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Biographie
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Ptolémée Ier Sôter, diadoque fondateur de la dynastie lagide

Antiquité6 octobre 202615 min de lecture
Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Le satrape d’un roi enfant

En l’an 7 d’Alexandre IV, soit en 311 av. J.-C., les prêtres de Bouto, dans le delta occidental du Nil, font graver sur une stèle de granit la restitution d’un territoire à leurs dieux. Le texte hiéroglyphique raconte qu’un pharaon rebelle des années 330, Khababash, avait donné aux temples le « pays d’Edjo », au bord de la mer, et qu’un roi perse, que la stèle appelle Xerxès, le leur avait ensuite repris. Aucun titre royal n’accompagne le bienfaiteur qui rend la terre. La stèle le présente comme un grand prince en Égypte, lui attribue le retour d’Asie des statues divines emportées par les Perses et précise qu’il réside dans la forteresse d’Alexandre, au bord de la mer des Ioniens, là où s’élevait Rhakotis. Remployée dans une mosquée du Caire, où elle fut retrouvée en 1870, la pierre est conservée au Musée égyptien sous le numéro CG 22182.

Ce grand prince s’appelle Ptolemaios, fils de Lagos. Le patronyme a donné leur nom aux Lagides, les scribes égyptiens écrivent Ptwlmys, et l’épiclèse Sôter, « sauveur », a une origine discutée. On écrit ici Sôter avec l’accent circonflexe, qui rend l’êta long du grec, parce que la graphie Soter des index anglais efface la seule indication de prononciation que porte le mot. Aucun document ne donne sa date de naissance. Le traité sur la longévité transmis sous le nom de Lucien, les Macrobioi (12), lui prête quatre-vingt-quatre ans au moment où il cède le pouvoir à son fils, deux ans avant sa mort, ce qui place la naissance vers 367 av. J.-C., dans une fourchette de 369 à 366 selon la date retenue pour la passation. Il est macédonien, de l’Éordée, fils d’un Lagos dont on ne sait presque rien et d’une Arsinoé que des auteurs postérieurs rattachent à la maison royale.

Sa carrière auprès d’Alexandre se lit surtout dans l’Anabase d’Arrien. En 330, il remplace un garde du corps arrêté et entre parmi les sept somatophylaques, les gardes du corps personnels du roi (Arrien, III, 27, 5). L’année suivante, en Sogdiane, il prend livraison de Bessos, le satrape de Bactriane qui avait fait tuer Darius III, et le remet à Alexandre ; Arrien note que, selon Aristoboule, autre témoin de la campagne, ce sont les propres compagnons de Bessos qui l’ont livré (III, 30, 5). À Suse, en 324, il épouse une noble perse, Artakama, lors des noces collectives ordonnées par le roi.

À Babylone, en juin 323, le partage des commandements qui suit la mort du roi lui attribue l’Égypte. Il fait exécuter Cléomène de Naucratis, que le conquérant avait chargé des finances du pays (Pausanias, I, 6, 3), et soumet Cyrène dès 322. À la fin de cette année ou au début de 321, il détourne vers l’Égypte le convoi funèbre d’Alexandre. Le régent Perdiccas envahit alors le pays, échoue à franchir le Nil et périt de la main de ses propres officiers, en 321 ou en 320 selon la chronologie adoptée. Ptolémée gouverne ensuite en satrape, au nom de Philippe III Arrhidée puis d’Alexandre IV. Après le meurtre d’Alexandre IV, vers 310, il n’y a plus de roi au nom duquel dater. En 306, la flotte de Démétrios, fils d’Antigone le Borgne, l’écrase au large de Salamine de Chypre, puis à l’automne l’armée d’Antigone échoue devant la frontière égyptienne. Démétrios assiège alors Rhodes, que Ptolémée ravitaille. Ptolémée prend le diadème en 306/305 ou en 305/304 av. J.-C., la date se discutant à un an près.

Quatre femmes sont nommées à ses côtés, Thaïs, Artakama, Eurydice, Bérénice. Eurydice, fille du régent Antipatros, lui donne un fils, Ptolémée dit Kéraunos ; Bérénice, arrivée en Égypte dans sa suite, un autre Ptolémée, né à Cos en 309/308. Absent de la bataille d’Ipsos en 301, où Antigone est tué, il occupe la Syrie du Sud, que Séleucos revendique aussitôt. En 285/284, il associe au trône le fils de Bérénice et écarte l’aîné. Il meurt à Alexandrie entre la fin de 283 et le milieu de 282, les propositions modernes divergeant de quelques mois.

Presque tout ce qui précède vient de textes rédigés entre deux et quatre siècles et demi après lui. Leur source la plus ancienne est l’œuvre du sujet lui-même, qui a raconté les campagnes d’Alexandre en réglant la place qu’il y tenait, tandis que le nom de Ptolémée Sôter doit beaucoup à la cour de son fils.

Il faut donc prendre ces textes un à un, l’histoire perdue de Ptolémée telle qu’Arrien la transmet, la chronique de Diodore et l’historien hostile qu’elle abrège, les notices de Quinte-Curce et de Pausanias, puis les documents de son gouvernement. Trois points disputés suivent, le trajet du corps d’Alexandre, la date de la royauté et du surnom, puis celle du livre, avant la fabrication du fondateur par ceux qui régnèrent après lui.

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