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Procès de Salem, 1692 : autopsie d’une panique en Nouvelle-Angleterre

Joseph E., ca. 1837-1914, artist. / Wikimedia Commons
15 min de lecture67 sources vérifiées
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Cent cinquante livres pour John Proctor et sa femme, soixante-dix-neuf pour George Jacobs, trente pour Sarah Good, vingt pour Mary Eastey, sept livres six shillings pour Martha Carrier. L’ordre de paiement signé par le gouverneur de la baie du Massachusetts en décembre 1711 aligne vingt et une lignes pour un total de 578 livres 12 shillings. Les sommes suivent les mémoires déposés par les familles. Isaac Esty, de Topsfield, quatre-vingt-deux ans, avait évalué à vingt livres ce que lui avaient coûté cinq mois de visites à sa femme Mary, deux fois par semaine, en prison à Salem puis à Boston, et il obtient vingt livres. Six femmes pendues en 1692 ne figurent sur aucune ligne, Bridget Bishop, Susannah Martin, Alice Parker, Ann Pudeator, Wilmot Redd et Margaret Scott.

La loi votée le 17 octobre précédent, qui annule les condamnations de vingt-deux personnes, ne dit nulle part que les accusations étaient imaginaires. Elle impute les poursuites à « l’influence et l’énergie des mauvais esprits » qui agissaient alors sur les principaux accusateurs, et elle interdit d’inquiéter les shérifs, les constables et les geôliers pour ce qu’ils ont fait dans l’exercice de leurs charges. Dix-neuf ans après, les procès de Salem, qui ont fait vingt-cinq morts en Nouvelle-Angleterre à la fin de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, se soldent en livres sterling, et la loi qui les solde parle toujours du Diable.

Un gâteau pour le chien du pasteur

En janvier 1692, au presbytère de Salem Village, Betty Parris, neuf ans, et sa cousine Abigail Williams, onze ou douze ans selon les sources, se mettent à se contorsionner et à crier sans cause apparente. Samuel Parris, père de l’une et oncle de l’autre, était passé par la Barbade avant d’être installé comme pasteur en novembre 1689. Le village avait déjà vu partir trois ministres en seize ans, et un nouveau comité villageois, hostile à Parris, venait d’être élu. Le pasteur organise des jeûnes et des prières autour des fillettes.

Le 25 février, en l’absence des Parris, une voisine, Mary Sibley, fait pétrir par John Indian, esclave de la maison, et peut-être aussi par Tituba, un gâteau de farine mêlée à l’urine des fillettes, puis le fait donner au chien. Le procédé est un contre-sort connu en Angleterre, censé révéler la sorcière ou la blesser à distance. Pressées de nommer qui les tourmente, les fillettes désignent trois femmes, et le 29 février les magistrats John Hathorne et Jonathan Corwin font arrêter Tituba, l’autre esclave du pasteur, Sarah Good, une femme pauvre qui logeait probablement en garni, et Sarah Osborne. Parris ne pardonne pas l’expérience du gâteau. Le 27 mars, devant l’assemblée, il en date le moment où le soupçon est devenu certitude et affirme que, par ce moyen, « le Diable a été suscité parmi nous » ; Mary Sibley fait pénitence et l’Église accepte ses regrets.

Interrogée à partir du 1ᵉʳ mars, Tituba avoue. Le Diable l’a pressée de signer un livre et de faire du mal aux enfants, Good et Osborne sont ses complices, et il y en a d’autres. Les deux Sarah nient. L’aveu change la nature de l’affaire, puisqu’il transforme des maléfices de voisinage en conjuration, et les confessions suivantes, celles de Deliverance Hobbs et de sa fille Abigail, iront dans le même sens. Les dates de cet article suivent le calendrier julie​n de la colonie (a. s.), qui retarde alors de dix jours sur le grégorien ; l’année anglaise ne change qu’au 25 mars, d’où les doubles millésimes de janvier à mars.

Tituba l’Indienne

Tous les documents rédigés de son vivant la disent « Indian », Indienne, et son mari s’appelle John Indian. Aucune source de 1692 ne la montre enseignant la magie aux fillettes. La métamorphose est postérieure, et Chadwick Hansen l’a décrite dès 1974 dans la New England Quarterly, en suivant les auteurs qui l’ont faite demi-indienne et demi-noire, puis noire, sans document nouveau. Arthur Miller ouvre son drame de 1953 sur des jeunes filles surprises à danser la nuit dans la forêt ; Paris le découvre le 16 décembre 1954 au théâtre Sarah-Bernhardt, dans l’adaptation de Marcel Aymé et la mise en scène de Raymond Rouleau, avec Yves Montand et Simone Signoret dans les rôles des Proctor, avant le film tourné en 1957 sur un scénario de Jean-Paul Sartre. En 1986, la romancière guadeloupéenne Maryse Condé publie au Mercure de France Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem, et Kathleen Gyssels a relevé que le sous-titre avait été ajouté à la demande de l’éditeur. Le roman, que son autrice ne voulait pas voir lu comme un livre d’histoire, a donné aux lecteurs francophones une Tituba africaine. Elaine Breslaw a proposé en 1996 une autre origine, celle d’une Indienne d’Amérique du Sud passée par les plantations de la Barbade, et aucun acte de vente ne la confirme. Nous gardons ici le mot des greffiers, parce qu’il est le seul attesté.

Sa fin est mieux connue que son origine. Robert Calef, marchand de Boston hostile aux procès, rapporte dans More Wonders of the Invisible World, imprimé à Londres en 1700, qu’elle affirma plus tard avoir été battue par son maître jusqu’à avouer et dénoncer d’autres femmes, et que Parris refusa de payer ses frais de geôle tant qu’elle ne maintiendrait pas sa version. Elle resta en prison « jusqu’à être vendue pour ses frais », et l’on perd sa trace après cette vente. Son interrogatoire se lit en français dans la synthèse que Liliane Crété a publiée chez Julliard en 1995.

Oyer et terminer

Le 14 mai 1692, William Phips débarque à Boston avec la nouvelle charte de la province et le pasteur Increase Mather, qui a obtenu sa nomination. Les prisons sont pleines. Sur l’avis du lieutenant-gouverneur et du conseil, il crée à la fin du mois une cour d’oyer et terminer, formule du français juridique anglais qui signifie « entendre et juger » et désigne une commission spéciale chargée de vider les geôles. Le lieutenant-gouverneur William Stoughton la préside, et le marchand Samuel Sewall y siège. Phips part ensuite commander l’armée dans l’Est de la province, où, écrira-t-il, les Français et les Indiens attaquent les villes de la frontière.

La cour juge d’abord sur ce que les contemporains appellent la preuve spectrale. Les « affligés » jurent avoir vu le spectre de l’accusé, sa forme détachée du corps, venir les pincer, les étrangler ou leur présenter le livre du Diable. La lettre de Phips décrit l’audience avec une précision de témoin. Dès que l’accusé les regarde, les affligés tombent à terre dans d’étranges agonies ; dès qu’il les touche au bras, ils reviennent à eux, puis jurent que le prisonnier les tourmente et qu’ils ont vu son spectre sortir de lui. Les ministres de Boston, dans la réponse que Cotton Mather rédige le 15 juin, recommandent la prudence, parce que le Diable peut prendre la forme d’un innocent, sans demander l’arrêt des procès, et la cour garde sa méthode. Bridget Bishop, déjà accusée et acquittée douze ans plus tôt, est condamnée le 2 juin et pendue le 10. Cinq femmes montent à la potence le 19 juillet, dont Rebecca Nurse, membre respectée de l’Église, que le jury avait d’abord déclarée non coupable avant que la cour ne lui demande de revoir son verdict. Le 19 août viennent cinq autres condamnés, parmi lesquels George Burroughs, ancien pasteur du village, et John Proctor. Huit encore le 22 septembre. Aucun n’est brûlé, car la loi de la colonie fait de la sorcellerie une félonie, et le mandat de Bishop ordonne au shérif de la conduire au lieu d’exécution entre huit heures et midi pour l’y pendre par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Giles Corey, octogénaire, refuse de se laisser juger, ce qui arrête son procès. Sewall note le lundi 19 septembre qu’il a été « pressé à mort pour être resté muet », après deux jours d’efforts de la cour et d’un capitaine de Nantucket qui le connaissait. Calef ajoute en 1700 que sa langue sortait de sa bouche et que le shérif la repoussa avec sa canne. Les deux témoins ignorent la réplique qu’on lui prête depuis, « plus de poids ». Elle apparaît dans une ballade anonyme dont la date n’est pas fixée, puis dans le drame de Miller, et l’historien Emerson Baker la tient pour une tradition que rien ne confirme.

Les dix-neuf pendus ne l’ont pas été au sommet de Gallows Hill, comme on l’a longtemps répété. En janvier 2016, les sept chercheurs du Gallows Hill Project, parmi lesquels Emerson Baker, Benjamin Ray et Marilynne Roach, ont confirmé le site que l’historien Sidney Perley avait proposé au début du XXᵉ siècle, Proctor’s Ledge, un rebord rocheux au pied de la colline, aujourd’hui un petit terrain municipal derrière une pharmacie. Quelques lignes de témoignage du procès les ont conduits à une maison précise, et l’analyse topographique de Ray et de Chris Gist a montré que ce rebord, et pas le sommet, était visible depuis là. Il n’y eut probablement jamais de gibet, et rien ne prouve que les corps aient été enterrés sur ce sol trop mince. Un mur de pierre en demi-cercle portant les dix-neuf noms y a été inauguré le 19 juillet 2017. D’autres sont morts sans être pendus, Sarah Osborne en mai, Roger Toothaker le 16 juin, le nourrisson que Sarah Good avait mis au monde en prison, Ann Foster le 3 décembre et Lydia Dustin le 10 mars 1692/3. Selon la cartographie de Ray, les accusations ont touché vingt-cinq localités du comté d’Essex.

Le seigle de 1976 et la carte de 1974

Le 2 avril 1976, Science publie un article de Linnda Caporael dont le titre porte son point d’interrogation, « Ergotism : The Satan Loosed in Salem ? ». L’ergot, champignon parasite du seigle, provoque une forme convulsive d’empoisonnement, avec spasmes et hallucinations ; Caporael rapproche les champs de seigle de Salem de la chronologie des accusations, et plusieurs symptômes décrits dans les dépositions ressemblent, sur le papier, à ceux de l’ergotisme. La presse, qui s’inquiète alors du LSD, titre sur un mauvais voyage à Salem. Le 24 décembre, dans la même revue, Nicholas Spanos et Jack Gottlieb reprennent les dépositions une à une. Les épidémies d’ergotisme convulsif frappent d’abord les jeunes enfants, et rien dans les archives n’indique de convulsions chez les petits de Salem Village. Surtout, les crises des affligées éclatent quand l’accusée approche et cessent à son contact, comme dans la description de Phips. Le seigle ne choisit pas ses victimes à l’audience.

La thèse sociale a mieux vieilli que sa carte. En 1974, Paul Boyer et Stephen Nissenbaum reprennent dans Salem Possessed le plan du village dressé en 1866 pour l’ouvrage de Charles Upham et y placent des A pour les accusateurs, des W pour les accusés, des D pour les défenseurs. Les A se massent à l’ouest, chez les fermiers les plus pauvres, les W à l’est, du côté des familles tournées vers le commerce de Salem Town, et la sorcellerie devient la protestation angoissée d’un monde agraire contre le capitalisme marchand ; la carte passe dans les manuels. Benjamin Ray l’a reprise en 2008 dans la William and Mary Quarterly, maison par maison, sur un fond géoréférencé. Les auteurs avaient écarté treize accusateurs, les huit « fillettes affligées » et cinq villageois qui avaient accusé les uns et défendu les autres, et dix de ces treize vivaient à l’est. Bridget Bishop habitait Salem Town, et John Indian, marqué comme accusé, n’a jamais été poursuivi. Une fois la carte complétée, Ray compte trente et un accusateurs à l’est de la ligne et trente-six à l’ouest, tandis que les rôles d’impôt de 1689-1690 montrent une richesse répartie de façon presque égale, hormis les foyers les plus modestes, deux fois plus nombreux à l’ouest. Le conflit qui a nourri les premières accusations portait, selon lui, sur le ministère de Parris. Boyer et Nissenbaum gardent le mérite d’avoir été les premiers à chercher sous les accusations un conflit villageois réel et documenté, et Ray ne le leur dispute pas.

Mary Beth Norton a déplacé le regard vers le nord en 2002. Depuis 1688-1689, la colonie mène contre les Wabanakis, confédération de peuples algonquiens de l’actuel Maine alliés aux Français, ce que les contemporains appellent la seconde guerre indienne, et des réfugiés de la frontière se sont placés comme domestiques dans le comté d’Essex. Mercy Lewis, l’une des accusatrices les plus actives, est née et a grandi à Falmouth, aujourd’hui Portland ; Abigail Hobbs, qui avoue avoir été enrôlée par le Diable dans les bois du Maine, y a passé l’essentiel de son enfance ; George Burroughs, que les accusateurs désignent comme le meneur, avait exercé son ministère à Falmouth, à Black Point et à Wells. La lettre de Phips confirme au moins la simultanéité, puisque le gouverneur combattait les Français et les Indiens pendant que la cour siégeait. Dès la parution, un recenseur a relevé la limite de la thèse, puisque la moitié seulement des vingt morts avait un lien explicite avec la frontière. La guerre explique probablement une partie des cibles, et la violence de certaines visions de l’été, sans rendre compte de la première étincelle, qui part d’une maison de pasteur, de deux fillettes dont l’une avait neuf ans et d’un chien nourri d’un gâteau que personne, au village, n’aurait songé à prendre pour un acte de guerre.

Cinquante-deux jugés, trois condamnés

Le retournement commence chez les ministres. Le 3 octobre, devant ses confrères réunis à Cambridge, Increase Mather lit le texte qui paraîtra à Boston en 1693 sous le titre Cases of Conscience concerning Evil Spirits Personating Men. Le Diable, soutient-il, peut emprunter la forme d’un innocent, et il vaudrait mieux que dix sorcières présumées échappent plutôt qu’un innocent soit condamné. Le même livre se garde pourtant d’accuser les juges, et il les loue.

Le 29 octobre, Phips dissout la cour.

Sa lettre du 21 février 1692/3 à William Blathwayt, à Whitehall, raconte la suite. Quand il a mis fin aux audiences, au moins cinquante personnes restaient en prison, dans un froid extrême et la misère, la plupart sans autre charge que la preuve spectrale. Increase Mather et d’autres ministres ayant jugé que le regard et le toucher des suspects ne prouvaient rien, il autorise une cour supérieure à siéger à Salem le 3 janvier, toujours présidée par Stoughton mais selon une méthode modifiée. Elle juge cinquante-deux accusés et les libère tous, sauf trois. Le procureur du roi fait savoir au gouverneur que les trois condamnées se trouvaient dans le même cas que les acquittés ; Stoughton signe pourtant leur mandat d’exécution, avec celui de cinq condamnés de l’ancienne cour, et Phips envoie un sursis. Le lieutenant-gouverneur, écrit-il, en fut « enragé », refusa de siéger à Charlestown, et avait fait saisir sans son accord les biens des exécutés.

Les trois condamnées s’appelaient Sarah Wardwell, veuve de Samuel Wardwell pendu en septembre, Mary Post et Elizabeth Johnson Jr., vingt-deux ans, d’Andover. Le sursis leur sauve la vie, sans effacer le jugement. La loi de 1711 oublie Elizabeth Johnson, comme la résolution de 1957 qui réhabilite Ann Pudeator et « certaines autres personnes », et comme la loi de 2001 qui nomme enfin Bishop, Martin, Parker, Redd et Scott. Il a fallu une classe de quatrième de North Andover et son professeure d’instruction civique, Carrie LaPierre, pour que le Massachusetts l’innocente, par une disposition glissée dans la loi de finances signée le 28 juillet 2022. En mai 1693, les prisons s’étaient vidées de tous ceux qui pouvaient payer leurs frais de geôle.

Dix ans plus tôt, un autre souverain avait tranché autrement. L’édit de juillet 1682, pris par Louis XIV au sortir de l’affaire des poisons, cesse de traiter la magie comme un crime réel et ne poursuit plus que la « prétendue magie », quand elle se double de sacrilège, comme l’a montré Lynn Wood Mollenauer. Robert Mandrou avait suivi dès 1968, dans Magistrats et sorciers en France au XVIIᵉ siècle, le long chemin par lequel les juges des parlements en étaient venus à douter des preuves de la sorcellerie. À Salem, en 1692, la loi faisait encore de ce crime une félonie capitale, et le doute des ministres puis du gouverneur a porté sur la preuve ; la loi de 1711 montre qu’il n’a pas atteint le crime lui-même.

« Le blâme et la honte »

Le 24 décembre 1696, le fils de Samuel Sewall lui récite en latin le chapitre 12 de l’Évangile de Matthieu, et le septième verset, celui des innocents qu’on n’aurait pas condamnés si l’on avait compris ce qu’est la miséricorde, lui remet en mémoire, note-t-il, la « tragédie de Salem ». Le lendemain, jour de Noël, qui n’est pas une fête chez les puritains, il enterre sa fille Sarah, deux ans. Le 14 janvier suivant, 1697 pour nous et encore 1696 pour un contemporain, la cour générale a ordonné un jeûne public dont le texte évoque la commission d’oyer et terminer. À l’église du Sud de Boston, Sewall tend au pasteur Samuel Willard un billet, se lève pendant qu’on le lit et s’incline à la fin. Il y demande à prendre sur lui « le blâme et la honte » de la faute contractée à l’ouverture de la commission. Douze jurés de la cour ont signé, eux aussi, une confession où ils reconnaissent avoir attiré sur le pays la culpabilité du sang innocent.

Ann Putnam Jr., l’une des accusatrices les plus actives, encore une enfant en 1692 selon ses propres mots, attend 1706. Le 25 août, dans l’église de Salem Village, elle se tient debout pendant que le pasteur Joseph Green lit la confession qu’elle présente pour être reçue à la pleine communion. Elle y dit avoir été l’instrument d’« une grande illusion de Satan », sans colère ni malveillance, et demande pardon en particulier pour Rebecca Nurse et ses deux sœurs, Mary Eastey et Sarah Cloyce. Green recopie le texte dans le registre de l’église, que l’on lit aujourd’hui dans la transcription de William Thaddeus Harris.

Les mandats de 1692 ont même eu leurs faussaires. En octobre 1932, un « capitaine E. Bradley » propose à un collectionneur le mandat d’exécution d’Elizabeth How pour vingt dollars ; l’expert qui l’examine le compare au fac-similé du mandat de Bishop, constate que l’écriture et la formule diffèrent et que des puritains célèbres y ont signé, alors que l’original ne porte que le nom de Stoughton. La bibliothèque publique de Denver conserve sous la cote C MSS M1429 un faux du même genre au nom de Martha Currier, daté d’un 10 juin 1692 où aucun procès n’eut lieu. Le vrai mandat de Bishop est resté plus de quarante ans en dépôt à la Phillips Library du Peabody Essex Museum, jusqu’au transfert vers les archives judiciaires du Massachusetts engagé en janvier 2023, et l’on y voit, dans la marge gauche, le sceau de cire de William Stoughton, puis, au bas de la feuille, la mention du shérif George Corwin certifiant qu’il a exécuté l’ordre le 10 juin.

Pour aller plus loin

L’édit de 1682 sort directement de l’affaire des poisons, qui a mêlé à Paris devineresses, empoisonneuses et soupçons de cour. Pour le cadre européen, voir aussi les chasses aux sorcières et le Malleus Maleficarum. Cotton Mather, auteur en juin 1692 de la réponse des ministres de Boston sur la preuve spectrale, se retrouve tren​te ans plus tard au centre de la querelle de l’inoculation de la variole à Boston. La guerre contre les Wabanakis appartient enfin à la longue rivalité franco-anglaise en Amérique du Nord, qui ne se dénoue qu’avec la guerre de Sept Ans.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Mandat d’exécution de Bridget Bishop et retour de l’officier, 8-10 juin 1692, signé et scellé par William Stoughton, mention d’exécution du shérif George Corwin au bas du document (deux mains, Thomas Newton et George Herrick ; Rosenthal n° 313) Massachusetts Court of Oyer and Terminer records (DEP 01), en dépôt à la Phillips Library du Peabody Essex Museum, Salem ; transfert aux Massachusetts Judicial Archives, Boston, engagé en janvier 2023
  2. William Phips, lettre à William Blathwayt, Boston, 21 février 1692/3, reçue le 24 mai 1693 (cour d’oyer et terminer, description des audiences, cinquante prisonniers, cour supérieure du 3 janvier, « fifety two were cleard, saving three », sursis, colère de Stoughton) ; mention d’enregistrement « New England Vol. 3d fol. 426 » John D. Rockefeller Jr. Library, Colonial Williamsburg Foundation, William Blathwayt papers, MS1946,2.277, Volume V, folder 1 (Oversize)
  3. « An Act to reverse the attainders of George Burroughs and others for Witchcraft », Boston, 17 octobre 1711, et ordre de paiement du gouverneur, décembre 1711 (vingt et une lignes, total 578 £ 12 s) éd. W. Elliot Woodward, Records of Salem Witchcraft, vol. II, p. 216-221 ; lieu et date d’édition
Voir les 64 sources restantesMasquer les autres sources

Sources primaires (suite)

  1. Isaac Esty, mémoire au comité chargé des dommages, Topsfield, 8 septembre 1710 (frais de visite et de transport de Mary Eastey, évalués à 20 £) transcription publiée par Famous Trials ; cote de l’original
  2. « An Act for reversing the attainder of Abigail Faulkner & others », an II du règne d’Anne (qualification de la sorcellerie comme félonie) reproduit en appendice de « History of Witchcraft in Massachusetts », Proceedings of the American Antiquarian Society, octobre 1882
  3. Samuel Sewall, Journal, entrées du 19 septembre 1692 (mort de Giles Corey), du 24 décembre 1696 (Matthieu 12, 7) et du 14 janvier 1696/7 (billet lu par Samuel Willard) manuscrit à la Massachusetts Historical Society, Boston ; éd. Collections of the Massachusetts Historical Society, 5ᵉ série, vol. 5, Boston, 1878, p. 358-464
  4. Robert Calef, More Wonders of the Invisible World, Londres, Nath. Hillar et Joseph Collier, 1700 (rétractation de Tituba et vente « for her Fees » ; pressage de Giles Corey) exemplaire de l’University of Virginia Library, Special Collections
  5. Cotton Mather, « The Return of Several Ministers », réponse des ministres de Boston au gouverneur et au conseil, 15 juin 1692 édition de référence
  6. Increase Mather, Cases of Conscience concerning Evil Spirits Personating Men, Boston, 1693 ; imprimeur
  7. Samuel Parris, sermon et registre de l’église de Salem Village, 27 mars 1692 (le gâteau de Mary Sibley, « the Devil hath been raised amongst us ») cité par Atlas Obscura ; lieu de conservation et cote
  8. Confession d’Ann Putnam Jr., lue par le pasteur Joseph Green le 25 août 1706 Records of the Salem-Village Church as Kept by the Reverend Joseph Green, transcription de William Thaddeus Harris
  9. Faux mandat d’exécution au nom de Martha Currier, daté du 10 juin 1692, probablement fabriqué dans les années 1930 Denver Public Library, Special Collections and Archives, C MSS M1429
  10. Résolution du General Court du Massachusetts de 1957 relative à Ann Pudeator « and certain other persons », amendée en 2001 (chapitre 122 des Acts of 2001) et le 28 juillet 2022 (loi de finances) ; numéro de chapitre de la résolution de 1957 (145 ou 146 selon les sources)
  11. Proctor’s Ledge Memorial, Salem, mur de pierre en demi-cercle portant les dix-neuf noms, inauguré le 19 juillet 2017 Ville de Salem

Bibliographie

  1. Bernard Rosenthal (dir.), Gretchen A. Adams et al., Records of the Salem Witch-Hunt, Cambridge, 2009, xiv-996 p. Cambridge University Press
  2. Paul Boyer et Stephen Nissenbaum, Salem Possessed : The Social Origins of Witchcraft, Cambridge (Mass.), 1974 Harvard University Press
  3. Benjamin C. Ray, « The Geography of Witchcraft Accusations in 1692 Salem Village », The William and Mary Quarterly, 3ᵉ série, 65 (3), juillet 2008, p. 449-478 The William and Mary Quarterly
  4. Benjamin C. Ray, Satan and Salem : The Witch-Hunt Crisis of 1692, Charlottesville, 2015 University of Virginia Press
  5. Mary Beth Norton, In the Devil’s Snare : The Salem Witchcraft Crisis of 1692, New York, 2002 Alfred A. Knopf
  6. Linnda R. Caporael, « Ergotism : The Satan Loosed in Salem ? », Science 192 (4234), 2 avril 1976, p. 21-26, DOI 10,1126/science.769159 Sciencehttps://doi.org/10.1126/science.769159
  7. Nicholas P. Spanos et Jack Gottlieb, « Ergotism and the Salem Village Witch Trials », Science 194 (4272), 24 décembre 1976, p. 1390-1394, DOI 10,1126/science.795029 Sciencehttps://doi.org/10.1126/science.795029
  8. Chadwick Hansen, « The Metamorphosis of Tituba, or Why American Intellectuals Can’t Tell an Indian Witch from a Negro », The New England Quarterly 47 (1), mars 1974, p. 3-12 The New England Quarterly
  9. Elaine G. Breslaw, Tituba, Reluctant Witch of Salem : Devilish Indians and Puritan Fantasies, New York, 1996, ISBN 978-0-8147-1227-6 New York University Press
  10. Robert Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIᵉ siècle. Une analyse de psychologie historique, Paris, 1968, 583 p., coll. « Civilisations et mentalités » Plon
  11. Lynn Wood Mollenauer, « The End of Magic : Superstition and « So-Called Sorcery » in Louis XIV’s Paris », Studies in Law, Politics, and Society 37, 2005, p. 33-52, DOI 10,1016/S1059-4337(05)37002-5 Emeraldhttps://doi.org/10.1016/S1059-4337
  12. Liliane Crété, Les Sorcières de Salem, Paris, 1995, 295 p., ISBN 2-260-01271-X Julliard
  13. Maryse Condé, Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem, Paris, 1986, 276 p., ISBN 978-2-7152-1440-8 Mercure de France
  14. Arthur Miller, Les Sorcières de Salem, pièce en quatre actes, adaptation française de Marcel Aymé (création au théâtre Sarah-Bernhardt, Paris, 16 décembre 1954), rééd. Paris, 2022, coll. « Pavillons poche » Robert Laffont

Sources en ligne

  1. « Salem Witch Trials : Documentary Archive and Transcription Project » University of Virginiahttps://salem.lib.virginia.edu/home.html
  2. « Overview Continued », présentation de la crise de 1692 Salem Witch Trials Documentary Archive, University of Virginiahttps://salem.lib.virginia.edu/further.html
  3. « Increase Mather » Salem Witch Trials Documentary Archive, University of Virginiahttps://salem.lib.virginia.edu/people/i_mather.html
  4. « The Diary of Samuel Sewall, 1674-1729 », extraits Salem Witch Trials Documentary Archive, University of Virginiahttps://salem.lib.virginia.edu/diaries/sewall_diary.html
  5. « Records of the Salem-Village Church as Kept by the Reverend Joseph Green » Salem Witch Trials Documentary Archive, University of Virginiahttps://salem.lib.virginia.edu/green.html
  6. « More Wonders of the Invisible World », page de titre et feuillets numérisés University of Virginia Library, Special Collectionshttps://salem.lib.virginia.edu/speccol/calef/calef.html
  7. « The Witchcraft Delusion in New England : Its Rise, Progress, and Termination (Vol. 3 of 3) », texte de Robert Calef Project Gutenberghttps://gutenberg.org/cache/epub/53412/pg53412-images.html
  8. « The Geography of Witchcraft Accusations in Salem Village 1692 », Benjamin C. Ray Institute for Advanced Technology in the Humanities, University of Virginiahttps://www2.iath.virginia.edu/bcr/villageconflict/geoconflict1.html
  9. « The Geography of Witchcraft Accusations in 1692 Salem Village », dossier interactif Omohundro Institute of Early American History and Culturehttps://oieahc.wm.edu/publications/wmq/browse/july-2008-ray/
  10. « Site of Salem Witch Executions Finally Found », 11 janvier 2016 Institute for Advanced Technology in the Humanities, University of Virginiahttps://www.iath.virginia.edu/news/news_2016_01_11_s113.html
  11. Article sur Satan and Salem et la cartographie des accusations (titre non affiché dans la page consultée) UVA Today, University of Virginiahttps://news.virginia.edu/node/136665
  12. « Researchers confirm site of hangings for Salem witch trials », 18 janvier 2016 Associated Press, via ABC13https://abc13.com/post/researchers-confirm-site-of-hangings-for-salem-witch-trials/1164189/
  13. « Salem Witch Trials : Memorials » Boston Public Library, guide de recherchehttps://guides.bpl.org/salemwitchtrials/memorials
  14. « Warrant for the execution of Bridget Bishop, and officer’s return » Peabody Essex Museum, Phillips Library Digital Collectionshttps://pem.quartexcollections.com/Documents/Detail/4132
  15. « Documents from infamous Salem Witch Trial returned to state Judicial Archives », 12 janvier 2023 The Boston Globehttps://www.bostonglobe.com/2023/01/12/metro/documents-infamous-salem-witch-trial-returned-state-judicial-archives
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  20. « History of Witchcraft in Massachusetts », appendice documentaire Proceedings of the American Antiquarian Society, octobre 1882https://www.americanantiquarian.org/sites/default/files/proceedings/48003299.pdf
  21. « Debunking the « Moldy Bread » Theory », 17 mai 2023 Salem Witch Museumhttps://salemwitchmuseum.com/2023/05/17/debunking-the-moldy-bread-theory/
  22. « Salem Witch Trials Chronology » Salem Witch Museumhttps://salemwitchmuseum.com/salem-witch-trials-chronology/
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  24. « What Are Witch Cakes ? » (titre restitué d’après l’adresse de la page) Atlas Obscurahttps://www.atlasobscura.com/articles/what-are-witch-cakes
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  26. « Giles Corey, pressed to death », septembre 2021 The Beehive, Massachusetts Historical Societyhttps://masshist.org/beehiveblog/2021/09/giles-corey-pressed-to-death
  27. « Anatomy of a Forgery : Salem, Massachusetts Death Warrant, 1692 » Denver Public Library, Special Collections and Archiveshttps://history.denverlibrary.org/comment/4549
  28. « Three Cheers For Juries » American Heritagehttps://www.americanheritage.com/three-cheers-juries
  29. « 1696 Three Hundred Years Ago » American Heritagehttps://americanheritage.com/1696-three-hundred-years-ago
  30. Recension de In the Devil’s Snare et de The Salem Witch Trials de Marilynne K. Roach The Christian Centuryhttps://www.christiancentury.org/reviews/2011-04/devil-s-snare-mary-beth-norton-salem-witch-trials-marilynne-k-roach
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  32. Page de la New England Historical Society sur Tituba (balise « Barbados ») New England Historical Societyhttps://newenglandhistoricalsociety.com/tag/barbados/
  33. « Les Sorcières de Salem », fiche du film de Raymond Rouleau Il Cinema Ritrovato, Cineteca di Bolognahttps://ilcinemaritrovato.it/en/film/les-sorcieres-de-salem/
  34. Article de Kathleen Gyssels sur Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem (titre non affiché sur la page consultée) Mots Pluriels, n° 23, University of Western Australiahttps://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP2303kg.html
  35. « Les sorcières de Salem », Liliane Crété, notice bibliographique Catalogue général de la Bibliothèque nationale de Francehttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb357654700
  36. « After 329 years, a woman accused of being a witch in Salem has been exonerated », 26 mai 2022 NPRhttps://www.npr.org/2022/05/26/1101562323/salem-witch-trials-woman-exonerated-329-years-later
  37. « USA - Massachusetts. Formally Exonerates Last ’Witch’, Elizabeth Johnson », 7 août 2022, reprise du Death Penalty Information Center Nessuno Tocchi Cainohttps://english.nessunotocchicaino.it/notizia/usa-massachusetts-formally-exonerates-last-witch-elizabeth-johnson-60357118
  38. « Massachusetts Clears Five ’Salem Witches’ », 14 novembre 2001 Police Magazinehttps://www.policemag.com/news/massachusetts-clears-five-salem-witches
  39. « Governor Phips’s Arrival, May 1692 » Tulane University, Salem Witchcraft site pédagogiquehttps://www2.tulane.edu/~salem/Setting.html
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