Dans un bois à l’ouest de la Ver, au fond des jardins d’un lotissement de King Harry Lane, sur une butte que longe aujourd’hui Folly Lane et sous les pelouses d’un parc municipal, les archéologues de St Albans ont retrouvé en moins d’un siècle les morceaux d’un même lieu. Les monnaies du roi Tasciovanus le nomment VERLAMIO. Les Romains en ont fait Verulamium, troisième ville de leur province de Bretagne par la superficie, avec quelque 81 hectares enclos. De l’agglomération qui l’avait précédée, rien ne se voit en surface, sinon des fossés larges de trente mètres qui traversent des jardins à la lisière est de la ville actuelle.
« Oppidum autem Britanni vocant »
En 54 avant notre ère, au cours de sa seconde expédition dans l’île, César poursuit Cassivellaunus, le chef qui conduit la résistance au nord de la Tamise. Des peuples qui viennent de se soumettre lui apprennent que l’oppidum de ce chef n’est pas loin, protégé par des bois et des marais, et qu’un grand nombre d’hommes et de bêtes s’y est réuni. Le texte de la Guerre des Gaules (V, 21) s’arrête alors sur le mot. Les Bretons, explique César, appellent oppidum un bois difficile d’accès qu’ils ont fortifié d’un rempart et d’un fossé, et où ils ont coutume de se rassembler pour échapper aux incursions de l’ennemi. Il attaque la place par deux côtés, les défenseurs s’enfuient par un autre, et les légionnaires y trouvent beaucoup de bétail. Sous Auguste et Tibère, Strabon reprend l’image, probablement d’après César, au livre IV de sa Géographie (IV, 5, 2). Chez les Bretons, écrit-il, les forêts tiennent lieu de villes ; on y abat des arbres pour enclore un vaste espace circulaire, on y bâtit des huttes et l’on y parque les troupeaux, sans intention d’y demeurer longtemps.
Aucun des deux textes ne nomme le lieu. Mortimer Wheeler, qui avait fouillé une section du grand fossé de Wheathampstead, à quelques kilomètres au nord-est de St Albans, y voyait la place forte prise par César, et l’identification est restée attachée au site. Le latin ne permet ni de la confirmer ni de l’écarter, puisque César se contente d’écrire que l’oppidum était proche. Historic England, dans la notice de classement d’un fossé voisin, présente plus sobrement Wheathampstead comme un précurseur possible de Verlamion, devenu ensuite un satellite qui servait peut-être de refuge.
La génération suivante a construit sur ce fond un récit dynastique. Sheppard Frere, qui fouille le centre de la ville romaine de 1955 à 1961, ouvre en 1972 le premier volume de son rapport sur une phrase nette : Verulamium devrait son emplacement à la place forte « belge » que les monnaies de Tasciovanus appellent déjà VERLAMIO, capitale des Catuvellauni et résidence de leurs rois jusqu’à ce que Cunobelin s’empare de Camulodunum, l’actuelle Colchester. On appelait alors « belge » la culture des derniers siècles avant la conquête dans le sud-est de l’île, d’après les Belges de Gaule. Presque chaque mot de cette phrase a été discuté depuis.
VERLAMIO sur le bronze
Le nom, lui, ne fait pas de doute. Au British Museum, une petite monnaie de bronze trouvée à Chesterford et enregistrée sous le numéro 1919,0213 481 mesure 14 millimètres pour 1,93 gramme. Sur une face, une étoile à huit branches entoure un globule ; sur l’autre, un taureau tourné vers la gauche se tient dans une couronne. Elle appartient au type que les catalogues attribuent à Tasciovanus et dont la légende, VERLAMIO, s’inscrit entre les branches de l’étoile. D’autres émissions du même roi portent VER ou VIR. Le musée date ces frappes des environs de 20 avant notre ère à 10 de notre ère.
Que l’on ait frappé monnaie sur place est probable. Le rapport préliminaire de Sheppard Frere sur la campagne de 1957 publie des fragments de ces plaques d’argile percées d’alvéoles où l’on fondait l’or ou l’argent en petites billes, futurs flans des monnaies, et un rapport de l’Ancient Monuments Laboratory consacré aux moules de Sleaford, dans le Lincolnshire, cite ceux de Verulamium comme exemple de la forme ordinaire. Une monnaie porte un nom, et une monnaie ne décrit pas un lieu ; un atelier ne fait pas davantage une capitale. En 1982, J. Tournaire, O. Buchsenschutz, J. Henderson et J. Collis, publiant les moules de Levroux et d’Aulnat, relevaient que plus de la moitié des sites qui en livrent sont des habitats ouverts, et en concluaient que la frappe n’était pas centralisée, au moins en Gaule au IIᵉ siècle avant notre ère.
Le transfert de la capitale vers Camulodunum, sous Cunobelin, repose lui aussi sur les monnaies. Martin Pitts le rappelle en 2010 et le juge compatible avec ses analyses statistiques de fibules et de céramiques importées, où le cimetière de King Harry Lane, de courte durée, paraît antérieur au grand moment de Camulodunum.
Cunobelin a d’ailleurs connu une seconde carrière, puisqu’il a inspiré le Cymbeline de Shakespeare, et Suétone l’appelait déjà roi des Bretons.
John Creighton a proposé en 2000 une lecture plus ambitieuse des mêmes pièces. À partir des années 40-30 avant notre ère, les monnaies du sud-est portent des noms de rois et des images d’inspiration classique, dont il retrouve le modèle dans l’imagerie d’Auguste ; il en conclut que ces rois ou leurs proches avaient séjourné à Rome comme otages ou comme hôtes, y avaient été éduqués, et régnaient en clients de l’Empire. J. D. Hill, du British Museum, lui a reproché de pousser la thèse trop loin, de s’appuyer sur le royaume du sud plus que sur celui de l’est, auquel appartient Verlamion, et de faire de ces souverains des marionnettes. Il lui accorde pourtant l’essentiel du constat. Après 40-30, les rois du sud-est exercent et justifient leur pouvoir d’une manière qui suppose une connaissance intime de la vie politique romaine.
Beech Bottom Dyke
À la lisière est de St Albans, un fossé encadré de deux talus remonte un vallon sur 700 mètres. Large de 30 à 35 mètres, il atteint 10 mètres de profondeur, et sa trace se suit sur près d’un kilomètre et demi. On gardera le mot anglais dyke pour ce genre d’ouvrage, parce que « digue » évoque l’eau et que « fossé » oublie les talus. Sa date n’est connue que par encadrement. Historic England l’attribue à la fin de l’âge du Fer préromain, entre le milieu du Iᵉʳ siècle avant notre ère et l’invasion de 43 ; des observations faites en 1932 lors du creusement d’égouts ont prolongé son tracé vers le sud-ouest, et un trésor de monnaies romaines trouvé à trois mètres au-dessus du fond montre que cette section était déjà en partie comblée au IIᵉ siècle. La même notice y voit la limite d’un vaste domaine, peut-être celui qui nourrissait le centre catuvellaune ou ses habitants les plus en vue, et, vu ses dimensions, un symbole d’autorité. D’autres levées entouraient en partie Verlamion lui-même, un Devil’s Dyke homonyme de celui de Wheathampstead et le fossé dit de Wheeler, tandis qu’une autre ceinture bordait en partie Wheathampstead. Le Beech Bottom Dyke s’arrête à trois kilomètres et demi de cette dernière, mais la route de Sandridge prolonge son alignement, ce qui laisse supposer une limite plus légère dont rien ne subsiste.
À l’ouest de la Ver, Wheeler avait fouillé dans les années 1930 le bois de Prae Wood et y avait reconnu, comme l’annonce le titre de son rapport de 1936, une cité « belge », première des trois villes successives du site. J. R. Hunn a montré en 1980 que Wheeler n’en avait étudié que la moitié nord, et que le relevé du domaine de Gorhambury révélait un réseau de fossés bien plus étendu. Les dates qui suivent viennent pour l’essentiel de la céramique fine importée de Gaule, datée elle-même par les camps romains du Rhin occupés sous Auguste, et elles ne valent que ce que vaut cette chaîne. Colin Haselgrove et Martin Millett placent en 1997 les débuts de King Harry Lane vers 10 avant notre ère, ceux de Prae Wood vers 5 de notre ère, et l’enclos de Gorhambury, où s’élèvera vers 100 une villa, avant 20 de notre ère. La plupart des foyers datés de Verlamion apparaissent donc au tournant de l’ère, une génération ou deux après César.
Kris Lockyear et Ellen Shlasko résumaient en 2017 l’état de la question en parlant d’un oppidum territorial à plusieurs foyers, comparable à ceux de Colchester et de Chichester, étendu surtout sur le rebord sud-ouest de la vallée qui domine l’emplacement de la future ville romaine. Pour les oppida de Gaule, Stephan Fichtl a soutenu en 2006 que, des trois fonctions du rempart, défense, prestige et symbole, la dernière l’emportait, et l’a rapprochée du pomerium qui bornait l’espace sacré de la ville romaine. L’idée s’applique assez bien à des levées discontinues comme celles de St Albans, qui n’enferment qu’en partie les sites qu’elles bordent.
Quatre cent soixante-douze tombes
Entre 1965 et 1968, Ian Stead fouille à King Harry Lane, juste à l’extérieur des murs de Verulamium, un faubourg romain menacé par la construction de logements, et tombe par hasard sur un cimetière plus ancien. Valery Rigby et lui publient en 1989 ses 472 sépultures, toutes à incinération sauf 17 inhumations, qu’ils placent entre le début de notre ère et 60 environ. Sept enclos quadrangulaires bordés de fossés y entourent chacun une tombe centrale plus riche, cernée de sépultures plus modestes. Aucune arme. La céramique est surtout locale, la vaisselle fine de Gaule romaine apparaît dans un quart des tombes environ, et les 237 fibules dominent le métal, avec des couteaux, des miroirs et des instruments de toilette.
Dans 87 tombes, Simon Davis a identifié des os brûlés de porc et de volaille. Les porcs avaient pour la plupart entre un et trois ans ; on déposait la tête, une patte ou les deux, avec semble-t-il une préférence pour les membres droits, tandis que les volailles, probablement des poules, étaient placées entières. L’usage, note-t-il, était répandu dans les tombes de l’âge du Fer en Angleterre et en France, et il disparaît à l’époque romaine.
Au British Museum, une petite boîte en os de la tombe 118 porte le numéro 1976,0501 298.
Martin Pitts tire de ce cimetière un résultat plus large. Trois types de fibules, dits de Colchester, de Langton Down et à rosette, y atteignent des proportions très élevées, comme à Camulodunum, et à un degré moindre à Braughing. Il y lit la marque d’une entité politique nouvelle, apparue dans le sud-est entre 25 et 10 avant notre ère, et qui se distinguait peut-être aussi par la parure. Sur la date de départ, les spécialistes ne s’accordent pas tout à fait, puisque Stead et Rigby font commencer le cimetière avec notre ère, Haselgrove et Millett une dizaine d’années plus tôt.
Quatre cent soixante-douze morts ne font pas une population. On ignore quelle part des habitants recevait une tombe à cet endroit, et surtout où vivaient ceux qui enterraient leurs morts dans les sept enclos, puisque l’habitat fouillé à côté est le faubourg romain apparu vers 70 le long de la route de Silchester, au-dessus des tombes. La disposition suggère des groupes rassemblés autour d’un défunt principal, sans que l’on puisse dire s’il s’agit de lignées, de clientèles ou d’autre chose.
Le bûcher de Folly Lane
En 1991 et 1992, à quelque 500 mètres au nord-est de la ville romaine, sur une hauteur qui la domine, Rosalind Niblett fouille un enclos de près de cinq acres, environ deux hectares, délimité par un fossé massif. À l’intérieur se trouvaient une chambre funéraire et une fosse contenant les restes d’une crémation et un abondant mobilier, daté des environs de 50 par les rapports de laboratoire et de 55 par le musée de Verulamium. Le mort avait été brûlé avec des objets coûteux, des harnais émaillés, un char et une cotte de mailles de fer, retrouvée pliée. Dans la fosse, quatre-vingt-dix tessons d’amphores représentent au moins quatre à six récipients de type Dressel 2-4, tous italiens et sans doute de la côte tyrrhénienne, autrement dit des jarres à vin.
Rosalind Niblett a présenté cette tombe dès 1992 comme la plus élaborée de son genre connue en Bretagne, et l’a interprétée, à titre provisoire, comme celle d’un roi client mort dans les années qui suivent l’invasion de 43. Le rite reste celui de l’âge du Fer, et l’on rapproche l’ensemble des tombes de Lexden et de Stanway, autour de Colchester. Exposition du corps, crémation, dépôt en chambre : la cérémonie s’est déroulée en plusieurs étapes, dans l’enclos même. Le défunt demeure anonyme, et le musée de St Albans admet qu’on ne connaîtra probablement jamais son identité.
Une cinquantaine d’années après la conquête, à l’époque flavienne, un temple de type romano-celtique a été construit dans l’enclos, directement sur l’emplacement du bûcher. Colin Forcey y a vu en 1998 un geste de commémoration, et dans les temples de ce type, en Bretagne au Iᵉʳ siècle, le prolongement d’un culte rendu à des ancêtres héroïsés d’avant la conquête. Isobel Thompson, en reportant sur un système d’information géographique les données de la base archéologique urbaine de St Albans, a relevé que les chemins de la région s’orientaient surtout du nord-est au sud-ouest, et qu’un axe joignant Folly Lane à King Harry Lane suggère une voie processionnelle reliée à un lieu rituel, là où il franchit la rivière. Si l’hypothèse tient, les deux grands ensembles funéraires de Verlamion se répondaient par-dessus la vallée.
Aucune rue n’a été retrouvée
Le débat sur le caractère urbain des oppida court depuis le XIXᵉ siècle, rappelle Tom Moore. John Collis titrait dès 1984 sur les oppida comme premières villes au nord des Alpes, et Stephan Fichtl a pu consacrer en 2000 un livre à « la ville celtique ». Pour cette ville celtique, le Dictionnaire historique de la Suisse retient comme critères la voirie, les quartiers, les espaces publics et les secteurs artisanaux. Verlamion n’offre rien de semblable pour la période préromaine, du moins dans les publications consultées. Le principal élément connu sous la ville romaine, l’enclos dit central, se trouve sous le forum et n’a été vu que dans quelques sondages ponctuels ; la ville romaine elle-même ne couvre, à ses débuts, que dix à douze hectares. Sheppard Frere jugeait les boutiques en pans de bois qu’il datait de 49 environ sans précédent dans l’architecture des Bretons, qui vivaient selon lui surtout dans des huttes circulaires, et il attribuait leur charpente à des architectes militaires.
Le camp qui tient pour une forme urbaine a pourtant des arguments solides, et Tom Moore en a donné en 2017 la version la plus construite. Il propose de comparer les oppida aux grands sites de faible densité connus ailleurs dans le monde, que l’on range parmi les formes d’urbanisme diffus. Leur plan, selon lui, privilégie l’assemblée, la mise en scène et la maisonnée, et cette forme dispersée tient à la nature négociée du pouvoir dans les sociétés de l’âge du Fer. Verlamion s’y prête bien, avec son atelier monétaire, ses levées monumentales, ses enclos funéraires hiérarchisés, sa probable voie processionnelle et son enclos central près de la rivière. Martin Pitts réserve de son côté le mot oppidum, s’il doit garder un sens en Bretagne, aux grands complexes territoriaux à fossés liés à l’essor de la royauté dans le sud-est, comme Camulodunum, Verlamion ou Silchester.
Sur le choix de l’emplacement, on en sait davantage. La Ver, plus large qu’aujourd’hui et bordée de marais, pouvait se franchir à cet endroit, et un chemin y passait qui menait vers l’ouest aux sites de réduction du minerai de fer de Cow Roast, près de Tring ; le nom même de Verlamion a été rapproché d’un mot désignant un lieu au bord d’un marais ou au-dessus d’un étang. La vie des habitants, en revanche, échappe presque entièrement. Aucun plan de quartier d’habitation préromain n’apparaît dans les travaux consultés, et aucune estimation de population ne repose sur des données publiées.
L’enclos central, qu’on a lu tantôt comme une résidence royale, tantôt comme un lieu de cérémonie, se trouve sous le forum romain, dans le secteur de l’église St Michael et de son cimetière. En 2013 et 2014, une prospection magnétique menée par des bénévoles formés dans le cadre d’un projet universitaire a couvert une trentaine d’hectares du parc, mais au-dessus du forum elle n’a rendu qu’une image brouillée, à cause des remblais laissés par les fouilles anciennes. À l’endroit précis où se cache le cœur de Verlamion, ce sont donc les tranchées des archéologues d’hier qui aveuglent les instruments d’aujourd’hui.
Pour aller plus loin
Verlamion se lit avec Camulodunum, l’autre grand centre royal du sud-est, où Cunobelin a frappé monnaie, et avec la révolte de Boudicca, que Tacite fait passer par Verulamium en 60 ou 61 au livre XIV des Annales (XIV, 33). Le site conduit aussi vers les oppida de Gaule, comme Bibracte ou Levroux, et vers la question des rois clients de Rome aux marges de l’Empire.
Pour nous, une ville se reconnaît à ses rues, à ses maisons serrées et à ses places. Dans le sud-est de l’Angleterre, les Romains ont bâti une grande ville appelée Verulamium. Avant leur arrivée en 43, un peuple breton vivait déjà sur place et donnait au lieu un autre nom, Verlamion. Les archéologues se demandent s’il méritait déjà d’être appelé une ville.
Le bois de César
En 54 avant notre ère, le général romain César mène une expédition dans l’île. Il y poursuit un chef breton jusqu’à sa place forte, cachée par des bois et des marais. César explique alors ce que les Bretons appellent une ville. C’est un bois difficile à traverser, entouré d’un talus et d’un fossé. On s’y réfugie avec ses bêtes quand l’ennemi arrive.
César nomme ce refuge oppidum. Les archéologues emploient encore ce mot latin pour les grands sites fortifiés de l’époque. Plus tard, un auteur grec, Strabon, décrit la même chose. Pour lui, les forêts servent de villes aux Bretons, qui n’y restent pas longtemps.
Aucun des deux auteurs ne dit où se trouvait ce bois. Un archéologue anglais a cru le reconnaître à quelques kilomètres de Verulamium. Le texte de César ne permet pas de trancher.
Un nom sur la monnaie
Après César, un roi breton appelé Tasciovanus fait fabriquer des pièces. Sur certaines, des lettres sont placées entre les branches d’une étoile. Elles forment le nom VERLAMIO. Le British Museum date ces pièces des environs de 20 avant notre ère au début de notre ère.
Sous la ville romaine, les fouilleurs ont aussi trouvé des plaques d’argile percées de petits creux. On y faisait fondre de l’or ou de l’argent en petites billes. Ces billes servaient ensuite à frapper les pièces. La monnaie était donc probablement fabriquée sur place.
Un récit ancien voit dans ce lieu la capitale d’un peuple breton, les Catuvellauni. Un atelier de monnaie ne suffit pourtant pas à faire une capitale. En Gaule, plus de la moitié des lieux qui ont livré ces plaques étaient des habitats sans rempart.
Autour de la ville moderne, d’immenses fossés bordés de talus découpent encore le paysage. L’un d’eux atteint dix mètres de profondeur. Selon le service public du patrimoine anglais, il marquait peut-être la limite d’un grand domaine. Sa taille affichait aussi une autorité.
Les morts de Verlamion
Avant la construction d’un lotissement, des fouilleurs découvrent par hasard un cimetière près des murs de la ville romaine. Il compte 472 tombes. Presque tous les morts avaient été brûlés. Sept enclos entourés de fossés regroupent chacun une tombe riche et des tombes plus modestes. Aucune arme n’accompagne les défunts.
Sur une colline voisine, une autre fouille a mis au jour un enclos. Un homme important y a été brûlé vers l’an 50, peut-être un peu plus tard. On avait placé avec lui un char, des harnais décorés et une cotte de mailles en fer. Des morceaux de jarres à vin venues d’Italie se trouvaient aussi dans sa tombe.
Cet homme est mort quelques années après l’arrivée des Romains. Il a pourtant reçu des funérailles à la manière bretonne d’avant la conquête. Selon l’archéologue qui a dirigé la fouille, c’était peut-être un roi allié de Rome. Personne ne connaît son nom.
Une cinquantaine d’années après la conquête, un temple a été bâti juste à l’endroit du bûcher. On honorait peut-être ainsi sa mémoire. Le lieu des funérailles était devenu un lieu de culte.
Une ville très étalée
Dans les grands sites fortifiés de Gaule, on retrouve souvent des rues, des quartiers et des ateliers. À Verlamion, rien de tel n’est connu pour l’époque d’avant les Romains. Le cœur du site est un grand enclos. Il se trouve sous la grande place publique de la ville romaine, que les Romains appelaient le forum. On ne l’a aperçu que dans quelques petits trous de fouille.
L’archéologue Tom Moore pense pourtant que ces sites étaient des villes d’un autre genre. Selon lui, elles étaient très étalées et peu peuplées pour leur surface. Leur plan servait d’abord aux assemblées, aux cérémonies et à la vie des maisonnées. Verlamion en présente plusieurs traits, avec ses fossés géants, son atelier de monnaie, ses cimetières organisés et peut-être une route de procession.
On ne sait presque rien, en revanche, des maisons de ses habitants. Aucun plan de quartier de cette époque n’apparaît dans les études disponibles. Personne n’a pu estimer non plus leur nombre.
Le grand enclos du centre dort toujours sous le forum romain, et personne ne sait encore s’il abritait un roi ou des cérémonies.
La version complète détaille les os de porcs et de poules déposés dans les tombes, ainsi que la querelle sur les rois bretons élevés à Rome comme otages.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- César, Guerre des Gaules (De bello Gallico), V, 21, définition de l’oppidum des Bretons et prise de la place forte de Cassivellaunus, 54 avant notre ère [texte latin du livre V, éd. A. Reynolds, Londres, G. Bell, 1900, Internet Archive](https://archive.org/download/debellogallicol00caesuoft/debellogallicol00caesuoft.pdf
- Strabon, Géographie, IV, 5, 2, sur les forêts qui tiennent lieu de villes aux Bretons [traduction H. L. Jones (Loeb), LacusCurtius, université de Chicago](https://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Strabo/4E*.html
- Tacite, Annales, XIV, 33, sur le sac de Verulamium pendant la révolte de Boudicca [traduction J. Jackson (Loeb), Warwick Classics Network, université de Warwick](https://warwick.ac.uk/fac/arts/classics/warwickclassicsnetwork/romancoventry/resources/boudica/sources/tacitus
Voir les 34 sources restantesMasquer les autres sources
Sources primaires (suite)
- Monnaie de bronze de Tasciovanus, type à légende VERLAMIO (ABC 2679), étoile à huit branches et taureau à gauche dans une couronne, diam. 14 mm, 1,93 g, trouvée à Chesterford, vers 20 avant notre ère à 10 de notre ère – British Museum, Londres, 1919,0213 481 [fiche de collection](https://www.britishmuseum.org/collection/object/C_1919-0213-481
- Boîte en os, cimetière de King Harry Lane, tombe 118, fouilles I. M. Stead – British Museum, Londres, 1976,0501 298 [fiche de collection](https://www.britishmuseum.org/collection/object/H_1976-0501-298
- Cotte de mailles de fer pliée, sépulture de Folly Lane, vers 55 de notre ère, fouilles de 1991-1992 – Verulamium Museum, St Albans [fiche de la photothèque des St Albans Museums](https://museumimages.stalbans.gov.uk/view-item?i=8117
- Beech Bottom Dyke, fossé de la fin de l’âge du Fer, l. 30-35 m, prof. jusqu’à 10 m, St Albans et Sandridge – monument classé, liste nationale n° 1019136 [notice Historic England](https://historicengland.org.uk/listing/the-list/list-entry/1019136
Bibliographie
- R. E. M. Wheeler et T. V. Wheeler, Verulamium. A Belgic and Two Roman Cities, Reports of the Research Committee of the Society of Antiquaries of London XI, Oxford, 1936, 384 p., DOI 10,26530/OAPEN_1004996 [Society of Antiquaries of London, accès libre OAPEN](https://library.oapen.org/handle/20.500.12657/25098
- Sheppard Frere, Verulamium Excavations, vol. I, Reports of the Research Committee of the Society of Antiquaries of London XXVIII, Oxford, 1972 [Society of Antiquaries of London, accès libre OAPEN](https://library.oapen.org/bitstream/id/e8e5eedb-dc63-43fe-8fa8-f56ecaccf828/SAL_RR_vol_XXVIII.pdf
- J. R. Hunn, « The Earthworks of Prae Wood : An Interim Account », Britannia 11, 1980, p. 21-30 [Society for the Promotion of Roman Studies, Cambridge Core](https://www.cambridge.org/core/journals/britannia/article/earthworks-of-prae-wood-an-interim-account/1FEFF94C596E9427193FEFE588643055
- J. Tournaire, O. Buchsenschutz, J. Henderson et J. Collis, « Iron Age Coin Moulds from France », Proceedings of the Prehistoric Society 48, 1982, p. 417-435, DOI [10,1017/s0079497x00008458]( Prehistoric Societyhttps://doi.org/10.1017/s0079497x00008458
- John Collis, Oppida. Earliest Towns North of the Alps, Sheffield, 1984 University of Sheffield
- I. M. Stead et V. Rigby, Verulamium : the King Harry Lane Site, English Heritage Archaeological Report 12, Londres, 1989, 407 p. English Heritage et British Museum Publications
- D. S. Neal, A. Wardle et J. Hunn, Excavation of the Iron Age, Roman and Medieval Settlement at Gorhambury, St Albans, English Heritage Archaeological Report 14, Londres, 1990 English Heritage
- Rosalind Niblett, « A Catuvellaunian chieftain’s burial from St Albans », Antiquity, 1992 [Antiquity Publications, Cambridge Core](https://resolve.cambridge.org/core/journals/antiquity/article/catuvellaunian-chieftains-burial-from-st-albans/30BA2D885C82217BAB6C35A6D8A0AE7A
- Colin Haselgrove et Martin Millett, « Verlamion reconsidered », dans A. Gwilt et C. Haselgrove (dir.), Reconstructing Iron Age Societies, Oxbow Monograph 71, Oxford, 1997, p. 282-296 Oxbow Books
- Colin Forcey, « Whatever Happened to the Heroes ? Ancestral Cults and the Enigma of Romano-Celtic Temples », dans C. Forcey, J. Hawthorne et R. Witcher (dir.), TRAC 97, Oxford, 1998, p. 87-98, DOI [10,16995/TRAC1997_87_98]( Theoretical Roman Archaeology Conferencehttp://doi.org/10.16995/TRAC1997_87_98
- Rosalind Niblett, The Excavation of a Ceremonial Site at Folly Lane, Verulamium, Britannia Monograph Series 14, Londres, 1999, 456 p. Society for the Promotion of Roman Studies
- John Creighton, Coins and Power in Late Iron Age Britain, Cambridge, 2000, 249 p. Cambridge University Press
- Stephan Fichtl, La ville celtique. Les oppida de 150 av. J.-C. à 15 ap. J.-C., Paris, 2000 ; 2ᵉ édition, 2005 Éditions Errance
- Rosalind Niblett et Isobel Thompson, Alban’s Buried Towns. An Assessment of St Albans’ Archaeology up to AD 1600, Oxford, 2005, 413 p. [Oxbow Books avec English Heritage](https://pen-and-sword.co.uk/Albans-Buried-Towns-Hardback/p/26025
- Stephan Fichtl, « Murus et pomerium : réflexions sur la fonction des remparts protohistoriques », Revue archéologique du Centre de la France, 2006 [OpenEdition Journals](https://journals.openedition.org/racf/515
- Martin Pitts, « Re-thinking the Southern British Oppida : Networks, Kingdoms and Material Culture », European Journal of Archaeology 13 (1), 2010, p. 32-63, DOI [10,1177/1461957109355441]( avec résumé en français European Association of Archaeologistshttps://doi.org/10.1177/1461957109355441
- Tom Moore, « Beyond Iron Age ‘towns’ : Examining oppida as examples of low-density urbanism », Oxford Journal of Archaeology 36 (3), 2017, p. 287-305, DOI [10,1111/ojoa.12116]( [Durham Research Online](https://dro.dur.ac.uk/20346)https://doi.org/10.1111/ojoa.12116
- Tom Moore, « Alternatives to Urbanism ? Reconsidering Oppida and the Urban Question in Late Iron Age Europe », Journal of World Prehistory 30 (3), 2017, p. 281-300, DOI [10,1007/s10963-017-9109-4]( [Durham Research Online](https://dro.dur.ac.uk/21510/)https://doi.org/10.1007/s10963-017-9109-4
- Kris Lockyear et Ellen Shlasko, « Under the Park. Recent geophysical surveys at Verulamium (St Albans, Hertfordshire, UK) », Archaeological Prospection 24 (1), 2017, p. 17-36, DOI 10,1002/arp.1548 [UCL Discovery](https://discovery-pp.ucl.ac.uk/id/eprint/1474100
Sources en ligne
- [« The Iron Age oppidum of Verlamion »]( St Albans and Hertfordshire Architectural and Archaeological Societyhttps://www.stalbanshistory.org/category/archaeology/the-iron-age-oppidum-of-verlamion
- [« St Albans Timeline », section « The late Iron Age : Verlamion (55 BCE to 43 CE) »]( St Albans and Hertfordshire Architectural and Archaeological Societyhttps://www.stalbanshistory.org/promo/st-albans-timeline
- [« Folly Lane, St Albans, Hertfordshire : Plant Macrofossils from a High-Status 1st Century AD Cremation Burial and Associated Contexts », P. Murphy, AML Report 65/95]( Historic Englandhttps://historicengland.org.uk/research/results/reports/4555/FOLLYLANESTALBANSHERTFORDSHIRE_PLANTMACROFOSSILSFROMAHIGH-STATUS1STCENTURYADCREMATIONBURIALANDASSOCIATEDCONTEXTS
- [« Roman Amphorae from Folly Lane and Other Sites at St. Albans, Hertfordshire », D. F. Williams, AML Report 79/96]( Historic Englandhttps://historicengland.org.uk/research/results/reports/4635/ROMANAMPHORAEFROMFOLLYLANEANDOTHERSITESATSTALBANSHERTFORDSHIRE
- [« Animal Remains Associated with Late Iron Age - Roman Cremations at King Harry Lane », S. Davis, AML Report 192/1988]( Historic Englandhttps://historicengland.org.uk/research/results/reports/192-1988
- [« Coin Pellet Moulds from Old Place, Sleaford, Lincolnshire », Ancient Monuments Laboratory Report]( Historic Englandhttps://historicengland.org.uk/research/results/reports/3576/COINPELLETMOULDSFROMOLDPLACESLEAFORDLINCOLNSHIRE
- [« Verulamium : The King Harry Lane Site », notice et résumé de l’ouvrage]( Knihovna Akademie věd České republikyhttps://katalog.lib.cas.cz/KNAV/EdsRecord/edsebk,1686792
- [Compte rendu de R. Niblett, The Excavation of a Ceremonial Site at Folly Lane, par Angelika Abegg-Wigg, Germania 81, 2003, p. 644-648]( Propylaeum, université de Heidelberghttps://www.propylaeum.de/recensio-antiquitatis/rezensionen/zeitschriften/germania/81-2003/2/the-excavation-of-a-ceremonial-site-at-folly-lane-verulamium
- [Compte rendu de J. Creighton, Coins and Power in Late Iron Age Britain, par J. D. Hill, 2004]( The Prehistoric Societyhttps://www.ucl.ac.uk/prehistoric/reviews/04_04_creighton.htm
- [« Iron Age Kings »]( English Heritagehttps://www.english-heritage.org.uk/visit/places/lexden-earthworks-and-bluebottle-grove/history/iron-age-kings/
- [« Oppidum »]( Dictionnaire historique de la Suissehttps://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/007866/2017-03-13/



.jpg?width=500)

.jpg?width=500)





