Un surnom absent de ses diplômes
Les actes scellés au nom d’Otton en février 962 le désignent comme empereur très invaincu, ou comme roi sérénissime dans la vingt-septième année de son règne et la première de son empire (MGH, DD O I 235 et 236). Aucun ne l’appelle grand. Le mot magnus apparaît dans une notice du nécrologe de Mersebourg, dont la rédaction peut être postérieure aux faits qu’elle commémore, puis au XIIᵉ siècle chez l’évêque Otton de Freising, qui l’accole au nom du souverain (Chronica, VI, 24). La forme française retenue ici est Otton, de préférence à Othon, parce que cette seconde graphie désigne d’abord pour le lecteur français l’empereur romain de l’année 69 et brouille les index.
Sa naissance se place en 912, à Wallhausen selon la Neue Deutsche Biographie. Le jour varie d’un répertoire à l’autre, 22 novembre chez Gerd Althoff en 1999, 28 novembre dans l’Allgemeine Deutsche Biographie de 1887, et 23 novembre dans la plupart des manuels, sans qu’aucune de ces notices cite le document dont elle le tire. Otton est le fils aîné d’Henri, duc des Saxons élu roi en 919, et de sa seconde épouse Mathilde. Sa jeunesse ne laisse aucune trace avant 929, année où un acte de son père, la « règle de maison » des historiens allemands, le désigne comme successeur unique à la royauté (MGH, DD H I 20). La même année ou la suivante, il épouse Édith, fille du roi anglo-saxon Édouard l’Ancien, qui reçoit Magdebourg en douaire. Il a aussi, d’une femme slave dont aucune source ne donne le nom, un fils, Guillaume, archevêque de Mayence de 954 à sa mort en 968.
Henri meurt le 2 juillet 936. Au début d’août, à Aix-la-Chapelle, les grands élisent Otton, l’archevêque Hildebert de Mayence le sacre et le couronne, et quatre ducs le servent au banquet, selon le récit que Widukind de Corvey en donne une trentaine d’années plus tard (Res gestae Saxonicae, II, 1-3). De 937 à 941, le royaume connaît une suite de soulèvements. Le demi-frère d’Otton, Thankmar, est tué à l’Eresbourg en 938 ; les ducs Eberhard de Franconie et Giselbert de Lotharingie périssent en 939 près d’Andernach, dans un combat où le roi n’est pas présent ; son frère cadet Henri, gracié à Noël 941 à Francfort, reçoit ensuite le duché de Bavière. Édith meurt en 946 et on l’enterre à Magdebourg.
En 951, Otton passe les Alpes, prend en octobre le titre de roi des Lombards et épouse Adélaïde, fille du roi Rodolphe II de Bourgogne et veuve du roi d’Italie Lothaire. Son fils Liudolf et son gendre Conrad le Roux se soulèvent en 953, et la révolte ne s’éteint qu’avec l’invasion hongroise. Le 10 août 955, l’armée royale détruit sur le Lech, près d’Augsbourg, l’armée hongroise qui assiège la ville, et Conrad tombe dans la bataille. Le 16 octobre suivant, le roi bat les princes slaves de l’Elbe sur la Recknitz.
En mai 961, son fils Otton, né du second mariage, est élu roi à Worms puis couronné à Aix-la-Chapelle. Le 2 février 962, à Rome, le pape Jean XII oint et couronne Otton empereur ; le 13, l’empereur délivre au pape un privilège qui confirme les donations carolingiennes à l’Église romaine. La rupture vient vite, et un synode réuni par l’empereur dépose Jean XII à la fin de 963. Otton reste en Italie presque sans interruption jusqu’en 972. Il fait couronner son fils coempereur en 967, obtient en 968 la création de l’archevêché de Magdebourg, confié à Adalbert, et marie son fils en 972 à Théophano, nièce de l’empereur byzantin Jean Tzimiskès, que le pape Jean XIII couronne à Rome. Rentré en Saxe, il célèbre Pâques 973 à Quedlinbourg devant des ambassades venues de plusieurs pays, puis meurt à Memleben le 7 mai. On l’inhume dans la cathédrale de Magdebourg, près d’Édith.
Les documents cessent de suffire sur un point précis. Presque toute la narration du règne vient d’auteurs qui écrivent après 965 pour des maisons liées à la dynastie, et les actes de chancellerie, rédigés par des clercs, ne disent jamais quelle part le souverain prenait aux décisions données en son nom.
Il faut maintenant prendre ces auteurs un par un, Widukind à Corvey, Liutprand à Crémone, Adalbert à Wissembourg, Thietmar à Mersebourg, relire avec eux le sacre d’Aix, l’acclamation du Lechfeld et le privilège de 962, puis suivre le mot magnus depuis les nécrologes jusqu’à la couronne conservée à Vienne.





.jpg?width=500)
