Six cents perles de verre dans la chambre centrale du Hohmichele. Deux mille trois cents dans une tombe voisine, plus petite, installée douze mètres au sud-est. L’écart mesure ce que des gens sont venus prendre dans la grande chambre, un jour, sans qu’on sache lequel.
Quinze mille mètres cubes déplacés sous l’Ahnenerbe
Le Hohmichele se dresse sur la commune d’Altheim, à trois kilomètres et demi de la Heuneburg, la place forte qui commande la haute vallée du Danube. C’est l’un des plus grands tumulus d’Europe centrale. Gustav Riek, qui dirige l’institut de préhistoire de l’université de Tübingen, y ouvre un chantier en 1937 pour le compte de l’Ahnenerbe, la société savante de la SS. Quinze mille mètres cubes de terre sont déplacés en deux campagnes, le sommet rabattu jusqu’à mi-hauteur, et tout cesse en octobre 1938, la situation politique étant jugée trop menaçante.
Les dimensions publiées varient. On lit 78 mètres de diamètre et 13 de hauteur, ailleurs 80 et près de 13, ailleurs encore 85 et 13,5. Entamé par Riek, repris par Siegwalt Schiek entre 1954 et 1956, le tertre a été remblayé en 1960 jusqu’à une hauteur qu’on a voulue d’origine, et un mémorial aux forestiers tombés pendant les deux guerres a été planté au sommet.
Le tertre qu’on visite aujourd’hui n’est donc pas celui qu’on a fouillé.
Treize sépultures et vingt-deux foyers ont été repérés dans la masse du tumulus, ce qui en fait un lieu fréquenté sur plusieurs générations plutôt qu’une tombe isolée.
La chambre centrale, en madriers de chêne, mesurait 5,7 mètres sur 3,5, son sol tapissé de peau de bœuf. On la dit princière par convention, mot que Patrice Brun a mis au titre de sa synthèse de 1987 sans qu’aucun texte ancien ne l’autorise. Ouverte dans l’Antiquité, elle contenait encore des pièces de harnais, des fils d’or d’une étoffe brochée et près de six cents perles de verre.
Teckstraße 14, à Asperg
En 1964, des travaux de terrassement pour un nouveau quartier d’Asperg, en contrebas du Hohenasperg, recoupent un puissant massif de pierres. Le tumulus n’était plus visible ; on lui restitue une quarantaine de mètres de diamètre. Hartwig Zürn, du service régional des monuments historiques, fouille l’ensemble et trouve la chambre centrale ouverte et vidée dans l’Antiquité, comme celle du Hohmichele.
L’inventaire de ce qui subsistait reste impressionnant. Deux fibules de bronze plaquées or, des restes de service à boire en partie importés, deux pieds en lion provenant du support d’un chaudron, des fragments d’un char à quatre roues ferré et un lot de petites plaques d’os, d’ivoire et d’ambre. Deux de ces plaques sont des sphinges hautes de quelques centimètres, dont le visage est une pièce d’ambre logée dans un évidement. Le matériau est décrit tantôt comme de l’os, tantôt comme de l’ivoire, tantôt comme du bois de cerf, selon la publication qu’on ouvre, et cette hésitation porte sur des objets qui tiennent dans une main. Leur attribution a longtemps paru fixée, un atelier de Tarente vers 600 avant notre ère, donc un siècle avant la tombe. Une découverte italienne a rouvert la question. En 2018, à Belmonte Piceno, dans les Marches, on a sorti de terre un coffret d’ivoire de 15,7 centimètres sur 10, incrusté de figures d’ambre, daté de 560 à 540 avant notre ère et conservé au musée archéologique national des Marches, à Ancône. Joachim Weidig, qui l’a publié, rapproche les petites têtes d’ambre de son couvercle des sphinges du Grafenbühl et situe la main qui les a taillées à Chiusi, à Cortone, ou à Belmonte même.
Deux ans plus tôt, le même Zürn avait dégagé au pied d’un tumulus voisin, à Hirschlanden, une statue de grès de 150 centimètres figurant un homme nu à torque et poignard, inventoriée V64,9 au Landesmuseum Württemberg. Elle n’a rien à voir avec le Grafenbühl.
Le rapport préliminaire paraît en 1966 dans Germania, signé de Zürn et de l’archéologue classique Hans-Volkmar Herrmann, le volume complet en 1970. Dans sa propre revue, en 2009, le service des monuments historiques du Bade-Wurtemberg a jugé cette fouille insuffisamment documentée au regard des exigences actuelles. Toute lecture du mobilier d’Asperg part de cette réserve, y compris celle qui suit.
Kliné ou trône ?
Les plaquettes arrivent en vrac, et certaines se recomposent en motifs. Des éléments lancéolés donnent une rosette, un fragment d’os appartient à une volute et plusieurs morceaux d’ambre sont des feuilles de palmette. En 1990, dans Germania, Jutta Fischer les a montées sur le montant d’une kliné grecque, d’après un meuble du Céramique d’Athènes. Sa reconstitution a été reçue comme la preuve que l’aristocratie du Hallstatt occidental avait adopté le banquet couché des Grecs.
Dix-sept ans plus tard, Matthias Jung reprend le même lot dans la même revue et propose d’y voir le montant d’un trône. Son objection est méthodique. Un placage grec, seul, laisse ouverte la question du meuble, et la chambre vidée prive l’assemblage du contexte qui permettrait de trancher.
Des deux restitutions, celle de Jung a pour elle d’être la plus économique, puisqu’elle n’oblige pas à supposer au Grafenbühl un banquet couché dont rien d’autre, sur place, ne témoigne. Le débat ne peut pas être tranché avec ce qui subsiste. On tient des plaques de placage. On ne tient pas le meuble.
En 1969, un fil devient de la soie
Les textiles du Hohmichele forment l’un des lots les mieux conservés de l’âge du Fer européen. Hans-Jürgen Hundt les publie en 1962, puis revient sur un détail dans le Jahrbuch du Musée central romano-germanique de Mayence, daté de 1969. Sur un tissu de laine de la tombe VI, des fils clairs dessinent une broderie. Il y voit de la soie. L’information passe aussitôt dans les manuels, où elle mesure la portée des échanges méditerranéens de la Heuneburg.
Irene Good a repris la question en 1995 dans Antiquity. Son analyse écarte une soie chinoise et oriente vers une espèce sauvage de bombyx, ce qui déplaçait l’argument sans le détruire. En 2013, dans la même revue, Lise Bender Jørgensen a réexaminé toutes les soies de l’Europe de l’âge du Fer et conclu qu’aucune ne peut être confirmée. Une synthèse parue en juillet 2026 dans Science Advances range encore le Hohmichele et Hochdorf parmi les identifications contestées.
Le camp adverse garde deux appuis. Une identification qui n’est pas confirmée n’est pas une identification réfutée, et c’est bien le mot que Bender Jørgensen emploie. Quant à Good, en fondant l’examen des fibres archéologiques sur leur biochimie plutôt que sur leur apparence au microscope, elle a changé la méthode de tout un champ, y compris pour ceux qui contestent ses résultats.
Sans discussion possible, les broderies de laine comptent parmi les plus anciennes attestées en Europe. La tombe VI garde donc tout son intérêt textile, sur un autre terrain que celui des grandes distances.
Un neveu à Asperg, un oncle à Hochdorf
Les pilleurs prennent le métal et laissent les os. Cette régularité, qui n’intéressait personne tant qu’on cherchait des objets, est devenue décisive. En 2024, une équipe conduite par Joscha Gretzinger a publié dans Nature Human Behaviour les génomes de trente et un individus de sept sites du Bade-Wurtemberg, dont trois du Grafenbühl. Au Grafenbühl, l’homme de la chambre centrale se révèle apparenté au mort de Hochdorf, dans le même secteur du Hohenasperg. Le lien génétique est de type oncle-neveu ; la direction vient de la modélisation bayésienne des dates, qui place l’homme de Hochdorf en position d’oncle maternel. Les auteurs en tirent l’hypothèse d’une transmission dynastique passant par les femmes, et ils l’écrivent au conditionnel. D’autres liens rattachent les deux tumulus au Magdalenenberg, à plus de cent kilomètres et jusqu’à cent quarante ans d’écart.
Le même mouvement retouche la tombe VI du Hohmichele. La recherche des années 1980 y lisait une veuve sacrifiée, la femme couchée dans le char accompagnant l’homme étendu sur les madriers. En 2022, Dirk Krausse, Leif Hansen et Nicole Ebinger ont réexaminé le cas et jugent que la sépulture principale est celle de la femme, la plus richement parée d’ambre. L’ordre de lecture s’inverse sans qu’un seul objet nouveau soit sorti de terre.
Les pilleurs de Riedlingen ont laissé leur torche
Le mot « pillage » tranche la question avant qu’on la pose. Christoph Kümmel l’a montré en 2009 dans une étude consacrée à la réouverture des tombes préhistoriques : le terme installe l’idée d’un délit, et la recherche s’est occupée de reconstituer ce qui manquait plutôt que de traiter l’effraction comme un acte de la société étudiée.
Un chantier en cours donne enfin de la matière à cette approche. Depuis 2023, le service régional fouille à Riedlingen, dans la plaine du Danube, un tumulus de 65 mètres de diamètre. La chambre de chêne dégagée en 2024 a été datée par les cernes du bois, qui donnent l’année 584 avant notre ère.
Ce puits de pillage est devenu la meilleure partie du chantier.
Les pilleurs ont percé un puits latéral à travers le tertre et défoncé le bas de la paroi. Ils ont emporté le métal et les placages métalliques. Par-dessus, dans le puits, ils ont rejeté le reste, les os dispersés d’un homme de dix-sept à dix-neuf ans, des phalanges d’ours qui signalent une peau d’ours, et du bois en quantité.
Le bois est la surprise. Un tabouret ou une petite table presque complets, des éléments de char, un couvercle rond, des barreaux, des montants profilés qui appartiennent probablement à un siège ou à une caisse étroite. Une torche de bouleau et un éclat de bois résineux ont éclairé le boyau. Deux grands paniers d’osier ont fourni la date de l’effraction, qu’un premier radiocarbone situe au plus tôt deux siècles après l’inhumation, toujours à l’époque celtique. Le comblement du puits a créé en peu de temps un milieu humide et hermétique. Sans cette opération involontaire, estiment les fouilleurs, ces objets auraient été bien davantage exposés à l’oxygène. De la chambre provient une bande d’écorce de bouleau, sans doute un élément de récipient, où un étalon stylisé a été tracé au trait et au pointillé, alors que les motifs figurés du VIIᵉ et du début du VIᵉ siècle avant notre ère n’étaient connus jusqu’ici que sur le métal et la terre cuite. Les campagnes continuent, et le puits rebouché par les pilleurs rend aujourd’hui, morceau par morceau, le mobilier de bois qu’ils avaient dédaigné.
Pour aller plus loin
Le sujet touche à la tombe de Hochdorf, restée intacte et qui sert de terme de comparaison à tout ce qui manque au Grafenbühl, et à la Heuneburg, dont la nécropole du Bettelbühl a livré depuis 2005 des sépultures féminines non perturbées. Il croise aussi la chronologie du premier âge du Fer, puisque la datation du Hallstatt final repose en partie sur des chambres de bois dont les cernes se lisent encore.
Dans le sud-ouest de l’Allemagne, voici environ deux mille six cents ans, des chefs celtes se faisaient enterrer sous d’énormes buttes de terre. On déposait près d’eux un chariot, de la vaisselle, des bijoux. Presque toutes ces grandes tombes ont été ouvertes et vidées longtemps avant l’arrivée des archéologues. La question se pose donc à chaque fouille. Que peut-on encore apprendre d’une tombe dont le contenu a disparu ?
Deux buttes, deux chambres vides
La première butte se trouve près du Danube, non loin d’une forteresse celte. C’est l’une des plus grandes d’Europe centrale. Des archéologues allemands l’attaquent en 1937 et déplacent un tiers de la terre. Au centre, ils trouvent une chambre de bois déjà vidée dans l’Antiquité.
Ils ont pourtant de la chance. Un peu plus haut et sur le côté, une seconde tombe est intacte. Un homme et une femme y reposent avec un chariot à quatre roues, des vases de bronze, un carquois et un collier de deux mille trois cents perles de verre vert d’eau.
La seconde butte se trouve à l’autre bout de la région, en contrebas d’une colline appelée Hohenasperg. Des engins de chantier la recoupent en 1964, dans un bourg qui s’agrandit. Elle avait déjà disparu du paysage. Sa chambre aussi avait été vidée.
Une sphinge à visage d’ambre
Les voleurs ont laissé sur place de petites plaques d’os, d’ivoire et d’ambre. Deux d’entre elles représentent une sphinge, une figure à corps de lion et à tête humaine. Le visage est une goutte d’ambre encastrée dans un creux. L’objet fait quelques centimètres.
Ces plaques viennent du sud, d’un atelier d’Italie ou de Grande-Grèce. Lequel, on ne le sait pas. On a longtemps dit Tarente. Puis on a sorti de terre, dans les Marches italiennes, un coffret d’ivoire à figures d’ambre qui ressemble beaucoup aux pièces allemandes, et la question s’est rouverte.
Le meuble que personne ne sait nommer
Les petites plaques garnissaient un meuble. En 1990, Jutta Fischer les a remontées sur le pied d’un lit de banquet grec, le meuble sur lequel les Grecs mangeaient allongés. La démonstration a servi pendant des années à dire que l’aristocratie celte avait adopté les manières de table méditerranéennes.
Dix-sept ans plus tard, Matthias Jung a repris les mêmes fragments et proposé un trône. Son argument est simple. Un placage décoré ne dit pas à quel meuble il appartenait, et la chambre a été vidée, donc rien ne permet de vérifier. Le désaccord n’est pas réglé.
Une autre certitude s’est défaite. Dans la grande butte du Danube, un spécialiste des tissus avait cru reconnaître de la soie dans la broderie d’une étoffe de laine. L’information a fait le tour des manuels. Un réexamen plus récent a conclu qu’aucune des soies annoncées dans l’Europe de cette époque ne peut être confirmée. Les broderies de laine, elles, restent parmi les plus anciennes connues en Europe.
Les voleurs ont laissé le bois
Une fouille en cours change la façon de voir ces effractions. Dans un troisième tertre, une chambre de chêne a été construite en 584 avant notre ère. Des gens y ont creusé un puits, ont percé le bas d’une paroi et ont pris tout le métal.
Ils ont rejeté dans leur puits ce qui ne les intéressait pas. Le puits comblé, l’eau et l’absence d’air ont tout conservé. Les archéologues y ont trouvé un tabouret, des morceaux de chariot, un couvercle rond, deux paniers d’osier et une torche de bouleau.
Une analyse au radiocarbone faite sur un des paniers donne un résultat inattendu. L’effraction a eu lieu au moins deux siècles après l’enterrement, à l’époque celte encore. Ceux qui ont creusé savaient donc toujours où se trouvait la chambre, très longtemps après.
Au fond de ce puits comblé, les objets de bois sortent de terre un par un, tabouret compris.
La version complète donne la querelle entre les deux restitutions du meuble grec, le compte exact des perles retrouvées dans les deux chambres du grand tertre, et ce qu’une analyse d’ADN publiée en 2024 a tiré d’un squelette brisé.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Chambre centrale (tombe I) du Hohmichele, madriers de chêne, 5,7 × 3,5 × 1 m, sol tapissé de peau de bœuf, Heiligkreuztal, commune d’Altheim, Landkreis Biberach fouilles Gustav Riek, 1937-1938
- Tombe VI du Hohmichele, chambre de bois d’environ 3 × 2,40 m, char à quatre roues, carquois de 51 pointes de flèches en fer, collier d’environ 2 300 perles de verre vert d’eau
- Sphinges du Grafenbühl, os et ivoire à visage d’ambre rapporté, tumulus du Grafenbühl, Asperg Landesmuseum Württemberg, Stuttgart, collection celtique
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Sources primaires (suite)
- « Krieger » de Hirschlanden, grès de Stuben, h. 150 cm, inv. V64,9 Landesmuseum Württemberg, Stuttgart
- Coffret d’ivoire à incrustations figurées d’ambre de Belmonte Piceno, 15,7 × 10 × 6,7 cm, 560-540 avant notre ère Museo archeologico nazionale delle Marche, Ancône
- Chambre funéraire de Riedlingen, bois de chêne, dimensions intérieures d’environ 3 × 4 m, montée en 584 avant notre ère, et bande d’écorce de bouleau gravée d’un étalon Landesamt für Denkmalpflege, Regierungspräsidium Stuttgart
Bibliographie
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- Hartwig Zürn, *Hallstattforschungen in Nordwürttemberg. Die Grabhügel von Asperg, Hirschlanden und Mühlacker*, Veröffentlichungen des Staatlichen Amtes für Denkmalpflege Stuttgart, Reihe A 16, Stuttgart, 1970, 128 p.
- Jutta Fischer, « Zu einer griechischen Kline und weiteren Südimporten aus dem Fürstengrabhügel Grafenbühl, Asperg, Kr. Ludwigsburg », *Germania* 68, 1990, p. 115-127, DOI 10,11588/ger.1990,61602 Römisch-Germanische Kommissionhttps://doi.org/10.11588/ger.1990.61602
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Sources en ligne
- « Grabräuber ließen hochwertige Holzobjekte zurück » Archäologie Onlinehttps://www.archaeologie-online.de/nachrichten/grabraeuber-liessen-hochwertige-holzobjekte-zurueck-6463/
- « The question of prehistoric silks in Europe » Cambridge Core, *Antiquity*https://doi.org/10.1017/S0003598X00049140
- « Ur- und frühgeschichtlicher Grabraub » Waxmann Verlaghttps://www.waxmann.com/buch?isbn=9783830921950
- « « Krieger » von Hirschlanden », fiche d’objet V64,9 museum-digital Baden-Württemberghttps://bawue.museum-digital.de/object/11268
- « Die keltischen Prunkgräber Kleinaspergle und Grafenbühl » Ville d’Asperghttps://www.asperg.de/Tourismus-Freizeit/Sehenswertes/Keltische-Fuerstengraeber
- « Die Heuneburg AB 6 : Ein Holzkammergrab des Hohmichele » Landesbildungsserver Baden-Württemberghttps://www.schule-bw.de/faecher-und-schularten/gesellschaftswissenschaftliche-und-philosophische-faecher/geschichte/unterrichtsmaterialien/antike/kelten/heuneburg










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