Près de vingt mille florins prêtés à intérêt. Un peu plus de dix mille pour l’université de Würzburg, cinq mille pour les couvents dont trois mille aux seuls carmes, trois mille six cents pour les juges examinateurs et le greffier des causes criminelles. L’extrait de compte qui aligne ces sommes couvre les années 1627 à 1629 et se trouve aux archives d’État de Würzburg sous la cote Geistliche Sachen 1240. Les recettes proviennent des biens saisis sur les personnes brûlées pour sorcellerie dans le Hochstift, c’est-à-dire dans le territoire que le prince-évêque gouverne comme souverain temporel.
Ces deux années sont le sommet d’une vague qui traverse la Franconie entre 1626 et 1631, dans deux principautés voisines. L’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, a produit les plus grandes chasses aux sorcières de l’histoire européenne, bien après la fin du Moyen Âge.
Deux neveux du même oncle
Le chapitre cathédral de Würzburg élit Philipp Adolf von Ehrenberg le 6 février 1623 ; Urbain VIII confirme le choix le 19 mars 1624. À Bamberg, Johann Georg II Fuchs von Dornheim reçoit le siège le 13 février de la même année. Tous deux sont neveux de Julius Echter von Mespelbrunn, prince-évêque de Würzburg de 1573 à 1617, sous lequel Gerolzhofen avait déjà vu brûler quatre-vingt-dix-neuf personnes en 1616 et quatre-vingt-huit l’année suivante.
Le bras théologique du prince de Bamberg est son suffragant Friedrich Förner, qui publie à Ingolstadt en 1626 un recueil de sermons contre les superstitions et les illusions du diable, la Panoplia armaturae Dei. C’est à lui que la tradition attribue la conception de la prison spéciale que Dornheim fera bâtir l’année suivante.
La pression ne vient pourtant pas seulement d’en haut, et c’est le point que la vulgarisation manque le plus souvent. En 1625, la peste passe à Würzburg ; en 1626, des gelées détruisent les céréales et la vigne. Un registre d’Ochsenfurt note qu’au matin du 17 avril 1627, par crainte pour les ceps, des bourgeois se sont attroupés sur le pont et dans les rues, se sont plaints les uns aux autres, puis sont allés trouver le zentgraf pour lui désigner des suspects. Les protocoles de cette zent montrent qui se retrouve en détention l’été suivant, dont Hans Götz, apprenti cordonnier de quinze ans qui s’est accusé lui-même, et Magdalena, douze ans, emprisonnée avec sa mère boulangère.
Wolfgang Behringer a lié en 1995 ce genre d’attroupement aux mauvaises récoltes du Petit Âge glaciaire, et la lecture s’est imposée pour l’Allemagne du Sud. Une étude récente sur la Prusse royale ne retrouve pas la corrélation hors des foyers principaux. Le climat donne le moment, il laisse entière la question de savoir pourquoi Nuremberg, à soixante kilomètres de Bamberg, reste presque intacte.
Discite iustitiam moniti
Le bâtiment sort de terre entre juin et août 1627, sur l’ancien champ de tir, à l’emplacement de l’actuelle Franz-Ludwig-Straße. Le plan gravé donne vingt-six cellules individuelles et deux plus grandes, pour une trentaine de détenus, avec un corps de bâtiment séparé pour la question. Au-dessus du portail, une statue de la Justice portait l’inscription DISCITE IUSTITIAM MONITI ET NON TEMNERE DIVOS, vers emprunté au sixième livre de l’Énéide, que Friedrich Leitschuh a imprimée en 1883 avec le verset des Rois qui la flanquait. Le prince-évêque a diffusé lui-même l’eau-forte qui représente la façade et le plan, aujourd’hui à la Staatsbibliothek de Bamberg sous la cote V B 211m, longtemps attribuée à Matthäus Merian l’Ancien et rendue depuis à Peter Isselburg. Des maisons du même type sortent de terre à Zeil am Main, à Hallstadt et à Kronach.
À l’intérieur, la procédure suivait un ordre fixe. Les personnes arrêtées étaient en règle générale examinées treize fois, et la torture progressait par degrés, liens, poucettes, brodequins, élévation à l’échelle, verges. Un jugement rendu à Bamberg le 12 octobre 1629 condamne huit personnes qui n’y sont pas nommées mais numérotées de un à huit, dont quatre reçoivent des tenailles rougies au feu et deux la main droite tranchée avant le bûcher.
Le chancelier part à Spire
Le 27 décembre 1627, le chancelier du Hochstift de Bamberg, Georg Haan, quitte la ville pour Spire. Il va attaquer son propre prince devant le Reichskammergericht, seul recours ouvert à un sujet contre un déni de justice seigneurial, parce que sa femme Katharina est menacée d’une dénonciation. Le commissaire aux sorcières du territoire, Georg Harsee, convoitait sa charge et avait tout intérêt à ce que le voyage tourne mal.
Katharina Haan est arrêtée le lendemain du départ de son mari, torturée, amenée à des aveux qu’elle rétracte à l’interrogatoire suivant. Les conseillers et échevins réunis à l’hôtel de ville la condamnent au feu le 19 janvier 1628, et un billet de grâce du prince commue la peine en décapitation ; la date de l’exécution reste inconnue, l’archevêché de Bamberg le reconnaît aujourd’hui, et les recensements locaux retiennent le 24 janvier. La fille aînée, Katharina Röhm, est exécutée en décembre à vingt-neuf ans, laissant un petit garçon prénommé Wolf ; sa sœur Ursula Maria passe l’année suivante. L’électeur de Bavière propose de prendre le chancelier à son service à Amberg, Dornheim refuse, et Haan est exécuté à l’aube du 14 juillet 1628 dans l’ancienne cour épiscopale, après qu’on lui a lu une déposition attribuée à son fils Georg Adam.
Sous la torture, Haan avait nommé un ancien bourgmestre.
Johannes Junius, né en 1573, conseiller de la ville depuis 1608 et bourgmestre à cinq reprises, est arrêté le 28 juin 1628. Son procès-verbal d’interrogatoire et sa lettre sont conservés ensemble à la Staatsbibliothek de Bamberg, sous les cotes RB.Msc.148/299 et RB.Msc.148/300, transcrits ligne à ligne par Johannes Hasselbeck et Robert Zink en 2013. Les quatre pages du 24 juillet 1628 s’ouvrent sur une formule que Junius répète trois fois, « Vnschuldig bin ich in das gefengnus kommen ». Il décrit ensuite la mécanique, et c’est ce qui rend le document unique. On lui présente des témoins, il demande qu’ils soient assermentés et interrogés dans les formes, on le lui refuse. Le bourreau, en le ramenant au cachot, lui conseille d’inventer quelque chose, vrai ou faux, parce que personne ne ressort de cette maison. Il invente une rencontre au bord d’une source, un bouc, un baptême diabolique ; puis on exige des noms, et il énumère les rues de Bamberg l’une après l’autre en désignant des gens qu’il ne connaît pas. Il écrit à sa fille que tout cela est mensonge et lui conseille de partir six mois en pèlerinage, le temps que la maison se remplisse d’autres. Il est brûlé le 6 août 1628.
Combien coûtait un bûcher
Avant 1627, le règlement des frais de justice criminelle édicté par Julius Echter en 1594 ne prévoyait rien de particulier pour la sorcellerie, qui relevait de la poursuite d’office selon la Caroline, l’ordonnance criminelle impériale de 1532. Les frais étaient répartis sur tous les membres de la zent, et un compte du zentgraf de Remlingen pour 1617 montre le mécanisme, quatre cent quarante-deux florins de recettes contre quatre cent vingt-cinq de dépenses, l’excédent restant sur place. Dénoncer revenait à faire payer son propre village, ce qui freinait les accusations.
Le mandat de 1627 renverse cela. Présenté au chapitre cathédral au printemps, il expose d’abord une théologie de la colère, un Dieu qui a envoyé la faim, la peste et la guerre sans résultat et détruira le pays comme Sodome si l’autorité n’agit pas. Puis il fait porter les frais aux seules familles des suppliciés, selon des quotas fixes, un tiers du patrimoine si le condamné laisse des enfants, la moitié s’il a des parents jusqu’au second degré, la totalité s’il n’a personne. Les quotas étant indépendants des dépenses réelles, un excédent devient possible, et l’argent remonte à Würzburg. Robert Meier, qui a publié en 2019 une monographie sur ces procès, observe pourtant que le mandat ne peut pas expliquer la naissance de la vague, puisqu’il paraît au début de l’été 1627 alors qu’elle roule depuis l’automne précédent. Faire de l’argent le moteur principal passe à côté de ce que ces procès ont d’effrayant, à savoir que leurs acteurs y croyaient.
Cent cinquante-sept noms imprimés à Lemgo
Le document le plus reproduit sur Würzburg n’a aucun équivalent dans les registres d’archives. Il s’agit d’un relevé des personnes exécutées dans la ville par l’épée puis brûlées, arrêté au 16 février 1629, imprimé en 1745 à Lemgo par Eberhard David Hauber, surintendant luthérien, dans le trente-sixième fascicule de sa Bibliotheca sive Acta et Scripta Magica.
Le relevé va jusqu’au vingt-neuvième brand, le vingt-neuvième feu, et nomme cent cinquante-sept personnes. Il commence par quatre femmes désignées par leur seul surnom de métier ou de veuvage, et la suite dément à elle seule l’idée que ces bûchers n’auraient atteint que de vieilles femmes pauvres. On y lit une sage-femme avec la note marginale selon laquelle toute l’affaire vient d’elle, la femme d’un bourgmestre, un marchand en gros, l’apothicairesse de l’enseigne du Cerf et sa fille, une fillette de neuf ou dix ans et sa sœur plus jeune, la mère des deux petites au feu suivant, un aveugle, un étudiant qui savait plusieurs langues et passait pour un musicien remarquable, une dizaine de vicaires et de chanoines de Haug et du Neumünster, et deux pages nobles brûlés avec leur civière. Une harpiste s’est pendue. Le fonds du Diözesanarchiv de Würzburg consacré aux procès contre les clercs, soixante-sept unités de description pour les années 1621 à 1631, contient de son côté un relevé de quarante-trois ecclésiastiques exécutés entre 1627 et 1629.
Une continuation du relevé, poussée jusqu’au quarante-deuxième feu et portant le total à deux cent dix-neuf, était connue au XVIIIᵉ siècle du biographe de l’évêque. Les deux chiffres ne concernent que la ville. Pour l’ensemble du Hochstift, le total de neuf cents que l’on répète partout vient, selon Soldan et Heppe, d’une notice imprimée avec la censure de Bamberg, donc d’un imprimé de propagande plutôt que d’une série de comptes. Mieux vaut le donner avec cette origine que comme un acquis, parce que personne n’a reconstitué la série qui le soutiendrait. Les comptages de Bamberg sont aussi mous. L’archevêché parle aujourd’hui d’environ neuf cents poursuivis et six cents exécutés entre 1626 et 1631, le monument municipal retient un millier pour 1612-1631, une brochure imprimée à Bamberg en 1659 avec l’accord de l’évêque donnait déjà six cents. Britta Gehm, dont la thèse reste la référence pour ce territoire, a joint à son livre une liste chronologique nominative des victimes, la seule manière honnête de procéder.
L’ordre de grandeur européen a beaucoup baissé en un demi-siècle de recherche. Les travaux convergent vers quarante à soixante mille exécutions pour toute l’Europe entre le XVᵉ et le XVIIIᵉ siècle, le Deutsches Historisches Museum retenant environ soixante mille et Robert Muchembled quarante mille. Le chiffre de neuf millions, qui survit dans les brochures, a une origine datée. Gottfried Christian Voigt, syndic de Quedlinburg, l’a publié en 1784 dans la Berlinische Monatsschrift en extrapolant à l’Europe entière un ensemble d’archives locales, et en reprochant à Voltaire d’avoir été trop prudent avec ses quelques centaines de milliers. Wolfgang Behringer a reconstitué en 1998 l’histoire de ce calcul. À Quedlinburg même, on a pu retrouver une trentaine de bûchers.
Rinteln, chez l’imprimeur Peter Lucius
En 1631 paraît chez Peter Lucius, imprimeur luthérien de Rinteln sur la Weser, un livre latin sans nom d’auteur, la Cautio criminalis seu de processibus contra sagas liber, attribuée sur la page de titre à un théologien romain. L’auteur est le jésuite Friedrich Spee, qui enseigne alors la théologie morale à Paderborn ; Frank Sobiech, qui a repris le dossier en 2019, suppose qu’un noble de la région a fourni le manuscrit à l’imprimeur sans l’accord de Spee. La tradition fait par ailleurs de Spee un confesseur de condamnées dans la tour aux sorcières de Würzburg, et elle est mal documentée. La matière du livre vient de la pastorale de prison des jésuites rhénans, connue par les lettres annuelles inédites des deux provinces.
Les bûchers s’arrêtent par le haut, et par la guerre. Le Reichshofrat de Vienne émet un premier mandat contre Bamberg le 18 décembre 1629, puis un second, plus dur, en mai 1630. Dorothea Flock, née à Nuremberg dans une famille patricienne, est exécutée le 17 mai 1630 à six heures du matin, décapitée par grâce avant le feu, avant que le décret obtenu à Rome le 20 avril ne produise son effet. Ferdinand II écrit à Dornheim pour se réserver la nomination du juge en chef, critiquer les arrestations suivies de torture immédiate, et interdire la confiscation des biens, qu’il qualifie de très sale. Le cabinet épiscopal finit par conseiller de restreindre les procès, faute de savoir avec quel argent en payer les frais. Le 11 février 1632, les Suédois occupent le Hochstift et ouvrent les dernières cellules ; Ehrenberg était mort le 16 juillet 1631, quelques semaines avant la prise de Würzburg par Gustave-Adolphe.
Trois siècles et demi plus tard, la ville de Bamberg a refusé de réhabiliter les victimes, et l’argument est juridique. Une réhabilitation ne peut venir que de l’institution qui a commis l’atteinte ou de son successeur en droit ; or la justice qui a condamné était celle du Hochstift, principauté d’Empire dont le successeur est l’État libre de Bavière, alors que la municipalité a vu huit de ses bourgmestres finir au bûcher. La demande a été écartée en 2013 pour incompétence. Le conseil municipal a en revanche adopté à l’unanimité, le 29 avril 2015, le texte d’une plaque, et le 2 août suivant a été inauguré derrière le château de Geyerswörth le Brandmal, sculpture lumineuse au ras du sol, en acier Corten et verre acrylique, due à Miriam Giessler et Hubert Sandmann, dont la surface change de couleur avec les intempéries. La question de savoir qui, de l’État bavarois ou de personne, doit répondre des sentences du Hochstift attend toujours une réponse.
Pour aller plus loin
Les procès de Salem en 1692 offrent la même mécanique de dénonciations en chaîne dans une colonie anglaise de quelques centaines d’habitants, avec des pendaisons à la place des bûchers. L’affaire des poisons sous Louis XIV montre une chambre de justice royale qui juge la magie de cour et s’arrête net quand les aveux atteignent l’entourage du roi. La guerre de Trente Ans, enfin, avec ses armées et ses réquisitions, forme l’arrière-plan immédiat des années 1626 à 1632 en Franconie.
On imagine les bûchers de sorcières au Moyen Âge. Les plus grands ont eu lieu bien plus tard, au XVIIᵉ siècle, et surtout dans l’Allemagne d’alors. Deux petits États voisins de Franconie, Würzburg et Bamberg, en offrent l’exemple le plus meurtrier. Dans chacun, le même homme était à la fois évêque et prince. Il nommait les juges, dirigeait la chancellerie et décidait des grâces.
Deux princes élus la même année
En 1623, deux neveux du même oncle prennent la tête de ces deux États. Ils veulent des pays entièrement catholiques et obéissants. À Bamberg, un évêque auxiliaire, théologien, prêche contre les superstitions et le diable, et c’est lui qui conçoit la prison spéciale.
Les années qui suivent sont dures. La peste passe, puis des gelées détruisent le blé et la vigne. Dans une petite ville proche de Würzburg, un registre note qu’au matin d’une gelée d’avril 1627, des habitants se sont rassemblés dans les rues, se sont plaints, puis sont allés donner des noms au juge local. La peur ne venait donc pas seulement des princes. Elle montait aussi des villages.
Une prison construite pour ça
À Bamberg, en trois mois de l’été 1627, on bâtit une maison de pierre destinée aux seuls accusés de sorcellerie, vingt-six petites cellules, deux plus grandes, et un bâtiment séparé pour la torture. Au-dessus de la porte, une statue de la Justice et une phrase latine invitant les passants à apprendre la justice. Le prince fit graver le bâtiment et son plan, puis diffusa l’image.
Les interrogatoires suivaient un ordre fixe. On examinait la personne une dizaine de fois, et la douleur augmentait par étapes. Un jugement d’octobre 1629 condamne huit personnes qui n’y sont même pas nommées, seulement numérotées.
Le chancelier et le bourgmestre
À Bamberg, les procès frappent d’abord les notables. Le plus haut fonctionnaire du pays part fin 1627 pour la ville de Spire, afin d’attaquer son propre prince devant une cour suprême de l’Empire, seul recours possible. Sa femme est arrêtée le lendemain de son départ, torturée, condamnée au feu, puis décapitée par faveur. Deux de leurs filles suivent. Lui-même est exécuté à l’aube, en juillet 1628, après qu’on lui a lu une fausse déclaration attribuée à son fils.
Sous la torture, il avait cité un ancien bourgmestre. Cet homme, arrêté à son tour, a réussi à écrire quatre pages à sa fille depuis sa cellule. Il y raconte le refus des juges d’entendre ses témoins dans les formes, le conseil du bourreau d’inventer quelque chose pour faire cesser la douleur, et les noms qu’il a fini par citer au hasard, rue par rue. Il écrit qu’il est innocent et que ses aveux sont faux. La lettre a été saisie par les juges, et c’est pour cette raison qu’elle existe encore.
L’argent, et ce qu’il n’explique pas
On dit souvent que ces princes brûlaient pour s’enrichir. Les comptes conservés permettent de vérifier.
Avant 1627, les frais des procès criminels étaient partagés entre tous les habitants du ressort judiciaire. Dénoncer quelqu’un revenait donc à faire payer son propre village, ce qui freinait les accusations. Un mandat de 1627 change la règle. Désormais la famille du supplicié paie seule, selon un pourcentage fixe de ses biens, un tiers, la moitié ou la totalité selon les héritiers restants. Comme le pourcentage ne dépend pas des dépenses réelles, il peut rester de l’argent. Un compte montre où il est allé, des prêts à intérêt, une grosse somme à l’université, le reste à des couvents et aux juges.
L’explication par la cupidité reste pourtant insuffisante. Le texte paraît alors que la vague de procès a déjà commencé, et il n’explique pas pourquoi les juges croyaient à ce qu’ils faisaient.
Combien de morts
Le document le plus cité sur Würzburg n’a aucun équivalent officiel. Il s’agit d’une liste imprimée en 1745, plus d’un siècle après les faits, par un savant protestant. Elle nomme cent cinquante-sept personnes exécutées jusqu’en février 1629, des femmes pauvres, mais aussi des enfants de neuf à douze ans, des prêtres, des notables, un étudiant réputé pour ses langues et sa musique.
Le chiffre de neuf cents morts qu’on répète pour l’ensemble du territoire vient d’une feuille imprimée à l’époque. Personne n’a reconstitué le comptage qui le soutiendrait. Pour l’Europe entière, les historiens retiennent aujourd’hui entre quarante mille et soixante mille exécutions. Le total de neuf millions qui circule encore a été calculé en 1784 par un juriste allemand, à partir d’un seul fonds local, puis répété pendant deux siècles.
Les cotes d’archives, le nom des personnes et la manière dont les procès se sont arrêtés occupent l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Lettre de Johannes Junius à sa fille Veronica, Bamberg, 24 juillet 1628, quatre pages autographes rédigées au Malefizhaus Staatsbibliothek Bamberg, RB.Msc.148/300
- Procès-verbal d’interrogatoire de Johannes Junius, Bamberg, 1628 Staatsbibliothek Bamberg, RB.Msc.148/299
- Vue extérieure et plan du Malefizhaus de Bamberg, eau-forte attribuée à Peter Isselburg, 1627, diffusée par le prince-évêque Staatsbibliothek Bamberg, V B 211m
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Sources primaires (suite)
- Mandat de confiscation de Philipp Adolf von Ehrenberg, 1627, avec le serment des curateurs et l’extrait de compte des biens confisqués pour les années 1627-1629 Staatsarchiv Würzburg, Geistliche Sachen 1240
- Protocoles de la zent d’Ochsenfurt, 1623-1628 Staatsarchiv Würzburg, Rössner 1066
- Compte du zentgraf de Remlingen pour trois femmes exécutées de Greussenheim et un homicide à Uettingen, 1617 Staatsarchiv Wertheim, StAWt-G Rep. 102 Nr. 747
- Procès de sorcellerie contre des clercs sous le prince-évêque Philipp Adolf von Ehrenberg, 67 unités de description, 1621-1631, dont un relevé de 43 ecclésiastiques exécutés entre 1627 et 1629 Diözesanarchiv Würzburg
- « Verzeichniß der Hexen-Leut, so zu Würzburg mit dem Schwert gerichtet und hernacher verbrannt worden », arrêté au 16 février 1629, imprimé dans Eberhard David Hauber, Bibliotheca sive Acta et Scripta Magica, 36ᵉ fascicule, Lemgo, 1745, p. 807
- Friedrich Förner, Panoplia armaturae Dei. Conciones contra omnes superstitiones et praestigias diaboli, Ingolstadt, 1626
- Friedrich Spee, Cautio criminalis seu de processibus contra sagas liber, Rinteln, Peter Lucius, 1631, publié sans nom d’auteur, VD17 7:703659U
- « Brandmal », sculpture lumineuse en acier Corten, verre acrylique et éclairage à diodes, Miriam Giessler et Hubert Sandmann, inaugurée le 2 août 2015 Schloss Geyerswörth, Bamberg
Bibliographie
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- Harald Schwillus, Die Hexenprozesse gegen Würzburger Geistliche unter Fürstbischof Philipp Adolf von Ehrenberg (1623-1631), Würzburg, 1989, 147 p., coll. « Forschungen zur fränkischen Kirchen- und Theologiegeschichte » Echter
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- Johannes Hasselbeck et Robert Zink, « So wirdt die gantze Burgerschafft verbrendt… ». Der Brief des Bamberger Bürgermeisters Johannes Junius aus dem Hexengefängnis 1628, Bamberg, 2013, ISBN 978-3-929341-36-2 Stadtarchiv Bamberg
- Friedrich Leitschuh, Beiträge zur Geschichte des Hexenwesens in Franken, Bamberg, 1883 édition des inscriptions du Malefizhaus, de la lettre de Junius et de la Designatio de 1631
- Wilhelm Gottlieb Soldan et Heinrich Heppe, Geschichte der Hexenprozesse, t. II, nouvelle édition par Max Bauer, Hanau, 1911 Müller & Kiepenheuer
- Gottfried Christian Voigt, « Etwas über die Hexenprozesse in Deutschland », Berlinische Monatsschrift, t. III, Berlin, 1784, p. 297-311
Sources en ligne
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- « Bamberger Jesuiten und die Hexenprozesse » Staatsbibliothek Bamberghttps://www.staatsbibliothek-bamberg.de/article/bamberger-jesuiten-und-die-hexenprozesse/
- « Graphik und Karten », notice de l’eau-forte V B 211m Staatsbibliothek Bamberghttps://www.staatsbibliothek-bamberg.de/historische-sammlungen/graphik-und-karten/
- « Katharina Haan – als Hexen im Hochstift Bamberg verfolgt wurden (17. Jhd.) » Erzbistum Bamberghttps://erzbistum.erzbistum-bamberg.de/persoenlichkeiten/historische-persoenlichkeiten/katharina-haan
- « Geld und Hexenprozess. Wie wurden die Würzburger Verfahren finanziert ? », Robert Meier Hexen in Würzburg, carnet de recherche accompagnant l’exposition du Museum im Kulturspeicherhttps://hexen-in-wuerzburg.de/2024/05/26/geld-und-hexenprozess-wie-wurden-die-wuerzburger-verfahren-finanziert/
- « Die Hexereimandate Fürstbischof Ehrenbergs. Ochsenfurt in den Protokollen des Domkapitels III », Robert Meier Hexen in Würzburghttps://hexen-in-wuerzburg.de/2024/04/03/die-hexereimandate-fuerstbischof-ehrenbergs-ochsenfurt-in-den-protokollen-des-domkapitels-iii/
- « Ochsenfurt. Hexereifälle in den Protokollen des Würzburger Domkapitels II », Robert Meier Hexen in Würzburghttps://hexen-in-wuerzburg.de/2024/03/18/ochsenfurt-hexereifaelle-in-den-protokollen-des-wuerzburger-domkapitels-ii/
- « Geschichte der Hexenprozesse. Band II », chapitre XX sur les principautés ecclésiastiques d’Allemagne Projekt Gutenberghttps://projekt-gutenberg.org/authors/wilhelm-gottlieb-soldan/books/geschichte-der-hexenprozesse-band-ii/chapter/2
- « Weather, Hunger and Fear : Origins of the European Witch-Hunts in Climate, Society and Mentality » German History, Oxford Academichttps://academic.oup.com/gh/article-abstract/13/1/1/661644
- « HEXENWAHN – Ängste der Neuzeit : Die Opfer » Deutsches Historisches Museum, archives d’expositionshttps://www.dhm.de/archiv/ausstellungen/hexenwahn/katalog/opfer.htm
- « La sorcière au bûcher. Fanatisme religieux et antiféminisme » Les Belles Lettreshttps://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251456652/la-sorciere-au-bucher
- « Frank Sobiech, Jesuit Prison Ministry in the Witch Trials of the Holy Roman Empire », compte rendu de Hilmar Pabel, ARO IV, 2021, 1 Fondazione Bruno Kessler, Istituto storico italo-germanicohttps://aro-isig.fbk.eu/issues/2021/1/jesuit-prison-ministry-in-the-witch-trials-of-the-holy-roman-empire-friedrich-spee-sj-and-his-cautio-criminalis-1631-hilmar-pabel/pdf/
- « Von der Faszination des Bösen », dossier sur la semaine thématique consacrée aux procès de Bamberg Otto-Friedrich-Universität Bamberghttps://www.uni-bamberg.de/news/artikel/hexenverfolgung-bamberg/
- « Beschlussvorlage VO/2015/1423-46 : Rehabilitation der Opfer der Hexenprozesse im Hochstift Bamberg » Bürgerinformationssystem, Stadt Bamberghttps://www.stadt.bamberg.de/buergerinformationssystem/vo020?VOLFDNR=4148&refresh=false&TOLFDNR=10966
- « Gehm, Britta, Die Hexenverfolgung im Hochstift Bamberg », compte rendu de Gerhard Köbler Zeitschrift für Internationale Rechtsgeschichtehttp://www.koeblergerhard.de/ZIER-HP/ZIER-HP-03-2013/GehmBritta-DieHexenverfolgungimHochstiftBamberg.htm
- « Findbuchvorwort : Hexenprozesse gegen Geistliche unter Fürstbischof Philipp Adolf von Ehrenberg » Archiv und Bibliothek des Bistums Würzburghttps://abbw.bistum-wuerzburg.de/fileadmin/Bistum_Folgeseiten/Archiv_und_Bibliothek/PDF-Findmittel/2022-02-18_ABBW-DAW_Findbuchvorwort_Hexenprozesse_gegen_Geistliche_unter_Fuerstbischof_Philipp_Adolf_von_Ehrenberg.pdf





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