulté, et elle est sérieuse : pour atteindre Plaisance, les dix mille du centre ont dû franchir quelque part, en aval, la rivière même qu’ils n’avaient pas osé repasser pour rejoindre leur camp, et Polybe n’en dit pas un mot. On suppose un passage plus facile près de la colonie, loin de la cavalerie numide, sans pouvoir le montrer. Aucune des deux reconstitutions ne s’appuie sur autre chose que les textes et le relief.
Tite-Live raconte un hiver que Polybe ignore
Polybe lui-même n’est pas d’un seul tenant. Dans le discours qu’il prête à Paul Émile avant Cannes, les légions de la Trébie arrivent de Sicile la veille du combat et sont jetées dans la bataille le lendemain (III, 108, 8), ce qui ne laisse aucune place à l’escarmouche ni aux jours d’attente qu’il a racontés. Klotz attribuait cette version à Fabius Pictor, sénateur et annaliste romain que Polybe cite et discute, et rapportait les repères astronomiques du livre III, le coucher des Pléiades au sommet des Alpes puis le solstice à la Trébie, à Silènos de Kalè Aktè, l’un des historiens grecs qui écrivaient autour d’Hannibal. Ces repères lui servaient à mesurer le temps disponible. Entre la Trébie, livrée au solstice, et l’entrée en charge des nouveaux consuls, dont l’un, Flaminius, avait donné rendez-vous aux légions de Plaisance à Ariminum pour les ides de mars (Tite-Live, XXI, 63, 1), il ne s’écoule guère plus d’un mois si l’on accepte son estimation du décalage. Or Tite-Live loge dans cet intervalle une série d’opérations dont Polybe ne dit rien.
Sempronius rentre à Rome présider les élections en traversant les patrouilles ennemies, puis revient. Hannibal attaque de nuit un entrepôt fortifié près de Plaisance et y est blessé. Il prend ensuite Victumulae, où Tite-Live fait mettre en déroute trente-cinq mille hommes par une poignée de soldats avant de livrer la ville au pillage. Il tente de franchir l’Apennin, essuie une tempête où meurent les sept éléphants déjà cités, puis revient vers Plaisance livrer à Sempronius une seconde bataille, interrompue par la nuit, où chaque camp perd au plus six cents fantassins et moitié moins de cavaliers. Hannibal gagne enfin le pays des Ligures et Sempronius se retire à Lucques (XXI, 57-59).
Klotz voyait dans la tentative de l’Apennin et le second combat de Plaisance une duplication, probablement due à l’annaliste Coelius Antipater, qui aurait cousu ensemble deux versions du même passage des montagnes, celui du printemps 217 que Tite-Live raconte à nouveau au début du livre XXII. La géographie trahit l’assemblage, puisque rien n’explique qu’un consul menacé près de Plaisance aille se mettre à l’abri à Lucques, de l’autre côté de l’Apennin. Cette lecture nous paraît la plus économique, parce qu’elle rend compte à la fois de ce détour absurde et des deux combats jumeaux près de Plaisance. Elle ne condamne pas tout l’hiver. Zonaras, qui abrège Dion Cassius, connaît lui aussi une trêve de fait après la Trébie, un combat près de Plaisance où Hannibal est blessé et la prise d’une autre ville (VIII, 24), et Appien évoque un petit arsenal assiégé près de Plaisance, quatre cents morts et un Hannibal blessé (Livre d’Hannibal, 7). Selon Klotz, ces témoins puisent dans la même tradition annalistique que Tite-Live et ne la confirment donc pas de façon indépendante, mais ils montrent au moins que l’épisode de l’entrepôt n’est pas une fantaisie de l’historien de Padoue.
Le ruisseau de Magon, lui, n’a de nom chez aucun des deux historiens. Polybe expliquait ailleurs que les noms de lieux inconnus de ses lecteurs ne leur valent pas plus que des sons inarticulés (III, 36, 3), et il a décrit la berge, les épines et la manière de coucher les boucliers sans nommer l’eau. Tite-Live, qui écrivait deux siècles plus tard pour des lecteurs romains, ne le nomme pas davantage, si bien que toutes les cartes de la bataille doivent encore placer à vue ce filet d’eau bordé de ronces où deux mille hommes ont attendu l’aube.
Pour aller plus loin
La bataille prolonge la traversée des Alpes, dont elle hérite les éléphants survivants et une armée amaigrie, et prépare le désastre du lac Trasimène, au printemps 217. Elle croise aussi la question des sources de la deuxième guerre punique, entre Polybe, Tite-Live et les historiens perdus qu’ils ont lus, Fabius Pictor et Silènos.
On croit connaître la bataille de la Trébie au jour près. Elle s’est déroulée à la fin de l’année 218 av. J.-C., dans la grande plaine du nord de l’Italie. D’un côté se trouvait Hannibal, le général de Carthage, qui venait de franchir les Alpes. De l’autre se trouvait une armée romaine. Deux récits anciens racontent ce combat, et beaucoup de choses y manquent.
Le piège du ruisseau
Rome confiait alors ses armées à deux chefs élus pour un an. On les appelait les consuls. Le premier avait été blessé dans un combat de cavalerie et préférait attendre. Le second, Sempronius, arrivait de Sicile et voulait se battre au plus vite. Il espérait une victoire avant la fin de son mandat.
Hannibal connaissait ce caractère pressé. Entre les deux camps s’étendait une plaine sans arbres, coupée par un petit ruisseau bordé de ronces. Les Romains se méfiaient des forêts et croyaient la plaine sûre. Pendant la nuit, Hannibal y cacha deux mille hommes sous les ordres de son frère Magon. Ce piège tendu à couvert, on l’appelle une embuscade.
L’historien grec Polybe explique comment on cache des soldats dans un tel endroit. Il suffit de poser les boucliers à plat contre le sol. Même des cavaliers deviennent alors invisibles derrière une berge et quelques buissons.
Au lever du jour, des cavaliers d’Hannibal vinrent provoquer le camp romain. Sempronius fit sortir toute son armée sans lui laisser le temps de manger. Ses soldats traversèrent la rivière gonflée par la pluie, avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Il neigeait. En face, les Carthaginois avaient déjeuné près des feux.
Une défaite rebaptisée
La bataille tourna vite. Sur les côtés, les éléphants affolèrent les chevaux romains. Les hommes de Magon sortirent alors du ruisseau et frappèrent le centre romain dans le dos. Les deux ailes cédèrent et furent repoussées vers l’eau.
Au centre, les Romains tinrent pourtant bon et percèrent la ligne ennemie. Ils ne pouvaient plus regagner leur camp, resté de l’autre côté de la rivière. Ils marchèrent en bon ordre jusqu’à la ville romaine voisine, Plaisance. Ils étaient au moins dix mille.
Personne ne sait combien de Romains moururent ce jour-là. Aucun des deux historiens anciens ne donne de total. Le froid frappa aussi les vainqueurs. Selon Polybe, un seul éléphant d’Hannibal survécut aux jours de pluie et de neige qui suivirent.
Sempronius envoya ensuite un message à Rome. D’après lui, la bataille avait bien eu lieu, mais le mauvais temps lui avait volé la victoire. Rome le crut d’abord. Puis on apprit que les Carthaginois tenaient toujours leur camp et que les Gaulois de la région se rangeaient de leur côté.
Une rive introuvable
Le lieu exact du combat demeure inconnu. La Trébie coule vers le nord et rejoint le Pô près de Plaisance. Les Romains l’ont traversée pour aller se battre. On ignore pourtant de quel côté de l’eau ils étaient partis.
Sur ce point, les deux récits anciens se contredisent. Le texte de Polybe convient mieux à un combat sur la rive ouest. Tite-Live, un historien romain plus tardif, place la bataille sur la rive est. Le grand commentateur anglais de Polybe, Frank Walbank, a relevé ce désaccord en toutes lettres.
Chaque version garde un argument solide. Tite-Live raconte que des rescapés ont passé la rivière de nuit sur des radeaux pour atteindre Plaisance. La version de Polybe oblige les survivants à franchir l’eau une seconde fois, sans qu’il en parle. Personne n’a retrouvé avec certitude le ruisseau du piège.
Un hiver de trop
Même la date pose problème. Les deux historiens parlent seulement de l’époque des jours les plus courts. À Rome, le calendrier officiel avait alors pris de l’avance sur les saisons. D’après le calcul de l’Allemand Alfred Klotz, cette avance atteignait environ quarante-cinq jours. Sur les registres romains, la bataille tombait donc au début de février.
Ce décalage raccourcit la suite. Entre la bataille et l’arrivée des nouveaux consuls, il passe à peine plus d’un mois. Tite-Live y loge pourtant une ville pillée, une traversée manquée des montagnes, une tempête qui tue des éléphants et un second combat près de Plaisance. Polybe ne raconte rien de tout cela.
Klotz jugeait une partie de cet hiver inventée. Selon lui, un auteur romain aurait cousu ensemble deux récits du même passage des montagnes. D’autres textes anciens connaissent pourtant une attaque près de Plaisance où Hannibal fut blessé. Ils montrent seulement que Tite-Live ne l’a pas imaginée seul.
Le ruisseau de Magon ne porte de nom dans aucun récit. Les textes n’en gardent qu’une berge, des ronces et deux mille hommes couchés dans le froid jusqu’à l’aube.
Le détail de l’enquête occupe l’article classique, avec la ville de Clastidium livrée par son propre commandant et le discours où Polybe se contredit lui-même sur la date d’arrivée des légions.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- [Polybe, *Histoires*, III, 66-75, notamment 71, 72, 74 et 75]( texte grec Büttner-Wobst, Perseids ; III, 61, 68, 70 et 108, 8 d’après Klotz 1950 ; édition française de référence en Collection des universités de Francehttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0543/tlg001/perseus-grc2/3.74
- [Polybe, *Histoires*, III, 36, 3 ; 40, 4-8 ; 41, 2-3 ; 61, 8-10]( trad. anglaise W. R. Paton, Loeb Classical Library, 1922, LacusCurtiushttps://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Polybius/3*.html
- [Tite-Live, *Histoire romaine*, XXI, 46-59 et 63]( trad. anglaise en ligne, The Bibliotheke ; édition française P. Jal, Collection des universités de France, 1988https://cmuntz.hosted.uark.edu/texts/livy/book-21-part-2.html
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Sources primaires (suite)
- [Appien, *Livre d’Hannibal*, 6-7]( trad. anglaise Horace White, Macmillan, 1899, Perseidshttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0551/tlg008/perseus-eng2/2.5-2.8
- Zonaras, *Épitomé des histoires*, VIII, 24, 6, abrégé de Dion Cassius cité d’après Klotz 1950
Bibliographie
- Alfred Klotz, « Der „erste“ Appenninenübergang Hannibals (Liv. 21, 58, 1-59, 10) », *Rheinisches Museum für Philologie* 93, 1950, p. 178-187, [DOI 10,18716/ojs/rhm/1950,93,9178]( Rheinisches Museum für Philologiehttps://doi.org/10.18716/ojs/rhm/1950.93.9178
- F. W. Walbank, *A Historical Commentary on Polybius*, vol. I, *Commentary on Books I-VI*, Oxford, 1957, 775 p. (commentaire de III, 66-75, carte de la bataille p. 398) Clarendon Press
- Polybe, *Histoires*, livre III, texte établi et traduit par Jules de Foucault, révisé par Éric Foulon et Michel Molin, Collection des universités de France, Paris, 2004 Les Belles Lettres
- Tite-Live, *Histoire romaine*, tome XI, livre XXI, texte établi et traduit par Paul Jal, Collection des universités de France, Paris, 1988 Les Belles Lettres
Sources en ligne
- [« Der „erste“ Appenninenübergang Hannibals »]( Rheinisches Museum für Philologie, Universitäts- und Stadtbibliothek Kölnhttps://journals.ub.uni-koeln.de/index.php/rhm/article/view/9178
- [« Preparations for Battle », Polybe, III, 72, trad. E. S. Shuckburgh]( Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus:text:1999.01.0234:book=3:chapter=72
- [« Histories », Polybius, 3,71]( Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0543/tlg001/perseus-grc2/3.71
- [« Histories », Polybius, 3,75]( Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0543/tlg001/perseus-grc2/3.75
- [« Trebbia River as a scenario of many battles »]( VisitPiacenza, office de tourisme de Plaisancehttps://visitpiacenza.it/en/art-and-culture/trebbia-river-scene-of-many-battles/





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