Dans les éditions savantes des Oracles sibyllins, le livre VIII est suivi du livre XI. Aucun livre IX. Aucun livre X. Les manuscrits se répartissent en deux familles, et la seconde, que les éditeurs désignent par la lettre grecque oméga, transmet sous les numéros 9 et 10 des textes que la première contient déjà. Les éditeurs modernes les ont écartés sans renuméroter la suite, si bien que la collection aligne douze livres numérotés jusqu’à quatorze.
Les autres coutures se voient aussi bien. Huit livres circulent dans la première famille, avec ou sans un prologue en prose dû à un compilateur byzantin anonyme, que l’on place au Vᵉ ou au VIᵉ siècle selon les auteurs, et les quatre autres n’ont été imprimés qu’au XIXᵉ siècle. Les témoins conservés datent tous du XIVᵉ au XVIᵉ siècle et se trouvent à Vienne, Oxford, Munich, l’Escurial, Rome, le Vatican, Florence, Paris, Tolède, Milan, Jérusalem. L’édition imprimée de 1545 compte à elle seule quelque 4 200 hexamètres.
Dans tous ces vers parle la même femme, à la première personne et presque toujours au futur, dans une langue épique calquée sur Homère et sur Hésiode. Elle se dit poussée par le Dieu unique, annonce la ruine des empires, raconte le déluge en témoin et décrit pour finir le jugement des vivants et des morts.
La belle-fille de Noé parle grec
Le livre III est le plus long de la collection, et l’opinion majoritaire le tient pour le plus ancien. Son auteur pratique la pseudépigraphie, l’art de signer d’un nom d’emprunt, et il soigne la biographie de son prête-nom. Vers la fin du livre, entre les vers 809 et 829, la prophétesse raconte qu’elle a quitté les murs de Babylone, que les Grecs la diront originaire d’Érythrée et la traiteront d’éhontée, que d’autres la feront fille de Circé, et elle se rattache à la maison de Noé. Nicoletta Brocca, qui a étudié en 2016 ces autoportraits contradictoires, note que la Sibylle se dit belle-fille de Noé en toutes lettres au livre I, et probablement aussi dans ce passage du livre III, dont le texte est difficile. Xavier Lafontaine a repris en 2023, dans la première monographie récente consacrée à l’ensemble de la collection, les liens qu’elle noue avec Noé, avec Homère et avec Virgile.
L’opération a sa logique. Une sibylle, pour les Grecs, est une prophétesse qui parle sans qu’on l’interroge, et dont les vers circulaient par écrit depuis l’époque classique. En lui donnant Noé pour beau-père, l’auteur juif rattache à l’histoire biblique la voix païenne la plus respectée, et lui fait dire en grec ce que répètent les prophètes d’Israël sur la vanité des idoles et sur la Loi donnée au Sinaï.
Par trois fois, aux vers 193, 318 et 608, la Sibylle du livre III annonce une intervention divine sous le règne du « septième roi » d’Égypte issu des Grecs. Pour l’historien, la formule sert d’ancre. Elle vise un Ptolémée, l’un des souverains macédoniens d’Alexandrie, et, prise au pied de la lettre, elle suppose un auteur qui écrit sous ce roi ou peu avant. Un second repère vient de l’extérieur. Dans les Antiquités juives, achevées en 93 ou 94, Flavius Josèphe cite la Sibylle au livre I, paragraphe 118, à propos de la tour de Babel, et ses mots recoupent le récit du livre III à partir du vers 97 ; à la fin du Iᵉʳ siècle, un historien juif installé à Rome tient donc ces vers pour ceux d’une prophétesse païenne.
Une éruption pour venger le Temple
La règle qui date ces livres est simple, et elle se retourne contre eux. Un oracle composé après coup, ce que les spécialistes nomment vaticinium ex eventu, prophétie tirée de l’événement, décrit juste tout ce qui précède sa rédaction et se trompe sur la suite. L’endroit où la prédiction cesse de coïncider avec l’histoire donne la date du texte, à quelques années près.
Au livre IV, la Sibylle évoque le Temple de Jérusalem incendié par une armée venue d’Italie, la fuite au-delà de l’Euphrate d’un empereur meurtrier de sa mère, puis, aux vers 130 à 136, un feu jailli d’une crevasse de la terre italienne qui consume des villes et leurs habitants. Le Temple a brûlé en 70. Néron, qui avait fait tuer Agrippine, s’est donné la mort en 68, mais une rumeur tenace le disait réfugié chez les Parthes. Le Vésuve a enseveli Pompéi en 79, et le poème présente l’éruption comme la colère de Dieu contre les destructeurs du Temple. Il ne connaît rien de plus récent, et John J. Collins, dans l’introduction qu’il a donnée en 1983 à la traduction anglaise de référence, le place pour cette raison vers 80.
Le livre V reprend le même Néron et en fait l’adversaire des derniers temps, revenu de l’Orient. Il contient aussi, aux vers 46 à 50, l’éloge d’un empereur qui portera le nom d’une mer, Hadrien. Collins en tire une fourchette allant de 70 à 132, la révolte de 132 rendant improbable un tel portrait sous une plume juive, et il juge probable, dans un livre de 1997, que l’essentiel ait été composé avant le soulèvement des Juifs d’Égypte en 115.
Le procédé vaut encore pour le livre VIII, où des matériaux juifs ont été repris par des chrétiens. Aux vers 148 à 150, la Sibylle annonce à Rome qu’elle accomplira trois fois trois cents ans, plus quarante-huit, avant que le destin ne s’abatte sur elle « en accomplissant son nom ». En grec, les lettres de Rhômê valent 100, 800, 40 et 8, soit 948, et ce nombre d’années, compté depuis la fondation de la Ville, mène à l’an 195 de notre ère. En 1776, au chapitre XV de son Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, Edward Gibbon relevait que la Sibylle chrétienne avait eu la malchance de fixer à cette année-là la ruine de Rome.
Sibyllistes
Les chrétiens ont lu la Sibylle, puis ils l’ont écrite. Selon la répartition que l’on admet aujourd’hui, les livres VI et VII sont de leur main, les livres I, II et VIII portent sur un fond juif des ajouts chrétiens, et la part de chacun dans les livres XI à XIV reste discutée.
L’ajout le plus connu occupe les vers 217 à 250 du livre VIII. C’est un acrostiche, un poème dont les premières lettres des vers forment des mots, ici le nom et les titres du Christ, et son histoire, d’Augustin aux matines de Noël, fait l’objet de la notice consacrée aux sibylles de Cumes à la Sixtine. Jane L. Lightfoot a donné en 2007 l’édition commentée des livres I et II. Jean-Michel Roessli a traduit en français pour la Pléiade, en 2005, les livres VI et VII et la partie chrétienne du livre VIII.
Les apologistes, ces auteurs chrétiens qui défendent leur foi devant les païens, la citent tôt. Vers 180, Théophile d’Antioche reproduit au livre II, chapitre 36, de son traité À Autolycus trente-cinq vers qu’il donne pour le début de la prophétie de la Sibylle, et que les manuscrits de la collection ne contiennent pas. Au début du IVᵉ siècle, Lactance en remplit ses Institutions divines. Pour ces lecteurs, tout le prix des vers tient à leur origine supposée, puisqu’une prophétesse païenne antérieure au Christ, qui annonce le Dieu unique et le jugement, fournit un témoin pris dans le camp adverse.
Le témoin pouvait se retourner. Le philosophe Celse, actif vers 180, dont le traité contre les chrétiens est perdu mais largement cité par Origène, raille ceux qu’il appelle les sibyllistes. Le mot grec mérite d’être gardé tel quel, parce que la traduction courante, « croyants en la Sibylle », lui fait perdre le ton du sobriquet. Origène, au livre V, chapitre 61, assure que Celse a mal compris, et que le terme venait de chrétiens qui reprochaient à d’autres de croire en une Sibylle prophétesse. Au livre VII, chapitre 56, Celse va plus loin. Il suggère par dérision que les chrétiens auraient mieux fait de proclamer la Sibylle enfant de Dieu plutôt que Jésus, eux qui ont glissé dans ses livres « bien des choses blasphématoires ». Le verbe qu’emploie Origène pour rapporter l’accusation, parenegrapsamen, « nous avons inséré », désigne un ajout dans un texte qui existait avant.
Origène répond vers 248, et sur le même terrain. Celse, écrit-il, aurait dû produire des copies plus anciennes, exemptes des passages qu’il dénonce, et il ne produit aucune copie. Au milieu du IIIᵉ siècle, la querelle sur la Sibylle est déjà une querelle de philologues, et les deux camps admettent que des vers circulent depuis longtemps sous son nom.
Sixt Birck, recteur à Augsbourg
Le grec imprimé sort d’une salle de classe. Sixt Birck, qui latinise son nom en Xystus Betuleius, dirige l’école d’Augsbourg et y explique les Institutions divines de Lactance, où les citations sibyllines abondent. Il trouve dans la bibliothèque de la ville un manuscrit grec des oracles, le codex que les éditeurs désignent par la lettre P et que l’on conserve aujourd’hui à Munich sous la cote Monacensis 351. Il confronte les citations de Lactance au manuscrit, les retrouve presque toutes, et constate que le codex donne le plus souvent la leçon la plus correcte. Dans sa dédicace, datée d’Augsbourg le 29 octobre 1544 et adressée aux frères Thomas et Ambrosius Blarer, de Constance, il tire de la confrontation la preuve du contenu chrétien des oracles, et avec elle la confirmation de la lecture chrétienne de la quatrième églogue de Virgile. À Bâle, chez Johannes Oporin, le livre paraît en mars 1545 sous le titre Sibyllinorum oraculorum libri octo, « huit livres d’oracles sibyllins restés cachés tant de siècles ». La bibliothèque universitaire de Bâle en conserve un exemplaire sous la cote AN V 63. Le raisonnement de Birck a un défaut que l’on voit mieux aujourd’hui qu’en 1544, parce que l’accord entre Lactance et le manuscrit prouve seulement que Lactance lisait déjà cette collection au IVᵉ siècle et ne dit rien de l’âge des vers ni de leur auteur, et Birck, qui cherchait dans Lactance un témoin païen du Christ, en a tiré la preuve qu’il était venu chercher.
Oporin ajouta en fin de volume des oracles latins de la Nativité, envoyés par Gilbert Cousin, ancien secrétaire d’Érasme.
Le texte passe ensuite d’éditeur en éditeur. Sébastien Castellion en publie dès 1546, chez le même Oporin, une traduction latine en vers. Johannes Opsopoeus donne à Paris, en 1599, un texte grec revu sur d’autres manuscrits. En 1817, à Milan, Angelo Mai tire du codex E 64 sup. de la Bibliothèque ambrosienne un livre jusque-là inédit, puis publie à Rome, en 1828, quatre livres trouvés dans des manuscrits de l’Ambrosienne et du Vatican, qui ne prolongent pas les huit premiers. On les numérote XI à XIV.
Charenton contre la Sibylle
La démolition vient d’un pasteur. En 1649 paraît un in-quarto de 515 pages, vendu à Charenton, où les réformés de Paris ont leur temple, par la veuve L. Périer et N. Périer, sous le titre Des Sibylles célébrées tant par l’antiquité payenne que par les saincts Pères. Son auteur, David Blondel, ministre réformé né à Châlons, consacre l’un de ses premiers chapitres aux marques qui trahissent la supposition, c’est-à-dire le faux, et conclut à l’œuvre d’un seul imposteur chrétien qui aurait abusé la bonne foi des Pères.
Pour dater l’imposture, Blondel ouvre le Pasteur d’Hermas, texte chrétien composé à Rome au IIᵉ siècle. Dans la deuxième vision, une femme âgée remet au narrateur un petit livre à recopier, et un jeune homme lui demande qui elle est. Hermas répond la Sibylle. Blondel en déduit qu’avant 150 les chrétiens de Rome connaissaient une Sibylle prêcheuse de pénitence, et que l’auteur des livres sibyllins était plus ancien encore. Le jeune homme, pourtant, dit à Hermas qu’il se trompe et que la vieille femme est l’Église.
Le livre poursuit un autre but, qui en occupe la plus grande part. Au livre II des oracles, aux vers 330 à 338, la Sibylle promet que Dieu accordera aux justes le salut de damnés pour lesquels ils intercèdent, et Blondel suit cette idée jusqu’aux prières pour les morts et au purgatoire, qu’il combat en controversiste réformé. Son verdict de faux a tenu, et sa chronologie est tombée. Le recueil est l’œuvre d’auteurs successifs, étalés sur plusieurs siècles, et son fond le plus ancien est juif et antérieur à notre ère. Il faut rendre un point aux défenseurs de la Sibylle, l’ancienneté réelle de vers que les Pères citaient de bonne foi, puisque Josèphe les lisait déjà à la fin du Iᵉʳ siècle. Les Pères ont lu, et cru, une pseudépigraphie juive retouchée par d’autres chrétiens.
Au XIXᵉ siècle, le travail passe aux éditeurs critiques. Charles Alexandre publie à Paris, chez Firmin Didot, de 1841 à 1856, la première édition réunissant les livres I à VIII et XI à XIV. Aloïs Rzach donne la sienne à Vienne en 1891, Johannes Geffcken la sienne à Leipzig en 1902, dans la collection berlinoise des écrivains chrétiens grecs, accompagnée la même année d’une étude sur la composition et la date de chaque livre.
Le septième roi d’Égypte
Le livre III concentre aujourd’hui les désaccords. John J. Collins le tient pour l’œuvre d’un Juif d’Égypte favorable aux Ptolémées, reconnaît dans le septième roi Ptolémée VI Philométor et place le noyau du livre entre 163 et 145 avant notre ère, les vers 350 à 488 et le début du livre étant plus tardifs. En 1970, dans La Troisième Sibylle, Valentin Nikiprowetzky avait défendu l’unité du livre, daté l’ensemble du Iᵉʳ siècle avant notre ère et identifié le septième souverain à Cléopâtre VII. Rieuwerd Buitenwerf rouvre la question en 2003 par un autre bout. Les Anciens, observe-t-il, ne numérotaient pas les Ptolémées, si bien que le chiffre sept ne date rien, et rien n’oblige à chercher l’auteur en Égypte. Il le situe dans une cité grecque de la province d’Asie, entre 80 et 40 avant notre ère, au temps des guerres de Mithridate, quand ces cités espéraient une revanche sur Rome.
Le camp égyptien n’a pas cédé. Collins a maintenu l’origine égyptienne dans une réponse à Buitenwerf, et la plupart des spécialistes le suivent encore. On ne sait pas trancher, et la raison tient aux sources. Les noms des auteurs manquent, aucun texte ancien ne dit dans quelle ville ces vers ont circulé d’abord, et les témoins directs les plus anciens sont des copies byzantines du XIVᵉ siècle, postérieures d’environ quinze siècles à la composition probable du livre III.
Pour régler la question, il faudrait un témoin que la tradition manuscrite ne fournit pas, un fragment du livre III sur papyrus dont le lieu de découverte serait connu, ou une citation de ses vers chez un auteur d’Asie Mineure antérieur à Josèphe, qui dirait à la fois où on les lisait et depuis quand.
Pour aller plus loin
La destinée de l’acrostiche du livre VIII, d’Augustin aux matines de Noël, et la confusion entre ces oracles et les Livres sibyllins de Rome sont traitées dans la notice consacrée aux sibylles de Cumes à la Sixtine. Le démontage de Blondel a un précédent exact dans la datation du Corpus hermétique par Isaac Casaubon en 1614, et la lecture chrétienne de la quatrième églogue de Virgile, que Sixt Birck croyait confirmée par son manuscrit, appelle une notice à part.
Comment sait-on qu’une prophétie a été écrite après les faits ? La question se pose pour un recueil de vers grecs placés dans la bouche d’une prophétesse païenne, la Sibylle. Des auteurs juifs, puis chrétiens, l’ont fait parler pendant plusieurs siècles. Leurs lecteurs anciens la croyaient bien antérieure au Christ.
Une prophétesse qui s’invente un passé
Le plus ancien de ces livres est le troisième. Son auteur est juif. Il écrit en grec, dans la langue des vieux poèmes épiques. Il ne signe pas de son nom et prête sa voix à une femme.
Vers la fin du livre, cette femme raconte sa propre histoire. Elle dit venir de Babylone. Elle annonce que les Grecs la croiront née dans une de leurs villes et la traiteront d’effrontée. Elle se rattache enfin à la famille de Noé, le héros du déluge. Dans un autre livre, elle se dit même sa belle-fille.
Ce choix a une raison. Chez les Grecs, la Sibylle est la prophétesse la plus respectée. En la reliant à la Bible, l’auteur lui fait dire ce que disent les prophètes d’Israël. Elle se moque des idoles et rappelle la Loi donnée sur le mont Sinaï.
Un historien juif, Flavius Josèphe, cite déjà ces vers à la fin du premier siècle. Il les prend pour ceux d’une authentique prophétesse païenne.
Le Vésuve et le nom de Rome
Pour dater ces livres, les historiens utilisent leurs propres prophéties. Un texte écrit après coup décrit juste tout ce qui précède. Il se trompe ensuite. L’endroit où il commence à se tromper donne sa date.
Un des livres décrit un feu sorti de la terre en Italie, qui dévore des villes. C’est l’éruption du Vésuve, qui a détruit Pompéi en 79. Le poème y voit la colère de Dieu contre ceux qui ont brûlé le Temple de Jérusalem. Il ne mentionne rien de plus récent. Les spécialistes le datent donc de peu après.
En grec, chaque lettre sert aussi de chiffre. Un autre livre additionne les lettres du nom de Rome et en tire la durée de la ville. Le calcul fixait sa chute en l’an 195 de notre ère. Bien plus tard, un historien anglais relevait la malchance de cette prophétie.
Un philosophe crie au faux
Les chrétiens ont ensuite écrit eux aussi sous ce nom. Ils ont composé des livres entiers et glissé des vers dans les livres juifs. Dans un passage célèbre, les premières lettres des vers forment le nom du Christ.
Pour les premiers défenseurs du christianisme, ces vers valaient de l’or. Une prophétesse païenne qui annonce le Dieu unique leur offrait un témoin venu du camp adverse.
Un philosophe païen, Celse, ne s’y trompe pas. Il se moque des chrétiens qui croient en la Sibylle et leur donne un surnom, les sibyllistes. Il les accuse d’avoir ajouté des blasphèmes dans ses livres. Plusieurs décennies plus tard, l’écrivain chrétien Origène lui répond. Il lui reproche de ne montrer aucune copie plus ancienne, sans ces ajouts.
Deux savants, deux erreurs
Le texte grec est imprimé pour la première fois en 1545, à Bâle. Son éditeur est un maître d’école allemand, Sixt Birck. En classe, il explique un auteur chrétien ancien, Lactance, qui cite souvent la Sibylle. Il compare ces citations à un manuscrit trouvé dans sa ville. Presque toutes s’y retrouvent. Birck y voit la preuve que les oracles parlent vraiment du Christ. Cette concordance montre seulement que Lactance lisait déjà ce recueil.
En 1649, un pasteur protestant attaque la Sibylle dans un gros livre. David Blondel y voit l’œuvre d’un seul faussaire chrétien, au deuxième siècle. Il a raison sur le faux. Il se trompe sur l’auteur et sur l’époque. Ces livres ont été écrits par plusieurs mains, sur plusieurs siècles, et les plus anciens sont juifs.
Un point divise encore les spécialistes. Pour John Collins, le plus vieux livre vient d’Égypte et date du règne d’un roi grec. Rieuwerd Buitenwerf répond en 2003 qu’il vient plutôt d’une cité grecque d’Asie Mineure. Personne ne peut trancher. Les plus vieilles copies conservées datent du quatorzième siècle, bien longtemps après les faits.
Ces copies tardives sont aujourd’hui rangées dans des bibliothèques d’Europe, et jusqu’à Jérusalem.
La version complète expose l’énigme du septième roi d’Égypte et cite la phrase du Pasteur d’Hermas sur laquelle Blondel s’est appuyé.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Oracula Sibyllina, livres I à VIII et XI à XIV, texte grec éd. Johannes Geffcken, Die Oracula Sibyllina, Leipzig, 1902, Die griechischen christlichen Schriftsteller 8 – passages cités II, 330-338 ; III, 97 et suiv., 193, 318, 608 et 809-829 ; IV, 130-136 ; V, 46-50 ; VIII, 148-150 et 217-250 J. C. Hinrichs
- Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. gr. 1120, XIVᵉ siècle, témoin de la famille oméga (livres XI-XIV) Biblioteca Apostolica Vaticana, DigiVatLib
- Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Monacensis 351 (sigle P), XVᵉ siècle, manuscrit de base de l’édition de 1545 Bayerische Staatsbibliothek
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Sources primaires (suite)
- Milan, Biblioteca Ambrosiana, E 64 sup. (sigle M), XVᵉ siècle, fol. 7r-15r, source du livre XIV publié par Angelo Mai en 1817 Biblioteca Ambrosiana
- Sibyllinorum oraculorum libri octo, multis hucusque seculis abstrusi, nuncque primum in lucem editi, éd. Xystus Betuleius (Sixt Birck), Bâle, Johannes Oporin, mars 1545, in-4ᵒ, dédicace datée d’Augsbourg le 29 octobre 1544 Universitätsbibliothek Basel, AN V 63
- Sébastien Castellion, traduction latine en vers des huit livres des Oracles sibyllins, Bâle, 1546 Johannes Oporin
- Johannes Opsopoeus, Sibyllina oracula ex vett. codd. aucta, renovata et notis illustrata, avec la traduction latine de Castellion, Paris, 1599
- Angelo Mai, Sibyllinus liber XIV, Milan, 1817, et « Sibyllae libri XI. XII. XIII. XIIII. ex codicibus Vaticanis editi », dans Scriptorum veterum nova collectio, t. III, Rome, 1828
- David Blondel, Des Sibylles celebrées tant par l’antiquité payenne que par les saincts Peres, Charenton, 1649, in-4ᵒ, [16]-515-[1] p., livre I, chap. III, et livre II, chap. VI Eton College Library, Ba.6,14 ; vendu par la veuve L. Périer et N. Périer
- Origène, Contre Celse, V, 61 et VII, 56, éd. et trad. Marcel Borret, Paris, 1969, Sources chrétiennes 147 et 150 Éditions du Cerf
- Flavius Josèphe, Antiquités juives, I, 118, éd. Benedikt Niese, Flavii Iosephi opera, t. I, Berlin, 1887 Weidmann
- Théophile d’Antioche, Trois livres à Autolycus, II, 36, éd. Gustave Bardy, trad. Jean Sender, Paris, 1948, Sources chrétiennes 20 Éditions du Cerf
- Hermas, Le Pasteur, Vision II, 4, 1, éd. et trad. Kirsopp Lake, The Apostolic Fathers, t. II, Londres-Cambridge (Mass.), 1913, Loeb Classical Library Heinemann et Harvard University Press
- Lactance, Divinae institutiones, éd. Samuel Brandt, L. Caeli Firmiani Lactanti opera omnia, t. I, Vienne, 1890, Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum 19 F. Tempsky
- Edward Gibbon, The History of the Decline and Fall of the Roman Empire, t. I, Londres, 1776, chap. XV W. Strahan et T. Cadell
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- Rieuwerd Buitenwerf, Book III of the Sibylline Oracles and Its Social Setting, with an Introduction, Translation, and Commentary, Leyde-Boston, 2003, x-443 p., Studia in Veteris Testamenti Pseudepigrapha 17 Brill
- J. L. Lightfoot, The Sibylline Oracles. With Introduction, Translation, and Commentary on the First and Second Books, Oxford, 2007 Oxford University Press
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- Nicoletta Brocca, « « Casta Sibylla » ? Ritratti di Sibille nella raccolta degli « Oracula Sibyllina » », Erga-Logoi 4 (1), 2016, p. 91-117, DOI 10,7358/erga-2016-001-broc LED Edizioni Universitariehttps://doi.org/10.7358/erga-2016-001-broc
- Xavier Lafontaine, Hellénisme et prophétie. Les Oracles sibyllins juifs et chrétiens, Turnhout, 2023, 368 p., Semitica & classica supplementa 4 Brepols
- Charles Alexandre, Oracula Sibyllina, 2 vol., Paris, 1841-1856 Firmin Didot
- Aloisius Rzach, Oracula Sibyllina, Vienne-Leipzig, 1891 F. Tempsky et G. Freytag
- Johannes Geffcken, Komposition und Entstehungszeit der Oracula Sibyllina, Leipzig, 1902 J. C. Hinrichs
Sources en ligne
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- « Griechischer Geist aus Basler Pressen : GG 460 » Universitätsbibliothek Baselhttps://ub.unibas.ch/cmsdata/spezialkataloge/gg/higg0460.html
- « Manuscript - Vat.gr.1120 » DigiVatLib, Biblioteca Apostolica Vaticanahttps://digi.vatlib.it/view/MSS_Vat.gr.1120
- « Sibylline Oracles [Oracle,Pseudepigrapha, Jewish, Greek, 31 BCE - 30 BCE ] », commentaire de Kimberley Fowler base Judaism and Rome, Huma-Numhttps://heurist.huma-num.fr/heurist/judaism_and_rome/view/1163
- « Sibyllijnse Orakels III Joodse identiteit in Klein-Azië », résumé de l’article de Rieuwerd Buitenwerf, Nederlands Theologisch Tijdschrift 56 (1) Amsterdam University Presshttps://www.aup-online.com/content/journals/10.5117/NTT2002.1.001.BUIT
- « Hellénisme et prophétie. Les Oracles sibyllins juifs et chrétiens – Bryn Mawr Classical Review », compte rendu d’Oliver Parkes, BMCR 2024,05,21 Bryn Mawr Classical Reviewhttps://bmcr.brynmawr.edu/2024/2024.05.21/
- « Des Sibylles celebrées tant par l’antiquité payenne que par les saincts pères : discours traittant des noms & du nombre des Sibylles, de leurs conditions, de la forme & matière de leurs vers ... (1649) - Page 180 - Source Library » Source Library, Embassy of the Free Mindhttps://kloss.sourcelibrary.org/book/des-sibylles-celebrees-tant-par-l-antiquite-payenne-que-par-blondel/page/69bd9ec0f6d63c919747cb30
- « The Shepherd of Hermas », Vision II, 4, traduction de Kirsopp Lake Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg1419/tlg001/perseus-eng1/2.4.1-3.1.1
- « The Antiquities of the Jews, 1 118 », traduction de William Whiston Lexundriahttps://lexundria.com/j_aj/1.118/wst
- « Note 193 from chapter 15 of Decline & Fall » Christian Classics Ethereal Libraryhttps://ccel.org/g/gibbon/decline/volume1/nt15/193.htm




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