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Le cheval blanc de Gongsun Long : l’école des noms et ses disputeurs

AnonymousUnknown author / Wikimedia Commons
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Le réfutateur le plus expéditif de Gongsun Long n’argumente pas. Dans un fragment du Nouveau Traité (Xinlun) de Huan Tan, connu par la traduction anglaise que Timoteus Pokora en a donnée en 1975 et que cite Christian Plantin dans son Dictionnaire de l’argumentation, Gongsun Long veut franchir un poste-frontière monté sur un cheval blanc, sans laissez-passer ni sauf-conduit, et le fonctionnaire de la frontière refuse ses explications. Le Han Feizi raconte une histoire voisine sous un autre nom. D’après l’étude qu’Asano Yūichi a consacrée au Baima lun en 1978, un disputeur de Song nommé Ni Yue, qui avait réduit au silence les débatteurs de Jixia, au royaume de Qi, avec la thèse du cheval blanc, doit pourtant acquitter au passage d’une barrière la taxe due pour son cheval blanc, et le chapitre « Waichu shuo zuo shang » en tire la leçon qu’avec des paroles vides on peut l’emporter sur tout un royaume, alors qu’en examinant les réalités et les formes on ne trompe pas un seul homme (traduction de la rédaction d’après le texte cité par Asano). La même anecdote circulant sous deux noms, on ne peut guère la tenir pour un fait. Elle montre en revanche comment les lettrés de l’Antiquité ont reçu la thèse avant même d’en discuter les raisons, en la rangeant parmi les paroles que le premier douanier venu suffit à démentir.

Une école que les Han ont nommée

Gongsun Long n’a jamais su qu’il appartenait à une « école des noms », mingjia 名家. L’étiquette date de l’époque Han, et Chris Fraser, dans la notice « School of Names » de la Stanford Encyclopedia of Philosophy révisée en septembre 2024, suggère que l’historien Sima Qian l’a peut-être forgée en classant les penseurs anciens en six courants. Le traité bibliographique du Livre des Han (Hanshu, chapitre 30) range ensuite sous cette rubrique sept auteurs, Deng Xi, Yin Wen, Hui Shi, Gongsun Long, Chenggong Sheng, Huang Gong et Mao Gong, qui n’ont jamais formé un groupe, au point que Fraser qualifiait la catégorie, dans une version antérieure de sa notice, de fiction taxinomique. Avant les Han, on parlait des bianzhe 辯者, ceux qui pratiquent le bian, la dispute qui consiste à distinguer ce qui est ceci de ce qui ne l’est pas. On les appelle ici des disputeurs plutôt que des dialecticiens, parce que le mot français garde le lien avec une pratique publique, celle des joutes tenues devant les princes, que « dialecticien » efface au profit d’une méthode.

Appliqué à ces joutes, le mot de philosophie fait débat comme pour toute pensée formée hors de la Grèce, et Monique Demarle-Casadebaig rappelait en 2022, dans la revue Laval théologique et philosophique, qu’en Europe Gongsun Long a longtemps été tenu hors du champ philosophique sous le nom de sophiste. Le mot de sophiste figurait déjà dans le titre de la thèse qu’Ignace Kou Pao-koh publia en 1953, Deux sophistes chinois. Houei Che et Kong-souen Long, et Jean-Paul Reding a consacré en 1985, à Neuchâtel, une thèse entière aux fondements de la rhétorique chez les sophistes grecs et chinois.

Fraser situe Gongsun Long vers 320-250 avant notre ère, au service du seigneur de Pingyuan, mort en 252, dans le royaume septentrional de Zhao. Les Printemps et automnes de Lü Buwei (Lüshi chunqiu) le montrent conseillant au roi Hui de Zhao de renoncer à la guerre (18,1 et 18,7) et soutenant contre Kong Chuan, un descendant de Confucius, que « Zang a trois oreilles » (18,5), jeu sur l’absence de marque du pluriel en chinois. Le Zhuangzi lui fait dire de lui-même, au chapitre « Les crues d’automne », qu’il a uni le même et le différent, séparé le dur et le blanc, rendu « ainsi » ce qui n’est pas ainsi et admissible ce qui ne l’est pas (traduction de la rédaction d’après la version anglaise de Fraser). Hui Shi, l’autre nom que la tradition associe au sien, n’a laissé aucun ouvrage et n’est connu, rappelle Kristofer Schipper dans l’Encyclopædia Universalis, que par son ami Zhuangzi. Le dernier chapitre du Zhuangzi, « Sous le Ciel », lui prête dix thèses, dont celle selon laquelle le plus grand n’a pas d’extérieur et le plus petit pas d’intérieur, ou celle qui fait partir aujourd’hui pour le pays de Yue et arriver hier. Fraser juge probable qu’elles aient été rédigées longtemps après sa mort, peut-être par des disciples.

Quatorze rouleaux, six chapitres

Le traité du Livre des Han attribuait à Gongsun Long quatorze rouleaux (pian). Le livre qui porte son nom en compte six, le « Registre des traces » (Jifu), le « Discours sur le cheval blanc », le « Discours sur l’indication des choses » (Zhiwu lun), le « Discours sur le changement » (Tongbian lun), le « Discours sur le dur et le blanc » (Jianbai lun) et le « Discours sur les noms et les réalités » (Mingshi lun), et il n’a été retrouvé, écrit Schipper, qu’à l’époque moderne parmi les textes philosophiques du canon taoïste, le Daozang. Le premier chapitre, récit de la vie et des débats du maître, est selon Fraser manifestement tardif. A. C. Graham a soutenu en 1990, dans « Three Studies of Kung-sun Lung », que trois des dialogues sont des faux bien postérieurs, assemblés en partie à partir de morceaux mal compris des écrits dialectiques mohistes, et Fraser estime que seuls le « Cheval blanc », l’« Indication des choses » et un fragment d’un autre dialogue sont probablement des textes antérieurs aux Han. Le Baima lun lui-même ne nomme pas ses deux interlocuteurs, et rien ne permet de savoir si sa forme actuelle reproduit l’un des quatorze rouleaux ou en recompose plusieurs.

Le Livre des Han ne donne aucun titre pour ces quatorze rouleaux.

Devant l’écurie

Le dialogue commence sans préambule. Baima fei ma, ke hu ? Yue, ke (白馬非馬,可乎?曰:可). « Cheval blanc n’est pas cheval, est-ce admissible ? » « Ça l’est », répond l’autre (traduction de la rédaction, comme pour tous les passages du Gongsun Longzi, d’après le texte chinois du Project Gutenberg). La première raison donnée tient en deux noms. Ma zhe, suoyi ming xing ye (馬者,所以命形也), « cheval » est ce par quoi l’on nomme la forme, et « blanc » ce par quoi l’on nomme la couleur. Nommer la couleur n’étant pas nommer la forme, cheval blanc n’est pas cheval.

L’objecteur proteste qu’on ne peut pas dire qu’on n’a pas de cheval quand on a un cheval blanc, et le disputeur lui répond par l’argument que tous les commentateurs citent en premier. Qiu ma, huang hei ma jie ke zhi. Qiu bai ma, huang hei ma bu ke zhi (求馬,黃、黑馬皆可致。求白馬,黃、黑馬不可致). À qui demande un cheval, on peut amener un cheval jaune ou noir ; à qui demande un cheval blanc, on ne le peut pas. Si cheval blanc était cheval, ce qu’on demande serait la même chose dans les deux cas, et la même bête devrait convenir aux deux demandes. Puisqu’une bête jaune convient à l’une et pas à l’autre, les deux demandes ne portent pas sur la même chose. Le troisième argument concède que les chevaux ont une couleur, ma gu you se, gu you bai ma (馬固有色,故有白馬), et que c’est pour cela qu’il existe des chevaux blancs ; mais le cheval blanc, selon le résumé qu’en donne Fraser, est le cheval joint au blanc, et ce composé n’est pas le cheval tout court. Le dernier mouvement oppose deux noms qui ne choisissent pas de la même façon. Ma zhe wu qu qu yu se, gu huang hei jie suoyi ying (馬者無去取於色,故黃、黑皆所以應). « Cheval » ne retient ni n’exclut aucune couleur, de sorte que le jaune et le noir peuvent tous deux répondre à l’appel, alors que « cheval blanc » retient une couleur et écarte les autres.

Dépouillé de ses formules, le raisonnement tient en trois temps. Deux noms qui ne désignent pas la même chose ne sont pas le même nom, et l’on voit qu’ils ne désignent pas la même chose quand un objet répond à l’un sans répondre à l’autre. Or un cheval jaune répond à « cheval » et ne répond pas à « cheval blanc ». Donc « cheval blanc » n’est pas « cheval », et l’on peut répéter l’opération avec n’importe quel nom auquel on ajoute une qualité.

L’écurie se prête à l’épreuve. Qu’on imagine le palefrenier à qui l’on commande d’abord un cheval, puis un cheval blanc, et qu’on compte les bêtes qu’il peut amener dans chaque cas, on trouvera que la première commande est satisfaite par toutes les bêtes que satisfait la seconde, et par d’autres encore. Qu’on demande ensuite au même palefrenier si la jument blanche qu’il tient par la bride est un cheval, et il répondra oui sans hésiter. Les deux constats sont vrais à la fois. Le dialogue vit de l’écart entre eux, et c’est sur cet écart que les lecteurs modernes se sont divisés.

Le caractère fei

Une seule négation porte la thèse. Friederike Assandri et Barbara Meisterernst, dans un chapitre consacré à la langue de la philosophie chinoise classique que l’université de Stuttgart a mis en ligne, notent que fei 非 peut nier une identité ou nier l’appartenance à une catégorie, et que la phrase baima fei ma admet donc deux lectures. Dans la première, elle dit que la classe des chevaux blancs n’est pas la classe des chevaux, ce qui est vrai ; dans la seconde, elle dit qu’un cheval blanc n’est pas un cheval, ce qui est faux. Chris Fraser lit le dialogue comme un glissement répété entre les deux. Le disputeur, selon lui, exige que la phrase « les chevaux blancs sont des chevaux » exprime une identité, quand l’usage naturel y entend une prédication, et son deuxième argument repose sur un principe d’identité qui ressemble à la loi de Leib​niz, selon laquelle deux termes identiques ont toutes leurs propriétés en commun. Contre l’identité, l’argument de l’écurie porte, puisque « cheval » et « cheval blanc » n’ont pas les mêmes propriétés de réponse à une demande. Contre la prédication, il ne porte rien, puisque la jument blanche peut appartenir aux chevaux sans que les deux noms soient interchangeables. La comparaison avec la philosophie européenne vaut sur ce point précis. Monique Demarle-Casadebaig rapproche le problème de la distinction qu’Aristote trace entre ce qu’on dit d’une chose par essence et ce qu’on en dit par accident, et de ce que Husserl appelle intuition catégoriale, et elle suggère que la leçon propre à Gongsun Long tiendrait à son refus de choisir entre la primauté de l’être, chez Aristote, et celle de la conscience, chez Husserl. D’autres lectures ont précédé celle de Fraser. En 1958, dans sa Short History of Chinese Philosophy traduite par Derk Bodde, Fung Yu-lan voyait dans les deux noms deux universaux, la chevalinité et la chevalinité blanche, et Kristofer Schipper écrivait encore dans l’Encyclopædia Universalis que Gongsun Long avait le premier dégagé la nature de chaque espèce de sa réalité concrète pour former des concepts universels. Fraser relève qu’un large accord s’est fait depuis contre cette lecture, aucun penseur chinois ancien n’ayant soutenu un réalisme des universaux. Chad Hansen, dans Language and Logic in Ancient China en 1983, partait de l’hypothèse que les noms du chinois classique fonctionnent comme nos noms de masse, « eau » ou « or », qui désignent une matière plutôt que des individus, et Fraser range sa lecture parmi celles qui comprennent le cheval blanc comme un tout dont le blanc et le cheval seraient les parties.

L’hypothèse des noms de masse a rencontré une objection grammaticale. Assandri et Meisterernst rappellent que Christoph Harbsmeier l’a contestée en 1998, dans le volume du Science and Civilisation in China consacré à la langue et à la logique, et que les Printemps et automnes de Lü Buwei écrivent liu ma 六馬, « six chevaux », en comptant le nom directement, ce que les noms de masse ne permettent pas. Dan Robins a défendu en 2000, dans la revue Early China, une version modérée, où tous les noms chinois peuvent se lire comme des noms de masse et beaucoup aussi comme des noms comptables quand un numéral l’impose. A. C. Graham, dans Disputers of the Tao (1989), jugeait le premier argument sans suite logique et estimait que personne n’avait proposé une lecture suivie qui évite un mélange improbable de sophismes grossiers et de subtilités logiques ; Fraser se demande si sa charité d’interprète ne l’a pas mené trop loin. Kirill Ole Thompson a proposé en 1995 de rapporter le paradoxe à la distinction entre l’usage d’un mot et sa mention, « cheval » entre guillemets n’étant pas un cheval. Fung Yiu-ming, en 2020, a passé en revue quatre de ces lectures, celles de Hu Shih, de Fung Yu-lan, de Janusz Chmielewski et de Hansen, et les a toutes jugées infidèles au texte avant d’en reconstruire la structure en logique des prédicats du premier ordre.

Le désaccord porte donc sur l’intention plus que sur la validité. Que l’argument de l’écurie confonde deux sens de « être », la plupart des lecteurs l’accordent ; savoir si le disputeur s’y trompait lui-même ou s’en servait pour piéger son adversaire, aucun passage ne permet de le dire.

Monter un cheval blanc, c’est monter un cheval

Les contemporains de Gongsun Long ont répondu sur son propre terrain. Le « Petit Choix » (Xiaoqu), l’un des chapitres dialectiques du Mozi rédigés selon Fraser entre la fin du IVᵉ et le milieu du IIIᵉ siècle avant notre ère, pose que baima, ma ye ; cheng baima, cheng ma ye (白馬,馬也;乘白馬,乘馬也), un cheval blanc est un cheval, monter un cheval blanc, c’est monter un cheval (d’après la traduction anglaise de Zhiqiang Sun et Fenrong Liu, fondée sur celle de Graham). Les mohistes savaient pourtant que l’ajout d’un nom ne se comporte pas toujours de la même façon, et Fraser rappelle qu’ils distinguaient le « bœuf-cheval », dont l’extension est la somme des bœufs et des chevaux, du « cheval blanc », dont l’extension est la partie commune aux choses blanches et aux chevaux. Le même chapitre admet d’ailleurs que les brigands sont des hommes et que tuer des brigands n’est pas tuer des hommes, de sorte que les mohistes acceptaient eux aussi qu’une phrase en « est » ne se transmette pas à tout ce qu’on fait de la chose.

Xunzi, au IIIᵉ siècle avant notre ère, range cette dernière formule parmi les erreurs. Le chapitre « Rectifier les noms » (« Zhengming », chapitre 22) de son recueil distingue trois confusions, et Wu Xiaoming, qui en a commenté la liste en 2026 dans Kongzi yanjiu, en donne les exemples. « Tuer des brigands n’est pas tuer des hommes » relève de la confusion qui se sert des noms pour brouiller les noms ; « les montagnes et les gouffres sont de niveau », proche de l’une des dix thèses prêtées à Hui Shi, de celle qui se sert des réalités pour brouiller les noms ; et la troisième, qui se sert des noms pour brouiller les réalités, comporte un exemple obscur que Wu découpe de façon à isoler les mots « cheval n’est pas cheval », sans qu’on puisse le rattacher avec assurance à Gongsun Long. Le remède de Xunzi passe par l’usage. Les noms valent par la convention qui les fixe, et Fraser note dans sa notice sur les canons mohistes que Xunzi tient les ressemblances qui fondent les espèces pour constituées par des pratiques sociales, quand les mohistes les tiennent pour inscrites dans les choses.

Le Zhuangzi répond par le dédain. Au chapitre « De l’égalité des choses » (« Qiwulun »), il juge que prendre un cheval pour montrer qu’un cheval n’est pas un cheval vaut moins que prendre ce qui n’est pas un cheval (d’après la traduction anglaise de Herbert Giles, 1889), allusion que la plupart des lecteurs rapportent au Baima lun. Le chapitre « Sous le Ciel » nomme Huan Tuan et Gongsun Long parmi les disputeurs et dit de ceux-ci qu’ils peuvent vaincre la bouche des autres sans persuader leur cœur.

Le palefrenier fournit l’objection la plus simple, qu’aucun texte ancien ne formule en ces termes. Si la thèse est vraie au sens de l’identité, elle n’apprend rien que le palefrenier ne sache déjà ; si elle est fausse au sens de l’appartenance, que reste-t-il au disputeur, sinon l’art de faire passer la première pour la seconde ?

L’arc perdu du roi de Chu

Le « Registre des traces » donne à Gongsun Long un motif que ses adversaires lui refusent. Le chapitre s’ouvre sur la formule Gongsun Long, liu guo shi bianshi ye (公孫龍,六國時辯士也), Gongsun Long était un disputeur de l’époque des Six Royaumes, et lui prête le souci du désordre entre les noms et les réalités (ji mingshi zhi sanluan 疾名實之散亂). Schipper rattachait ce projet à la rectification des noms qu’avait réclamée Confucius, en précisant que la rectification de Gongsun Long n’avait aucun but moral ni politique.

Le même chapitre met en scène, chez le seigneur de Pingyuan, la rencontre avec Kong Chuan. Celui-ci se dit prêt à devenir son disciple pourvu qu’il renonce à une seule doctrine, qing qu baima fei ma zhi xue, Chuan qing wei dizi (請去白馬非馬之學,穿請為弟子). Gongsun Long lui oppose l’ancêtre même de Kong Chuan. Le roi de Chu avait perdu son arc et s’en consolait en disant qu’un homme de Chu le trouverait, Chu wang yi gong, Chu ren de zhi, you he qiu yan (楚王遺弓,楚人得之,又何求焉) ; Confucius, selon le récit que Fraser relève aussi dans les Printemps et automnes de Lü Buwei (1,4), aurait voulu qu’on dise seulement qu’un homme l’avait perdu et qu’un homme le trouverait. Distinguer « homme de Chu » d’« homme », plaide Gongsun Long, c’est faire exactement ce qu’il fait en distinguant « cheval blanc » de « cheval », et Kong Chuan ne peut approuver l’un en condamnant l’autre. Kong Chuan répond, d’après Fraser, que Confucius élargissait le sens du mot sans nier que les gens de Chu fussent des hommes, ce qui revient à opposer à Gongsun Long la lecture prédicative que Fraser lui reproche de refuser.

La réplique finale du disputeur est la plus citée de toutes. Jin jiao Long qu baima fei ma, shi xian jiao er hou shi zhi ye (今教龍去白馬非馬,是先教而後師之也), m’enseigner d’abord à renoncer au cheval blanc, c’est me faire la leçon avant de me prendre pour maître. Elle se lit dans le chapitre que Fraser juge manifestement tardif, celui-là même qui ouvre un recueil retrouvé dans le canon taoïste après des siècles d’oubli, et personne ne sait si Gongsun Long a refusé ainsi de troquer sa thèse contre un disciple ou si un compilateur, bien plus tard, a jugé que c’était la réponse qu’il aurait dû faire.

Pour aller plus loin

La rectification des noms chez Confucius, dont le « Registre des traces » se réclame, et la doctrine mohiste, que l’article sur la piété filiale confucéenne aborde par un autre côté, encadrent la question – ainsi que Mozi face aux confucéens. L’Achille de Zénon d’Élée offre une comparaison sur un point précis, celui d’un raisonnement en apparence valide dont la conclusion heurte ce que chacun constate.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Gongsun Long (attribué à), *Gongsun Longzi*, six chapitres : « Jifu » (« 公孫龍,六國時辯士也 », « 疾名實之散亂 », la demande de Kong Chuan « 請去白馬非馬之學,穿請為弟子 », l’arc du roi de Chu « 楚王遺弓,楚人得之,又何求焉 », la réplique « 今教龍去白馬非馬,是先教而後師之也 ») ; « Baima lun » (« 白馬非馬,可乎?曰:可 », « 馬者,所以命形也 », « 求馬,黃、黑馬皆可致。求白馬,黃、黑馬不可致 », « 馬固有色,故有白馬 », « 馬者無去取於色,故黃、黑皆所以應 ») ; titres des chapitres « Zhiwu lun », « Tongbian lun », « Jianbai lun », « Mingshi lun » ; texte chinois, Project Gutenberg, eBook n° 7216 ; passages cités en traduction de la rédaction
  2. Ignace Kou Pao-koh, *Deux sophistes chinois. Houei Che et Kong-souen Long*, Paris, 1953, « Bibliothèque de l’Institut des hautes études chinoises », vol. 8, thèse comprenant une traduction française du *Gongsun Longzi* (non collationnée pour les citations) Imprimerie nationale
  3. *Zhuangzi*, chap. 2, « Qiwulun » (le cheval pris pour montrer qu’un cheval n’est pas un cheval), trad. anglaise de Herbert A. Giles, *Chuang Tzŭ. Mystic, Moralist, and Social Reformer*, Londres, 1889, chap. II, « The Identity of Contraries » ; chap. 17, « Qiushui » (autoportrait de Gongsun Long) et chap. 33, « Tianxia » (les dix thèses de Hui Shi, Huan Tuan et Gongsun Long, les disputeurs qui vainquent la bouche sans persuader le cœur), cités d’après la traduction anglaise de Chris Fraser ; trad. française de référence par Liou Kia-hway, *L’Œuvre complète* de Tchouang-tseu, dans *Philosophes taoïstes*, 1980, CXIII-776 p., « Bibliothèque de la Pléiade » (non collationnée) Project Gutenberg (Giles) ; Gallimard (Liou Kia-hway)
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Sources primaires (suite)

  1. Lü Buwei (sous la direction de), *Lüshi chunqiu* (*Printemps et automnes de Lü Buwei*), 1,4 (l’arc perdu), 18,1 et 18,7 (conseils au roi Hui de Zhao contre la guerre), 18,5 (« Zang a trois oreilles », débat avec Kong Chuan), numérotation de la traduction anglaise de John Knoblock et Jeffrey Riegel, 2000, cités d’après Chris Fraser ; mention de *liu ma* 六馬 d’après Assandri et Meisterernst
  2. *Mozi*, chap. 45, « Xiaoqu » (« 白馬,馬也;乘白馬,乘馬也 » ; les brigands sont des hommes, tuer des brigands n’est pas tuer des hommes), cité d’après la traduction anglaise de Zhiqiang Sun et Fenrong Liu (2020), fondée sur A. C. Graham (1978)
  3. *Xunzi*, chap. 22, « Zhengming » (les trois confusions, « 殺盜非殺人 », « 山淵平 », l’exemple altéré de la troisième confusion), cité d’après Wu Xiaoming (2026) ; traduction de la rédaction
  4. *Han Feizi*, chapitre « Waichu shuo zuo shang » (Ni Yue de Song, la taxe du cheval blanc au passage de la barrière, l’opposition des paroles vides et de l’examen des réalités et des formes), cité d’après Asano Yūichi (1978) ; traduction de la rédaction
  5. Huan Tan, *Xinlun* (*Nouveau Traité*), fragments 135A et 135B (Gongsun Long au poste-frontière sur un cheval blanc), trad. anglaise de Timoteus Pokora, *New Treatise*, 1975, p. 124, citée d’après Christian Plantin University of Michigan
  6. Ban Gu, *Hanshu* (*Livre des Han*), chap. 30, « Yiwenzhi » (les sept auteurs de l’école des noms, les quatorze rouleaux de Gongsun Long), cité d’après Chris Fraser

Bibliographie

  1. Chris Fraser, « School of Names », *The Stanford Encyclopedia of Philosophy*, première publication le 25 octobre 2005, révision substantielle du 3 septembre 2024 (dates de Gongsun Long, seigneur de Pingyuan, *Lüshi chunqiu*, *bianzhe* et *mingjia*, Sima Qian, quatorze rouleaux, authenticité, arguments du *Baima lun*, identité et prédication, lectures de Fung, Hansen, Graham et Thompson, thèses de Hui Shi, « Tianxia » et « Qiushui ») Stanford University
  2. Chris Fraser, « School of Names », *The Stanford Encyclopedia of Philosophy*, édition de l’hiver 2008 (l’étiquette comme fiction taxinomique, les sept auteurs du *Hanshu*) Stanford University
  3. Chris Fraser, « Mohist Canons », *The Stanford Encyclopedia of Philosophy*, première publication le 13 septembre 2005, révision substantielle du 2 septembre 2024 (datation des chapitres 40 à 45 du *Mozi*, conventionnalisme de Xunzi) Stanford University
  4. A. C. Graham, « Three Studies of Kung-sun Lung », dans *Studies in Chinese Philosophy and Philosophical Literature*, Albany, 1990, p. 125-215 (thèse des dialogues apocryphes), cité d’après Chris Fraser State University of New York Press
  5. A. C. Graham, *Disputers of the Tao. Philosophical Argument in Ancient China*, La Salle, 1989 (le premier argument jugé sans suite logique), cité d’après Chris Fraser Open Court
  6. Fung Yu-lan, *A Short History of Chinese Philosophy*, trad. Derk Bodde, New York, 1958 (lecture par les universaux), cité d’après Chris Fraser Macmillan
  7. Chad Hansen, *Language and Logic in Ancient China*, Ann Arbor, 1983 (noms de masse, composés et extensions), cité d’après Chris Fraser et Fung Yiu-ming University of Michigan Press
  8. Christoph Harbsmeier, *Science and Civilisation in China*, vol. 7, partie 1, *Language and Logic*, Cambridge, 1998 (critique de l’hypothèse des noms de masse), cité d’après Assandri et Meisterernst et d’après Dan Robins Cambridge University Press
  9. Kirill Ole Thompson, « When a “White Horse” is not a “Horse” », *Philosophy East and West* 45 (3), 1995, p. 481-499 (usage et mention), cité d’après Chris Fraser University of Hawai’i Press
  10. Dan Robins, « Mass Nouns and Count Nouns in Classical Chinese », *Early China* 25, 2000, p. 147-184, DOI 10,1017/S0362502800004296 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0362502800004296
  11. Fung Yiu-ming, « Logical Thinking in the Gongsun Longzi », dans Fung Yiu-ming (dir.), *Dao Companion to Chinese Philosophy of Logic*, Cham, 2020, « Dao Companions to Chinese Philosophy » 12, DOI 10,1007/978-3-030-29033-7_17 (critique des lectures de Hu Shih, Fung Yu-lan, Chmielewski et Hansen, reconstruction en logique du premier ordre) Springerhttps://doi.org/10.1007/978-3-030-29033-7_17
  12. Friederike Assandri et Barbara Meisterernst, « Classical Philosophy, Religions and Language », chapitre 1, version d’auteur mise en ligne par l’université de Stuttgart (double valeur de *fei*, hypothèse des noms de masse, *liu ma*) Universität Stuttgart
  13. Monique Demarle-Casadebaig, « Gongsun Long : le lieu philosophique du cheval blanc », *Laval théologique et philosophique* 78 (3), 2022, p. 385-404 (Aristote, Husserl, exclusion européenne du « sophiste ») Université Laval
  14. Kristofer Schipper, « Gongsun Long (Kong-souen Long) (env. 320-env. 250 av. J.-C.) » (recueil retrouvé dans le *Daozang*, concepts universels, rectification sans but moral) Encyclopædia Universalis
  15. Kristofer Schipper, « Mingjia (Ming-kia) » (Hui Shi connu par Zhuangzi, école nommée après coup) Encyclopædia Universalis
  16. Jean-Paul Reding, *Les Fondements philosophiques de la rhétorique chez les sophistes grecs et chez les sophistes chinois*, Berne, 1985, 569 p., thèse de doctorat de l’université de Neuchâtel, DOI 10,35662/unine-thesis-958 Peter Langhttps://doi.org/10.35662/unine-thesis-958
  17. Asano Yūichi (浅野裕一), « Hakuba to uma no aida. “Kōsonryūshi” hakubaron no imi » (〈白馬と馬の間:「公孫竜子」白馬論の意味〉), *Shimane daigaku kyōiku gakubu kiyō. Jinbun shakai kagaku* 12, 1978 (Ni Yue et la taxe, citation du *Han Feizi*) Université de Shimane
  18. Zhiqiang Sun et Fenrong Liu, « The Inference Pattern Mou in Mohist Logic : A Monotonicity Reasoning View », *Roczniki Filozoficzne* 68 (4), 2020, DOI 10,18290/rf20684-12 (exemples du « Xiaoqu ») Towarzystwo Naukowe KULhttps://doi.org/10.18290/rf20684-12
  19. Wu Xiaoming (伍晓明), « “Zhengming” yu “zhengzhi”. Cong Kongzi dao Xunzi » (〈“正名”与“正治” – – 从孔子到荀子〉), *Kongzi yanjiu*, 2026, n° 1 (les trois confusions du « Zhengming ») Kongzi yanjiu
  20. Christian Plantin, *Dictionnaire de l’argumentation 2021*, entrées « ATC. Arguments in Translated Chinese Classical Texts » et « ATCCT. Dismissal, Mépris » (fragments de Huan Tan dans la traduction de Pokora) Laboratoire ICAR, CNRS

Sources en ligne

  1. « School of Names (Stanford Encyclopedia of Philosophy) » Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/school-names/
  2. « School of Names » (édition de l’hiver 2008) Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/archives/win2008/entries/school-names/
  3. « school names » (édition du printemps 2006, bibliographie) Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/archives/spr2006/entries/school-names/
  4. « Mohist Canons (Stanford Encyclopedia of Philosophy) » Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/mohist-canons/
  5. « 公孫龍子 by active 3rd century B.C. Long Gongsun » Project Gutenberghttps://www.gutenberg.org/ebooks/7216.epub.noimages
  6. « The Project Gutenberg eBook of Chuang Tzu : Mystic, Moralist, and Social Reformer » Project Gutenberghttps://gutenberg.org/cache/epub/59709/pg59709-images.html
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