Entre l’année 6780 et l’année 6807 du monde, la plus ancienne chronique de Novgorod ne dit rien. Le manuscrit synodal, conservé au Musée historique d’État de Moscou sous la cote ГИМ, Син. 786, passe du folio 150 verso, où le prince Dmitri Alexandrovitch monte sur le trône de la ville le 9 octobre 1272, au folio 151, qui s’ouvre au milieu d’un incendie d’avril 1299. Son éditeur de 1950, Arseni Nasonov, y voit la perte d’un ou de plusieurs feuillets, survenue au plus tard aux XIVᵉ-XVᵉ siècles, bien que la numérotation ancienne des cahiers n’en garde aucune trace. À Saint-Pétersbourg, la Chronique laurentienne a perdu elle aussi des feuillets, ceux des années 6771 à 6791, soit 1263 à 1283. Les deux plus vieux témoins de la Russie du Nord sous le joug mongol perdent ainsi ensemble, par accident matériel, les années 1273 à 1283.
« Le dixième en toute chose »
Sous l’année 6746, qui couvre ici l’hiver 1237-1238, le même manuscrit raconte l’arrivée des Tatars sur la terre de Riazan, « sans nombre, comme des sauterelles ». Ils prennent position sur la Nouzla, puis envoient aux princes une ambassade singulière, une femme que le chroniqueur traite de sorcière et deux hommes avec elle, pour réclamer « le dixième en toute chose, en hommes, en princes et en chevaux ». Les princes de Riazan, de Mourom et de Pronsk refusent de les laisser entrer dans leurs villes et leur répondent que tout sera à eux quand il ne restera plus personne. Iouri de Vladimir n’envoie aucun secours. Assiégée le 16 décembre, Riazan tombe le 21. À Vladimir, le prince Vsevolod, sa mère, l’évêque Mitrofane et des notables prennent l’habit monastique dans l’église de la Mère de Dieu, où ils meurent quand les assaillants, après avoir enfoncé les portes, entassent du bois et y mettent le feu. Torjok tient deux semaines contre les béliers et tombe le 5 mars. Lancée à la poursuite des fuyards, la colonne s’arrête à la croix d’Ignatch, à cent verstes de Novgorod, et le chroniqueur, un clerc de l’archevêché comme tous ceux qui tiennent ces annales depuis les années 1130, attribue le salut de la ville à Sainte-Sophie et aux prières du clergé avant d’écrire que Dieu a lâché les païens sur la Rus’ pour ses péchés, ce qui fait de la conquête un châtiment et de la défaite une affaire entre les Russes et leur Dieu. Toute la scène tient sur les folios 121 à 126 d’un manuscrit des XIIIᵉ-XIVᵉ siècles, à une ou deux générations des faits.
Sous le kremlin de Iaroslavl, sur le promontoire qui domine le confluent de la Volga et de la Kotorosl, l’expédition de l’Institut d’archéologie de l’Académie des sciences de Russie a dégagé entre 2004 et 2011 neuf sépultures collectives. Les corps avaient été jetés dans des caves de maisons, des fosses domestiques, un puits. La stratigraphie, le mobilier et les analyses de laboratoire rattachent toutes ces fosses au sac de la ville en 1238. En 2019, Anna Tarasova a recompté les ossements et arrive à 225 individus au minimum, peut-être 263, des deux sexes et de tous âges. Une classe d’âge manque presque entièrement, celle des 15-19 ans, et elle avance, sans pouvoir le démontrer, que ces adolescents ont pu être emmenés en captivité. Les analyses isotopiques montrent d’ailleurs que les habitants du kremlin mangeaient beaucoup de protéines animales et souffraient moins des caries que les Kiéviens des Xᵉ-XIIIᵉ siècles, 38,5 % des sujets atteints contre près de la moitié ou davantage à Kiev.
Berkaï et Kasatchik
Sous l’année 6765, en 1257, la chronique enregistre une « mauvaise nouvelle venue de la Rus’ », selon laquelle les Tatars veulent imposer à Novgorod la tamga, un droit prélevé sur les échanges, et la dîme. Toute l’année, la ville s’agite. Pendant l’hiver, des envoyés tatars arrivent avec le prince Alexandre Iaroslavitch, celui qu’on appelle Alexandre Nevski. Les Novgorodiens refusent tamga et dîme, offrent des présents pour le khan, que la chronique appelle « tsar », et renvoient l’ambassade en paix. Alexandre chasse alors de Pskov son propre fils Vassili, qui avait pris le parti de la ville, et fait couper le nez ou crever les yeux à ceux qui l’avaient conseillé, ce que le folio 136 rapporte sans un mot de blâme.
Deux ans plus tard, sous l’année 6767, un boyard, Mikhaïl Pinechtchinitch, rentre du « Bas-Pays », la Russie de Vladimir, porteur de ce que le chroniqueur nomme une « ambassade mensongère », d’après laquelle des troupes attendent déjà si Novgorod refuse le dénombrement. La ville accepte. Les deux officiers chargés de l’opération, Berkaï et Kasatchik, viennent « avec leurs femmes » et une nombreuse suite, et la ville se soulève. Effrayés, les envoyés demandent à Alexandre une garde, que fournissent la nuit le fils du posadnik, le premier magistrat élu de la ville, et les fils de boyards. Le menu peuple refuse le compte et jure de « mourir avec honneur pour Sainte-Sophie », pendant que les grands poussent à l’accepter, et le chroniqueur note avec amertume que les boyards se ménageaient une charge légère en laissant la lourde aux petits. Un matin, le prince descend de sa résidence du Gorodichtche avec les Tatars. Au folio 138, ceux-ci parcourent les rues « en inscrivant les maisons chrétiennes », puis repartent avec le dénombrement, et Alexandre les suit en laissant son fils Dmitri sur le trône.
La chronique ne donne aucun chiffre.
Quatorze princes sur cent neuf
En 1270, sous l’année 6778, Novgorod chasse son prince Iaroslav Iaroslavitch, frère d’Alexandre, après lui avoir envoyé par écrit la liste de ses abus, de la rive du Volkhov réservée à ses chasseurs d’oiseaux à la maison d’un bourgeois qu’il s’était appropriée. Iaroslav dépêche un homme à lui, Ratibor, demander une armée au khan, et l’armée se met en route. Son frère Vassili se rend alors à la Horde et déclare au souverain que « les Novgorodiens ont raison, et Iaroslav est coupable ». Le khan rappelle ses troupes. L’année précédente, la chronique signalait à Novgorod un « grand baskak de Vladimir », Amragan, aux côtés des princes, et le recours au khan servait déjà d’arme dans les querelles russes, au prix de risques que chacun connaissait.
Ces risques ont été comptés. Dans ses Tableaux du joug de la Horde, Iouri Seleznev, de l’université de Voronej, a relevé 109 princes russes partis à la Horde entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle, dont quatorze y ont été exécutés au terme de procédures judiciaires, soit un sur huit. Le même relevé, résumé par Charles Halperin en 2019, recense les mariages avec des princesses gengiskhanides, la présence de princes russes aux assemblées de la Horde, leur service dans les campagnes du khan et les longs séjours de fils laissés en otages. Halperin, peu suspect d’indulgence pour la domination tatare, juge la démonstration concluante sur un point précis, la familiarité acquise par les princes avec la culture politique de leurs maîtres.
Cette familiarité n’empêchait pas la violence. En août 1327, Tver se soulève contre la Horde, et l’armée punitive envoyée par le khan Özbek, que les sources russes appellent la « rati de Fedortchouk », prend Tver et Kachine et ravage le district de Torjok ; Novgorod achète sa tranquillité en versant 2 000 en argent, l’unité n’étant pas précisée, plus des présents pour les généraux. L’année suivante, Özbek partage le grand-principat de Vladimir. Alexandre Vassilievitch de Souzdal reçoit la ville de Vladimir et les terres de la Volga, Ivan Ier Kalita de Moscou reçoit Kostroma et la suzeraineté sur Novgorod. À la mort d’Alexandre, en 1331, Ivan récupère le tout, et l’ascension de Moscou passe ainsi par une décision de partage prise dans la steppe.
Le système survit longtemps. Sous l’année 1432, la chronique de Novgorod rapporte que Vassili Vassilievitch et son oncle Iouri Dmitrievitch reviennent de la Horde, où le « tsar Mahmed » a donné au premier le titre de grand-prince sur toute la terre russe. Donald Ostrowski en a tiré en 1998 la thèse la plus forte de la recherche anglophone. Le pouvoir séculier moscovite aurait emprunté à la steppe une bonne part de son administration et de son organisation militaire, pendant que l’Église forgeait l’idéologie antitatare et regardait vers l’héritage byzantin. Halperin a répondu en 2021, à propos d’Ivan IV, que l’emprunt d’institutions, l’enrôlement de serviteurs tatars et même la conquête des khanats héritiers ne faisaient pas de la Moscovie un État successeur de la Horde.
Le mot vient du latin
Aucun auteur russe n’emploie l’expression « joug tatar » avant la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, et Halperin en conclut, dans une note de 2025, qu’appliquée à la Rus’ des XIIIᵉ-XVᵉ siècles elle est un anachronisme. En latin, l’histoire est plus longue. L’historiographie attribuait le premier emploi du mot « joug » pour la dépendance russe au chroniqueur polonais Jan Długosz, à la fin du XVᵉ siècle ; des jugum tartarico ont ensuite été repérés dans des textes de 1521 et de 1575 ; Iouri Seleznev a publié en 2024 deux occurrences latines du XIIIᵉ siècle, dont l’une passerait pour la traduction d’un texte slave perdu, et il en déduit que l’expression n’a rien d’anachronique. Halperin accepte la découverte et en tire une conclusion plus sobre, selon laquelle tout lecteur de l’Écriture pouvait passer seul du joug de Babylone au joug des Tatars, ce qui ôte presque tout intérêt à une généalogie du mot. Seleznev rattache d’ailleurs cette lecture biblique, celle d’une captivité de Babylone, à l’entourage du métropolite Kirill II, à la tête de l’Église russe à partir des années 1240.
Les chroniqueurs russes du temps n’ont pas théorisé leur sujétion. Halperin a appelé « idéologie du silence » cette façon de relater les raids, les recensements et les voyages chez le khan sans formuler la théorie de la domination qui les rend possibles. Selon la notice de la Grande Encyclopédie russe, le code de 1305 recopié dans la Chronique laurentienne ne pouvait pas s’opposer ouvertement à la domination tatare, mais plusieurs de ses récits, sur l’invasion ou sur les exactions du baskak Akhmat dans la principauté de Koursk dans les années 1280, peignent la cruauté des conquérants.
Le cliché moderne s’est construit plus tard. Les manuels ont fait des Mongols la cause du « despotisme oriental » russe, de l’isolement du pays loin de l’Europe, de la réclusion des femmes, et finalement du retard russe tout entier, liste que dresse le compte rendu du livre d’Ostrowski paru dans Abstracta Iranica. L’historiographie soviétique y ajoutait un vocabulaire, celui des zakhvatchiki, les envahisseurs, dont Halperin a montré en 2019 qu’il servait à reléguer les Tatars au rang de parasites barbares, et que la recherche postsoviétique ne s’en était pas entièrement défaite.
La correction a son excès symétrique. Dans La Horde, parue en anglais en 2021 et en français chez Perrin en 2023, Marie Favereau décrit un empire qui gouverne par des institutions, oriente sa diplomatie vers le commerce, domine les princes russes et remodèle en profondeur l’espace slave. Michael Hope, qui juge le livre convaincant dans le Bulletin critique des Annales islamologiques, estime moins clair le point de savoir jusqu’où les Mongols ont délibérément adapté leur administration à la Rus’, d’autant que Favereau relève elle-même le poids des exigences fiscales imposées aux grands-princes.
Halperin est plus net. En 2020, il reproche à une partie des travaux anglophones récents d’idéaliser la coopération russo-tatare et rappelle que la relation reposait sur une conquête destructrice et, souvent, sur une domination destructrice ; il reproche aussi à une partie de la recherche russophone d’avoir exagéré le poids de la Rus’ au sein de l’ulus de Djötchi, l’héritage territorial du fils aîné de Gengis Khan. Les fosses de Iaroslavl et le relevé de Seleznev lui donnent raison sur le premier point, sans rien retirer à ce que Favereau décrit du commerce de la Horde. Halperin remplace systématiquement « Horde d’Or » par « ulus de Djötchi », le premier nom étant anachronique ; « la Horde », tout court, vaut sans doute mieux que les deux, puisque c’est le mot même des chroniques, celui que le scribe de Novgorod emploie en 1270 comme en 1380.
Le gué de la Nepriadva
Le 8 septembre 1380, au confluent de la Nepriadva et du Don, l’armée du grand-prince Dmitri Ivanovitch affronte celle de Mamaï. Dans sa rédaction récente, la chronique de Novgorod pose la situation politique avec une netteté qu’on oublie volontiers. Il y avait alors à la Horde « un tsar faible », et Mamaï « dirigeait toutes leurs affaires », si bien que Dmitri combat un chef de guerre qui gouverne au nom d’un khan. Les Tatars s’enfuient, frappés par les armes ou noyés dans la rivière en nombre « incalculable », et la victoire, comme la défaite de 1238, est mise au compte de Dieu.
Sur le terrain, le musée-réserve d’État du Champ de Koulikovo dénombrait en septembre 2026 environ deux cents objets attribués à la bataille au fil des recherches, auxquels ses dernières campagnes en ont ajouté plus de cent cinquante. Pour une rencontre que la chronique peuple de morts sans nombre, la récolte est maigre, et le texte novgorodien ne donne lui-même aucun effectif qui permettrait de la mesurer.
Un siècle plus tard, la fin se passe de bataille. À l’automne 1480, Akhmat, khan de la Grande Horde, marche sur Moscou, qui refuse le tribut, et les troupes d’Ivan III tiennent les gués de l’Ougra, un affluent de l’Oka, face à lui. Fin octobre, Ivan fait replier son armée vers Borovsk. Le 11 novembre, privé du secours lituanien qu’il attendait, Akhmat se retire. La Bibliothèque présidentielle Boris-Eltsine titre encore sa notice sur cette « grande station sur l’Ougra » qui aurait « mis fin au joug tatar », alors qu’un demi-siècle plus tôt c’était toujours le khan qui faisait le grand-prince de Moscou.
L’une des dernières pièces entrées dans la collection du musée sort du gué de la Nepriadva, à la lisière nord du champ, sur le chemin qu’aurait suivi l’armée de Dmitri. C’est une pointe de lance en fer forgé, à lame losangique allongée, munie de deux « oreilles » latérales aiguisées comme le reste, un type connu du Caucase du Nord-Ouest à la Caspienne et daté de l’époque de la Horde, aux XIIIᵉ-XIVᵉ siècles, dont certains exemplaires sont rattachés aux combats de Tamerlan contre Tokhtamych en 1395. Le musée la restaure avant de l’exposer, et son cartel devra s’en tenir à une fourchette de deux siècles, faute d’un indice qui la rattache au 8 septembre 1380 plutôt qu’à une autre journée de la steppe.
Pour aller plus loin
La bataille de la Neva en 1240 et celle du lac Peïpous en 1242 éclairent l’autre front d’Alexandre Nevski, tourné vers la Baltique et les ordres militaires. L’histoire de Novgorod, de ses assemblées et de ses lettres sur écorce de bouleau prolonge le récit du recensement de 1259, et celle de l’empire de Gengis Khan donne le cadre de la conquête de 1237-1240.
On dit souvent que la Russie a longtemps vécu sous le « joug mongol ». L’histoire commence en 1237, quand l’armée de Batu envahit les principautés russes. Batu est un petit-fils de Gengis Khan, et ses cavaliers viennent des steppes. Il installe ensuite son pouvoir sur la basse Volga, dans un État qu’on appelle aujourd’hui la Horde d’Or. Le mot de joug fait penser à un pays écrasé et muet. Les textes et les fouilles racontent une histoire plus mêlée.
Des morts sous la citadelle
L’invasion frappe d’abord la région de Riazan, en plein hiver. Avant d’attaquer, les envahisseurs envoient une petite ambassade aux princes de la ville. Elle réclame une part de tout, des hommes, des princes et des chevaux. Les princes refusent de la laisser entrer. La ville est prise en décembre, puis d’autres cités tombent à leur tour.
Les archéologues ont retrouvé la trace de ce passage à Iaroslavl, une ville sur la Volga. Sous son ancienne citadelle, ils ont fouillé des fosses où les morts avaient été jetés. Certaines étaient des caves de maisons, une autre était un puits. On y a compté au moins 225 personnes, des hommes, des femmes et des enfants.
Une tranche d’âge manque presque entièrement, celle des adolescents. La chercheuse qui a recompté les os pense qu’ils ont pu être emmenés comme captifs. Elle ne peut pas le prouver.
Les recenseurs de Novgorod
Plus au nord, la grande ville marchande de Novgorod échappe au pillage. Elle doit pourtant se soumettre à son tour. Plus tard, le khan exige d’elle une taxe sur le commerce et une part de tous les biens. Les habitants refusent. Ils renvoient les envoyés avec des cadeaux.
Les envoyés reviennent ensuite pour compter les maisons de la ville. C’est ce qu’on appelle un recensement. Le petit peuple se soulève et jure de mourir pour sa cathédrale, Sainte-Sophie. Les grandes familles poussent au contraire à céder. Le chroniqueur de Novgorod les accuse de garder pour elles le fardeau léger et de laisser le lourd aux pauvres.
Un matin, les recenseurs parcourent enfin les rues. Ils inscrivent chaque maison, puis repartent avec leur compte. Un prince russe les accompagne et les protège. Il s’appelle Alexandre, celui que l’on surnomme Nevski. Peu avant, il avait chassé son propre fils, qui soutenait la ville, et fait mutiler les conseillers de ce fils.
Le voyage chez le khan
Chaque prince russe garde son trône, à une condition. Il doit aller chez le khan pour s’y faire confirmer. Ce voyage dans la steppe est dangereux. Un historien russe a compté cent neuf princes partis à la Horde. Quatorze d’entre eux y ont été exécutés après un jugement.
Le khan sert aussi d’arbitre entre les Russes. Quand Novgorod chasse son prince, celui-ci demande une armée au khan. Son frère se rend à son tour à la Horde et prend la défense de la ville. Le khan rappelle alors ses soldats.
Moscou a grandi de la même façon. Après une révolte de la ville de Tver contre la Horde, le khan envoie une armée punitive. L’année suivante, il partage le pouvoir entre le prince de Moscou, Ivan, et un autre prince. Quand cet autre prince meurt, Ivan récupère le tout.
Les spécialistes ne tirent pas le même bilan de ces liens. Marie Favereau décrit une Horde qui gouverne par des institutions et tourne sa politique vers le commerce. Charles Halperin reproche à certains travaux récents d’embellir l’entente entre Russes et Tatars. Pour lui, cette domination reposait d’abord sur une conquête destructrice. Les fosses de Iaroslavl et les princes exécutés vont dans son sens, sans effacer le commerce décrit par Favereau.
Un mot que les Russes n’employaient pas
Les chroniqueurs russes de l’époque décrivent les pillages, le comptage des maisons et les séjours à la Horde. Ils n’emploient pourtant jamais l’expression « joug tatar ». Aucun texte russe ne la contient avant le XVIIᵉ siècle. Des auteurs latins parlaient déjà de joug au XIIIᵉ siècle. Le modèle venait sans doute de la Bible et de l’exil des Hébreux à Babylone.
La fin du joug a aussi sa date convenue. En 1380, le prince de Moscou bat l’armée de Mamaï près du Don. Mamaï est un chef de guerre qui dirige la Horde à la place d’un khan faible. Longtemps après cette victoire, c’est pourtant encore le khan qui choisit le grand-prince de Moscou.
En 1480 enfin, un khan marche sur Moscou et campe face à l’armée russe, de l’autre côté d’une rivière. Il se retire ensuite sans combattre.
Sur le champ de la victoire russe, un fer de lance vient d’être retrouvé près d’un gué. Son modèle était répandu au temps de la Horde, mais rien ne permet de le rattacher à cette journée plutôt qu’à un autre combat.
La version complète cite le folio où les recenseurs inscrivent les maisons de Novgorod, et décrit les feuillets que les deux plus vieilles chroniques russes ont perdus.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Première chronique de Novgorod, rédaction ancienne, manuscrit synodal sur parchemin, XIIIᵉ-XIVᵉ siècle : années 6746 (ff. 121-126), 6765 (ff. 135v-136), 6767 (ff. 136v-138), 6777-6778 (ff. 147v-150v) ; lacune entre le f. 150v (octobre 1272) et le f. 151 (avril 1299) Musée historique d’État, Moscou, ГИМ, Син. 786 ; éd. A. N. Nasonov, Новгородская первая летопись старшего и младшего изводов, Moscou-Léningrad, 1950, p. 72-96
- Première chronique de Novgorod, années 1327, 1380 et 1432, dans Robert Michell et Nevill Forbes (trad.), The Chronicle of Novgorod, 1016-1471, Camden Third Series 25, Londres, 1914 The Camden Society
- Chronique laurentienne, parchemin, copiée en 1377 par le moine Lavrenti, du 14 janvier au 20 mars, et deux autres scribes pour le grand-prince Dmitri Konstantinovitch de Souzdal et Nijni-Novgorod ; lacune des années 6771-6791 (1263-1283) par perte de feuillets Bibliothèque nationale de Russie, Saint-Pétersbourg, F.п.IV.2
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Sources primaires (suite)
- Sépultures collectives de 1238 du kremlin de Iaroslavl, neuf fosses (dont les structures 9, 76 et 125 et les fosses 42 et 110), au moins 225 individus, chantiers de la cathédrale de l’Assomption, du Roubleny gorod et du quai de la Volga nᵒ 1, fouilles de 2004-2011 Institut d’archéologie de l’Académie des sciences de Russie, Moscou, collection anthropologique
- Pointe de lance à oreillettes, fer forgé, type de l’époque de la Horde (XIIIᵉ-XIVᵉ siècle), trouvée en 2026 près du gué de la Nepriadva Musée-réserve d’État du Champ de Koulikovo, en restauration, numéro d’inventaire non publié
- Jan Długosz, Annales seu Cronicae incliti Regni Poloniae, fin du XVᵉ siècle, passage sur le « joug » de la Rus’ cité d’après Seleznev 2024 [ : livre et année d’annale]
Bibliographie
- Marie Favereau, La Horde. Comment les Mongols ont changé le monde, traduit de l’anglais (États-Unis) par l’autrice, Paris, 2023 Perrin
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Sources en ligne
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- « Новгородський перший літопис старшого ізводу. В літо 6774 [1266] - 6826 [1318] », texte de l’édition Nasonov 1950 Ізборникhttp://litopys.org.ua/novglet/novg08.htm
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- « The Tatar Yoke » Slavica Publishers, Indiana Universityhttps://slavica.indiana.edu/the-tatar-yoke
- « Marie Favereau : The Horde : How the Mongols Changed the World, recensé par Michael Hope », Bulletin critique des Annales islamologiques 37, 2023 Institut français d’archéologie orientalehttps://www.ifao.egnet.net/bcai/37/29
- « “The great stand on the Ugra river” put an end to the Tartar yoke » Bibliothèque présidentielle Boris-Eltsinehttps://prlib.ru/en/node/619708
- « Археологи обнаружили новую реликвию Куликовской битвы », 10 septembre 2026, d’après le service de presse du musée-réserve d’État du Champ de Koulikovo Zakon.kzhttps://www.zakon.kz/mir/6531065-arkheologi-obnaruzhili-novuyu-relikviyu-kulikovskoy-bitvy.html







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