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Biographie
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Al-Mansour, calife abbasside fondateur de Bagdad

Moyen Âge30 septembre 202615 min de lecture
Guy Le Strange (24 July 1854 – 24 December 1933) / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Abu Jafar Abd Allah, que ses monnaies ne nomment pas

Ses contemporains l’appellent Abu Jafar, et les chroniqueurs de Bagdad le désignent encore ainsi un siècle après sa mort. C’est une kunya, surnom formé sur le prénom d’un fils, qui situe un homme sans rien dire de sa fonction. Son nom propre, Abd Allah ibn Muhammad, est aussi celui de l’oncle qu’il fera enfermer. Al-Mansour, « le victorieux », ou dans la langue messianique du temps « celui qui reçoit l’aide de Dieu », est le nom de règne sous lequel on le range. Quant à al-Dawaniqi, l’homme des daniq, ces sixièmes de dirham qu’il aurait comptés un à un, c’est un nom d’adversaire, conservé par la tradition chiite, qu’il n’a jamais porté.

Sa date de naissance est un calcul. Khalifa ibn Khayyat, traditionniste de Bassora mort en 854, rapporte deux informations, l’une qui le fait naître en 95 de l’hégire (713-714), l’autre qui lui donne soixante-quatre ans à sa mort (Tarikh, éd. A. al-Umari, Riyad, Dar Tayba, 1985, p. 428-429). Tabari aligne soixante-trois, soixante-quatre, soixante-cinq et soixante-huit ans. Exprimés en années lunaires, ces âges placent la naissance entre 709 et 714. Elle a lieu à al-Humayma, village du sud de l’actuelle Jordanie où les Abbassides, descendants d’al-Abbas, oncle du Prophète, vivent depuis 687-688 et d’où ils entretiennent une prédication clandestine, la dawa, « l’appel », en direction du Khorassan. Sa mère, Sallama, est une esclave berbère.

En 750, l’armée levée au Khorassan par Abu Muslim renverse le dernier calife omeyyade, et le frère aîné d’Abu Jafar, Abu l-Abbas al-Saffah, est proclamé à Koufa. Abu Jafar revient du pèlerinage en compagnie d’Abu Muslim quand al-Saffah meurt à al-Anbar, le 16 dhu l-hijja 136 (juin 754), après l’avoir désigné pour lui succéder. Leur oncle Abd Allah ibn Ali, qui commande en Syrie, refuse la succession. Abu Muslim le bat après six mois de campagne. Le 24 shaban 137 (13 février 755), le général est tué à son tour, dans l’audience du calife, près d’al-Madaïn, l’ancienne Ctésiphon, au terme d’un entretien où al-Mansour lui a énuméré ses griefs.

Les années suivantes sont occupées par des soulèvements en Iran puis par l’insurrection de la branche hasanide des Alides. En 145 de l’hégire (762), Muhammad ibn Abd Allah, que ses partisans appellent al-Nafs al-Zakiyya, « l’âme pure », se proclame à Médine, et son frère Ibrahim soulève Bassora. Tous deux sont tués avant la fin de cette année lunaire, le second à Bakhamra, près de Koufa. Dans l’intervalle, le calife a choisi sur la rive occidentale du Tigre, près d’un bourg nommé Bagdad, l’emplacement d’une résidence nouvelle, qu’il appelle Madinat al-Salam, « la ville de la paix ». Al-Yaqubi, qui écrit en 889, la décrit comme une enceinte circulaire percée de quatre portes, avec au centre le palais et la grande mosquée (Kitab al-buldan, éd. M. J. de Goeje, Leyde, 1892, BGA VII ; trad. G. Wiet, Les Pays, Le Caire, 1937). Les travaux, commencés en 762, passent pour achevés vers 766.

Pour la suite du règne, les chroniques alignent des nominations de gouverneurs, des expéditions de frontière et une affaire de famille. Al-Saffah avait désigné un second héritier, leur neveu Isa ibn Musa ; al-Mansour obtient de lui qu’il cède son rang à al-Mahdi, fils du calife. En shawwal 158 (août-septembre 775), il quitte Madinat al-Salam pour La Mecque. Malade en route, il meurt à Bi’r Maymun, à quelques milles de la ville sainte, le samedi 6 dhu l-hijja, soit le 7 octobre 775 (Tabari, Tarikh al-rusul wa-l-muluk, série III ; trad. H. Kennedy, The History of al-Tabari, vol. XXIX, Albany, SUNY Press, 1990, p. 89-90). Son chambellan, l’affranchi al-Rabi ibn Yunus, fait renouveler sur place le serment d’allégeance à al-Mahdi, resté à Bagdad.

Tout ce qui précède vient de textes postérieurs. Le plus ancien récit conservé de sa mort, celui de Khalifa, date de quatre-vingts ans après les faits. On ne connaît aucun document original émané de sa chancellerie, et la ville ronde n’a jamais été fouillée. Les dirhams d’argent frappés en son temps à Madinat al-Salam portent la profession de foi, l’atelier et l’année, sans le nom du calife.

Il faut donc prendre ces chroniques une à une, savoir qui les a écrites, sous quel calife et d’après quels informateurs, puis relire à leur lumière les deux entreprises de l’année 762, la ville et la répression, avant de voir comment s’est fixée l’image d’un calife avare et implacable, et ce que la recherche ignore toujours de lui.

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