Le 12 mars, ou le 12 avril. Les deux grandes chroniques de Tombouctou ne datent pas du même mois la journée où l’armée de l’askia Ishaq II a été détruite à Tondibi, sur le Niger, au nord de Gao. Un mois d’écart sur la bataille la mieux documentée du Soudan occidental. Le désaccord est instructif. Il signale que ce dossier repose sur deux textes qui divergent, et dont l’un s’est révélé, voici dix ans, ne pas être ce qu’on croyait.
Un mois d’écart entre deux chroniques
Le Tarikh es-Soudan a été composé vers 1655 par Abderrahmane es-Sa’di, secrétaire de l’administration marocaine à Djenné puis, à partir de 1646, secrétaire en chef à Tombouctou. Son manuscrit, 201 feuillets, porte la cote Arabe 5256 au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France ; le registre d’entrée indique un don de « M. Dubois », le 30 décembre 1896. Octave Houdas en a donné le texte arabe puis la traduction française chez Ernest Leroux, en 1898 et 1900. C’est ce texte, et lui seul, qui date la bataille du 12 avril 1591. Lansiné Kaba l’a relevé en 1981 : le Tarikh el-Fettach, les sources marocaines et les sources espagnoles la placent toutes en mars.
L’autre texte complique davantage les choses. Publié en 1913 par Houdas et Maurice Delafosse sous le nom de Mahmoud Kâti, le Tarikh el-Fettach a longtemps passé pour une chronique du XVIIᵉ siècle plus ou moins interpolée. En 2015, Mauro Nobili et Mohamed Shahid Mathee ont établi que l’édition de 1913 fusionne deux ouvrages : une chronique du XVIIᵉ siècle due à Ibn al-Mukhtar, petit-fils de Kâti, et une réécriture composée vers 1820 par le lettré peul Nouh ben Tahir pour légitimer le califat de Hamdallahi et son fondateur Ahmad Lobbo. Le titre lui-même est du XIXᵉ siècle. Nobili a étendu la démonstration dans un livre de 2020. Chaque fois que ce texte est invoqué sur 1591, il faut donc savoir de laquelle des deux couches vient le passage.
Reste la source marocaine. Al-Ifrani, écrivant au début du XVIIIᵉ siècle, consacre à l’expédition plusieurs pages de son Nozhet-Elhâdi, traduit par Houdas en 1889. Il rapporte la lettre du sultan aux notables de Tombouctou et les instructions données au chef de l’expédition. Sur le jour exact de la bataille, on ne tranchera pas ici : mars 1591 est la datation la mieux appuyée, et le quantième reste ouvert entre le 12 et le 13.
Ce que Marrakech cherchait au sud du Sahara
Le 4 août 1578, à l’Oued el-Makhazine près d’Alcazarquivir, l’armée du roi Sébastien de Portugal est anéantie. Trois souverains meurent dans la journée. Ahmad al-Mansour hérite du trône, d’un immense butin et des rançons de la noblesse portugaise captive. Il lance aussitôt, en décembre 1578, le chantier du palais El Badi à Marrakech, achevé seulement en 1593 ou 1594. Les rançons s’épuisent, le sucre des raffineries du Sous ne suffit pas, et le sultan cherche des recettes.
Il cherche aussi un titre. Nabil Mouline et Stephen Cory ont montré, chacun de son côté, que la revendication califale d’al-Mansour, dirigée contre les Ottomans qui tenaient Alger et prétendaient au commandement des croyants, structure sa politique bien au-delà des questions de trésorerie. Un souverain qui se dit calife a besoin de terres à administrer en son nom.
Le sel fournit le prétexte. Les salines de Taghaza, dans l’extrême nord de l’actuel Mali, alimentaient la vallée du Niger et relevaient du Songhaï. Marrakech en réclame le revenu à l’askia Dawoud dans les années 1583-1584, occupe les oasis du Touat et du Gourara en 1583, et fait raser les installations vers 1585 ou 1586 ; les mineurs se replient vers Taoudeni, à cent cinquante kilomètres au sud-est, qui prend la place de Taghaza dans le commerce du sel. Vers 1589 ou 1590, la même demande est adressée à l’askia Ishaq II, qui la refuse. Un demi-siècle plus tôt, le Tarikh es-Soudan avait déjà enregistré une sommation du même ordre et la réponse cinglante d’Ishaq Iᵉʳ, suivie d’un raid songhaï sur le sud marocain.
Une précision de vocabulaire. L’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, est une découpe européenne : à Gao on compte par règnes d’askia, et 1591 ne se lit pas depuis 1492. La grille sert au lecteur, pas aux acteurs.
Côté songhaï, la maison régnante se déchire. L’askia Dawoud meurt en 1582 ou 1583, et la succession ouvre une décennie de coups de force. En 1588, le balma’a Mohammed Sadiq se soulève contre son frère Ishaq II ; la répression qui suit brouille durablement les rapports du souverain avec les cadis et les lettrés de Tombouctou. Al-Mansour, renseigné par des espions et par un transfuge arrivé à Marrakech en 1590, savait à quoi s’en tenir.
Huit mille chameaux, et des effectifs qu’on ne connaît pas
La colonne quitte Marrakech en octobre 1590 sous les ordres de Djouder, eunuque d’origine chrétienne élevé au palais, que les chroniques arabes nomment sans le voyeller. Une tradition andalouse en fait un enfant de Cuevas del Almanzora enlevé par des corsaires : l’identification est tardive et n’a pas la solidité des autres pièces du dossier. Le train de l’expédition comptait autour de huit mille chameaux. La troupe atteint le Niger à la fin de février 1591 après avoir détruit ce qui restait de Taghaza.
Les effectifs sont le point faible du dossier. Michael Gomez retient environ mille cinq cents cavaliers légers et deux mille cinq cents fantassins, moitié convertis, moitié émigrés du royaume de Grenade ; d’autres comptes descendent à trois mille hommes, d’autres montent à dix mille. Rémi Dewière décrit la composition de cette troupe : renégats, réfugiés andalous, soldats du Draa et de Fès. En face, John Thornton donne une fourchette de douze mille cinq cents à dix-huit mille cavaliers et de neuf mille sept cents à trente mille fantassins, selon la chronique consultée. Aucun état nominatif : ces chiffres sont des reconstitutions à partir de textes qui arrondissent.
La manœuvre songhaï est connue. Un millier de bœufs devaient être lâchés sur la ligne marocaine pour la rompre et couvrir l’infanterie ; le bruit des arquebuses et de l’artillerie a retourné le troupeau contre ses propres rangs. Le reste a duré peu. Ishaq II quitte le champ de bataille, abandonne Gao, puis propose cent mille pièces d’or et mille captifs pour obtenir le retrait des envahisseurs. Djouder transmet l’offre à Marrakech. Le sultan la refuse et le destitue au profit de Mahmoud ben Zergoun, qui prend le commandement à Tombouctou le 17 août 1591. Combien de morts à Tondibi ? On l’ignore, et rien ne permet de le savoir.
Ce que les arquebuses n’ont pas pu faire
Le récit standard s’arrête là : la poudre bat la lance, un empire tombe. Il faut lui accorder ce qu’il a de solide. À Tondibi, l’écart d’armement a été décisif en une matinée, la ruse des bœufs a échoué précisément à cause du bruit des armes à feu, et aucune contre-offensive n’a jamais repris Gao ni Tombouctou.
Les arquebuses n’ont pas donné le pays. Les Marocains se sont installés dans des garnisons permanentes, les qasba, le long du fleuve : Michel Abitbol en énumère treize, de Koukya et Gao jusqu’à Djenné, en passant par Bamba, Bourem, Kabara et Tendirma. Le reste leur échappe. Au sud, dans le Dendi, l’askia Nouh, fils de Dawoud, tiré de la prison où son frère l’avait jeté, relève un royaume avec cent cinquante hommes, puis deux cent cinquante. Il connaît les marécages et les gués. Il tue quatre-vingts des meilleurs fantassins du pacha, puis assiège en novembre 1593 le fort de Goulane, dont la garnison doit être exfiltrée par le fleuve. En mars 1595, Mahmoud ben Zergoun se fait tuer au sud-ouest de Hombori ; Maurice Delafosse rapporte que sa tête fut envoyée à Nouh, qui l’expédia au roi du Kebbi, lequel la fit planter sur une perche au marché de Liki.
Le renfort ne suivait pas. Chaque colonne devait traverser le désert. Lansiné Kaba a résumé le résultat : vers 1612, les mousquetaires du pachalik refusaient d’aller au combat contre les archers songhaï, les marécages du sud et leurs fièvres ayant fait plus de dégâts que les batailles. La conquête a duré une matinée ; la guerre a duré vingt ans et n’a pas été gagnée.
Sankoré, 20 octobre 1593
Tombouctou s’était rendue sans combattre. Une lettre d’al-Mansour aux cadis et aux notables demandait de ne pas s’opposer à l’entrée des troupes, et la ville, brouillée avec Ishaq II depuis la révolte de 1588, avait obtempéré. Les exactions de la garnison ont changé cela. Une attaque menée le 10 octobre 1591 par Yahya Ould Bordam avec des partisans et des Touaregs échoue ; une seconde, conduite par Abou Bekr, aussi.
Le pacha Ben Zergoun a alors convoqué la population à une cérémonie d’allégeance au sultan, dans la mosquée de Sankoré, le 20 octobre 1593. Portes et fenêtres fermées, ordre d’ouvrir le feu. Les arrestations ont suivi : le cadi Omar et sa famille, Ahmad Baba, quantité de lettrés, déportés vers le Maroc. Ahmad Baba se plaindra auprès d’al-Mansour de la destruction de sa bibliothèque, seize cents volumes, qu’il affirmait pourtant être l’une des plus petites de la ville. Son exil a duré quatorze ans, de 1593 à 1607. Il y a écrit, notamment, le Miʿrāj al-suʿūd, consultation juridique sur la condition des captifs soudanais, où il refuse la malédiction de Cham et soutient qu’un musulman ne peut être réduit en esclavage par un musulman.
Il faut se garder d’en conclure la mort intellectuelle de la ville. Les deux chroniques qui font toute notre connaissance de 1591 ont été écrites après la conquête, sous le régime issu de la conquête, par des hommes qui en vivaient. Es-Sa’di était fonctionnaire du pachalik. La bibliothèque tombouctienne a continué de copier, de commenter et de produire ; c’est le pouvoir des askia qui a disparu, pas l’écriture.
Le nom des tireurs
Marrakech s’est lassée vite. Dès 1612, les sultans saadiens cessent de nommer les pachas de Tombouctou ; en 1618, Moulay Zidan envoie les derniers renforts venus du Maroc, et plus rien après. Le pachalik continue tout seul, tenu par les descendants des soldats, jusqu’à l’occupation touarègue de 1737 puis l’hégémonie de l’empire peul du Macina en 1833.
Ces descendants ont gardé le nom de leur métier. Arma vient de l’arabe rumat, pluriel de rami, le tireur. Une catégorie militaire est devenue un groupe social de la boucle du Niger, avec ses charges, ses alliances et sa revendication d’ascendance andalouse. Les arquebuses de Tondibi se sont tues en une matinée de mars 1591. Le mot qui les désignait court encore.
Pour aller plus loin
Ce dossier croise la bataille de l’Oued el-Makhazine de 1578, qui a donné à Ahmad al-Mansour son trône et l’argent des premières années, et le commerce transsaharien du sel et de l’or, dont les itinéraires se déplacent au XVIIᵉ siècle sans disparaître. Il rejoint aussi l’histoire des manuscrits de Tombouctou, de leur dispersion coloniale à leur évacuation vers Bamako en 2012, et celle des morisques expulsés d’Espagne entre 1609 et 1614.
Une armée venue du Maroc a traversé le Sahara et détruit un grand empire africain en une matinée. La phrase est vraie, et elle laisse de côté presque tout ce qui compte. L’empire s’appelait le Songhaï, sa capitale était Gao, sur le fleuve Niger, et il tirait sa richesse du commerce entre l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb. La bataille a eu lieu en 1591, à Tondibi.
Ce qui s’est passé, et ce qu’on en sait
Deux chroniques écrites à Tombouctou racontent la journée. Elles ne donnent pas la même date : l’une place la bataille en avril, l’autre en mars, comme les sources marocaines et espagnoles. Un mois d’écart, jamais tranché de façon définitive.
Le manuscrit de la première se trouve à Paris, à la Bibliothèque nationale de France : deux cent une pages, entrées dans les collections en 1896, offertes par un particulier.
La seconde chronique a réservé une surprise. Publiée en 1913 sous le nom d’un auteur du XVIᵉ siècle, elle a été analysée à nouveau en 2015 : le livre imprimé mélange en réalité deux textes, une chronique ancienne et une réécriture faite vers 1820 pour servir un souverain de l’époque. Il faut donc savoir, à chaque page, de quelle couche vient l’information.
Pourquoi le sultan du Maroc a voulu ce pays
En 1578, le Maroc écrase une armée portugaise venue l’envahir. Le nouveau sultan hérite d’un trésor considérable, qu’il dépense en palais et en armée. Quand l’argent manque, il regarde vers le sud.
Le sud, c’est d’abord le sel. Des mines situées en plein désert alimentaient toute la vallée du Niger, et elles dépendaient du Songhaï. Le sultan en réclame les revenus, occupe des oasis sur la route, fait détruire les installations. Les mineurs se déplacent vers un autre gisement, plus proche de Tombouctou.
C’est ensuite l’or, qui remonte du sud par ces mêmes routes. C’est enfin une ambition politique : le sultan se voulait chef de tous les musulmans, face aux Ottomans qui tenaient déjà l’essentiel de l’Afrique du Nord. Un souverain qui revendique ce titre a besoin de terres à gouverner en son nom.
Du côté songhaï, la famille régnante se déchirait depuis dix ans. Un frère du souverain s’était soulevé en 1588. La répression avait fâché le pouvoir avec les lettrés de Tombouctou. Marrakech le savait, par ses espions.
Une matinée, puis vingt ans
La colonne part en octobre 1590 avec des milliers de chameaux et atteint le fleuve à la fin de février. Ses soldats viennent d’un peu partout : convertis européens, réfugiés d’Espagne, hommes du sud marocain.
Les effectifs sont mal connus. Selon les auteurs, l’armée d’invasion compte trois mille, quatre mille ou dix mille hommes. En face, les estimations vont de douze mille à trente mille combattants. Aucune liste nominative n’a été conservée.
Les Songhaï avaient prévu de lancer un millier de bœufs sur la ligne adverse pour la rompre. Le bruit des armes à feu a retourné le troupeau contre leurs propres rangs. Le souverain a quitté le champ de bataille, puis proposé une énorme somme en or et un millier de captifs pour obtenir le départ des envahisseurs. Le sultan a refusé.
La suite est moins nette. Les Marocains n’ont jamais tenu que des garnisons le long du fleuve, et les renforts devaient chaque fois traverser le désert. Au sud, un fils de l’ancien souverain a relevé un royaume avec cent cinquante hommes et harcelé les occupants pendant des années. En 1595, le chef marocain se fait tuer dans une région de falaises ; sa tête est envoyée à ses ennemis, puis plantée sur une perche au marché d’une ville voisine.
Tombouctou et la suite
Tombouctou s’était rendue sans combattre, puis s’était révoltée. En octobre 1593, le commandant marocain convoque la population dans une mosquée pour une cérémonie de soumission, fait fermer les portes et ouvrir le feu. Des dizaines de lettrés sont arrêtés et déportés au Maroc. L’un d’eux, le savant le plus réputé de la ville, y restera quatorze ans et se plaindra de la perte de sa bibliothèque de seize cents livres, qu’il disait être l’une des plus petites de Tombouctou.
La ville n’est pas morte pour autant. Les deux chroniques que nous lisons ont été écrites après la conquête, par des hommes qui travaillaient pour le nouveau régime.
Dès 1612, Marrakech cesse de nommer les gouverneurs. En 1618 arrive le dernier renfort. Les descendants des soldats restent sur place et forment un groupe social qui porte encore, des siècles plus tard, le nom de leur ancien métier : les tireurs.
Le détail des deux datations, la démonstration de 2015 sur la seconde chronique et l’état de la discussion sur les effectifs occupent l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Abderrahmane es-Sa’di, Taʾrīkh al-Sūdān, manuscrit arabe, 201 feuillets, entré par don le 30 décembre 1896 Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Arabe 5256 ; numérisé sur Gallica
- Tarikh es-Soudan, texte arabe édité par O. Houdas avec la collaboration d’Edm. Benoist, Paris, Ernest Leroux, 1898, puis traduction française par O. Houdas, Paris, Ernest Leroux, 1900, XIX-540 p. récit de la campagne de 1591, offre de paix de l’askia Ishaq II, sommation marocaine de 1544 et réponse d’Ishaq Iᵉʳ
- Mahmoud Kâti et Ibn al-Mukhtar, Tarikh el-Fettach ou Chronique du chercheur, texte arabe et traduction française par O. Houdas et M. Delafosse, Paris, Ernest Leroux, 1913 édition dont la composition composite a été établie en 2015 ; passages sur l’askia Nouh et sur la cérémonie d’allégeance de 1593
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Sources primaires (suite)
- Mohammed Esseghir al-Ifrani, Nozhet-Elhâdi. Histoire de la dynastie saadienne au Maroc (1511-1670), traduction française par O. Houdas, Paris, Ernest Leroux, 1889, VII-560 p. version marocaine de l’expédition, lettre du sultan aux notables de Tombouctou, instructions à Djouder
- Ahmad Bābā al-Tinbuktī, Miʿrāj al-suʿūd, consultation juridique sur la condition des captifs soudanais, début du XVIIᵉ siècle copie conservée à la bibliothèque Mamma Haidara de Tombouctou, prêtée pour numérisation à la Library of Congress
- Tombeau des Askia, Gao : tour pyramidale en terre de 17 mètres élevée par l’askia Mohammed en 1495, deux mosquées, cimetière et aire d’assemblée bien du patrimoine mondial n° 1139, inscrit en 2004, sur la liste du patrimoine en péril depuis le 28 juin 2012
- Bibliothèque ʿumarienne de Ségou, fonds de manuscrits arabes saisi à Ségou par la colonne du colonel Louis Archinard en avril 1890 et expédié à Paris fin 1892 Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, cotes Arabe 5147-5734
Bibliographie
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