La femme Reinbold a mal à la tête. Le maître d’école Beitelspacher a les membres paralysés, la femme du tuilier une plaie ouverte à la cuisse, la fillette de Haller un bras douloureux, les enfants de Daniel Schneider sont morts, Jergen Beltz a perdu une truie, Osswald Zaan un veau. Johannes Kepler a recopié ces malheurs un par un dans le mémoire qu’il prépare pour défendre sa mère, Katharina, détenue depuis l’été 1620 dans une tour de Güglingen, près de Heilbronn. Il ne conteste aucun des faits. Il rappelle seulement au juge que des hommes et des femmes meurent chaque jour de consomption, que les boiteux ne manquent dans aucune ville, et qu’on peut épargner au tribunal la mort des porcs et des bovins, qui arrive tous les jours.
Quarante-trois ans plus tôt, à Ribemont, en Vermandois, une autre accusée n’a eu personne pour faire ce calcul.
Douze plaintes contre une veuve de Leonberg
À Leonberg, petite ville d’environ mille habitants à l’ouest de Stuttgart, l’affaire part en 1615 d’une brouille entre deux femmes qui se fréquentaient. Ursula Reinbold affirme que Katharina Kepler, veuve d’environ soixante-huit ans, lui a fait boire un breuvage qui lui cause depuis des douleurs chroniques ; le maître d’école attribue bientôt sa boiterie à une autre boisson. Selon Ulinka Rublack, qui a reconstitué l’affaire dans les archives du Wurtemberg, le mot de sorcière est prononcé en public par un membre de la famille, le fils Heinrich, revenu à la maison l’hiver 1615 et furieux de ne pas trouver de viande à table. Les Kepler répliquent par une action en diffamation, la voie ordinaire pour laver une réputation, et elle se retourne contre eux. Quand le tribunal civil siège enfin, en septembre 1619, c’est la demande en dommages des Reinbold qu’il examine, et le rapport du bailli Lutherus Einhorn pousse l’Oberrat, le conseil supérieur de justice du duché, à ordonner l’audition de témoins sur les faits de sorcellerie. Katharina est arrêtée le 7 août 1620 (a. s.) au presbytère de Heumaden, chez sa fille. Toutes les dates wurtembergeoises sont données ici en ancien style, le duché luthérien ne passant au calendrier grégorien qu’en 1700. Après trois semaines dans une tour de Leonberg, son fils Christoph, potier d’étain installé sur la place du marché, obtient de la chancellerie ducale qu’on la transfère ailleurs, parce qu’il ne supporte pas l’idée de la voir conduite enchaînée jusqu’à l’hôtel de ville, sous ses fenêtres.
À Ribemont, au début de 1578, le mécanisme est le même. Un homme ressent en chemin un coup dans les reins et s’alite ; on dit bientôt qu’un sort a été jeté à l’endroit où il est passé, et des témoins y ont vu une habitante de cinquante ans répandre « quelques poudres ». Elle promet de le guérir, le veille, et il meurt. Elle s’enfuit, se cache dans une grange, et le lieutenant général du bailliage la fait arrêter. Bodin imprime son nom Antoine de Lonan ; la forme exacte, Antoine de Louen, figure dans des lettres d’Henri III de 1583 conservées aux Archives nationales. On écrit ici Harvillier, sans s final, pour le nom de l’accusée, parce que c’est la graphie imprimée par Bodin en 1580 ; la forme Harvilliers, courante aujourd’hui, se lit déjà en 1833 dans une chronique parisienne de Georges Touchard-Lafosse, qui déplace au passage le bûcher à Paris.
« Sans question, ny torture »
Antoine de Louen interroge Jeanne Harvillier au château, qui sert de siège au bailliage, et elle nie. Il a le droit de la soumettre à la question, c’est-à-dire à la torture judiciaire. Il s’en garde. Deux ans plus tôt, en 1576, un père et son fils, Nicolas et Claude Watier, avaient comparu devant lui pour « plusieurs sortileges » ; Nicolas était mort en prison des suites des tortures, le parlement de Paris s’était saisi de l’affaire, et le lieutenant général avait été suspendu, admonesté, puis réintégré, comme l’a retrouvé Éric Thierry dans les registres criminels de la cour. En face, la foule de Ribemont réclame un châtiment exemplaire et menace de forcer la prison, et l’on sait par Alfred Soman que le lynchage des sorciers restait une pratique réelle des campagnes françaises.
Jean Bodin, avocat au parlement de Paris installé à Laon depuis son mariage en 1576, est alors consulté, sans doute par le procureur du roi Claude de Fay. Il l’écrit lui-même au feuillet 169 verso de son traité, « Comme je fus d’advis qu’on s’enquist diligemment de la mere de Jeanne Harvillier ». Les enquêteurs rapportent de Verberie, entre Creil et Compiègne, qu’une trentaine d’années plus tôt sa mère y a été brûlée vive pour sorcellerie, sur sentence du bailliage de Senlis confirmée par le Parlement, et que Jeanne, jugée avec elle, a été fouettée.
Devant ce passé, l’accusée cesse de nier. Elle raconte avoir répandu la poudre pour se venger d’un homme qui avait battu sa fille, et qu’un passant innocent a reçu le coup à sa place. Interrogée plus avant, elle dit que la poudre venait du diable, qui lui avait été présenté à douze ans par sa mère sous la forme d’un grand homme noir, botté et éperonné. On cherche alors sur son corps la marque diabolique, ce point insensible que les démonologues disent caché sous les paupières, aux aisselles ou dans les parties intimes, et qu’on sonde avec de longues aiguilles. La marque est trouvée, Claude de Fay la voit. Le lendemain, la marque a disparu, et Bodin en conclut que le diable ne marque pas ceux dont il est sûr, en s’appuyant sur le pasteur genevois Lambert Daneau, qu’il a lu trop vite, puisque Daneau soutient que Satan marque tous les siens.
Le lieutenant général juge entouré d’un conseil de praticiens du droit, où Bodin dit avoir été appelé « le dernier jour d’Avril mil cinq cens septante et huict ». Tous votent la mort. Un conseiller propose la pendaison ; les autres, invoquant les lois divines et la coutume du royaume, retiennent le feu, et Jeanne Harvillier est condamnée à être brûlée vive. Elle ne fait pas appel. Après la sentence, on l’interroge encore sur le sabbat, qu’elle décrit avec les graisses, le transport dans les airs et l’homme noir que les assistants appellent Belzébuth, puis sur ses complices, un berger et un couvreur de Genlis, près de Chauny. Le récit colle si bien aux traités qu’il a probablement été soufflé par les questions des juges, comme le suppose Éric Thierry. Quant au jour du supplice, Bodin donne le 30 avril dans sa préface et le 29 à un autre feuillet, et rien ne permet de trancher entre les deux.
La Conciergerie du Palais
L’appel qu’elle n’a pas interjeté aurait tout changé. Le bailliage de Ribemont relève du parlement de Paris, dont le ressort couvre les deux tiers nord du royaume, entre huit et dix millions de sujets selon Alfred Soman. Premier historien à dépouiller systématiquement les registres criminels de la cour, Soman y a compté de 1540 à 1670 entre 1 254 et 1 288 prévenus de sorcellerie, auxquels s’ajoutent 97 affaires de magie et 49 appelants morts à la Conciergerie. En 1588, le procureur du roi réclame déjà que tout condamné pour sorcellerie soit tenu de faire appel. Le 20 juin 1603, un arrêt enjoint au lieutenant d’Aubenton, en Thiérache, de faire interpeller par ses greffiers les accusés qui n’appelleraient pas et de les envoyer « incontinent prisonniers en la Conciergerie du Palais ». En 1624, un arrêt général rend l’appel obligatoire en matière de sorcellerie, en reprenant mot pour mot un projet de 1601.
L’Empire procède autrement. La Constitutio Criminalis Carolina, code criminel adopté à la diète de Ratisbonne en 1532 et imprimé à Mayence par Ivo Schöffer en février 1533, punit du feu, à son article 109, celui qui nuit aux gens par sorcellerie, et laisse la sorcellerie sans dommage à l’appréciation des juges, après conseil. Elle n’ouvre pas d’appel contre la sentence finale. Son article 219 prévoit en revanche que le juge qui doute transmette les actes à une cour supérieure ou à la faculté de droit la plus proche, ce que les juristes allemands appellent l’Aktenversendung, l’envoi des actes. Le contrôle existe donc, mais il passe par des professeurs qui jugent sur les écritures, à plusieurs jours de route de l’accusée.
Le poids respectif des deux systèmes se lit dans des bilans qui restent des reconstitutions. Ulinka Rublack retient environ 73 000 personnes jugées pour sorcellerie en Europe entre 1500 et 1700 et 40 000 à 50 000 exécutions, dont 22 000 à 25 000 dans les terres de langue allemande, avec trois accusés sur quatre de sexe féminin. Ces chiffres agrègent des séries régionales de qualité très inégale et ne valent que comme ordre de grandeur, puisque, comme Soman le notait déjà en 1977, les archives subsistantes diffèrent d’une région à l’autre en quantité comme en qualité.
Tübingen ordonne de faire peur
À Güglingen, la procédure est écrite de bout en bout, ce qui la rend lente et coûteuse. Une première journée de droit se tient le 11 décembre 1620 (a. s.), après laquelle l’avocat de Katharina achève sa défense ; le bailli Ulrich Aulber traîne ensuite, jusqu’à ce que le vice-chancelier Faber, relancé par Kepler, lui ordonne de boucler l’accusation en quatorze jours. La journée pénale, le peinlicher Rechtstag, a lieu le 20 août 1621 (a. s.). Le procès-verbal note que l’accusée comparaît « malheureusement avec l’assistance de son fils Johann Kepler, mathématicien », et la défense reçoit trois jours pour répliquer.
Les actes partent ensuite à Tübingen, selon la voie de l’article 219. Les juristes de la faculté répondent que les indices ne suffisent pas pour la torture que réclame l’accusation, mais qu’ils ne sont pas assez affaiblis pour un acquittement pur et simple. Il faut donc faire sortir la vérité par la peur. C’est la territio, que la Carolina autorise, la présentation solennelle des instruments sans leur emploi.
Fin septembre 1621 (a. s.), le 27 selon la reconstitution la plus précise, Katharina Kepler, soixante-treize ans, est conduite devant le bourreau. Il lui montre les fers, les tenailles, les aiguilles, le chevalet, et décrit ce que chacun ferait à son corps. Elle répond qu’on peut faire d’elle ce qu’on voudra, et que même si on lui arrachait les veines du corps l’une après l’autre elle n’aurait rien à avouer, puis elle récite à genoux le Notre Père. Au début d’octobre, sur ordre du duc Jean-Frédéric de Wurtemberg, elle est libérée, après 405 jours de détention passés enchaînée au sol de pierre sous la garde de deux hommes, et le partage des 120 florins de frais de justice tourne encore à la querelle entre toutes les parties.
Elle meurt le 13 avril 1622 (a. s.), six mois après sa sortie. À Eltingen, son village natal, une statue du sculpteur Jakob Fehrle lui est consacrée en 1937 à l’initiative du maire Carl Schmincke, qui en fait le symbole d’une communauté de paysans et d’ouvriers conforme à l’esprit du nouveau régime, et Rublack relève qu’elle représente une jeune moissonneuse élancée, comme si la vieille femme de 1615 restait impossible à montrer.
Les magistrats ont-ils cessé de croire ?
Une image tenace fait de Jean Bodin le juge de Jeanne Harvillier, et même l’homme qui ordonne de la torturer. Elle vient d’un érudit picard, Charles Gomart, qui publie en 1849 et 1850 « La sorcière de Ribemont » dans trois revues savantes, décrit le visage de l’accusée que les sources ignorent, nomme des témoins que personne n’a nommés et fait lever Bodin, bonnet de laine noire à la main, pour annoncer la question ordinaire et extraordinaire ; romancières et auteurs dramatiques l’ont suivi jusqu’au téléfilm de 1974. Éric Thierry a remis les rôles en place, le juge est Antoine de Louen et l’aveu a été obtenu sans torture. Le camp adverse garde pourtant l’essentiel de son grief. Bodin a orienté l’enquête vers la mère, il a siégé dans le conseil qui a préféré le feu à la corde, et il a tiré du procès, avec les papiers que Claude de Fay lui a remis, un traité qui connaît treize éditions françaises entre 1580 et 1616 et qui tient pour suppôt de Satan quiconque nie la réalité des sorciers.
Sur la date et la cause du reflux, le débat savant est ancien. Robert Mandrou, en 1968, a lu la fin des procès comme une conversion des magistrats, qui en une cinquantaine d’années cessent d’accepter les dénonciations et les aveux sous l’effet d’une mentalité nouvelle propre à un groupe social fermé, la magistrature. Alfred Soman, à partir des registres que personne n’avait dépouillés avant lui, place le tournant plus tôt, dès 1588, et le fait passer par la procédure elle-même, avec l’appel de droit, le contrôle de la torture et la sanction des juges trop zélés, sans qu’il soit besoin de supposer que les conseillers aient cessé de croire au diable.
Le cas de Louen donne raison à Soman sur un point précis. Un juge de bailliage renonce à la torture en 1578 par crainte de la cour, pas par doute sur le sabbat, puisqu’il accueille sans objection le récit du grand homme noir. Pour les parlementaires des années 1670 qu’étudiait Mandrou, dont les arrêts relèvent d’une autre génération et d’un autre rapport aux preuves, sa lecture garde en revanche toute sa force.
Un brouillon coté A 209 Bü 1055
Le procès de Ribemont n’a laissé aucune archive propre. L’usage voulait qu’on détruise la procédure une fois la sentence exécutée, et l’on ne la connaît que parce que le procureur du roi en a donné les papiers à Bodin, qui les a résumés dans sa préface et dispersés dans ses feuillets. À Paris même, relève Maryse Simon, les sacs de procédures du Parlement ne subsistent que par épaves, dans la série U 1316 à 1329, si bien que la plupart des accusées ne sont connues que par l’arrêt qui les juge, jamais par ce qu’elles ont dit. Le cas Kepler se situe à l’autre extrémité, Rublack ayant trouvé à Stuttgart une procédure complète, fait rare, doublée des registres de Leonberg, assez riches pour reconstituer la vie entière d’une femme ordinaire.
L’un de ses feuillets figure parmi les objets de l’exposition permanente du Hauptstaatsarchiv de Stuttgart, station « Recht und Ordnung », sous la cote A 209 Bü 1055 Q. 66. Écrite pendant l’interrogatoire même, c’est l’audition des témoins du 14 juillet 1621 (a. s.) dans son état de brouillon, celui que les scribes mettaient ensuite au propre pour la suite de la procédure.
Pour aller plus loin
Ce sujet croise l’affaire des poisons, qui ramène la magie devant une juridiction d’exception parisienne à la fin des années 1670, et les procès de Salem en 1692, où les condamnés ont été pendus. Il rejoint aussi l’histoire de l’ordonnance criminelle de 1670, qui étend l’appel de droit à l’ensemble des crimes passibles d’une peine corporelle.
Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, des milliers de personnes, surtout des femmes, sont jugées en Europe pour sorcellerie. On les accuse d’avoir fait du mal à leurs voisins par des moyens magiques et d’avoir passé un pacte avec le diable. Deux affaires, l’une en France en 1578, l’autre en Allemagne en 1621, montrent comment une rumeur devient un procès, et ce qui pouvait encore l’arrêter.
Une querelle entre voisins
Tout part de petits malheurs. Dans la petite ville de Leonberg, près de Stuttgart, une femme accuse en 1615 sa voisine Katharina Kepler, une veuve d’environ soixante-huit ans, de lui avoir fait boire une boisson qui la rend malade. D’autres habitants ajoutent leurs plaintes, un maître d’école devenu boiteux, un enfant mort, une truie, un veau.
La famille Kepler porte plainte pour diffamation, mais l’affaire se retourne contre elle. Katharina est arrêtée en août 1620, puis enfermée dans une tour à Güglingen.
En France, à Ribemont, en Vermandois, c’est la même histoire au début de 1578. Un homme tombe malade après être passé à un endroit où l’on a vu Jeanne Harvillier, cinquante ans, verser des poudres. Il meurt. Elle s’enfuit, se cache dans une grange et finit arrêtée.
Un juge qui a peur de la torture
À Ribemont, le juge, Antoine de Louen, pourrait faire torturer l’accusée. Il ne le fait pas. Deux ans plus tôt, un homme qu’il avait fait torturer était mort en prison, et le parlement de Paris, la grande cour d’appel du nord du royaume, l’avait suspendu.
Le célèbre juriste Jean Bodin, consulté, conseille d’enquêter sur la mère de l’accusée. On découvre que celle-ci a été brûlée pour sorcellerie une trentaine d’années plus tôt. Jeanne avoue alors. Elle raconte que le diable lui a été présenté à douze ans sous la forme d’un grand homme noir. On cherche sur son corps une « marque du diable », que l’on croit trouver, puis qui disparaît le lendemain.
Les juges la condamnent à être brûlée vive. Elle ne fait pas appel et meurt le 29 ou le 30 avril 1578.
Deux façons de contrôler les juges
En France, les accusés pouvaient faire appel devant le parlement de Paris, qui surveillait de près les juges locaux et sanctionnait les plus zélés. À partir de 1624, cet appel devient même obligatoire pour les condamnés pour sorcellerie.
Dans le Saint-Empire, il n’y a pas d’appel. Mais quand un juge hésite, il doit envoyer toutes les pièces écrites à une faculté de droit, qui donne son avis.
Montrer les instruments de torture
C’est ce qui se passe pour Katharina Kepler. Son fils, le célèbre astronome Johannes Kepler, vient la défendre. Il rédige un long mémoire où il montre que les maladies et les bêtes mortes dont on accuse sa mère arrivent tous les jours, sans aucune magie.
Les professeurs de droit de Tübingen estiment qu’il n’y a pas assez de preuves pour la torturer, mais pas assez non plus pour l’acquitter. Ils décident de lui faire peur. Fin septembre 1621, le bourreau lui montre ses instruments et lui explique ce qu’il pourrait lui faire. La vieille femme de soixante-treize ans refuse d’avouer quoi que ce soit.
Elle est libérée au début d’octobre 1621, après 405 jours passés enchaînée. Elle meurt quelques mois plus tard, en avril 1622.
Une légende et un débat
Au XIXᵉ siècle, un érudit, Charles Gomart, a inventé une scène où Jean Bodin jugeait et faisait torturer Jeanne Harvillier. C’est faux, le juge était Antoine de Louen. Mais Bodin a bien poussé l’enquête vers la mère, siégé parmi ceux qui ont choisi le feu, et écrit à partir de ce procès un livre très lu contre les sorciers.
Les historiens discutent encore de la fin des procès en France. Pour Robert Mandrou, les juges ont peu à peu changé de mentalité au XVIIᵉ siècle. Pour Alfred Soman, le parlement de Paris freine les poursuites dès 1588, par des règles de procédure, sans que les juges cessent de croire au diable.
Les papiers du procès de Ribemont ont été détruits, comme c’était l’usage. Ceux du procès Kepler, au contraire, sont conservés. Une page de brouillon, écrite pendant l’audition de témoins du 14 juillet 1621, est aujourd’hui montrée aux visiteurs des archives de Stuttgart.
Le détail de la procédure de Güglingen, les registres du parlement de Paris et le débat entre historiens occupent l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Jean Bodin, De la demonomanie des sorciers, Paris, Jacques du Puys, 1580, in-4 ; préface, fol. à iii v°-à iv v° (procès de Ribemont), fol. 79 v°-80 (la marque), fol. 169 v° (enquête sur la mère), fol. 227 et 244 v° (dates du supplice), fol. 245 (remise des papiers du procès) ; exemplaire de la Réserve des livres rares, R-29359, foliotation d’après É. Thierry Bibliothèque nationale de France
- Constitutio Criminalis Carolina, peinliche Gerichtsordnung de Charles Quint adoptée à la diète de Ratisbonne en 1532, art. 109 (sorcellerie) et 219 (consultation des juristes) ; editio princeps, Mayence, Ivo Schöffer, février 1533 ; fac-similé consulté d’après l’exemplaire Bayerische Staatsbibliothek, 2 J.germ. 10#Beibd.1 (VD16 D 1069) DRQEdit, Heidelberger Akademie der Wissenschaften
- Audition de témoins (Zeugenverhör) du procès de Katharina Kepler, brouillon, 14 juillet 1621 (a. s.), exposition permanente, station « Recht und Ordnung », objet 40 Landesarchiv Baden-Württemberg, Hauptstaatsarchiv Stuttgart, A 209 Bü 1055 Q. 66
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Sources primaires (suite)
- Mémoire de défense rédigé par Johannes Kepler pour sa mère, 1620-1621, passage sur les maux des témoins, traduit en anglais par U. Rublack Hauptstaatsarchiv Stuttgart, fonds A 209 (Oberrat, Kriminalakten), cote de la pièce [À VÉRIFIER]
- Procès-verbal de la journée pénale (peinlicher Rechtstag) de Güglingen, 20 août 1621 (a. s.), mention de l’assistance de « Johann Kepler, Mathematici » Hauptstaatsarchiv Stuttgart, fonds A 209, rattachement au Bü 1055 [À VÉRIFIER]
- Arrêt du parlement de Paris du 20 juin 1603 enjoignant au lieutenant d’Aubenton de déférer aux appels des accusés de sortilège et de les envoyer à la Conciergerie, cité par A. Soman, Annales ESC, 1977 Archives nationales, X2B 213
- Arrêts du parlement de Paris sur la procédure des Watier et la suspension d’Antoine de Louen, 20 janvier et 23 février 1576, cités par É. Thierry Archives nationales, X2A 945 et X2B 88, n° 79 et 269
- Lettres d’Henri III du 17 août 1583 donnant la forme exacte du nom d’Antoine de Louen, citées par É. Thierry Archives nationales, J 798, n° 30
Bibliographie
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- Alfred Soman, « La décriminalisation de la sorcellerie en France », Histoire, économie et société 4 (2), 1985, p. 179-203 Histoire, économie et société
- Alfred Soman, Sorcellerie et justice criminelle : le Parlement de Paris (16e-18e siècles), Hampshire-Brookfield, 1992, XIII-328 p. Variorum
- Robert Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle. Une analyse de psychologie historique, Paris, 1968, 583 p., coll. « Civilisations et mentalités » Plon
- Maryse Simon, « La traque des cas de sorcellerie de Paris dans les archives », Source(s). Arts, civilisation et histoire de l’Europe 16, 2020 (mis en ligne en 2022), p. 131-149, DOI 10,57086/sources.142 Source(s)https://doi.org/10.57086/sources.142
- Éric Thierry, « Jean Bodin et la sorcière de Ribemont », p. 13-29, revue et année de parution [À VÉRIFIER] dépôt de l’auteur
- Ulinka Rublack, The Astronomer and the Witch : Johannes Kepler’s Fight for his Mother, Oxford, 2015 Oxford University Press
Sources en ligne
- « De la démonomanie des sorciers : a monseigneur M. Chrestophe de Thou,... ([Reprod.]) / par J. Bodin,... » Gallica, Bibliothèque nationale de Francehttps://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k52947m.r=jean+bodin.langEN
- « DRQEdit : PeinlGO. 1532 (1533) Halsgerichtsordnung Karls V., Constitutio Criminalis Carolina, CCC, Carolina) (Quellenverzeichnis) » Deutsche Rechtsquellen, Heidelberger Akademie der Wissenschaftenhttps://drw-www.adw.uni-heidelberg.de/drqedit-cgi/zeige?sigle=PeinlGO.+1532+%281533%29
- « Hexenprozess gegen Katharina Kepler », exposition permanente, objet 40 Landesarchiv Baden-Württemberg, Hauptstaatsarchiv Stuttgarthttps://www.landesarchiv-bw.de/hstas/dauerausstellung/kapitel_objekte.php?kapid=8&objektid=47
- « The Astronomer & the Witch : Kepler´s Mother », conférence d’Ulinka Rublack, 1er juin 2021 Gresham Collegehttps://www.gresham.ac.uk/sites/default/files/2021-06-01-1800_RUBLACK_Kepler-T.pdf
- « The Body of Evidence in Early Modern Germany » CSMBR, Fondazione Comelhttps://csmbr.fondazionecomel.org/blog/forma-fluens/body-of-evidence/
- « August 1620 : Kepler’s Mother Imprisoned for Witchcraft » American Physical Society, APS Newshttps://www.aps.org/apsnews/2015/08/kepler-mother-imprisoned-witchcraft
- « Katharina Kepler – Ort 1 », Frauenerinnerungsorte Landesfrauenrat Baden-Württemberghttps://www.lfrbw.de/themen/frauenerinnerungsorte/eugenie-von-soden-ort-1-5-51/
- « Katharina Kepler – « Hexe » von Leonberg » Zeitreise BBhttps://zeitreise-bb.de/k_kepler/
- « Ende des Hexenprozesses : Habgier gemischt mit kleingeistigem Denunziantentum », 20 octobre 2021 Leonberger Kreiszeitung, Stuttgarter Zeitunghttps://www.stuttgarter-zeitung.de/inhalt.ende-des-hexenprozesses-habgier-gemischt-mit-kleingeistigem-denunziantentum.67def19a-b364-4358-9cbd-013b5c71dbe1.html
- « Jean Bodin et la sorcière de Ribemont », dépôt d’Éric Thierry Academiahttps://www.academia.edu/35499221/Jean_Bodin_et_la_sorci%C3%A8re_de_Ribemont
- « Les procès de sorcellerie au parlement de Paris (1565-1640) » Perséehttps://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1977_num_32_4_293855
- « Les procès de sorcellerie au Parlement de Paris (1565-1640) », notes de l’article Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/annales-histoire-sciences-sociales/article/abs/les-proces-de-sorcellerie-au-parlement-de-paris-15651640/07CED01A61BC9AE5417E8557357241FC
- « La décriminalisation de la sorcellerie en France » Perséehttps://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1985_num_4_2_1393
- « Sorcellerie et justice criminelle : Le Parlement de Paris (16e–18e siècles) » Routledgehttps://www.routledge.com/Sorcellerie-et-justice-criminelle-Le-Parlement-de-Paris-16e18e-siecles/Soman/p/book/9780860783206
- « Diables et Diableries chez Tallemant des Réaux » Early Modern Francehttps://earlymodernfrance.org/node/134
- « La traque des cas de sorcellerie de Paris dans les archives » OpenEdition Journals, Source(s)https://journals.openedition.org/sourcesarche/142
- « Robert Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle. Une analyse de psychologie historique. », compte rendu, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1971 Perséehttps://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1971_num_18_1_2142_t1_0148_0000_1






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