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Hannibal et le franchissement des Alpes : les itinéraires en débat

Afriques anciennesConflits & bataillesRome & les Étrusques15 octobre 2026◈ 22 sources vérifiées
Attributed to Nicolas Poussin / Wikimedia Commons
9 min de lecture22 sources vérifiées
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Lucius Cincius Alimentus, annaliste romain, fut fait prisonnier par Hannibal pendant la deuxième guerre punique, et il affirmait avoir appris de la bouche même du général qu’après le passage du Rhône il avait perdu 36 000 hommes et une quantité énorme de chevaux et de bêtes de somme. Tite-Live, qui rapporte ce témoignage (Histoire romaine, XXI, 38, 3-4), en aurait fait son autorité principale sur les effectifs si Cincius n’avait pas brouillé les comptes en annonçant 80 000 fantassins et 10 000 cavaliers à l’arrivée en Italie, Gaulois et Ligures compris, alors que ces renforts rejoignirent probablement l’armée une fois la montagne passée.

Le même chapitre contient un aveu. Tous les auteurs, écrit Tite-Live, s’accordent sur le premier peuple rencontré à la descente, les Taurins, et l’on se dispute pourtant sur la route. Beaucoup la faisaient passer par le col Pennin, qui aurait tiré son nom des Puniques ; Coelius la menait par un « joug de Crémon ». Or les deux chemins auraient fait descendre Hannibal chez les Salasses, bien loin des Taurins (XXI, 38, 5-7), et les Sédunes Véragres qui habitent ces montagnes rattachent le nom du col à un dieu honoré sur leur sommet, Poeninus. Le catalogue de l’exposition du Musée dauphinois de Grenoble, en 2011-2012, consacre encore un chapitre à ce « faux ami » celtique. La querelle sur le col a donc plus de deux mille ans, et elle s’ouvre sur une étymologie fausse.

Le témoin grec qui se méfie des noms

Polybe, ancien hipparque de la confédération achéenne devenu proche de Scipion Émilien, écrit au IIᵉ siècle av. J.-C. Il dit avoir interrogé des hommes présents lors des faits et refait lui-même le passage des Alpes pour voir les lieux (Histoires, III, 48, 12). Au passage, il raille les historiens qui faisaient guider Hannibal par un dieu ou un héros, comme les poètes tragiques réduits au deus ex machina, et rappelle que les Celtes du Rhône avaient souvent franchi la chaîne avec de grandes armées peu avant 218 (III, 47, 6-9 ; 48, 6-7).

Ce témoin du terrain s’impose pourtant une règle qui ruine d’avance toute localisation précise. Pour des pays que le lecteur ne connaît pas, explique-t-il, une liste de noms vaut une suite de sons inarticulés (III, 36, 2-4). Entre le Rhône et la plaine du Pô, il ne livre donc presque aucun nom. Il y a l’« Île », région peuplée et riche en blé, enfermée entre le Rhône et une rivière qui le rejoint, qu’il compare au delta du Nil (III, 49, 5-7) ; il y a les Allobroges, qui harcèlent la colonne au début de la montée ; il y a enfin les Insubres et les Taurins, au débouché italien (III, 56, 3 ; 60, 8-9). Tout le reste est chiffré. Du passage du Rhône au pied des Alpes, Polybe compte 1 400 stades, puis 1 200 pour la traversée (III, 39, 9-10), soit près de 250 kilomètres et un peu plus de 210, à raison d’environ 177 mètres le stade. Après l’Île, l’armée longe la rivière dix jours sur 800 stades (III, 50, 1). La montée dure neuf jours, la halte au sommet deux jours, sous une neige tombée au coucher des Pléiades, et c’est de là que le général montre la plaine du Pô à ses hommes ; à la descente, un éboulement a emporté un stade et demi de versant, il faut reconstruire le sentier, un jour pour les bêtes et trois de plus pour les éléphants, puis trois jours encore mènent à la plaine, quinze en tout selon Polybe (III, 53, 9 à 56, 3).

Sur l’Île elle-même pèse un problème de texte. Les manuscrits de Polybe donnent pour la rivière une forme altérée, Skaras, que les éditeurs corrigent en Isaras, l’Isère. En 1955, Gavin de Beer a préféré y lire l’Aygues, affluent bien plus méridional, en reprenant une proposition de 1821, comme le relève F. W. Walbank dans le Journal of Roman Studies l’année suivante. La correction Isère nous semble la plus économique, parce que la comparaison avec le delta du Nil appelle une rivière de premier rang ; c’est aussi la lecture majoritaire, rappelle Philippe Leveau dans la Revue archéologique en 2003. Le même auteur chiffre au passage la traversée du Rhône elle-même à une soixantaine d’hectares de forêt abattue pour les barques et les radeaux, à raison de cinq éléphants par radeau.

La Durance de Tite-Live

Tite-Live suit souvent Polybe de très près, puis s’en écarte au moment décisif. Après l’Île, il fait obliquer l’armée vers la gauche, la conduit chez les Tricastins, le long des Voconces, chez les Tricoriens, et lui fait franchir la Durance avant d’atteindre les Alpes par un chemin presque partout en plaine (XXI, 31-32). Ce détour tire l’itinéraire vers la haute Durance et le Montgenèvre, alors que les dix jours de Polybe le long d’une rivière, si cette rivière est l’Isère, mènent vers la Maurienne ou la Tarentaise.

Ammien Marcellin reprend au IVᵉ siècle les mêmes peuples, avec des mots qui trahissent Tite-Live (Histoires, XV, 10, 11).

La falaise de la descente montre jusqu’où les deux récits divergent. Chez Polybe, les soldats reconstruisent le sentier à flanc de paroi. Chez Tite-Live, l’éboulement a creusé le versant sur près de mille pieds ; on fait brûler contre la roche un bûcher de grands arbres, puis on verse du vinaigre sur la pierre chauffée pour la faire éclater, et les soldats taillent au fer des lacets en pente douce, quatre jours durant (XXI, 36-37). Juvénal en a tiré un vers moqueur sur le général qui montem rumpit aceto, qui brise la montagne au vinaigre (Satires, X, 153). Polybe ignore ce vinaigre, et ce vinaigre rappelle que Tite-Live puise ailleurs, chez Coelius notamment, qu’il cite plusieurs fois dans ce livre.

En 1956, F. W. Walbank a ramené toute la question à ce point. Il ouvrait son article en constatant que peu de problèmes historiques avaient suscité autant de discussions stériles, reprochait à de Beer d’avoir fusionné les deux auteurs avec une facilité fatale, comme si chacun comblait les lacunes de l’autre, et reprenait le mot d’un historien allemand de 1913 selon qui des rochers blancs et des gorges profondes se trouvent partout dans les Alpes, ce qui fait du problème une affaire d’histoire des textes.

Clapier contre Traversette

À la fin du XIXᵉ siècle, des officiers français proposent le col du Clapier, en Haute-Maurienne. La thèse place l’Île au confluent de l’Isère, fait remonter l’armée par l’Isère puis par l’Arc et la fait descendre directement chez les Taurins ; ses partisans soulignent que ce secteur offre à la fois la vue sur la plaine du Pô et un replat où camper (William Bainbridge et Stefano Cracolici, Historical Research, 2025). En 1956, le médecin Marc-Antoine de Lavis-Trafford déplace le passage vers Savine-Coche, sur le flanc sud de la même ensellure, et reconnaît dans la gorge d’un blanc presque aveuglant de Bramans le leukopetron de Polybe, ce rocher où Hannibal passa une nuit avec la moitié de ses troupes (III, 53, 5), un mot que la traduction Loeb rend aussi par « roche nue ». Serge Lancel s’est rallié à ce secteur en 1995, et M. et S. Kuhle écrivaient encore en 2012 que les historiens tenaient depuis longtemps le Clapier pour l’itinéraire le plus probable.

Le camp méridional naît en 1955 avec Alps and Elephants, de Gavin de Beer, biologiste de formation. Il suit Tite-Live par la Durance, puis gagne la haute vallée du Guil et le col de la Traversette, à 2 947 mètres, au pied du mont Viso. Walbank lui reprocha ses certitudes, et notamment un raisonnement sur le débit de la Durance qui dépend tout entier de la date du passage.

Or cette date flotte. Le coucher matinal des Pléiades tombe vers le 7 ou le 9 novembre, mais la première neige peut blanchir les hauts cols dès la fin de septembre, et Walbank soupçonnait la mention astronomique d’avoir été déduite de la neige elle-même. L’écart, de l’ordre de six semaines, pèse à la fois sur l’enneigement du col et sur le niveau des rivières, et aucun document indépendant ne permet de le réduire, faute d’une date de départ connue pour l’armée.

Une couche piétinée sous le mont Viso

En 2016, l’équipe de William Mahaney, de l’université York de Toronto, publie dans Archaeometry l’étude d’une tourbière alluviale épaisse d’environ un mètre, dans la haute vallée du Guil, sous la Traversette. Sous 26 centimètres de sédiments récents apparaît une couche brassée, comme piétinée, encadrée par deux datations au radiocarbone ; un modèle d’âge place son sommet 2 168 ans avant 1950, soit en 218 av. J.-C. La couche renferme des marqueurs fécaux et une forte proportion de gènes de Clostridia, bactéries qui forment plus de 70 % des microbes du crottin de cheval et se conservent des millénaires dans le sol. Les auteurs y voient le passage de milliers d’animaux, trop nombreux à cette altitude pour une transhumance ordinaire.

Ils ont aussi écrit qu’ils ne pouvaient pas établir de façon concluante le lien avec Hannibal. L’objection la plus forte vient de Polybe lui-même, puisque des armées celtes avaient franchi les Alpes peu avant 218 ; s’y ajoute Hasdrubal, passé en 207 par le même col que son frère selon Tite-Live et Appien, et aucune datation au radiocarbone ne sépare deux armées à onze ans d’écart. M. et S. Kuhle ont contesté en 2012, puis dans une réplique de 2015, la lecture que l’équipe donnait de l’éboulement de la Traversette et sa façon de comprendre Polybe. Les défenseurs du site concèdent que ces blocs ne portent aucune trace de feu, ce qui laisse sans appui sur place le bûcher de Tite-Live. Aucun objet manufacturé n’est signalé dans la couche, alors que seul un tel objet trancherait, une monnaie ou un ossement d’éléphant pris dans un niveau daté.

Trente-sept éléphants dans un modèle

En juillet 2026, Emilio Berti et Fritz Vollrath ont abordé la question par la physiologie, dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. À partir de modèles de dépense d’énergie mis au point sur des éléphants d’Afrique actuels, selon la masse et la pente, ils ont calculé le coût direct de quatre itinéraires pour les hommes et pour les bêtes, chevaux et éléphants, pendant les quinze jours de marche. La Traversette arrive en tête avec environ 5,42 térajoules pour l’armée entière ; le Montgenèvre demande 11 % de plus, le Clapier 16 % et le Mont-Cenis 19 %. Sur ce trajet, un éléphant aurait perdu 4 % de ses réserves de graisse, contre 19 % pour un soldat, ce qui pourrait expliquer, selon les auteurs, la forte mortalité des hommes.

Le calcul laisse de côté le fourrage, le transport des vivres, les cornacs et tout le personnel non combattant, ce que les auteurs signalent eux-mêmes. Un trajet moins coûteux décrit surtout ce qu’un général aurait eu intérêt à faire. Polybe insiste sur les guides indigènes et sur l’escorte que le chef de l’Île fournit à travers le pays allobroge (III, 48, 11 ; 49, 13), deux contraintes politiques qu’aucun modèle de pente n’intègre. Bainbridge et Cracolici ont d’ailleurs montré que la discussion porte désormais autant sur la manière dont chaque discipline fabrique sa vérité, à travers des rivalités savantes, que sur le col lui-même.

En 1956, Walbank prévenait que l’on ne trancherait rien par le terrain avant d’avoir démêlé ce que Tite-Live doit à Polybe. Soixante-dix ans plus tard, Berti et Vollrath classent quatre cols en térajoules en partant de deux données qui remontent à Polybe, trente-sept éléphants et quinze jours de marche, si bien que le calcul le plus récent repose encore sur le texte que Walbank demandait d’examiner en premier.

Pour aller plus loin

La traversée prolonge le passage du Rhône, où les éléphants furent embarqués sur des radeaux couverts de terre, et prépare la bataille de la Trébie, livrée par temps de neige quelques semaines après la descente. Elle croise aussi l’histoire des éléphants de guerre carthaginois et l’œuvre de Polybe, historien grec de la conquête romaine.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. [Polybe, *Histoires*, III, 33-60, notamment 36, 39, 42, 47-56 et 60](< trad. anglaise W. R. Paton, Loeb Classical Library, 1922, en ligne sur LacusCurtius ; édition française de référence J. de Foucault, Collection des universités de France, 1971https://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Polybius/3*.html>
  2. [Tite-Live, *Histoire romaine*, XXI, 31-38 et 54]( trad. anglaise en ligne, The Bibliotheke (Ch. Muntz), chap. 32-63 ; édition française de référence P. Jal, Collection des universités de France, 1988https://cmuntz.hosted.uark.edu/texts/livy/book-21-part-2.html
  3. [Ammien Marcellin, *Histoires*, XV, 10, 11]( trad. anglaise J. C. Rolfe, Loeb Classical Library, 1935-1940, en ligne sur Perseidshttps://fgh.perseids.org/read/latinLit/stoa0023/stoa001/perseus-eng2/15.10.10-15.11.1
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Sources primaires (suite)

  1. Juvénal, *Satires*, X, 153 (*montem rumpit aceto*) passage signalé avec Tite-Live, XXI, 37, dans l’édition Rolfe d’Ammien Marcellin

Bibliographie

  1. F. W. Walbank, « Some Reflections on Hannibal’s Pass », *The Journal of Roman Studies* 46 (1-2), 1956, p. 37-45, [DOI 10,2307/297963]( Society for the Promotion of Roman Studieshttps://doi.org/10.2307/297963
  2. Gavin de Beer, *Alps and Elephants. Hannibal’s March*, Londres, 1955, XV + 123 p. Bles
  3. Marc-Antoine de Lavis-Trafford, « L’identification topographique du col alpin franchi par Hannibal », *Travaux de la Société d’histoire et d’archéologie de Maurienne* XIII, 1956, p. 109-200 Société d’histoire et d’archéologie de Maurienne
  4. Serge Lancel, *Hannibal*, Paris, 1995 Fayard
  5. Philippe Leveau, « Le franchissement du Rhône par Hannibal : le chenal et la navigation fluviale à la fin de l’Âge du Fer », *Revue archéologique* 35, 2003, p. 25-50 [Presses universitaires de France, via Cairn](https://shs.cairn.info/article/ARCH_031_0025/pdf?lang=fr
  6. Jean-Pascal Jospin et Laura Dalaine (dir.), *Hannibal et les Alpes. Une traversée, un mythe*, catalogue d’exposition, Gollion, 2011, 142 p., dont le chapitre « Poininos / Poeninus : un faux ami celtique de Poeni, les Carthaginois » Infolio et Musée dauphinois
  7. William C. Mahaney et alii, « Biostratigraphic Evidence Relating to the Age-Old Question of Hannibal’s Invasion of Italy, I : History and Geological Reconstruction », *Archaeometry* 59 (1), 2017, p. 164-178, [DOI 10,1111/arcm.12231]( Wiley, pour l’université d’Oxfordhttps://doi.org/10.1111/arcm.12231
  8. William C. Mahaney et alii, « Biostratigraphic Evidence Relating to the Age-Old Question of Hannibal’s Invasion of Italy, II : Chemical Biomarkers and Microbial Signatures », *Archaeometry* 59 (1), 2017, p. 179-190, [DOI 10,1111/arcm.12228]( Wiley, pour l’université d’Oxfordhttps://doi.org/10.1111/arcm.12228
  9. M. Kuhle et S. Kuhle, « Hannibal Gone Astray ? A Critical Comment on W. C. Mahaney et al., “The Traversette (Italia) Rockfall : Geomorphological Indicator of the Hannibalic Invasion Route” », *Archaeometry* 54 (3), 2012, p. 591-601 Wiley
  10. M. Kuhle et S. Kuhle, « Lost in Translation or Can We Still Understand What Polybius Says about Hannibal’s Crossing of the Alps ? A Reply to Mahaney », *Archaeometry* 57, 2015, p. 759-771 Wiley
  11. Emilio Berti et Fritz Vollrath, « Energy costs of Hannibal’s alpine crossing », *Proceedings of the National Academy of Sciences* 123 (28), 2026, e2612764123, [DOI 10,1073/pnas.2612764123]( National Academy of Scienceshttps://doi.org/10.1073/pnas.2612764123
  12. William Bainbridge et Stefano Cracolici, « Tall Talk About Elephants : Hannibal’s Crossing Through Disciplines », *Historical Research* 99, 2025, p. 151-178, [DOI 10,1093/hisres/htaf020]( Oxford University Presshttps://doi.org/10.1093/hisres/htaf020

Sources en ligne

  1. [« Hannibal et les Alpes. Une traversée, un mythe »]( Musée dauphinois, Département de l’Isèrehttps://musees.isere.fr/publication/musee-dauphinois-hannibal-et-les-alpes-une-traversee-un-mythe
  2. [« Archaeologists You Should Know - Marc-Antoine de Lavis-Trafford »]( Archaeological Institute of Americahttps://www.archaeological.org/archaeologists-you-should-know-trafford/
  3. [« Biologists Find Possible Hannibal Route »]( Archaeology Magazinehttps://archaeology.org/news/4315-160404-alps-hannibal-crossing
  4. [« Professor Chris Allen : Hannibal The New Evidence »]( Queen’s University Belfasthttps://www.qub.ac.uk/sites/Hannibal/
  5. [« How did Hannibal get his elephants across the Alps ? »]( German Centre for Integrative Biodiversity Research (iDiv)https://www.idiv.de/how-did-hannibal-get-his-elephants-across-the-alps/
  6. [« Le mystère de la traversée des Alpes par Hannibal levé grâce à du crottin de cheval ? »]( L’Orient-Le Jour, dépêche AFPhttps://www.lorientlejour.com/article/979480/le-mystere-de-la-traversee-des-alpes-par-hannibal-leve-grace-a-du-crottin-de-cheval.html
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