Cent quatre-vingt-treize tombes d’un côté, cent quatre-vingt-dix hectares de l’autre. Le premier chiffre est le total des sépultures que le comte Giovanni Gozzadini a fait dégager entre 1853 et 1855 dans une de ses terres, à l’est de Bologne. Le second mesure le plateau de tuf de Véies, au nord de Rome, où des groupes de villages se partagent l’espace dès le IXᵉ siècle avant notre ère. La culture villanovienne tient son nom du petit cimetière de la plaine du Pô, alors que la plupart de ses grands sites, Véies, Tarquinia, Vulci ou Cerveteri, s’égrènent le long de la côte tyrrhénienne, entre l’Arno et le Tibre, là où s’élèveront plus tard les cités étrusques.
Le podere Camposanto
En mai 1853, une trouvaille fortuite pousse Gozzadini à fouiller le podere Camposanto, une exploitation agricole située derrière l’église Santa Maria di Caselle, entre Castenaso et San Lazzaro. La première campagne livre 122 tombes. Il les publie dès l’année suivante sous un titre qui annonce son interprétation, Di un sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna, puis ajoute en 1856 les soixante et onze tombes de la campagne de 1855.
Le nom de Villanova désigne la villa du comte plus que le lieu précis de la fouille. Le comte l’emprunte à sa villa de Villanova di Castenaso, et les sources locales avancent deux raisons qui ne s’excluent pas. Une localisation floue décourageait les pilleurs ; elle permettait aussi d’esquiver la juridiction du prieur de San Lazzaro, qui, apprenant qu’on sortait des « trésors » de terre, fit intervenir les gendarmes pour bloquer le transport des objets vers la villa et dénonça le comte aux autorités pontificales, faute de l’autorisation de fouille exigée depuis l’édit du cardinal Pacca de 1820.
La fouille est aussi l’affaire de Maria Teresa Serego Alighieri, dite Nina, descendante directe de Dante, qui suit le chantier, dessine les tombes et recolle les objets brisés.
La rapidité a eu un prix. Le Dizionario Biografico degli Italiani note que la céramique a été traitée avec soin, mais que les mobiliers funéraires ont été mélangés et que la fouille n’a laissé aucun plan général. Pour le site éponyme lui-même, une partie des associations d’objets, celles qui permettent de dater une tombe par ce qu’elle contient, est donc perdue. Gozzadini a pourtant gagné la bataille qui comptait pour lui, puisque sa thèse d’une continuité ethnique étrusque entre Villanova, Marzabotto et la nécropole bolognaise de la Certosa, longtemps combattue par ses collègues de Bologne, a fini par convaincre, après que les traductions françaises de ses publications, parues en 1870 et 1871, eurent été distribuées aux membres d’un congrès international d’archéologie préhistorique réuni dans sa ville.
Un peuple de Villanoviens n’a jamais existé
La phrase est de Gilda Bartoloni, dans la notice qu’elle consacre au sujet en 1997 pour l’Enciclopedia dell’Arte Antica. Le mot « villanovien » y désigne un ensemble d’usages et de productions matérielles propres à la région qui sera historiquement étrusque. Il a longtemps servi à opposer des « Villanoviens » à des « Étrusques », ou à étiqueter comme villanovien n’importe quel cimetière à crémation. Bartoloni en tire la conclusion inverse. S’il existait en Étrurie au IXᵉ siècle une population définie, il est logique de tenir le villanovien pour une expression culturelle étrusque.
Le rite qui a fait reconnaître cette culture est sobre. Le mort est brûlé, ses os sont recueillis dans un vase biconique, deux troncs de cône soudés par la base, façonné à la main dans une argile grossière et fermé par une écuelle ou parfois par un casque. Le vase descend dans un pozzetto, une fosse cylindrique creusée dans le sol vierge, que les communautés d’Étrurie méridionale protègent souvent d’un coffre de tuf. Certains défunts reçoivent à la place une urne en forme de cabane, maquette en terre cuite d’une maison avec son toit et sa porte. Vetulonia en a livré plus de cinquante. Dès le début, pourtant, le rite admet des exceptions, et à Cerveteri, dans la nécropole du Sorbo, inhumation et crémation coexistent.
La carte déborde largement l’Étrurie proprement dite. Bartoloni distingue un Villanovien émilien autour de Bologne, un Villanovien romagnol centré sur Verucchio, un îlot isolé à Fermo, dans les Marches, qui compte plus de deux cents tombes et s’interrompt au cours du VIIIᵉ siècle, et un Villanovien de la région de Salerne, de Pontecagnano aux abords de Paestum, relié à un autre foyer, Sala Consilina, dans le Vallo di Diano. Comment ce modèle a-t-il voyagé jusqu’en Campanie ? Les spécialistes hésitent entre une colonisation par de petits groupes venus des cités d’Étrurie et des relations commerciales et politiques sans déplacement notable de population. Pline l’Ancien affirme, au livre III de l’Histoire naturelle (III, 70), que la bande de terre comprise entre la péninsule de Sorrente et le fleuve Silaris appartint aux Étrusques, sans que l’on sache à quelle époque rattacher la notice.
Véies, Vulci, Tarquinia
Au début de l’âge du fer, le peuplement de l’Étrurie change de forme. Les petits villages perchés sur des hauteurs d’accès difficile, choisis pour se défendre, cèdent la place à des hameaux rapprochés sur de vastes plateaux, 180 hectares à Vulci, 190 à Véies, des lieux déjà fréquentés mais jusque-là sans prééminence. Ces plateaux se trouvent à portée d’un point d’accostage, sur la mer, un fleuve ou un lac, tout en restant en général à quatre ou cinq kilomètres au moins du rivage et des lagunes, sur des terres labourables et bien drainées. Chaque village possède sa nécropole sur une colline voisine. À Véies, celle de Grotta Gramiccia compte 799 tombes, celle de Casal del Fosso 299, et celle de Quattro Fontanili, fouillée systématiquement dans les années 1960 et 1970 puis publiée en entier, sert de référence pour découper en phases l’âge du fer véien.
Des maisons, on sait peu de chose, la plupart des habitats n’ayant été repérés qu’en surface. Selon la notice de Bartoloni parue en 1997, le seul village villanovien étudié sur une certaine étendue se trouvait alors à Tarquinia, au lieu-dit Calvario, sous la future nécropole des Monterozzi. Les fouilles de la fondation Lerici y ont reconnu au moins vingt-cinq fonds de cabanes sur une bande de 200 mètres sur 100, de plan ovale, rectangulaire allongé ou carré. Les murs étaient faits de branchages tressés enduits d’argile, le toit couvert de chaume avec deux ouvertures pour la fumée du foyer, et c’est aux urnes-cabanes que l’on doit l’essentiel de ce que l’on restitue des élévations. Au Gran Carro, village de la rive orientale du lac de Bolsena, les analyses de restes végétaux indiqueraient une vigne cultivée dès le IXᵉ siècle, ce qui fragilise l’idée d’une viticulture introduite plus tard par les Grecs.
Les tombes de la première phase, entre 900 et 820 environ selon la chronologie conventionnelle, posent l’énigme la plus discutée du sujet. À Quattro Fontanili, les os brûlés sont recueillis exclusivement dans des biconiques à couvercle de terre cuite, avec au plus un objet de parure à l’intérieur. Les mobiliers ne laissent voir aucune différence de richesse. On distingue les hommes des femmes, et quelques hommes seulement portent un casque ou une arme qui les désigne comme guerriers. Deux lectures s’opposent. Selon la première, ces cimetières reflètent une société réellement égalitaire. Selon la seconde, une idéologie funéraire très enracinée imposait l’égalité devant la mort à des individus qui ne l’étaient pas de leur vivant. Bartoloni penche pour la seconde et avance un argument qui dépasse les tombes : le regroupement de communautés entières sur les plateaux suppose des instances politiques capables d’imposer leurs décisions à chaque village. L’argument semble le plus solide des deux, parce qu’il vient de l’habitat, une source que le rite funéraire ne filtre pas. Deux ou trois générations plus tard, entre 820 et 770 environ, le tableau change franchement. Les mobiliers s’enrichissent, l’inhumation apparaît à côté de la crémation, des tombes monumentales et des objets de prestige signalent des individus et des familles, et à Quattro Fontanili les sépultures se regroupent par secteurs que l’on interprète comme des noyaux familiaux. C’est dans cette phase que se concentre le plus grand nombre d’urnes-cabanes, associées à des mobiliers de rang.
Sur la société de la première phase, faute d’habitats fouillés à l’échelle des nécropoles, on ne sait pas trancher.
Deux défuntes dans une urne de Vulci
En 1958, dans la nécropole de Cavalupo, à Vulci, apparaît une tombe à crémation d’un luxe inhabituel pour l’époque. L’urne repose sur un support à l’intérieur d’un coffre de pierre monumental. Le mobilier comprend des parures, certaines en or, et plusieurs petits bronzes fabriqués en Sardaigne, dans le monde des nuraghes, que Bartoloni décrit comme une statuette de prêtre-pugiliste, un panier et un tabouret miniatures. La tombe est exposée au Museo nazionale etrusco di Villa Giulia, dont le guide la date de 850-825 avant notre ère, quand la notice de 1997 la plaçait à la toute fin du IXᵉ siècle. Avec la date du musée, elle tombe encore dans la première phase, celle des mobiliers réputés uniformes, ce qui complique l’image de cimetières sans hiérarchie.
Pendant des décennies, on y a vu la sépulture d’une seule femme, une Sarde de haut rang venue épouser un notable de Vulci, et Bartoloni reprend encore cette lecture en 1997. Le réexamen publié en 2008 par Maria Letizia Arancio, Anna Maria Moretti Sgubini et Enrico Pellegrini a changé la donnée de départ. L’urne contenait les cendres de deux personnes de sexe féminin, une adulte et une jeune fille, probablement apparentées. Sur l’origine sarde, les trois auteurs jugent qu’aucune réponse définitive n’est possible. Ils rappellent un fait plus général, qui résiste mieux que le récit du mariage : en Étrurie tyrrhénienne, les objets de fabrication sarde accompagnent en grande majorité des tombes de femmes, et à Populonia l’association est totale.
Cette tombe s’inscrit dans un réseau plus large. Les communautés installées au pied des gisements de métal, Populonia et Vetulonia, entretiennent des liens préférentiels avec la Sardaigne. À Tarquinia, la tombe 77 de Poggio Selciatello contenait un miroir d’inspiration égéenne ou chypriote, probablement fabriqué en Sardaigne, et le dépôt de Santa Marinella, sur la côte, une épée de type ibérique, dit de Huelva, sans doute arrivée par la même île. Bologne sert de relais vers l’Europe centrale ; sous le sol d’une cabane de la place San Francesco, un artisan a enfoui un stock de 14 800 pièces de bronze, accumulé surtout au VIIIᵉ siècle. Vers 770-760, des Grecs d’Eubée s’installent à Pithécusses, sur l’île d’Ischia, puis à Cumes vers 740-730. On a retrouvé à Pithécusses de l’hématite venue de l’île d’Elbe, et cet intérêt grec pour les métaux toscans ouvre la dernière phase villanovienne, qui cède la place à la culture dite orientalisante dans le dernier quart du VIIIᵉ siècle.
Hérodote contre Denys, et les généticiens
La question de l’origine précède l’archéologie de plus de deux millénaires. Hérodote raconte au livre I des Histoires (I, 94) qu’une famine frappa la Lydie sous le roi Atys et que la moitié du peuple partit avec son fils Tyrrhènos, s’établit chez les Ombriens et prit le nom de Tyrrhéniens. Denys d’Halicarnasse, dans les Antiquités romaines (I, 30), discute cette version et celle d’Hellanicos, qui faisait des Étrusques des Pélasges venus de Thessalie, avant de conclure à l’autochtonie. Dominique Briquel a consacré à ces doctrines antiques plusieurs volumes de l’École française de Rome, dont celui de 1991 sur la tradition lydienne et celui de 1993 sur Denys, en précisant qu’il y étudie des conceptions anciennes sans défendre de thèse moderne. Les Étrusques tenaient leur propre compte. D’après Varron, cité par Censorinus (De die natali, XVII, 5-6), leurs livres rituels assignaient au peuple étrusque une durée de dix siècles, ce qui place son point de départ vers le XIᵉ ou le Xᵉ siècle avant notre ère.
L’archéologie a d’abord nourri la thèse migratoire. Le caractère novateur du Villanovien et son rayonnement depuis les centres côtiers ont conduit certains chercheurs, dont Hugh Hencken, auteur en 1968 d’une étude en deux volumes sur les nécropoles de Tarquinia, à envisager l’arrivée d’un peuple nouveau par la mer. Bartoloni objecte que rien, dans la patrie supposée, ne ressemble aux formes villanoviennes, et que de nombreux traits relient le Villanovien à la culture de la fin de l’âge du bronze qui l’a précédé en Étrurie, dite protovillanovienne. Massimo Pallottino avait déplacé le problème dès 1947, dans L’origine degli Etruschi, en proposant de parler de formation plutôt que de provenance, comme on le fait pour la plupart des peuples.
En 2021, une équipe conduite par Cosimo Posth a publié dans Science Advances les génomes de 82 individus issus de douze sites d’Italie centrale et méridionale, entre 800 avant notre ère et l’an 1000 de notre ère. Les Étrusques de l’âge du fer portent une part d’ascendance liée aux steppes, arrivée dans la région à l’âge du bronze, ne montrent aucun mélange récent avec des populations anatoliennes et ressemblent génétiquement aux Latins voisins. Leur fonds génétique reste stable pendant au moins huit siècles. Le résultat pèse lourd contre une migration lydienne de masse.
Le camp adverse garde deux appuis sérieux. La série commence en 800, un siècle après le début conventionnel du Villanovien, et ne dit donc rien de la transition elle-même. Et la langue étrusque, étrangère à la famille indo-européenne, se maintient dans une population dont l’ascendance steppique est d’ordinaire associée à la diffusion des langues indo-européennes. David Caramelli, coauteur de l’étude, y voit une remise en cause de l’équation simple entre gènes et langues et évoque, à titre d’hypothèse, l’assimilation de premiers locuteurs italiques par la communauté de langue étrusque au cours du IIᵉ millénaire. Le communiqué de l’équipe qualifie lui-même cette persistance de phénomène encore inexpliqué, qui demandera d’autres enquêtes archéologiques, linguistiques et génétiques.
Une horloge décalée d’un demi-siècle
Toutes les dates données jusqu’ici suivent la chronologie conventionnelle, qui s’appuie largement sur les céramiques grecques trouvées en contexte et sur la date des fondations eubéennes. Bartoloni rappelle d’ailleurs que le début des nécropoles villanoviennes est placé au commencement du IXᵉ siècle par convention. En 1999-2000, Albert Nijboer, Johannes van der Plicht et leurs collègues ont publié cinq datations au radiocarbone d’une cabane de Fidènes, aux portes de Rome, et proposé de relever de 50 à 75 ans la transition entre deux phases de la culture latiale, celle du Latium ancien, voisine et contemporaine du Villanovien. Les dates obtenues par dendrochronologie, la lecture des cernes du bois, en Suisse et en Allemagne du Sud vont dans le même sens pour l’Europe centrale. En 2011, A. Fantalkin et ses coauteurs ont contesté dans la revue Radiocarbon presque tous les sites de la base de Groningue, et Hendrik Bruins, Nijboer et van der Plicht ont répondu dans le même volume qu’ils en rejetaient l’essentiel. Nous gardons ici les dates conventionnelles, parce que ce sont celles des publications de fouille sur lesquelles repose tout le reste, en sachant qu’elles pourraient vieillir d’un demi-siècle.
Aucun Villanovien n’a laissé d’écrit. L’écriture arrive en Étrurie avec les contacts grecs, et à Bologne les premières inscriptions en langue étrusque apparaissent au VIIᵉ siècle, à peu près en même temps que les plus anciennes de l’Étrurie proprement dite, sans rupture visible avec les phases villanoviennes du lieu. La langue que l’on parlait autour des biconiques de Quattro Fontanili vers 850 se déduit de cette continuité, et aucune fouille programmée ne pourra la confirmer, puisque les habitants des plateaux du IXᵉ siècle n’ont gravé aucun mot ni sur leurs vases ni sur leurs bronzes.
Pour aller plus loin
La suite de cette histoire passe par la période orientalisante, avec ses tombes princières du VIIᵉ siècle, et par Pithécusses, l’établissement eubéen d’Ischia, où les Eubéens travaillaient le minerai de l’île d’Elbe. Le monde des nuraghes, partenaire privilégié de l’Étrurie côtière, et la ville étrusque de Marzabotto, fouillée par le même Gozzadini à partir de 1862, prolongent le sujet.
On entend parfois qu’avant les Étrusques, l’Italie centrale était habitée par un autre peuple, les Villanoviens. Une archéologue italienne spécialiste du sujet le dit sans détour : ce peuple n’a jamais existé. Le mot désigne en réalité une façon de vivre et d’enterrer les morts. Elle apparaît au IXᵉ siècle avant notre ère, dans la région qui deviendra l’Étrurie, en Italie centrale, au bord de la mer Tyrrhénienne. Ceux qui la pratiquaient sont très probablement les premiers Étrusques eux-mêmes.
Un nom venu d’une ferme près de Bologne
En 1853, des tombes très anciennes sortent du sol d’une ferme, à l’est de Bologne. Elle appartient à un comte italien, Giovanni Gozzadini. Il en fait dégager près de deux cents. Le comte leur donne le nom de sa villa, Villanova, qui se trouve pourtant à quelque distance. Il voulait peut-être tromper les pilleurs.
Cette fouille a été menée vite. Les objets de plusieurs tombes ont été mélangés, et personne n’a dessiné le plan du cimetière. Gozzadini pensait déjà avoir trouvé des Étrusques. Ses collègues l’ont longtemps contredit, puis son idée a fini par s’imposer.
Sa femme, Nina, descendait directement du poète Dante. C’est elle qui dessinait les tombes et recollait les vases cassés.
Des morts brûlés et des maisons miniatures
Ces communautés brûlaient leurs morts. Les os étaient ensuite rangés dans un vase fait de deux cônes collés par la base. Ce vase était fermé par un bol, parfois par un casque, puis posé au fond d’un trou rond. Certains défunts avaient droit à un autre récipient, une petite maison en terre cuite avec son toit et sa porte. Ces modèles réduits sont les meilleures images des vraies maisons de l’époque.
Les vraies maisons, elles, sont mal connues. Elles avaient des murs de branches couverts d’argile et un toit de paille. Un village a été fouillé sur une grande surface, à Tarquinia, et on y a retrouvé les traces de nombreuses cabanes. Les hameaux se regroupaient sur de grands plateaux de roche volcanique. Celui de Véies, au nord de Rome, couvre 190 hectares.
Les tombes les plus anciennes se ressemblent presque toutes. Aucune ne paraît plus riche que sa voisine. Pour certains chercheurs, la société était vraiment égalitaire. Pour d’autres, elle affichait seulement l’égalité au moment des funérailles. Personne ne peut encore trancher, car les villages ont été bien moins fouillés que les cimetières.
La femme sarde qui était deux
Une tombe de cette époque fait pourtant exception. Elle a été découverte en 1958 à Vulci, près de la côte. Elle contenait des bijoux en or et de petits bronzes venus de Sardaigne.
Pendant longtemps, on a cru y voir une seule femme. Ce serait une Sarde de haut rang, venue se marier en Étrurie. Une étude plus récente a montré autre chose. L’urne contenait les cendres de deux personnes, une femme adulte et une enfant, sans doute parentes. Personne ne peut dire si elles venaient vraiment de Sardaigne.
Deux ou trois générations plus tard, les tombes riches se multiplient. Ces bronzes racontent aussi un commerce actif. Les villages de la côte échangeaient avec la Sardaigne, riche en métal. Plus tard, vers 770, des Grecs s’installent près de Naples. Ils viennent chercher le fer de l’île d’Elbe.
Venus d’ailleurs ou nés sur place ?
Déjà dans l’Antiquité, on se disputait sur l’origine des Étrusques. L’historien grec Hérodote les faisait venir d’Asie Mineure, chassés de chez eux par une famine. Plus tard, l’auteur grec Denys d’Halicarnasse les jugeait nés sur place.
En 2021, une équipe de généticiens a lu l’ADN de 82 personnes anciennes d’Italie. Les Étrusques de cette époque ressemblaient beaucoup à leurs voisins latins. Aucune trace d’une arrivée récente venue d’Asie Mineure n’apparaît.
Cette étude a pourtant deux limites. L’étude commence un siècle après l’apparition des premières tombes de ce type. Elle n’explique pas non plus la langue des Étrusques. Cette langue n’appartient pas à la famille dite indo-européenne. Or une partie de leurs ancêtres venait des steppes, et ces ancêtres-là sont d’ordinaire associés à la diffusion de cette famille de langues.
Les dates elles-mêmes restent discutées. Des chercheurs ont daté les restes d’une cabane grâce au carbone qu’ils contiennent. Selon eux, il faudrait vieillir toute la période d’un demi-siècle environ. D’autres spécialistes contestent ces mesures, et le désaccord dure encore.
Ces premiers Étrusques n’écrivaient pas. On peut voir la tombe des deux femmes de Vulci au musée national étrusque de la Villa Giulia, à Rome, avec son urne et ses petits bronzes sardes.
La version complète raconte comment un prieur fit envoyer les gendarmes contre le comte fouilleur, et détaille la querelle entre spécialistes du carbone 14 menée dans une revue scientifique en 2011.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Nécropole de Villanova, podere Camposanto près de Santa Maria di Caselle (Castenaso et San Lazzaro di Savena), 193 tombes fouillées en 1853 et 1855 par Giovanni Gozzadini Museo civico archeologico, Bologne
- Tombe des Bronzetti sardi, nécropole de Cavalupo, Vulci, fouillée en 1958, urne à crémation et bronzes nuragiques, 850-825 av. n. è. selon le musée Museo nazionale etrusco di Villa Giulia, Rome
- Nécropole de Quattro Fontanili, Véies, publication intégrale des fouilles, *Notizie degli Scavi di Antichità* 1963, p. 77-277, et 1970, p. 178-329 Accademia nazionale dei Lincei
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Sources primaires (suite)
- Tombe 77 de la nécropole de Poggio Selciatello, Tarquinia, miroir d’inspiration égéenne ou chypriote publiée dans Hencken 1968
- Hérodote, *Histoires*, I, 94 (migration lydienne sous Tyrrhènos)
- Denys d’Halicarnasse, *Antiquités romaines*, I, 30 (autochtonie des Étrusques)
- Censorinus, *De die natali*, XVII, 5-6 (Varron sur les dix siècles du *nomen* étrusque)
- Pline l’Ancien, *Histoire naturelle*, III, 70 (territoire étrusque entre Sorrente et le Silaris)
Bibliographie
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- Dominique Briquel, *Les Tyrrhènes, peuple des tours. L’autochtonie des Étrusques chez Denys d’Halicarnasse*, Collection de l’École française de Rome 178, Rome, 1993 École française de Rome
- Massimo Pallottino, *L’origine degli Etruschi*, Rome, 1947, X-193 p. Tumminelli
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- Cosimo Posth et al., « The origin and legacy of the Etruscans through a 2000-year archeogenomic time transect », *Science Advances* 7 (39), 2021, eabi7673, DOI 10,1126/sciadv.abi7673 American Association for the Advancement of Sciencehttps://doi.org/10.1126/sciadv.abi7673
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- A. Fantalkin et al., « Iron Age Mediterranean Chronology : A Rejoinder », *Radiocarbon* 53 (1), 2011 Cambridge University Press
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- Maria Letizia Arancio, Anna Maria Moretti Sgubini et Enrico Pellegrini, « Corredi funerari femminili di rango a Vulci nella prima età del ferro : il caso della Tomba dei Bronzetti sardi », dans *Preistoria e protostoria in Etruria. Atti dell’Ottavo Incontro di Studi*, 2008 Centro Studi di Preistoria e Archeologia
- Giovanni Gozzadini, *Di un sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna*, Bologne, 1854 ; *Intorno ad altre settantuna tombe del sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna*, Bologne, 1856 Società tipografica bolognese et ditta Sassi
Sources en ligne
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- « GOZZADINI, Giovanni », *Dizionario Biografico degli Italiani* Treccanihttps://www.treccani.it/enciclopedia/giovanni-gozzadini_(Dizionario-Biografico)/
- « L’italia preromana. I siti etruschi : Veio », *Il Mondo dell’Archeologia* Treccanihttps://www.treccani.it/enciclopedia/l-italia-preromana-i-siti-etruschi-veio_(Il-Mondo-dell'Archeologia)/
- « Giovanni Gozzadini e la scoperta della civiltà villanoviana » Bologna Online, Biblioteca Salaborsahttps://www.bibliotecasalaborsa.it/bolognaonline/cronologia-di-bologna/1853
- « Giovanni e Nina Gozzadini » Turismo in Pianura, Città metropolitana di Bolognahttps://turismoinpianura.cittametropolitana.bo.it/en/other/other/the-archaeologist-and-his-wife
- « Quattro Fontanili », La Galleria di Gerhard Schwarz nel Parco di Veio MOVIO, ministère italien de la Culturehttps://movio.beniculturali.it/mav/galleriadigerhardschwarz/it/44/quattro-fontanili
- « The origin and legacy of the Etruscans » (communiqué du Max Planck Institute for the Science of Human History) Phys.orghttps://phys.org/news/2021-09-legacy-etruscans.html
- « Dominique Briquel, L’origine lydienne des Étrusques. Histoire de la doctrine dans l’Antiquité », compte rendu Persée, *L’Antiquité classique*https://www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_1993_num_62_1_1176_t1_0557_0000_2
- « Giovanni Gozzadini e la scoperta del Villanoviano », exposition du MUV de Villanova di Castenaso, 2014-2015 Soprintendenza Archeologia dell’Emilia-Romagnahttps://muvcastenaso.it/altro/mostra/
- « Alla scoperta degli Etruschi al Museo Nazionale di Villa Giulia », audioguide du musée izi.TRAVELhttps://izi.travel/it/3246-alla-scoperta-degli-etruschi-al-museo-nazionale-di-villa-giulia/it


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