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Biographie
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Johannes Kepler, mathématicien impérial à Prague

Époque moderne11 octobre 202617 min de lecture
Attributed to Hans von Aachen / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Douze mille six cent quatre-vingt-quatorze florins

En 1633, Ludwig Kepler, seul fils survivant du premier mariage, reçoit de la chambre impériale une obligation de 12 694 florins au nom de son père, mort trois ans plus tôt. La somme additionne des gages, des gratifications et des aides à l’impression que la cour des Habsbourg avait promis depuis 1601 sans jamais les solder entièrement. En 1717, le mari d’une petite-fille de Ludwig tente encore de recouvrer la créance, et la commission chargée de liquider les dettes de la cour le déboute au motif qu’elle ne reconnaît plus rien d’antérieur à 1680.

Le créancier signait ses livres Ioannes Keplerus, les actes allemands l’écrivent Kepler ou Keppler, et la page de titre de l’Astronomia nova le dit mathématicien de Sa Majesté césarienne. On gardera ici « mathématicien impérial » plutôt que l’« astronome de la cour » des manuels, parce que c’est le mot des imprimés et des actes de gages. Sa naissance n’est connue que par lui. Dans un horoscope commenté qu’il dresse en 1597, il se dit né à Weil der Stadt, ville libre d’Empire proche de Stuttgart, le jeudi 27 décembre 1571 (vieux style), en début d’après-midi, heure qu’il corrige ensuite d’une heure (Gesammelte Werke, vol. 19, p. 328-337) ; les dates postérieures à 1582 sont données ici en style grégorien. Fils d’un soldat et petit-fils d’un bourgmestre de Weil, boursier du duché luthérien de Wurtemberg, il entre en septembre 1589 au Stift de Tübingen, le séminaire où le duché forme ses pasteurs, et Michael Maestlin lui enseigne l’astronomie, y compris, avec réserve, celle de Copernic.

En 1594, les états protestants de Styrie demandent à Tübingen un mathématicien. Kepler interrompt sa théologie pour enseigner à l’école de la province, à Graz, et rédiger chaque année le calendrier avec ses pronostics. En 1596 paraît le Mysterium cosmographicum, qui loge les cinq polyèdres réguliers entre les orbites des six planètes connues ; le sénat de Tübingen en a fait retirer le chapitre sur l’accord entre Copernic et l’Écriture. Expulsé le 1ᵉʳ août 1600 avec les protestants qui refusent la conversion, il arrive à Prague le 19 octobre suivant, auprès de Tycho Brahe.

Tycho meurt le 24 octobre 1601. Dans les jours qui suivent, Rodolphe II confie à Kepler les instruments et les travaux inachevés du Danois, avec 500 florins de gages annuels. En 1609, l’Astronomia nova fait de l’orbite de Mars une ellipse dont le Soleil occupe un foyer, parcourue de telle sorte que le rayon joignant la planète au Soleil balaie des aires égales en des temps égaux. Au chapitre 19, Kepler dit avoir renoncé au cercle parce qu’il s’écartait de huit minutes d’arc d’observations de Tycho qu’il tenait pour sûres (Gesammelte Werke, vol. 3, éd. Max Caspar, 1937). En 1611, Rodolphe doit céder la Bohême à son frère Matthias, un fils de six ans, Friedrich, meurt de la variole, puis sa femme Barbara, épousée à Graz en 1597. L’empereur meurt le 20 janvier 1612, et Kepler quitte Prague à la mi-avril pour Linz, où les états de Haute-Autriche l’ont engagé dès juin 1611.

Ils le salarient 400 florins, pendant que Matthias le confirme mathématicien impérial pour 300. Il publie en 1619 l’Harmonices mundi, dont le cinquième livre lie le carré des périodes des planètes au cube de leurs distances moyennes, et l’Epitome astronomiae Copernicanae, dont la première partie est mise à l’Index la même année. De 1615 à 1621, il conduit la défense de sa mère accusée de sorcellerie. Les Tables rudolphines sortent des presses d’Ulm en septembre 1627, puis Wallenstein l’installe à Sagan, en Silésie. Parti en octobre 1630 pour toucher des intérêts à Linz, il s’arrête le 2 novembre à Ratisbonne, y prend la fièvre et meurt le 15. Le cimetière Saint-Pierre où on l’enterre est ravagé pendant la guerre, et l’emplacement de sa tombe s’est perdu.

Presque tout ce qui précède repose sur des documents de sa main, horoscopes, lettres, préfaces, récits de calcul, et les pièces écrites par d’autres sont surtout comptables. Il faut maintenant prendre ces sources une à une, savoir qui les a gardées et éditées, et suivre ses volumes manuscrits jusqu’à Saint-Pétersbourg ; puis reprendre trois épisodes disputés, la saisie des journaux d’observation de Tycho après 1601, la table du chapitre 53 de l’Astronomia nova accusée en 1988 d’avoir été fabriquée, et la note du Somnium où Kepler rattache le procès de sa mère à son propre manuscrit ; enfin regarder comment sa réputation s’est bâtie et ce qu’on ignore toujours de ses rapports avec l’empereur dont il portait le titre.

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