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Biographie
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Mahomet, chef de la communauté de Médine

Moyen Âge14 septembre 202615 min de lecture
Unknown authorUnknown author / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un prophète est apparu chez les Sarrasins

Le plus ancien texte conservé qui parle peut-être de lui est un pamphlet chrétien dirigé contre les juifs, et il ne le nomme pas. La Doctrina Iacobi nuper baptizati met en scène en grec un marchand juif de Palestine, baptisé de force sous Héraclius, qui se convainc de la vérité du christianisme. Au détour du dialogue, un correspondant rapporte qu’un prophète est apparu avec les Sarrasins et qu’il annonce la venue du Messie. L’auteur ajoute aussitôt que ce prophète est un faux. Le texte se donne pour situé en 634. L’édition critique de Gilbert Dagron et Vincent Déroche, parue en 1991 dans les Travaux et Mémoires, place la rédaction dans les années qui suivent immédiatement, tandis que d’autres chercheurs la descendent de plusieurs décennies et tiennent la mise en scène pour une fiction. On ne sait pas trancher.

Vers 640, un prêtre syriaque des environs de Rish’ayna, en haute Mésopotamie, écrit une chronique universelle où il note qu’en février 634 une bataille a opposé les Romains aux Arabes de Mahomet à douze milles à l’est de Gaza, et que quatre mille villageois y ont été tués, chrétiens, juifs et samaritains. Le texte ne survit que dans un manuscrit, à la British Library, Add MS 14 643, copié en 724. C’est la première mention du nom hors de la tradition arabe, moins de dix ans après la mort.

La vie que ces deux textes effleurent se raconte, elle, à partir de sources arabes beaucoup plus tardives, et voici ce qu’elles portent. Mahomet naît à La Mecque dans le clan de Hachim, une branche moyenne de la tribu de Quraych, qui administre le sanctuaire de la Kaaba et vit de son pèlerinage. Son père meurt avant sa naissance, sa mère pendant son enfance. La date de naissance n’est donnée par aucun document contemporain, elle se calcule en combinant deux affirmations de la tradition, qu’il avait quarante ans lors de la première révélation et qu’il est né l’année de l’expédition du roi abyssin Abraha contre La Mecque. Lawrence Conrad a montré en 1987, dans le Bulletin of the School of Oriental and African Studies, que les inscriptions sudarabiques placent cette expédition vers 552, et que quarante est dans la tradition arabe un chiffre de récit avant d’être une mesure. La fourchette réelle couvre une vingtaine d’années.

Il épouse Khadija bint Khouwaylid, commerçante, dont la tradition fait sa première femme et la première personne à le suivre. Vers 610 commence la prédication, à La Mecque, sur les deux thèmes que le Coran répète sans fin, l’unicité de Dieu et l’imminence du jugement. Elle heurte les intérêts du sanctuaire. En 622, après une négociation avec des habitants de Yathrib venus au pèlerinage, il quitte La Mecque avec un groupe de partisans. Ce départ, la hijra, devient vingt ans plus tard le point zéro d’un calendrier officiel, le premier attesté par un document daté en 22 de l’hégire.

À Médine, quatre actes le rendent historiquement conséquent. Il fait rédiger un accord écrit, appelé kitab dans son propre texte, qui range les émigrés mecquois, les tribus arabes de l’oasis et plusieurs groupes juifs dans une même umma, c’est-à-dire un même ensemble solidaire en cas de guerre. Il conduit ensuite huit ans d’affrontements avec La Mecque, dont le Coran ne date rien mais dont il nomme deux épisodes, Badr à la sourate 3, verset 123, et Hounayn à la sourate 9, verset 25. Il élimine successivement les trois principales tribus juives de l’oasis, par l’expulsion puis, en 627, par l’exécution des hommes des Banou Qourayza. Il entre enfin à La Mecque en 630 sans combat notable, fait détruire les idoles du sanctuaire et le conserve comme lieu de culte.

Le Coran, seul texte dont la tradition fasse remonter la matière à son vivant, ne le nomme que quatre fois. Sourate 3, verset 144 ; sourate 33, verset 40 ; sourate 47, verset 2 ; sourate 48, verset 29. Partout ailleurs il est désigné par une fonction, prophète ou envoyé, ou par un pronom.

Il meurt à Médine, selon la tradition le 13 rabi’ I de l’an 11, soit le 8 juin 632, dans la chambre d’Aïcha bint Abi Bakr, où il est enterré. Aucun document contemporain ne confirme cette date, et une partie de la recherche la conteste. Il ne laisse pas de successeur désigné par écrit, et le conflit s’ouvre aussitôt.

Sur tout ce qui précède, les documents ne suffisent pas. Il faut maintenant regarder qui a écrit les Vies arabes dont dépend le récit, à quelle distance de l’événement et pour quel commanditaire, ce que les chroniques chrétiennes et arméniennes disent quand on les lit sans elles, et à quelle date le nom commence à figurer sur les objets datés que l’archéologie a conservés.

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