Le duc de Milan vend Imola à l’Église pour cinquante mille ducats et accepte de n’en toucher que quarante mille. Les dix mille qui manquent forment la dot de sa fille Caterina Sforza, promise par un accord du 20 janvier 1473 à Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV, si bien que la fillette entre dans l’histoire de la Romagne par l’écart entre deux sommes inscrites dans le même marché. Elle est née vers 1463, à Milan ou à Pavie, de Galeazzo Maria Sforza et de Lucrezia Landriani, femme d’un autre homme, et elle a été légitimée ensuite. Imola, dont la vente a servi à la doter, devient la seigneurie de son mari. Quand les Ordelaffi sont chassés de Forlì en 1480, la ville s’y ajoute, et le 15 juillet 1481 l’évêque Alessandro Numai remet au couple les clés de la cité à la porte Cotogni.
« Il cervello del Duca Galeazzo »
Le mariage a d’abord été célébré par procuration. En 1477, Caterina fait son entrée à Rome ; Girolamo vient l’accueillir le 25 mai à sept milles des murs, et Sixte IV fait répéter la cérémonie à Saint-Pierre. Ces années romaines appartiennent à l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, dans sa variante la plus italienne, celle d’une papauté qui taille des seigneuries pour ses neveux dans les terres que l’Église revendique. Les enfants arrivent vite, Ottaviano le 1ᵉʳ septembre 1479, Cesare le 25 août 1480, puis Bianca, Giovanni Livio, Galeazzo et Francesco, tous nommés dans la notice que Giampiero Brunelli a rédigée en 2018 pour le Dizionario Biografico degli Italiani.
Le 12 août 1484, Sixte IV meurt. Caterina entre aussitôt au château Saint-Ange au nom de son mari, avec Paolo Orsini, et prépare la défense alors qu’elle est enceinte de sept mois. Dans la nuit du 24 au 25 août, elle fait entrer 250 soldats de renfort dans la garnison, quand Girolamo se dit prêt à quitter la ville. Son oncle, le cardinal Ascanio Sforza, négocie le départ, qu’elle n’accepte qu’avec des garanties sur l’avenir de la famille, et le couple rentre à Forlì le 4 septembre.
Un témoin florentin a gardé sa voix. Depuis Rome, le 18 août, G. A. Vespucci écrit à Laurent de Médicis qu’elle lui a déclaré « io ho il cervello del Duca Galeazzo et son fantastica come lui », j’ai la tête du duc Galeazzo et je suis aussi entêtée que lui. La lettre part six jours après la mort du pape, une semaine avant que les 250 soldats n’entrent au château, et elle montre une femme d’une vingtaine d’années qui se réclame de son père devant un interlocuteur dont le rapport ira tout droit à Florence.
Ravaldino
La forteresse qui porte aujourd’hui son nom n’a pas été construite pour elle. À partir de 1471, Pino III Ordelaffi fait agrandir l’ancienne citadelle par l’architecte Giorgio Marchesi da Settignano, les Riario poursuivent le chantier, et la fiche de l’inventaire régional d’Émilie-Romagne date de 1483 l’achèvement des travaux et l’installation d’une première garnison. Le plan est carré, avec des tours rondes aux angles, des fossés et un donjon dont l’escalier de pierre en colimaçon compte 67 marches.
Le 14 avril 1488, des conjurés menés par la famille Orsi tuent Girolamo au palais communal et jettent son corps par une fenêtre. Caterina est enfermée avec ses enfants dans le quartier des Orsi, puis dans la petite forteresse de la porte San Pietro. Ravaldino, lui, ne se rend pas. Caterina fait croire aux conjurés qu’elle peut convaincre le châtelain, Tommaso Feo, de remettre les clés, et on la laisse entrer ; ses enfants restent dehors, otages des Orsi. À partir du 19 avril, l’artillerie de la forteresse tire sur la ville.
Des secours arrivent de Milan et de Bologne. Le 30 avril, Caterina sort de Ravaldino et prend le pouvoir au nom d’Ottaviano, régence qu’une bulle pontificale confirme le 15 août. La maison des Orsi est rasée, et ses ruines laissées en vue pour l’exemple, à l’emplacement où s’élève aujourd’hui le palais du Monte di Pietà, au 45 du corso Garibaldi. Florence suit l’affaire de près ; Marco Pellegrini a montré en 1999 comment Laurent de Médicis s’était servi de cette crise, et d’un second tyrannicide commis la même année à Faenza, pour consolider la domination florentine au-delà de l’Apennin.
Une médaille de bronze conservée à la National Gallery of Art de Washington sous le numéro 1957,14 877.a porte autour du profil de Caterina l’inscription CATHARINA SF DE RIARIO FORLIVII IMOLAE Q C, comtesse de Forlì et d’Imola, et au revers une Victoire sur un char tiré par des pégases. L’exemplaire est une fonte tardive de 7,28 centimètres, et le musée le date des environs de 1488 sans dire sur quoi repose cette date.
Le bailli de Dijon
En août 1490, Caterina remplace Tommaso Feo à la tête de Ravaldino par son frère Giacomo, qui est son amant et qu’elle épouse en secret pour ne pas perdre la régence. Il est assassiné le 27 août 1495, et la répression frappe les coupables, ceux qui les ont aidés et jusqu’à leurs familles, avec une violence que Brunelli qualifie d’inouïe. L’année suivante, Florence lui envoie comme ambassadeur Giovanni di Pierfrancesco de’ Medici, dit il Popolano, d’une branche cadette des Médicis. Un second mariage secret est célébré, et un fils naît vers avril 1498, baptisé Ludovico puis appelé Giovanni du nom de son père, mort de maladie à la mi-septembre de la même année. Cet enfant deviendra le condottiere que l’on connaît en France sous le nom de Jean des Bandes Noires, et le père de Cosme Iᵉʳ, premier grand-duc de Toscane. Dans la troisième semaine de juillet 1499, un secrétaire de la chancellerie florentine de trente ans se présente à Forlì pour renouveler la condotta d’Ottaviano, le contrat par lequel le jeune seigneur loue ses services militaires à la république. Il s’appelle Niccolò Machiavelli, Machiavel pour les lecteurs français. Les dépêches de cette mission occupent les pages 268 à 298 du premier tome de ses légations dans l’édition nationale de ses œuvres, et la négociation, selon Brunelli, ne conclut rien.
Le 9 mars 1499, Alexandre VI avait déjà retiré aux Riario-Sforza les vicariats d’Imola et de Forlì pour les donner à son fils César Borgia. Imola se rend le 25 novembre. Trois semaines plus tard, César entre dans Forlì, et Caterina s’enferme à Ravaldino, d’où elle mène des sorties à cheval et va jusqu’à défier le fils du pape en combat singulier.
Un dernier assaut, le 16 janvier 1500, emporte la défense. Elle se rend à Antoine de Bessay, bailli de Dijon, capitaine au service de Louis XII, qui la remet à César contre une rançon. Les armes des Borgia restent visibles sur la muraille, à l’endroit de la brèche.
À Rome, elle est gardée au Belvédère du Vatican, puis au château Saint-Ange, qu’elle avait tenu seize ans plus tôt. L’envoyé français Yves de Tourzel presse le pape de la relâcher ; libérée vers la fin de juin 1501 après avoir renoncé à ses droits sur la Romagne, elle gagne Livourne par mer, de peur d’être assassinée en route, et entre à Florence à la mi-juillet.
Machiavel a tiré la leçon des deux sièges au chapitre XX du Prince, celui des forteresses. En 1488, Ravaldino avait permis à la comtesse de Forlì de « fuggire l’impeto populare et aspettare il soccorso da Milano », d’échapper à la fureur du peuple en attendant le secours de Milan. En 1500, le peuple s’est joint à l’étranger, et il aurait été plus sûr pour elle, conclut-il, de « non essere odiata dal populo ». L’Arte della guerra, en 1521, loue encore sa « magnanima impresa » et critique la conception même de la citadelle.
Acqua di talco
À Florence, les premières années passent en procès. Caterina laisse surtout un recueil, les Experimenti, que Brunelli décrit comme une collection de recettes alchimiques, médicinales et cosmétiques. L’original est perdu. On le connaît par une copie faite vers 1525 par Lucantonio Cuppano, officier au service de Jean des Bandes Noires, transcrite sur les autographes et en partie seulement de sa main, puisque deux écritures s’y distinguent. Le comte Pier Desiderio Pasolini l’acquiert à Rome en octobre 1887 et la publie, en tirage restreint à Imola puis dans le troisième volume de sa biographie parue chez Loescher en 1893. La date de la première impression varie selon les notices, 1891 pour la présentation de l’édition donnée en 2018 par Paolo Aldo Rossi, 1894 pour le fac-similé de 2009 que cite le DBI. Meredith Ray, qui s’en sert en 2015 pour ouvrir un livre sur les femmes et l’alchimie, la présente comme un manuscrit jusque-là inaccessible.
Trois comptages circulent. La présentation de l’édition Rossi donne 471 recettes, dont 357 médicinales et 84 cosmétiques ; Meredith Ray parle de plus de quatre cents, et un article de la revue Hektoen International de plus de cinq cent cinquante. On retiendra le premier chiffre, le seul qui soit ventilé, même si ses deux catégories laissent trente recettes sans rubrique, et l’écart tient probablement à la manière de compter les variantes d’une même préparation.
Les remèdes vont de la fièvre et de la migraine jusqu’à l’épilepsie et à la stérilité, à côté des fards, des teintures pour cheveux, d’une quinzaine de recettes aphrodisiaques et de procédés pour la pierre philosophale. L’eau de talc s’ouvre sur une phrase de cosmologie, « El talcho è stella de la terra », le talc est l’étoile de la terre, et promet de faire paraître vingt ans à une femme de soixante, de guérir du poison si on la boit dans du vin blanc, de protéger de la peste et de changer l’argent en or. Dans le recueil, une seule eau distillée sert ainsi au visage, au poison, à la peste et au métal.
Caterina meurt à Florence le 28 mai 1509. Selon son testament, on l’enterre dans l’église du monastère des Murate, où elle reste jusqu’en 1835, quand des travaux sur le pavement de l’ancien chœur font exhumer ses os, qui se perdent après le milieu du XIXᵉ siècle. On ne sait donc pas où elle repose. Le portrait que Forlì lui attribue, la Dama dei gelsomini de Lorenzo di Credi aux musées San Domenico, relève d’une tradition locale, et le site touristique de la Région reconnaît qu’aucun document ne la confirme.
Machiavel écrit après la mort de Caterina
Les Discorsi sur Tite-Live sont rédigés dans les années 1510 et imprimés après la mort de leur auteur, survenue en 1527. Au chapitre 6 du livre III, consacré aux conjurations, Machiavel raconte l’affaire de 1488 pour montrer qu’un complot peut réussir son coup et échouer ensuite. Les meurtriers de Girolamo tiennent sa femme et ses petits enfants, il leur manque la forteresse ; elle promet de la leur faire rendre, ils la laissent entrer en gardant les enfants, et du haut des murs elle les accable de reproches et de menaces. « E per mostrare che de’ suoi figliuoli non si curava, mostrò loro le membra genitali, dicendo che aveva ancora il modo a rifarne », et pour montrer qu’elle ne se souciait pas de ses enfants, elle leur montra ses parties génitales en disant qu’elle avait encore de quoi en refaire. Les conjurés, « scarsi di consiglio », à court de jugement, le paient d’un exil perpétuel.
Machiavel écrit cela une génération après les faits, et rien n’indique qu’il ait été à Forlì en 1488.
Frédérique Verrier, qui a consacré en 2010 un livre à Caterina et Machiavel, relève dans la notice qu’elle signe en 2014 pour l’Enciclopedia machiavelliana que les sources locales et les documents florentins prêtent à Caterina des gestes et des paroles à double sens, et surtout une déclaration, celle d’être enceinte de Girolamo. Machiavel garde le défi et laisse tomber la grossesse. Verrier rapproche le geste de l’anasyrma, le retroussement de la robe, que Plutarque attribue dans les Vertus des femmes aux femmes perses qui arrêtent ainsi leurs hommes en fuite devant les Mèdes d’Astyage, et elle en conclut que le récit passe de l’histoire à la littérature. Machiavel lui-même n’a pas toujours raconté la même chose. Dans le Decennale primo, poème de 1506 écrit du vivant de Caterina, César Borgia prend Imola et Forlì et « cavonne una donna co’ suo’ figli », en chassa une femme avec ses enfants. Les Istorie fiorentine, achevées en 1525, reprennent l’affaire au livre VIII dans un récit plus ample, qui fait la part du népotisme de Sixte IV et de l’impopularité des Riario à Forlì.
Le geste a ensuite vécu sa vie propre. Antonio Gramsci, rappelle Brunelli, en a fait une métaphore de la fécondité des processus historiques, que rien ne parvient à supprimer. Les surnoms ont suivi les éditeurs. La biographie de Pasolini, abrégée en français chez Perrin en 1912, faisait de Caterina « une héroïne de la Renaissance italienne », Ernst Breisach l’appelait en 1967 une virago, Marco Viroli en 2008 une lionne de Romagne, et parmi les textes cités ici, le premier à mettre la tigresse en titre est le livre d’Elizabeth Lev, en 2011. Lev garde la menace du rempart et remplace le geste par la fica, le pouce glissé entre deux doigts. Joyce de Vries, l’année précédente, avait lu Caterina comme une femme de cour qui façonne son image rôle après rôle, comme mariée, épouse et mère, puis comme veuve, régente et amante, par les fêtes, les bâtiments et les vêtements ; Elsje van Kessel lui reprochait en 2012 de laisser des textes normatifs, Machiavel compris, tenir lieu de témoignages sur ce que la comtesse avait fait.
La lecture du chapitre III, 6, divise encore. Julia Hairston, dans la Renaissance Quarterly en 2000, soutient que la mise en scène de Machiavel arrache Caterina à la situation politique qu’elle affrontait et que la notoriété du geste naît de ce remaniement, tandis que Michelle Tolman Clarke, dans la Review of Politics en 2005, range la comtesse parmi les dizaines de femmes qui agissent chez Machiavel avec efficacité et de façon souvent digne d’éloge, et voit dans leur animo, leur ardeur, la clé de ces portraits. Hairston conteste que les exploits de Forlì vaillent comme un exemple net de virtù, et le texte des Discorsi ne permet pas de dire si Machiavel rapporte une rumeur entendue à Florence ou compose sa scène d’après les femmes perses de Plutarque.
Pour aller plus loin
La carrière de César Borgia en Romagne, entre 1499 et 1503, prolonge directement la chute de Ravaldino. Jean des Bandes Noires, le dernier fils de Caterina, ouvre l’histoire de la branche cadette des Médicis qui gouvernera la Toscane avec Cosme Iᵉʳ, et les Experimenti rejoignent la littérature des livres de secrets, ces recueils de recettes qui se multiplient dans l’Italie du XVIᵉ siècle.
Caterina Sforza a gouverné Forlì et Imola, deux villes de Romagne, à la fin du XVᵉ siècle. On l’appelle souvent la « tigresse de Forlì », et l’on raconte d’elle une scène célèbre sur les remparts d’une forteresse. Cette scène vient surtout de Machiavel, qui l’a écrite après la mort de Caterina. Les documents de son vivant montrent une femme de pouvoir très déterminée, mais ils racontent l’épisode autrement.
Une dot prise sur le prix d’une ville
Caterina naît vers 1463. Elle est la fille naturelle du duc de Milan, Galeazzo Maria Sforza. En 1473, alors qu’elle a une dizaine d’années, on la promet à Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV. Le duc vend la ville d’Imola à l’Église pour 50 000 ducats, mais n’en reçoit que 40 000. Les 10 000 qui manquent forment la dot de sa fille.
Le couple reçoit Imola, puis Forlì en 1481. En 1484, quand le pape meurt, Caterina s’enferme dans le château Saint-Ange, à Rome, pour défendre les intérêts de son mari. Elle est enceinte de sept mois. Elle fait entrer 250 soldats dans la forteresse et n’accepte de partir qu’avec des garanties pour sa famille. Un Florentin rapporte qu’elle disait avoir « la tête du duc Galeazzo », son père.
Le printemps 1488
Le 14 avril 1488, des conjurés de la famille Orsi tuent Girolamo à Forlì. Caterina et ses enfants sont faits prisonniers. La forteresse de la ville, Ravaldino, refuse pourtant de se rendre. Caterina fait croire aux conjurés qu’elle peut convaincre le commandant d’ouvrir les portes. On la laisse entrer, et ses enfants restent dehors, comme otages.
Une fois à l’intérieur, elle fait tirer les canons sur la ville. Des renforts arrivent de Milan et de Bologne. Le 30 avril, elle prend le pouvoir au nom de son fils aîné, Ottaviano. La maison des Orsi est rasée. Une médaille de bronze de cette époque, conservée à Washington, montre au revers une Victoire sur un char tiré par des chevaux ailés.
La fin d’une principauté
Caterina gouverne ensuite au nom de son fils jusqu’en 1500. Elle épouse en secret deux hommes, Giacomo Feo, puis Giovanni de’ Medici, un ambassadeur de Florence. Quand Feo est assassiné en 1495, elle punit avec une grande violence les coupables et même leurs familles. Le fils qu’elle a de Giovanni de’ Medici deviendra un chef de guerre connu en France sous le nom de Jean des Bandes Noires, et le père du premier grand-duc de Toscane.
En 1499, le pape Alexandre VI donne Imola et Forlì à son propre fils, César Borgia. Caterina se défend dans Ravaldino et va jusqu’à défier César en duel. La forteresse tombe en janvier 1500. Prisonnière à Rome, Caterina n’est libérée qu’en 1501, après avoir renoncé à ses terres. Elle s’installe à Florence et y meurt en 1509. Ses os, déterrés en 1835, ont ensuite été perdus.
Elle laisse un recueil de plusieurs centaines de recettes, les Experimenti, connu par une copie faite après sa mort. On y trouve des remèdes, des produits de beauté et des formules d’alchimie, comme une « eau de talc » censée rajeunir le visage, guérir du poison et changer l’argent en or.
Le récit de Machiavel
Machiavel a rencontré Caterina en 1499, lors d’une mission pour Florence. Bien plus tard, dans un livre sur la politique, il raconte la scène de 1488. Selon lui, du haut des murs, Caterina aurait montré son sexe aux conjurés pour leur faire comprendre qu’elle pouvait avoir d’autres enfants.
Les sources plus proches des faits lui prêtent bien des gestes et des paroles provocants. Elles rapportent surtout qu’elle se disait enceinte de son mari assassiné. Machiavel a supprimé ce détail. Une historienne, Frédérique Verrier, rapproche sa version d’une histoire racontée par l’auteur grec Plutarque, où des femmes perses relèvent leur robe devant leurs hommes en fuite pour leur faire honte.
Les historiens discutent encore du sens de ce passage. Pour certains, Machiavel range Caterina parmi les femmes qui agissent en politique avec efficacité. Pour d’autres, il la transforme en personnage et fait oublier la situation réelle dans laquelle elle se trouvait. Quant au surnom de « tigresse », il apparaît en titre dans un livre paru en 2011.
Le détail des sources de 1484 et de 1488, la mission de Machiavel, le manuscrit des Experimenti et le débat entre historiennes sont développés dans l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Accord matrimonial entre Galeazzo Maria Sforza et Girolamo Riario, 20 janvier 1473, et vente d’Imola à l’Église pour 50 000 ducats dont 40 000 versés, la différence constituant la dot de Caterina cité d’après G. Brunelli, Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 92, 2018
- G. A. Vespucci à Laurent de Médicis, Rome, 18 août 1484, propos de Caterina « io ho il cervello del Duca Galeazzo et son fantastica come lui » cité d’après G. Brunelli (2018)
- Bulle pontificale du 15 août 1488 confirmant la régence de Caterina au nom d’Ottaviano Riario citée d’après G. Brunelli (2018)
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Sources primaires (suite)
- Médaille de Caterina Sforza Riario, bronze, fonte tardive, diamètre 7,28 cm, vers 1488, avers « CATHARINA SF[ORTIA] DE RIARIO FORLIVII IMOLAE Q[UE] C[OMITISSA] », revers Victoire sur un char tiré par des pégases, artiste anonyme, lien avec Niccolò Fiorentino National Gallery of Art, Washington, Samuel H. Kress Collection, 1957,14 877.a
- Rocca di Ravaldino, Forlì, piazzale Porta Ravaldino, agrandie à partir de 1471 par Giorgio Marchesi da Settignano pour Pino III Ordelaffi, achevée en 1483 ; donjon à escalier en colimaçon de 67 marches ; armes des Borgia près de la brèche de 1500
- Palais du Monte di Pietà, corso Garibaldi 45, Forlì, à l’emplacement de la maison des Orsi rasée en 1488
- Niccolò Machiavelli, dépêches de la légation auprès de Caterina Sforza, juillet 1499 Edizione nazionale delle opere di Niccolò Machiavelli, section V, Legazioni, commissarie, scritti di governo, t. I (1498-1500), 2002, p. 268-298, d’après F. Verrier-Dubard (2014)
- Niccolò Machiavelli, Decennale primo, 1506, v. 241-243 (« cavonne una donna co’ suo’ figli ») cité d’après F. Verrier-Dubard (2014)
- Niccolò Machiavelli, Il Principe, chap. XX, sur les forteresses (« fuggire l’impeto populare et aspettare il soccorso da Milano » ; « non essere odiata dal populo ») cité d’après F. Verrier-Dubard (2014) et l’entrée « fortezze » déposée sur HAL-SHS
- Niccolò Machiavelli, Discorsi sopra la prima deca di Tito Livio, livre III, chap. 6, passage sur la conjuration de Forlì texte italien consulté dans la page de cours de S. Basu, « Machiavelli and Caterina »
- Niccolò Machiavelli, Istorie fiorentine, livre VIII, chap. 34, récit de la conjuration de 1488 d’après F. Verrier-Dubard (2014)
- Niccolò Machiavelli, Dell’arte della guerra, Florence, 1521, livre VII (« magnanima impresa ») d’après F. Verrier-Dubard (2014)
- Experimenti de la Ex.ma S.r Caterina da Furlj, copie de Lucantonio Cuppano, vers 1525, archive privée éd. P. D. Pasolini, Caterina Sforza, t. III, Rome, Loescher, 1893 ; éd. P. A. Rossi, Castel Negrino, 2018
- Lorenzo di Credi, Ritratto di giovane donna, dit Dama dei gelsomini, identification traditionnelle avec Caterina Sforza sans appui documentaire Musei San Domenico, Forlì
- Plutarque, Mulierum virtutes (Vertus des femmes), 5, « Les femmes perses » trad. F. C. Babbitt, Plutarch’s Moralia, vol. III, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, et Londres, William Heinemann, réimpr. 1931
Bibliographie
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- Frédérique Verrier, Caterina Sforza et Machiavel ou l’origine du monde, Manziana, 2010, 378 p., coll. « Cinquecento. Studi » 32 Vecchiarelli
- Pier Desiderio Pasolini, Caterina Sforza, Rome, 1893, 3 vol. E. Loescher
- Pier Desiderio Pasolini, Une héroïne de la Renaissance italienne. Catherine Sforza, 1463-1509, texte français de Marc Hélys, Paris, 1912, XII-418 p. Perrin et Cⁱᵉ
- Julia L. Hairston, « Skirting the Issue : Machiavelli’s Caterina Sforza », Renaissance Quarterly 53 (3), 2000, p. 687-712 Renaissance Society of America
- Michelle Tolman Clarke, « On the Woman Question in Machiavelli », The Review of Politics 67 (2), 2005, p. 229-255, DOI 10,1017/S0034670500033507 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0034670500033507
- Joyce de Vries, Caterina Sforza and the Art of Appearances : Gender, Art and Culture in Early Modern Italy, Farnham, 2010, XVIII-303 p., coll. « Women and Gender in the Early Modern World », ISBN 978-0-7546-6751-3 Ashgate
- Elsje van Kessel, compte rendu de J. de Vries, Caterina Sforza and the Art of Appearances, sehepunkte 12 (2012), n° 6 sehepunkte
- Ernst Breisach, Caterina Sforza : A Renaissance Virago, Chicago, 1967 University of Chicago Press
- Marco Viroli, Caterina Sforza : leonessa di Romagna, Cesena, 2008 cité d’après la bibliographie de G. Brunelli (2018)
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- Marco Pellegrini, Congiure di Romagna. Lorenzo de’ Medici e il duplice tirannicidio a Forlì e a Faenza nel 1488, Florence, 1999, 192 p., coll. « Biblioteca storica toscana », série I, 35, ISBN 978-88-222-4709-4 Leo S. Olschki
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- « Machiavelli and Caterina », page de cours de Sammy Basu, POLI 212 (texte italien et anglais de Discorsi III, 6) Willamette Universityhttps://people.willamette.edu/~sbasu/poli212/MachiavelliandCaterina.htm
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- « In the Footsteps of Caterina Sforza, Lady of Forlì » Emilia Romagna Turismohttps://emiliaromagnaturismo.it/en/itineraries/in-the-footsteps-of-caterina-an-itinerary-to-discover-the-forli-sforzesca
- « Congiure di Romagna » Leo S. Olschki Editorehttps://en.olschki.it/libro/9788822247094
- « “Il desiderio dell’alchimista” : ricette di salute e bellezza di Caterina Sforza », d’après Meredith Ray, 28 décembre 2015 Finestre sull’Artehttps://www.finestresullarte.info/opere-e-artisti/caterina-sforza-ricette-salute-bellezze-makeup
- « “Caterina Sforza. Gli experimenti de la Ex.Ma S.Ra Caterina da Furlj” a cura di Paolo Aldo Rossi » Letture.orghttps://www.letture.org/caterina-sforza-gli-experimenti-de-la-exma-sra-caterina-da-furlj-paolo-aldo-rossi
- « Caterina Sforza of Forli : Warrior and medical alchemist », par Sally Metzler, 2023 Hektoen Internationalhttps://hekint.org/2023/08/29/caterina-sforza-of-forli-warrior-and-medical-alchemist/
- « Daughters of Alchemy. Women and Scientific Culture in Early Modern Italy » Villa I Tatti, The Harvard University Center for Italian Renaissance Studieshttps://itatti.harvard.edu/node/2476
- Compte rendu d’Elsje van Kessel sehepunktehttps://sehepunkte.de/2012/06/18617.html
- « Caterina Sforza and the art of appearances », notice Bibliothèque de l’université Masaryk, Brnohttps://katalog.muni.cz/Record/MUB01000654815/Description
- « Caterina Sforza et Machiavel ou l’origine du monde », notice Catalogue général de la Bibliothèque nationale de Francehttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42269208t
- « Catalog Record : Caterina Sforza » (Pasolini, 1893) HathiTrust Digital Libraryhttps://catalog.hathitrust.org/Record/006688148
- « Catalog Record : Une héroine de la renaissance italienne » (Pasolini, 1912) HathiTrust Digital Libraryhttps://catalog.hathitrust.org/Record/007376163
- « Mulierum virtutes », section 5, trad. F. C. Babbitt Perseids, Perseus Digital Libraryhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0007/tlg083/perseus-eng3/5-6


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