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Diplomatie byzantine : l’art de gagner sans se battre, à l’épreuve

ByzanceEurope slave & steppes6 novembre 2026◈ 51 sources vérifiées
CNG / Wikimedia Commons
15 min de lecture51 sources vérifiées
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Pour une pièce de monnaie, l’interprète rapportait du marché ce que le cuisinier payait quatre. À partir de la fin de juillet 968, les gardes postés devant la maison où l’on a logé l’ambassade d’Otton Ier, à Constantinople, ne laissent plus sortir que ce cuisinier, qui ignore le grec et marchande par signes, des doigts et de la tête, tandis que l’interprète reste enfermé avec les autres. La disette frappe la ville, et trois monnaies d’or ne suffisent plus à payer un repas pour les vingt-cinq compagnons de l’ambassadeur et leurs quatre gardiens grecs. Ces comptes viennent de Liutprand, évêque de Crémone, qui les consigne dans le rapport adressé à son retour aux deux Otton, le père et le fils, la Relatio de legatione Constantinopolitana, dont aucun manuscrit n’a survécu, le texte n’étant connu que par l’édition imprimée en 1600 par Henricus Canisius, d’Ingolstadt.

Liutprand venait chercher une épouse pour le jeune Otton II. La diplomatie byzantine la lui refuse.

« Par la terreur et le glaive »

L’échec s’annonce dès l’arrivée. Le 4 juin, l’ambassade attend sous la pluie devant la porte Carienne jusqu’à la onzième heure, puis on la conduit dans une demeure de marbre ouverte au froid comme à la chaleur, sans eau, éloignée du palais. Le 6 juin, Léon Phocas, frère de l’empereur, curopalate et logothète, refuse d’appeler Otton basileus et lui donne le titre de rex, roi ; le lendemain, jour de la Pentecôte, Nicéphore II reproche au souverain saxon d’avoir mis la main sur Rome et attaqué les villes impériales des Pouilles. Quand l’évêque présente la demande en mariage, les dignitaires répondent qu’on n’a jamais vu une fille porphyrogénète d’un empereur porphyrogénète épouser un étranger, et réclament en échange Ravenne et Rome. Liutprand objecte que Pierre, roi des Bulgares, a bien épousé la fille de Christophe, fils de l’empereur Romain Lécapène. On lui répond que Christophe n’était pas né dans la pourpre. À la fête des saints Apôtres, l’empereur fait asseoir au-dessus de lui l’envoyé des Bulgares, tête rasée à la hongroise et ceinture de bronze, en vertu d’un accord juré lors du mariage de Pierre, qui donne aux ambassadeurs bulgares la préséance sur tous les autres. Un jour de juillet, Nicéphore fait visiter à l’évêque un parc où paissent des ânes sauvages, que Liutprand trouve en tout semblables aux ânes domestiques du marché de Crémone.

La scène décisive date du 17 septembre. Une lettre du pape Jean XIII, arrivée le 15 août, a nommé Nicéphore « empereur des Grecs », et le patrice Christophe, eunuque qui représente l’empereur parti en Syrie, reçoit Liutprand avec trois autres dignitaires. Si Otton s’obstine, disent-ils, l’or qui fait la puissance de l’empire soulèvera toutes les nations contre lui. Puis ils font apporter les étoffes que l’évêque a achetées pour son église, marquent d’un plomb celles qu’il pourra emporter et lui reprennent cinq pourpres précieuses, en remboursant le prix, parce que ces vêtements sont interdits à toutes les nations sauf aux Romains. Liutprand proteste. En 949, simple diacre envoyé par le marquis Bérenger, il avait acheté sous Constan​tin VII des étoffes plus nombreuses et plus belles, que personne n’avait examinées. La réponse, au chapitre 55 selon la numérotation que reprend Aleksey Shchavelev, oppose deux règnes. Constan​tin était un homme doux, qui ne quittait pas son palais et se gagnait les nations par de tels moyens ; Nicéphore, homme de guerre qui fuit le palais comme la peste, ne les achète pas et les soumet par la terreur et le glaive.

Dans la même entrevue, les dignitaires revendiquent donc l’or et le glaive. Shchavelev a montré en 2019 que la manœuvre applique un conseil du De administrando imperio, où Constan​tin VII apprend à son fils à récuser un précédent gênant en déclarant incompétent l’empereur qui l’a créé, en l’occurrence Romain Lécapène, présenté comme un homme sans instruction quand il maria sa petite-fille Marie au Bulgare Pierre. En 968, l’incompétent désigné est Constan​tin VII lui-même. Le guerrier paie, d’ailleurs. Liutprand raconte que Nicéphore a confié une forte somme à l’eunuque placé à la tête de l’armée envoyée en Italie, pour payer les chevaliers d’Adalbert, fils de Bérenger, si celui-ci tenait parole, ou pour livrer Adalbert lui-même à Otton dans le cas contraire, et qu’il a fait de quarante prisonniers hongrois, vêtus d’habits très coûteux, sa garde du corps pour la campagne de Syrie.

Tout passe par un témoin hostile. Johannes Koder relève que Liutprand a raconté son premier séjour brièvement et en bien, dans l’Antapodosis, le second longuement et en mal, dans la Relatio, et le troisième, probable, en 971 ou 972, pas du tout. Le latin du rapport repose sur une seule édition imprimée, ce qui oblige Paolo Chiesa, son éditeur en 1998, puis François Bougard, dont la traduction française de 2015 donne le texte en regard, à corriger sans manuscrit les passages corrompus ; Alexander Andrée en a discuté un en 2020, celui d’un gardien que Liutprand qualifie d’un mot grec latinisé dans lequel il reconnaît le chien. Le 2 octobre, à la dixième heure, l’évêque monte en barque, après avoir écrit sur le mur de sa demeure et sur une table de bois des vers contre la foi des Grecs.

Le seuil de Neasit

Le traité que Constan​tin VII composa pour son fils Romain ne porte pas de titre. Il s’ouvre sur une adresse, et les Grecs le désignaient par sa formule, « À son propre fils Romain » ; le nom de De administrando imperio lui vient de son premier éditeur, Meursius, au début du XVIIᵉ siècle, ce que John Bagnell Bury jugeait déjà impropre en 1906. Le texte est parvenu par une copie de 211 feuillets de parchemin, le Parisinus graecus 2009, que Gyula Moravcsik plaçait en 1930 à la fin du XIᵉ siècle et que Shchavelev attribue au scribe Michel Roizaitès, au travail entre 1059 et 1073 pour le césar Jean Doukas. La date de l’original se discute, entre 948 et 952 selon la datation reçue, après 952 et avant novembre 959 selon Shchavelev.

Les premiers chapitres forment un manuel du levier. Au chapitre 1, l’empereur doit garder la paix avec les Petchénègues, conclure avec eux des traités d’amitié, leur envoyer chaque année un agent chargé de présents convenant à cette nation et recevoir en retour des garants, otages et agent, rassemblés à Constantinople sous la garde du ministre compétent et comblés de bienfaits impériaux ; le chapitre 7 traite des agents impériaux envoyés en Patzinacie depuis Cherson, la ville byzantine de Crimée. La raison tient en une phrase du chapitre 4. Tant que l’empereur est en paix avec les Petchénègues, ni les Rus’ ni les Turcs, c’est-à-dire les Hongrois, ne peuvent l’attaquer ni lui extorquer de grosses sommes comme prix de la paix, parce qu’ils redoutent cette nation que l’empereur peut lancer contre eux pendant leur campagne.

Le chapitre 9 donne à ce levier une géographie, et c’est le fleuve qui la porte. En juin, les monoxyles, embarcations creusées dans un seul tronc par les Slaves tributaires et vendues aux Rus’, se rassemblent à Kiev, descendent le Dniepr et s’arrêtent deux ou trois jours à Vitičev avant d’affronter les seuils, ces barres rocheuses qui coupent le cours d’eau. Le premier s’appelle Essoupi, « ne dors pas ». Au quatrième, le grand, que les Slaves nomment Neasit parce que les pélicans nichent dans ses pierres, tout le monde met pied à terre, une partie des hommes monte la garde contre les Petchénègues, et les autres font passer par la rive, sur six milles, les esclaves enchaînés et les marchandises, puis les bateaux, tirés ou portés sur les épaules. Le danger culmine plus bas, au gué de Vrar, large comme l’Hippodrome, où les cavaliers de la steppe attendent les marins, et il ne cesse qu’au-delà de la Selina, bras du Danube, quand les Rus’ entrent en territoire bulgare. Le chapitre 2 complète le tableau, puisque les Rus’ achètent aux Petchénègues les bœufs, les chevaux et les moutons qui manquent chez eux, et ne peuvent ni partir en guerre au loin ni venir à Constantinople, pour combattre ou pour commercer, sans être en paix avec eux. Tenir les Petchénègues revenait à tenir le fleuve, et tenir le fleuve, à tenir les Rus’.

Le chapitre 13 traite, selon le découpage de Bury, des demandes déraisonnables des nations et de la manière d’y répondre. L’empereur y fournit à son fils des refus tout prêts, et le plus développé porte sur le mariage. Aucune princesse ne doit être donnée à une nation dont les coutumes diffèrent de l’ordre romain, sauf aux Francs, seuls exceptés par le grand Constantin. Kaldellis note que l’argument invoque la différence des coutumes, et laisse de côté la figure de l’empereur vicaire de Dieu que les modernes prêtent volontiers à Byzance. Le précédent bulgare de 927 gênait, d’où le portrait de Romain Lécapène en ignorant. Martin Vučetić tient d’ailleurs pour plus probable que la dignité impériale reconnue aux souverains bulgares ait été concédée à Pierre lors de ce mariage plutôt qu’à son père Siméon dès 924.

Théophano n’était pas née dans la pourpre

La princesse vient pourtant, quatre ans plus tard, sous un autre empereur. En 969, Jean Ier Tzimiskès remplace Nicéphore, et c’est sa nièce Théophano qui part pour l’Italie. Le 14 avril 972, à Rome, Otton II lui assigne sa dot par une charte que conserve le Niedersächsisches Landesarchiv, à Wolfenbüttel, sous la cote 6 Urk. 11 : une membrane de 144,5 centimètres sur 39,5, teinte en pourpre et écrite en lettres d’or, dont la surface imite une soierie byzantine à médaillons d’animaux combattants, et dont la bordure supérieure aligne des bustes et des motifs animaux. La pourpre refusée à Liutprand revient ainsi, peinte sur parchemin, dans l’acte qui scelle l’alliance.

Nicolas Drocourt, après une thèse monumentale publiée en deux volumes en 2015, Diplomatie sur le Bosphore, a donné en 2023 une synthèse, L’autre Empire du Milieu, qui fait de l’argent la grande arme de cette diplomatie, en soulignant que la frontière entre tribut et cadeau restait floue. Les présents servaient à acheter des fidélités et à semer la discorde chez l’adversaire, selon l’idée byzantine de la cupidité barbare, et les dignités de cour conférées aux princes étrangers s’accompagnaient de versements, les rogai ; soieries, pierres précieuses et reliques complétaient l’arsenal, et l’échange des dons mettait une hiérarchie en scène. Le moyen restait ambigu, car un paiement pouvait passer pour un aveu de faiblesse, et Drocourt parle d’une arme à double tranchant.

Le précédent le mieux documenté est perse. Par la paix dite de cinquante ans, signée en 562, Byzance s’engageait à verser chaque année de l’or pour la défense du Caucase, rappelle Alireza Shapur Shahbazi dans l’Encyclopaedia Iranica d’après les fragments de Ménandre le Protecteur ; dix ans plus tard, Justin II cessa de payer, et la guerre reprit. Cet or rémunérait un partenaire que la chancellerie impériale fut seule à reconnaître officiellement comme basileus entre Constantin et Héraclius, selon l’enquête d’Evangelos Chrysos parue en 1978, tandis que les rois perses appelèrent les empereurs césar jusqu’à ce que Maurice eût aidé Khosrow II à reprendre son trône. Les ambassadeurs des deux cours voyageaient sous escorte, défrayés et exemptés de douane, mais on les tenait à l’écart des administrations pour qu’ils ne recueillent pas de renseignements. John Bagnell Bury voyait dans ces échanges l’origine des formes de la diplomatie européenne, formule qui paraît excessive, parce qu’elle généralise à partir du face-à-face de deux empires qui se tenaient pour égaux, quand Constantinople refusait précisément cette égalité à presque tous ses autres voisins.

Les négociateurs avaient un visage. Kaldellis reproche à Luttwak de répéter qu’il n’existait à Byzance ni diplomates de métier ni ministre des Affaires étrangères, et lui oppose Pierre le Patrice, maître des offices de Justinien pendant de longues années, plus diplomate et plus ministre, écrit-il, que bien des professionnels modernes. Des extraits de son œuvre survivent dans le Livre des cérémonies, aux chapitres 93 à 104 du premier livre, que Denis Feissel a édités pour l’édition dirigée par Gilbert Dagron et Bernard Flusin, parue en 2020.

L’Empire contre lui-même

Le mot byzantin a longtemps désigné autre chose qu’une période. Le volume collectif dirigé en 2003 par Marie-France Auzépy, Byzance en Europe, suit au XVIIIᵉ siècle le renversement du signe byzantin, stigmatisé par les libres penseurs, Montesquieu et Voltaire en tête, avant que les écrivains de la contre-révolution ne s’en emparent à leur tour. L’empire des intrigues de palais et des ambassadeurs bernés vient de là, et la Relatio, qui peint les Grecs menteurs, rusés et avides, lui fournissait des couleurs toutes prêtes.

En 2009, Edward Luttwak, spécialiste de la stratégie, a retourné le cliché. Dans The Grand Strategy of the Byzantine Empire, l’empire aurait survécu près de mille ans de plus que la partie occidentale en comptant sur les alliés, la diplomatie et l’endiguement de ses ennemis plutôt que sur la force brute ; idéalement, résume Kaldellis, on payait les barbares pour qu’ils s’en aillent ou qu’ils en attaquent d’autres. Luttwak en tirait un « code opérationnel », et la même année, dans la revue Foreign Policy, sept leçons à l’usage des États-Unis. La ruse condamnée par les Lumières devenait une sagesse d’État, et le jugement de valeur changeait simplement de signe.

Le camp de Luttwak a pourtant pour lui des textes byzantins. Kaldellis, son critique le plus sévère, admet que la préférence pour la persuasion et la cooptation est bien établie, et ajoute que le De administrando imperio aurait fourni à Luttwak de meilleurs arguments que ceux qu’il a retenus. Les Taktika de Léon VI, qui reprennent bien des passages de traités antérieurs, s’achèvent sur un recueil de 221 sentences qui va dans le même sens. Dans la traduction de George Dennis, il juge plus sûr de vaincre par le calcul et la conduite de la guerre que par la force et les hasards du combat face à face, recommande de nuire à l’ennemi par la ruse, les raids et la faim, et déconseille la bataille rangée, où le succès tient d’ordinaire à la chance plus qu’au courage éprouvé.

L’objection porte ailleurs. Dans le compte rendu qu’il a donné en 2010 à la Bryn Mawr Classical Review, Kaldellis reproche à Luttwak de travailler sur traductions et d’ignorer que les Byzantins ont mené à peu près autant de guerres civiles que de guerres étrangères, d’après le décompte de Warren Treadgold, si bien que leur commandement et leur stratégie visaient d’abord les menaces intérieures. Il rappelle aussi que la reconquête orientale a produit des généraux qui préféraient la guerre, Jean Kourkouas, Nicéphore Phocas, Jean Tzimiskès, et la Relatio montre le deuxième à l’œuvre. Drocourt ne sépare plus les deux registres. La diplomatie est pour lui l’une des armes de la politique extérieure au même titre que la guerre ; des militaires assistent aux réceptions d’ambassadeurs et conduisent eux-mêmes des missions, des traités se concluent sous la tente de l’empereur en campagne, et trois stratégies dominent, susciter des ennemis dans le dos de l’adversaire, diviser pour régner et éviter la guerre sur deux fronts.

La chronique russe offre un cas limite. Le Récit des temps passés célèbre l’expédition d’Oleg contre Constantinople, au début du Xᵉ siècle, comme une grande victoire, suivie du traité de 911. Aleksandr Romensky a proposé en 2021 d’y voir l’entrée d’Oleg au service de l’empire, peut-être accompagnée d’une démonstration de force, à un moment où Byzance avait besoin de renforts contre les Arabes ; des troupes rus’ servaient déjà dans la flotte en 906, quand le logothète Himérios battit les musulmans, et le traité de 911 aurait consolidé ce partenariat. La chronique a été compilée bien après les faits, et rien ne permet de trancher entre la guerre et l’embauche, ce qui est peut-être le fond du problème. En 1963, Dimitri Obolensky écrivait que la diplomatie byzantine attendait encore son historien, et Alexander Kazhdan jugeait le constat toujours valable en 1992 ; Martin Vučetić estime, dans le compte rendu qu’il a donné en 2025 de la synthèse de Drocourt, qu’elle l’a trouvé pour la période médio-byzantine.

Magnaure

La mise en scène, elle, est connue par un invité. Au chapitre 5 du livre VI de l’Antapodosis, Liutprand décrit l’audience que Constan​tin VII lui accorda en 949 dans la Magnaure, salle de réception du Grand Palais. Devant le trône se dressait un arbre de bronze doré dont les oiseaux, de bronze doré eux aussi, chantaient chacun selon son espèce, pendant que des lions frappaient le sol de leur queue et rugissaient. Soutenu par deux eunuques, l’envoyé se prosterne trois fois ; quand il relève la tête, l’empereur, qu’il venait de voir assis à hauteur modérée, siège près du plafond, dans un autre vêtement, et Liutprand imagine une machine semblable à celles qui soulèvent les poutres d’un pressoir. Il assure n’avoir éprouvé ni crainte ni étonnement. Le texte est conservé par un manuscrit composite de 198 feuillets de parchemin, Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 6388, dont le cahier de l’Antapodosis a été copié en Italie du Nord, peut-être dans un atelier proche de Liutprand, et qui resta à la bibliothèque de la cathédrale de Freising jusqu’en 1803. Paolo Chiesa a soutenu en 1994 que la main contemporaine qui corrige ce cahier est celle de l’auteur, et l’œuvre, au sixième livre resté court, n’a sans doute jamais été achevée.

Le spectacle circulait d’une cour à l’autre. En juin 917, des ambassadeurs byzantins reçus par le calife al-Muqtadir traversèrent vingt-quatre salles avant de découvrir, dans la salle de l’Arbre, des oiseaux d’argent qui sifflaient sur un arbre d’argent, selon le récit qu’en donne au XIᵉ siècle al-Khatîb al-Baghdâdî, et Ivo Wolsing suppose que ces récits d’ambassadeurs ont nourri la réforme du cérémonial voulue par Constan​tin VII, tout en rappelant que des automates existaient à Constantinople au moins depuis Léon VI. Le geste demandé au visiteur était gradué. Le Livre des cérémonies distingue, relevait Gilbert Dagron en 1994, la prosternation face contre terre, la génuflexion et le simple salut de la tête, choisis selon que l’on est étranger ou Romain, laïc ou clerc, et selon le jour, puisqu’on évite en principe de se prosterner devant l’empereur le dimanche. Drocourt ajoute que ce faste visait aussi les sujets qui y assistaient.

Le même livre consigne, au chapitre 15 du livre II, deux réceptions d’Olga, princesse de la Rus’, un mercredi 9 septembre et un dimanche 18 octobre, avec une suite de vingt puis vingt-deux envoyés, quarante-trois puis quarante-quatre marchands, six puis seize dames. L’année manque. Sous le règne personnel de Constan​tin VII, seules 946 et 957 font tomber ces quantièmes sur ces jours de la semaine, et les historiens se partagent, d’après la revue qu’en dressait Omeljan Pritsak en 1987, entre Gennadij Litavrin, qui plaçait les deux audiences en 946, Dimitri Obolensky, qui les plaçait en 957, et Pritsak lui-même, qui séparait les deux visites et faisait baptiser Olga à Constantinople en octobre 957. Le texte impérial ne dit rien du baptême.

Tout ce protocole tient à un seul manuscrit. Composé à l’initiative de Constan​tin VII, vers 954-959 peut-être, le recueil a été réédité et complété quelques décennies plus tard par un second compilateur, en qui l’on a reconnu Bas​ile le Parakoimomène, et le seul témoin complet utilisable, le Lipsiensis Rep. I 17, sorti du scriptorium impérial, semble de peu postérieur à cette refonte, résumait Dagron, un palimpseste repéré au XXᵉ siècle restant très difficile à exploiter. Le codex de Leipzig n’a trouvé ses éditeurs qu’après son entrée dans la bibliothèque de Zacharias Conrad von Uffenbach (1683-1734), d’abord Johann Heinrich Leich, puis Johann Jacob Reiske, arabisant de vocation et ami de Lessing, dont le texte et le commentaire fournissent encore leur base au volume de la collection de Bonn.

Pour aller plus loin

L’article sur le redressement des Comnènes suit au XIIᵉ siècle l’autre versant de cette politique, les titres et les privilèges accordés à Venise en échange de sa flotte. Celui sur le sacre de Charlemagne raconte comment Constantinople finit par reconnaître, en 812, le titre impérial d’un roi franc, et la formation de la Rus’ de Kiev, entre Varègues et Slaves, éclaire le monde des marchands d’Olga.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Liutprand de Crémone, Relatio de legatione Constantinopolitana (968-969) : arrivée le 4 juin 968 devant la porte Carienne, demeure de marbre sans eau, titre de rex donné à Otton par Léon, curopalate et logothète, le 6 juin, audience de Pentecôte le 7 juin, réponse sur la fille porphyrogénète et sur Christophe « not born in the purple », préséance de l’envoyé bulgare, parc aux ânes sauvages, somme confiée au commandant de l’armée envoyée en Italie, quarante Hongrois pris pour garde, lettre de Jean XIII arrivée le 15 août, entrevue du 17 septembre avec le patrice Christophe, menace de soulever les nations par l’or, confiscation de cinq pourpres marquées ou reprises, opposition entre Constan​tin VII et Nicéphore II (chap. 55 d’après Shchavelev 2019), disette, trois pièces d’or pour un repas, cuisinier et interprète, départ le 2 octobre après cent vingt jours, vers écrits sur le mur ; aucun manuscrit conservé, éd. princeps Henricus Canisius, 1600 (d’après Andrée 2020) ; trad. Ernest F. Henderson, Select Historical Documents of the Middle Ages, Londres, George Bell, 1910, p. 440-477
  2. Liutprand de Crémone, Antapodosis, VI, 5 : audience de 949 dans la Magnaure, arbre et oiseaux de bronze doré, lions, appui de deux eunuques, triple prosternation, empereur élevé près du plafond, machine comparée à celle d’un pressoir, éd. Joseph Becker, Hanovre et Leipzig, 1915, trad. Cyril Mango, The Art of the Byzantine Empire, p. 209-210 Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 6388 (anc. Cim. 321), manuscrit composite, 198 feuillets de parchemin, Xᵉ siècle, cahier de l’Antapodosis copié en Italie du Nord, cathédrale de Freising jusqu’en 1803
  3. Constan​tin VII Porphyrogénète, De administrando imperio (« À son propre fils Romain »), chap. 1 (paix avec les Petchénègues, agent annuel et présents, otages et agent gardés à Constantinople sous le ministre compétent), 2 (bœufs, chevaux et moutons achetés par les Rus’, ni guerre ni commerce sans paix avec les Petchénègues), 4 (ni Rus’ ni Turcs ne peuvent attaquer ni extorquer), 7 (agents impériaux envoyés de Cherson en Patzinacie), 9 (monoxyles, Kiev, Vitičev, seuils Essoupi et Neasit, portage de six milles, gué de Vrar, Selina), 13 (demandes des nations, mariage refusé sauf aux Francs, Romain Lécapène), éd. Gyula Moravcsik, trad. R. J. H. Jenkins, nouv. éd. revue, Washington, Dumbarton Oaks, 1967, p. 49-51 et 57-63 pour les chap. 1, 2 et 9 Paris, Bibliothèque nationale de France, grec 2009, parchemin, 211 feuillets, copié entre 1059 et 1073 par Michel Roizaitès pour le césar Jean Doukas selon Shchavelev 2019
Voir les 48 sources restantesMasquer les autres sources

Sources primaires (suite)

  1. Constan​tin VII Porphyrogénète, Livre des cérémonies, II, 15 (réceptions d’Olga, mercredi 9 septembre et dimanche 18 octobre, suite de 20 puis 22 envoyés, 43 puis 44 marchands, 6 puis 16 dames, éd. J. J. Reiske, Bonn, 1829, p. 594-598, d’après Pritsak 1987) et I, 93-104 (extraits de Pierre le Patrice, éd. Denis Feissel dans Dagron et Flusin 2020, t. II) Leipzig, Universitätsbibliothek, Rep. I 17
  2. Otton II, charte de dot pour Théophano, Rome, 14 avril 972, parchemin teint en pourpre, écriture d’or, 144,5 × 39,5 cm, surface imitant une soierie byzantine à médaillons d’animaux combattants, bordure supérieure à médaillons, bustes et motifs zoomorphes, éd. MGH, Diplomata Ottonis II, n° 21 Wolfenbüttel, Niedersächsisches Landesarchiv – Standort Wolfenbüttel, 6 Urk. 11
  3. Léon VI, Taktika, épilogue de 221 sentences : vaincre par le calcul plutôt que par le combat face à face, nuire par la ruse, les raids et la faim, ne jamais se laisser entraîner dans une bataille rangée, succès affaire de chance plus que de courage, trad. George T. Dennis, The Taktika of Leo VI. Text, Translation and Commentary, Washington, Dumbarton Oaks, 2010, d’après Medievalists.net
  4. Ménandre le Protecteur, Histoire, fragments sur la paix de cinquante ans (562) et sur l’arrêt du paiement par Justin II, éd. et trad. R. C. Blockley, The History of Menander the Guardsman, Trowbridge, 1985, d’après Shahbazi 1990
  5. Récit des temps passés (Povest’ vremennykh let), expédition d’Oleg contre Constantinople présentée comme une grande victoire et traité de 911, d’après Romensky 2021
  6. Al-Khatîb al-Baghdâdî, récit de l’ambassade byzantine de juin 917 auprès d’al-Muqtadir (vingt-quatre salles, salle de l’Arbre, oiseaux d’argent sur un arbre d’argent), trad. Jacob Lassner, The Topography of Baghdad in the Early Middle Ages, Detroit, Wayne State University Press, 1970, p. 88, d’après Wolsing 2023

Bibliographie

  1. Nicolas Drocourt, L’autre Empire du Milieu. La diplomatie byzantine (VIIᵉ-XIIᵉ siècles), préface de Jean-Claude Cheynet, Rennes, 2023, 307 p., coll. « Histoire », ISBN 978-2-7535-8861-5, notamment chap. III (p. 85-128), V (p. 177-216), VI (p. 217-253) et conclusion (p. 255-264), consulté par le compte rendu de Vučetić 2025 Presses universitaires de Rennes
  2. Nicolas Drocourt, Diplomatie sur le Bosphore. Les ambassadeurs étrangers dans l’Empire byzantin des années 640 à 1204, Louvain, 2015, 2 vol., LXVI-781 p., Mémoires de l’APHAO 11, ISBN 978-90-429-3292-0 Peeters
  3. Edward N. Luttwak, The Grand Strategy of the Byzantine Empire, Cambridge (Mass.) et Londres, 2009, xi-498 p., ISBN 9780674035195 Belknap Press of Harvard University Press
  4. Warren Treadgold, « Byzantium, the Reluctant Warrior », dans Niall Christie et Maya Yazigi (dir.), Noble Ideals and Bloody Realities : Warfare in the Middle Ages, Leyde, 2006, p. 209-233, History of Warfare 37, cité d’après Kaldellis 2010 Brill
  5. Dimitri Obolensky, « The principles and methods of Byzantine diplomacy », Actes du XIIᵉ Congrès international des études byzantines, I, Belgrade, 1963, p. 45-63, cité d’après Vučetić 2025 Comité yougoslave des études byzantines
  6. Alexander Kazhdan, « The notion of Byzantine diplomacy », dans Jonathan Shepard et Simon Franklin (dir.), Byzantine Diplomacy, Aldershot et Brookfield, 1992, p. 3-21, cité d’après Vučetić 2025 Society for the Promotion of Byzantine Studies, Publications 1
  7. Aleksey S. Shchavelev, « On One Byzantine Rhetorical Gambit to Disavow Diplomatic Precedent (Const. Porph. DAI 13 145–194 & Liud. Relatio 55) », Vestnik Volgogradskogo gosudarstvennogo universiteta, série 4, 24 (6), 2019, p. 129-138, DOI 10,15688/jvolsu4,2019,6.11 Université d’État de Volgogradhttps://doi.org/10.15688/jvolsu4.2019.6.11
  8. Aleksey S. Shchavelev, « Treatise “De Administrando Imperio” by Emperor Constantine VII Porphyrogenitus : Date of the Paris. gr. 2009 Copy, Years of Compiling of the Original Codex, and a Hypothesis about the Number of Authors », Studia Ceranea 9, 2019, p. 681-704, DOI 10,18778/2084-140X.09,33 Wydawnictwo Uniwersytetu Łódzkiegohttps://doi.org/10.18778/2084-140X.09.33
  9. Alexander Andrée, « Of dogs and men : a note on Liudprand’s Greek (Rel. 1, 21–23) », Byzantine and Modern Greek Studies 44 (2), 2020, p. 319-323, DOI 10,1017/byz.2020,9 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/byz.2020.9
  10. François Bougard (présentation, traduction et commentaire), Liudprand de Crémone, Œuvres, Paris, 2015, 645 p., Sources d’histoire médiévale 41, ISBN 978-2-271-08340-1 CNRS Éditions
  11. Paolo Chiesa (éd.), Liudprandi Cremonensis Opera omnia, Turnhout, 1998, Corpus Christianorum, Continuatio Mediaevalis 156 Brepols
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Sources en ligne

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  20. Table des matières de Constan​tin VII Porphyrogénète, Le Livre des cérémonies, t. I, éd. Dagron et Flusin, 2020 (« Pierre le Patrice (I, 93-104) », « Les extraits de Pierre le Patrice dans le De cerimoniis, par D. Feissel ») Obálky knihhttps://obalkyknih.cz/file/toc/566145/pdf
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