Un peu moins de 20 %. C’est la part du décor sculpté du palais nord-ouest de Nimroud qui tapissait encore ses murs avant 2014, selon une estimation que l’assyriologue Eleanor Robson présente elle-même comme grossière, le reste ayant gagné depuis le milieu du XIXᵉ siècle plus de soixante musées et collections. En 2019, le directeur du site, Saadi Ali, citait un rapport des autorités de la province de Ninive selon lequel 90 % de Nimroud avaient été détruits par l’État islamique, en ajoutant que les fouilles conduites depuis le XIXᵉ siècle n’avaient dégagé qu’environ 30 % de l’ancienne ville.
L’un compte des dalles sur les murs d’un bâtiment, l’autre les ruines d’une capitale entière.
Des barils alignés contre les reliefs d’Assurnasirpal
Mossoul tombe aux mains de l’État islamique en juin 2014, et Nimroud, à une trentaine de kilomètres au sud-est, passe sous son contrôle le même été. Le 5 mars 2015, le ministère irakien du Tourisme et des Antiquités annonce que des bulldozers sont entrés sur le site. Grâce aux images satellitaires réunies par l’équipe de Michael Danti pour les American Schools of Oriental Research, on peut suivre la suite presque semaine par semaine. Sur le cliché du 26 février, rien n’a bougé. Le 7 mars, puis le 1er avril, on distingue un tas de décombres, une brèche dans un mur moderne et des perturbations dans la salle du trône. Le palais saute entre le 1er et le 11 avril, jour où l’organisation diffuse une vidéo d’environ sept minutes qui montre des masses s’abattre sur les bas-reliefs, une chargeuse pousser les fragments en tas, des barils d’explosifs alignés devant une rangée de dalles, puis la détonation filmée sous plusieurs angles. Danti relevait que cette diffusion pouvait aussi détourner l’attention de la défaite que l’organisation venait de subir à Tikrit.
L’organisation revient sur le site l’année suivante. En juin 2016, elle fait sauter la porte dite des Poissons, le temple de Nabu reconstruit et la maison de fouilles, d’après la chronologie réunie par l’Academic Research Institute in Iraq (TARII). Entre le 31 août et le 2 octobre, des engins de terrassement arasent la ziggourat, la tour à étages associée au temple de Ninurta, dont le noyau de brique crue dominait encore la plaine, et une seconde passe de nivellement suit en octobre. Les forces irakiennes reprennent Nimroud à la mi-novembre 2016.
Le 3 avril 2017, Eleanor Robson, qui avait dirigé de 2013 à 2015 un programme de recherche sur l’histoire ancienne et moderne de Kalhu, parcourt le site à l’invitation de Layla Salih, alors chargée par le Conseil irakien des antiquités et du patrimoine de documenter les sites de la province. Son rapport décrit une destruction très localisée. Dans la zone de réception centrale, au sud de la salle du trône, la charge a fait s’effondrer les murs de brique et les toits construits à la fin du XXᵉ siècle pour protéger les sculptures, si bien que personne ne peut dire dans quel état se trouvent les dalles ensevelies dessous ; les sols et le plan du palais sont en revanche intacts. Dans la salle du trône et la cour nord, les fragments sont tombés le long de cassures anciennes et de restaurations antérieures, et Robson ne relève que deux mutilations délibérées, le visage d’Assurnasirpal martelé sur le panneau B13 et l’œil d’un dignitaire étranger arraché sur le panneau D-8. Elle ne voit aucune trace d’un démontage systématique des reliefs et estime que peu de choses, sinon rien, ont été emportées ou réduites à néant. Au temple de Nabu, que le TARII range parmi les monuments dynamités en juin 2016, les aménagements de pierre antiques, les sols et les murs sont en place, et les dégâts touchent surtout la brique moderne et la porte, très restaurée au XXᵉ siècle. Elle en conclut que l’organisation cherchait d’abord une vidéo capable de choquer, pas la disparition méthodique de la citadelle.
Plâtre de copie ou pierre de Hatra ?
Au musée de Mossoul, la caméra est passée la première. Fondé en 1952, deuxième musée du pays après celui de Bagdad, fermé au public depuis 2003, il sortait d’un programme de réhabilitation et s’apprêtait à rouvrir quand l’État islamique a pris la ville. La vidéo diffusée le 26 février 2015 dure un peu plus de cinq minutes. On y voit des hommes renverser des statues, les frapper à la masse et attaquer des visages à la perceuse.
Dans les jours qui suivent, une partie des commentateurs assure que les sculptures assyriennes réduites en miettes sont pour l’essentiel des moulages, les originaux ayant été mis à l’abri à Bagdad, et la facilité avec laquelle certaines figures éclatent sous les coups semble leur donner raison. L’argument avait des appuis sérieux. Près de 1 500 objets portables de valeur avaient été envoyés au musée de Bagdad à l’époque de la guerre de 2003, et un professeur d’archéologie conseiller du musée, Abdullah al-Jumaili, affirmait en mars 2015 que la majeure partie des collections avait été transférée six mois avant la chute de la ville. Une position intermédiaire, que Paolo Brusasco attribue à un rapport hebdomadaire de l’équipe de Danti daté du 2 mars 2015, voyait dans les statues de Hatra, cité caravanière de l’époque parthe à une centaine de kilomètres au sud de Mossoul, l’essentiel des originaux brisés, et dans les sculptures assyriennes l’essentiel des copies. Layla Salih, alors membre du personnel scientifique du musée et de la commission chargée des transferts, a contesté le point de départ lui-même, en assurant que rien n’était parti pour Bagdad depuis 2003 et que la vidéo montre les statues découvertes sous leurs bâches de plastique avant d’être abattues. Brusasco a repris la question en reconstituant, salle par salle, la galerie assyrienne d’après les photographies prises entre 2008 et 2010 par Suzanne Bott, conseillère américaine pour la reconstruction en Irak, et l’inventaire qu’il publie en 2016 dans le Journal of Near Eastern Studies conclut que la grande majorité des objets détruits étaient des originaux. Deux ans plus tard, dans le Journal of the American Oriental Society, il montre que plusieurs plans de la vidéo ont été tournés dans le petit musée aménagé à l’intérieur de la porte de Nergal, à Ninive. Quinze objets y étaient exposés, maquettes non comprises, dont dix originaux et cinq moulages de plâtre.
Les mêmes photographies suggèrent un autre scénario. Au pied des murs de la galerie assyrienne de Mossoul, il ne reste presque pas de débris, et Brusasco en déduit que la plupart des panneaux sculptés ont probablement été emportés vers le marché illicite des antiquités, conclusion que Layla Salih partageait après une inspection en mars 2017. Le président du Conseil irakien des antiquités, Qais Hussein Rashid, avançait dès mai 2015 que les démolitions filmées pouvaient servir à masquer des opérations de pillage.
La porte de Nergal avait d’ailleurs sa propre histoire de copie. Reconstruite par le service irakien des antiquités dans les années 1960 pour abriter ses lamassu et attirer les visiteurs, elle reprenait l’élévation d’une porte de Khorsabad dessinée au XIXᵉ siècle par l’architecte Félix Thomas, restitution en partie imaginée faute de vestiges suffisants. L’État islamique a découpé à la scie le visage d’un des taureaux dès février 2015, puis rasé la porte en avril 2016, le 13 selon la présentation en ligne du ministère français de la Culture, le 14 selon Brusasco, juste après les portes Mashki et Adad.
Tell Nebi Yunus
Le 24 juillet 2014, l’État islamique fait sauter le sanctuaire de Nebi Yunus, la mosquée élevée depuis au moins le XIIᵉ siècle sur le tombeau attribué au prophète Jonas, au sommet de la plus petite des deux collines de Ninive. Pendant les deux ans et demi qui suivent, ses hommes creusent sous les ruines un réseau de tunnels. Quand l’est de Mossoul est repris, au début de 2017, Layla Salih le documente le 4 février, et Eleanor Robson, qui y descend le 3 avril, décrit des galeries percées avec méthode, des dalles dégagées et nettoyées, et deux panneaux à hauteur de taille montrant des femmes de face, intacts, sans trace d’iconoclasme. Sept courtes inscriptions d’Assarhaddon (681-669 avant notre ère), publiées la même année par Ali Y. Al-Juboori dans le volume 79 de la revue Iraq, commencent toutes par « Palais d’Assarhaddon » et ne racontent rien. Le bâtiment est l’ekal māšarti des inscriptions royales, un palais militaire où l’armée se rassemblait avant ses campagnes et où l’on entreposait le butin, fondé par Sennachérib et agrandi par ses successeurs. Ce que les pilleurs en ont sorti, personne ne le sait, puisque cette masse de terre n’avait jamais été fouillée et qu’aucun inventaire antérieur ne peut servir de point de comparaison.
Depuis 2018, une équipe de l’université de Heidelberg conduite par Stefan Maul et Peter Miglus fouille le palais avec le Conseil irakien des antiquités. En septembre 2025, le ministre irakien de la Culture a annoncé la mise au jour, à l’entrée de la salle du trône, d’un lamassu de près de six mètres présenté comme le plus grand jamais trouvé, et des archéologues de l’université de Mossoul ont aussitôt fait remarquer que le secteur était repéré depuis les années 1970 et que des saisons de fouilles antérieures avaient déjà documenté une partie des mêmes structures. La mosquée a rouvert le vendredi 3 avril 2026, reconstruite en un peu plus de quatre ans grâce aux dons des habitants. Le responsable de l’inspection des antiquités de Ninive a expliqué que les quelque 600 mètres de tunnels avaient été relevés pour que les fondations les évitent, et qu’un accord entre son service, l’administration des biens religieux sunnites et Heidelberg réservait au palais assyrien la cour sud, sur 50 mètres de long et 20 de large, la mosquée occupant la cour nord.
Les restaurateurs du Louvre remontent la base du trône
Mossoul est déclarée libérée le 9 juillet 2017. Les autorités irakiennes se tournent alors vers ALIPH, l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit, créée en mars 2017 à l’initiative de la France et des Émirats arabes unis et lancée officiellement dans la cour Khorsabad du Louvre, quinze mois après les cinquante propositions remises au président de la République par Jean-Luc Martinez, alors président-directeur du musée. Le projet de réhabilitation démarre en 2018 avec le Louvre et la Smithsonian Institution, qui commence par sécuriser le bâtiment (portes, fenêtres, clôtures), et le World Monuments Fund rejoint le consortium en 2020 pour restaurer l’édifice de l’architecte Mohamed Makiya. En 2023, ALIPH y avait engagé plus de 16 millions de dollars.
La base du trône d’Assurnasirpal II a servi de premier chantier. Ce large socle de pierre, couvert d’une longue inscription cunéiforme au nom du roi, venait de la salle du trône du palais nord-ouest de Nimroud, où Layard l’avait laissé et où Max Mallowan l’avait retrouvé un siècle plus tard. Placé au centre de la salle assyrienne du musée, il a été détruit à l’explosif, et la charge a ouvert un trou béant dans le sol. Il a fallu deux ans aux équipes irakiennes et aux restaurateurs envoyés par le Louvre pour trier, consolider et assembler les fragments. Le même travail a été engagé sur le lion du temple d’Ishtar Sharrat-niphi, sculpté avec cinq pattes pour paraître immobile de face et en marche de profil, sur la stèle du banquet, sur deux lamassu de la salle du trône de Nimroud et sur des fragments de plaques de métal de Balawat. En mai 2023, Barbara Couturaud, du département des Antiquités orientales du Louvre, estimait que trois des cinq grandes œuvres étaient très avancées et rappelait que ces sculptures pèsent plusieurs tonnes.
La stèle du banquet, un bloc de grès découvert à Nimroud en 1951, portait 154 lignes de texte, dont les dernières donnent le menu d’une fête de dix jours offerte à 69 574 invités pour l’inauguration de la capitale, en 879 avant notre ère. Les restaurateurs ne cherchent pas à effacer l’attaque. Le lamassu et le lion ont perdu leur tête, et les responsables du projet expliquaient en 2024 que la trace de ce qui s’est passé resterait lisible sur les objets, tandis que le responsable des antiquités de Ninive annonçait en 2023 qu’une partie de la cavité ouverte dans le sol de la salle assyrienne serait conservée comme témoin. La réouverture, annoncée en 2023 pour l’été 2026 puis repoussée à novembre 2026, n’avait pas eu lieu à la mi-octobre, et le 24 septembre le consul général de France à Mossoul évoquait une inauguration au début de l’année suivante.
Anastylose
Les restaurateurs appellent anastylose le remontage d’un monument avec ses propres éléments, les compléments modernes restant limités et identifiables. Mossoul en a connu une version à l’échelle d’une ville avec le minaret al-Hadba, élevé en 1172 sous Nur al-Din et dynamité en juin 2017, pendant la bataille pour la ville, deux ans après le saccage du musée. L’UNESCO l’a reconstruit à l’identique, inclinaison comprise, avec des matériaux récupérés dans ses décombres, après une enquête conduite avec l’université de Mossoul où 94 % des personnes interrogées demandaient le retour à l’état d’avant 2017. Le chantier s’est achevé à la fin de 2024, et le Premier ministre irakien a inauguré le 1er septembre 2025 la mosquée al-Nouri, son minaret et deux églises voisines, al-Tahera et al-Saa’a, pour un financement émirien de 50,4 millions de dollars.
La salle de prière a suivi une autre voie. En avril 2021, le jury du concours international organisé par l’UNESCO retient le projet d’une équipe de huit architectes égyptiens, d’écriture franchement contemporaine, et la protestation d’architectes irakiens et d’habitants est immédiate. Le projet a pourtant trouvé un défenseur à Mossoul même, Hafidh Al-Hajj Rahho, professeur de conception architecturale à l’université, pour qui la salle de prière n’avait guère d’importance historique et ne représentait pas l’architecture mossouliote, ce que confirme son histoire, puisqu’elle avait été entièrement rebâtie dans les années 1940.
À Nimroud, le travail en est resté au tri. La Smithsonian a lancé en avril 2017, avec 300 000 dollars du département d’État et 100 000 de ses propres fonds, une mission d’un an pour documenter le site et déplacer les fragments, des centaines de tonnes de sculptures brisées, et le TARII en a suivi la mise en œuvre de 2022 à 2024. En mars 2025, le ministre irakien de la Culture parlait d’environ 35 000 éléments récupérés, en cours de tri entre objets intacts et endommagés. À Ninive, sur la colline de Kouyoundjik, l’équipe de Heidelberg a mesuré, inventorié et mis à l’abri dans un entrepôt construit à cet effet les fragments des reliefs brisés dans l’aile de la salle du trône du palais de Sennachérib, en vue d’une restauration. Robson jugeait possible, en 2017, de redresser les fragments tombés dans la salle du trône de Nimroud et de combler les manques par des répliques fondées sur la documentation photographique, voire de dresser à l’extrémité est des fac-similés des reliefs dispersés, que l’atelier Factum Arte avait scannés et reproduits en 2014, mais elle se gardait de rien recommander, la décision revenant selon elle aux experts et aux parties prenantes irakiens. Une troisième voie, purement numérique, a été montrée à Paris dès l’automne 2018, quand l’Institut du monde arabe a projeté dans l’exposition « Cités millénaires » les relevés en trois dimensions de Mossoul réalisés par l’entreprise Iconem. Des deux chiffres de départ, nous tenons celui de Robson pour le plus utile, parce qu’il dit ce qu’il y a à remonter, alors que le taux de 90 % décrit une perte sans indiquer ce qui reste exploitable.
Aucun calendrier de remontage du palais nord-ouest n’a été rendu public. La conférence « A Future for Nimrud », réunie par le TARII, présentait encore comme une urgence l’élaboration d’un plan d’ensemble pour le site, et aucun texte publié n’indique qui tranchera entre l’anastylose des dalles, la pose de répliques et la conservation des ruines telles que l’explosion les a laissées.
Pour aller plus loin
Les ivoires de Nimroud, retrouvés pour la plupart dans l’arsenal dit Fort Salmanazar, et le trésor des tombes de reines découvert en 1988 sous le palais nord-ouest prolongent cette histoire de dispersion. Le pillage du musée de Bagdad en avril 2003 et la cité caravanière de Hatra, dont les statues comptaient parmi les originaux brisés à Mossoul, éclairent le même épisode sous deux autres angles.
On répète souvent qu’en 2015 le groupe État islamique a réduit en poussière les trésors de l’Assyrie, un empire antique du nord de l’Irak. Ses films de propagande montraient des statues brisées à Mossoul et un palais royal soufflé par des explosifs dans une ville voisine, Nimroud. Les vérifications menées depuis racontent une autre histoire, faite de copies, de vols et de chantiers encore ouverts.
Des statues parfois en plâtre
Le premier film sort en février 2015. Des hommes y renversent des statues au musée de Mossoul, le deuxième musée du pays, puis les frappent à la masse. Certaines figures éclatent très facilement sous les coups. Beaucoup de commentateurs pensent alors à des copies en plâtre, ce qu’on appelle des moulages, et imaginent les originaux à l’abri à Bagdad.
Un archéologue a voulu vérifier. Il a comparé le film avec des photographies de la salle prises quelques années plus tôt par une conseillère américaine. La plupart des objets brisés, conclut-il, étaient d’origine. Il a aussi reconnu des images tournées ailleurs, dans un petit musée logé dans une ancienne porte de Ninive. Ce musée exposait quinze objets. Dix d’entre eux étaient d’origine, les autres des moulages.
Un autre détail l’a frappé. Au pied des murs de la salle assyrienne de Mossoul, il n’y avait presque pas de débris. Les grands panneaux sculptés ont donc probablement été emportés, puis vendus en cachette. Le chef des antiquités irakiennes avait soupçonné ce scénario quelques mois après le film. Selon lui, casser devant la caméra pouvait servir à cacher des vols.
Un palais déjà presque vide
Le second film sort au printemps. Il montre le palais du roi assyrien Assurnasirpal II à Nimroud, attaqué à la masse. On y voit ensuite des barils d’explosifs alignés devant des murs sculptés, puis une énorme détonation. Des photographies prises par satellite situent l’explosion au début du mois d’avril.
Ce palais avait pourtant déjà perdu presque tout son décor. Depuis les premières fouilles, les archéologues avaient envoyé ses plaques sculptées dans des musées du monde entier. Une assyriologue estime qu’il en restait moins d’une sur cinq sur les murs. Elle présente elle-même ce chiffre comme une estimation grossière.
Cette chercheuse a parcouru Nimroud quelques mois après la reprise du site par l’armée irakienne. Elle a trouvé effondrés les murs de brique bâtis au siècle dernier pour abriter les sculptures. Les sols et le plan du palais étaient intacts, et presque rien ne semblait avoir été volé. Pour elle, le groupe voulait surtout un film qui choque. Les autorités de la province parlent au contraire d’un site détruit à 90 %, mais leur chiffre porte sur toute l’ancienne ville.
Un palais caché sous une mosquée
À Mossoul, les jihadistes ont aussi fait sauter la mosquée qui abritait le tombeau attribué au prophète Jonas. Ils ont ensuite creusé des tunnels sous les ruines pour y chercher des objets à vendre. Ces galeries ont traversé un palais du roi Assarhaddon que personne n’avait jamais fouillé. Personne ne sait ce que les pilleurs en ont sorti, car rien n’avait été répertorié avant eux.
Des archéologues irakiens et allemands fouillent désormais ce palais. La mosquée a rouvert récemment, reconstruite grâce aux dons des habitants. Ses fondations contournent les tunnels, et une cour entière a été laissée aux vestiges assyriens.
Recoller ou rebâtir
Au musée de Mossoul, des restaurateurs du Louvre travaillent avec les équipes irakiennes. Ils ont commencé par le socle de pierre qui portait le trône d’Assurnasirpal, dynamité au milieu de la salle. Un lion et un taureau ailé à tête humaine sont en cours de remontage. Tous deux ont perdu leur tête dans l’attaque, et cette trace restera visible.
La réouverture du musée a déjà été repoussée plusieurs fois. En septembre, le consul général de France à Mossoul l’annonçait pour le début de l’année suivante. Personne ne peut donc encore donner de date ferme.
Pour le minaret penché de la grande mosquée, Mossoul a choisi une autre voie. Ce minaret avait été dynamité pendant la bataille pour reprendre la ville. L’UNESCO l’a reconstruit à l’identique, inclinaison comprise, parce que 94 % des habitants interrogés le demandaient. Pour la salle de prière voisine, un projet moderne a été retenu, et des architectes irakiens l’ont contesté.
À Nimroud, environ 35 000 éléments ont été ramassés et triés. Aucun calendrier n’a été rendu public. Personne n’a encore décidé s’il faut recoller les dalles, poser des copies ou laisser les ruines telles quelles.
Au musée de Mossoul, une partie du trou ouvert par l’explosion dans le sol de la salle assyrienne doit rester visible, comme un témoin.
La version complète date l’explosion de Nimroud grâce aux clichés satellitaires successifs, et détaille l’accord qui partage les cours du sanctuaire de Jonas entre la mosquée et le palais d’Assarhaddon.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Base du trône d’Assurnasirpal II, pierre inscrite en cunéiforme, salle du trône du palais nord-ouest de Nimroud ; détruite à l’explosif sous l’occupation, remontée par les équipes du musée et du Louvre Musée culturel de Mossoul
- Stèle du banquet d’Assurnasirpal II, grès, 154 lignes, découverte à Nimroud en 1951, inauguration de Kalhu en 879 avant notre ère Musée culturel de Mossoul
- Lion gardien à cinq pattes du temple d’Ishtar Sharrat-niphi, Nimroud, inscription d’Assurnasirpal II entre les pattes Musée culturel de Mossoul
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Sources primaires (suite)
- Sept inscriptions murales d’Assarhaddon (« Palais d’Assarhaddon »), tunnels de pillage de Tell Nebi Yunus, relevées en 2017 édition Al-Juboori, *Iraq* 79, 2017, mss 1-7
- Images satellitaires DigitalGlobe du palais nord-ouest de Nimroud, 26 février, 7 mars, 1er avril et 17 avril 2015 publiées par ASOR Cultural Heritage Initiatives
- Vidéos de l’État islamique diffusées le 26 février 2015 (musée de Mossoul et musée de la porte de Nergal) et le 11 avril 2015 (palais nord-ouest de Nimroud) analysées par Brusasco 2018 et Danti et al. 2015
Bibliographie
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- Paolo Brusasco, « The Assyrian Sculptures from the Nergal Gate Museum at Nineveh before the Islamic State’s Attack », *Journal of the American Oriental Society* 138 (3), 2018, p. 485-506 [American Oriental Society](https://lockwoodonlinejournals.com/index.php/jaos/article/download/994/812/2043
- Michael Danti, Scott Branting, Tate Paulette et Allison Cuneo, *Report on the Destruction of the Northwest Palace at Nimrud*, ASOR Cultural Heritage Initiatives, 5 mai 2015, DOI 10,6067/XCV8447766 [American Schools of Oriental Research / tDAR](https://core.tdar.org/document/447766/report-on-the-destruction-of-the-northwest-palace-at-nimrud
- Ali Y. Al-Juboori, « Recently Discovered Neo-Assyrian Royal Inscriptions from the Review Palace and Nergal Gate of Nineveh », *Iraq* 79, 2017, p. 3-20, DOI 10,1017/irq.2017,7 [British Institute for the Study of Iraq](https://doi.org/10.1017/irq.2017.7
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Sources en ligne
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- [« ISIS Smashes Priceless, Ancient Statues in Iraq »]( National Geographichttps://www.nationalgeographic.com/culture/article/150227-islamic-militants-destroy-statues-mosul-iraq-video-archaeology
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- [« The Destruction of Archaeological Sites | Mosul Cultural Museum »]( Ministère de la Culture, collection Grands sites archéologiqueshttps://archeologie.culture.gouv.fr/mossoul-museum/en/destruction-archaeological-sites
- [« June 2014 to July 2017 : Mosul Occupied by Daesh | Mosul Cultural Museum »]( Ministère de la Culture, collection Grands sites archéologiqueshttps://archeologie.culture.gouv.fr/mossoul-museum/en/june-2014-july-2017-mosul-occupied-daesh
- [« Bringing Mosul Museum Back to Life »]( Musée du Louvrehttps://www.louvre.fr/en/explore/life-at-the-museum/bringing-mosul-museum-back-to-life
- [« Six years after Daesh attack, the Mosul Cultural Museum is being rehabilitated through the commitment of Iraqi authorities and an international heritage consortium »]( Espace presse du musée du Louvrehttps://presse.louvre.fr/six-ans-apres-lattaque-de-daech-le-musee-de-mossoul-renait-progressivement-grace-a-lengagement-des-autorites-irakiennes-et-dun-consortium-international-du-patrimoine-2/
- [« Mosul Cultural Museum »]( World Monuments Fundhttps://www.wmf.org/projects/mosul-cultural-museum
- [« Mosul Cultural Museum to Reopen in 2026 »]( Smithsonian Magazinehttps://www.smithsonianmag.com/smithsonian-institution/mosul-cultural-museum-to-reopen-in-2026-180982266/
- [« Inside the Reconstruction of the Mosul Cultural Museum, Where a Team Works to Restore the War-Ravaged Building and Its Collection »]( Artnet Newshttps://news.artnet.com/art-world/mosul-cultural-museum-rebuilding-2328467
- [« Coup d’envoi des “derniers” travaux de réhabilitation du Musée de Mossoul »]( L’Orient-Le Jour (dépêche AFP)https://www.lorientlejour.com/article/1337143/coup-denvoi-des-derniers-travaux-de-rehabilitation-du-musee-de-mossoul.html
- [« Iraqi museum damaged by Daesh works toward reopening »]( Arab News (dépêche AFP)https://www.arabnews.com/node/2301556/middle-east
- [« Restoring Iraq’s Mosul Cultural Museum »]( Blooloophttps://blooloop.com/museum/in-depth/mosul-cultural-museum/
- [« [DOSSIER] Tour du monde : ouvertures et réouvertures de musées et lieux de patrimoine en 2026 »]( Club Innovation & Culture CLIC Francehttps://www.club-innovation-culture.fr/dossier-monde-ouvertures-reouvertures-musees-lieux-patrimoine-2026/
- [« متحف الموصل يقترب من فتح أبوابه أمام الزوار وفرنسا تُتمّ دورها في إعادة تأهيله »]( Monte Carlo Doualiyahttps://www.mc-doualiya.com/%D8%A8%D8%B1%D8%A7%D9%85%D8%AC/%D8%B1%D9%8A%D8%A8%D9%88%D8%B1%D8%AA%D8%A7%D8%AC/20260924-%D9%85%D8%AA%D8%AD%D9%81-%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%88%D8%B5%D9%84-%D9%8A%D9%82%D8%AA%D8%B1%D8%A8-%D9%85%D9%86-%D9%81%D8%AA%D8%AD-%D8%A3%D8%A8%D9%88%D8%A7%D8%A8%D9%87-%D8%A3%D9%85%D8%A7%D9%85-%D8%A7%D9%84%D8%B2%D9%88%D8%A7%D8%B1-%D9%88%D9%81%D8%B1%D9%86%D8%B3%D8%A7-%D8%AA%D9%8F%D8%AA%D9%85%D9%91-%D8%AF%D9%88%D8%B1%D9%87%D8%A7-%D9%81%D9%8A-%D8%A5%D8%B9%D8%A7%D8%AF%D8%A9-%D8%AA%D8%A3%D9%87%D9%8A%D9%84%D9%87
- [« بعد 12 عاما من تفجيره.. الموصل تعيد إعمار جامع النبي يونس »]( Al Jazeerahttps://www.aljazeera.net/politics/2026/4/5/%D8%A8%D8%B9%D8%AF-12-%D8%B9%D8%A7%D9%85%D8%A7-%D9%85%D9%86-%D8%AA%D9%81%D8%AC%D9%8A%D8%B1%D9%87-%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%88%D8%B5%D9%84-%D8%AA%D8%B9%D9%8A%D8%AF-%D8%A5%D8%B9%D9%85%D8%A7%D8%B1
- [« Assyrian Lamassu uncovered in Nineveh, scholars dispute novelty »]( Shafaq Newshttps://shafaq.com/en/society/Assyrian-Lamassu-uncovered-in-Nineveh-scholars-dispute-novelty
- [« Al-Hadba minaret »]( UNESCO, Revive the Spirit of Mosulhttps://www.unesco.org/en/revive-mosul/al-hadba-minaret
- [« A milestone for Mosul : Iraq inaugurates iconic landmarks rehabilitated by UNESCO »]( UNESCOhttps://www.unesco.org/en/articles/milestone-mosul-iraq-inaugurates-iconic-landmarks-rehabilitated-unesco
- [« Unesco deputy chief hails reopening of Mosul’s Al Nuri Mosque after painstaking rebuild »]( The Nationalhttps://www.thenationalnews.com/news/mena/2025/09/01/unesco-chief-hails-reopening-of-mosuls-al-nuri-mosque-after-painstaking-rebuild/
- [« Modernist Design for Rebuilding Mosul’s Historic Mosque Draws Outcry »]( Al-Fanar Mediahttps://al-fanarmedia.org/2021/08/modernist-design-for-rebuilding-mosuls-historic-mosque-draws-outcry/
- [« Iraq steps up efforts to revive Nimrud city »]( Iraqi Newshttps://www.iraqinews.com/iraq/iraq-steps-up-efforts-to-revive-nimrud-city/




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