Un souverain s’est endormi ivre, sans couverture. Le gardien des chapeaux voit qu’il a froid et étend sur lui un vêtement. À son réveil, le souverain demande qui l’a couvert, puis fait châtier deux hommes, le gardien des vêtements pour avoir manqué à sa tâche, le gardien des chapeaux pour avoir accompli celle d’un autre. Le dormeur est le marquis Zhao de Han, qui régnait au milieu du IVᵉ siècle avant notre ère, et l’anecdote se lit au chapitre 7 du Han Feizi, le recueil attribué à Han Fei, mort en 233 avant notre ère dans une prison du royaume de Qin.
Une école que personne n’a fondée
Han Fei écrit à la fin des Royaumes combattants (453-221 avant notre ère), quand presque tous les penseurs tiennent l’unité du « tout-sous-le-ciel », le tianxia, pour la seule voie vers la paix. Les désaccords portent sur le moyen d’y parvenir. Au chapitre 43, Han Fei se présente comme celui qui réunit et corrige deux prédécesseurs, Shang Yang, réformateur du royaume de Qin mort en 338, et Shen Buhai, mort en 337 après avoir été le chancelier de ce même marquis Zhao. On leur adjoint Shen Dao, dont on sait si peu que Yuri Pines juge possible que son nom recouvre plusieurs personnages.
Aucun d’eux ne s’est réclamé d’une école. Le nom fajia, l’« école du fa », apparaît sous le pinceau de Sima Tan, le père de l’historien Sima Qian, mort en 110 avant notre ère, dans un essai sur les six écoles que son fils reproduit au dernier chapitre des Mémoires historiques (Shiji, 130). Il y trouve ces auteurs sévères et pauvres en bienveillance, mais habiles à séparer les charges pour que nul n’empiète sur celle d’autrui. Un siècle plus tard, le bibliothécaire Liu Xiang range sous la même rubrique dix ouvrages de la bibliothèque impériale ; deux seulement sont conservés à peu près entiers, le Livre du prince Shang (Shangjun shu) et le Han Feizi, avec ses cinquante-cinq chapitres. Kidder Smith a parlé en 2003 d’une « invention » de ces écoles par Sima Tan, et Pines rappelle que fajia a d’abord servi de catégorie de catalogue.
Le mot lui-même égare. Paul Goldin a montré en 2011 que fa désigne la norme, le modèle, la procédure et parfois l’ensemble des institutions autant que la loi pénale, et que le traduire par « loi » enferme l’étude de ces textes dans une comparaison avec l’« État de droit » occidental. Le terme se rattachait d’abord, rappelle Pines, aux équerres, aux compas et aux poids, plus sûrs que le coup d’œil de l’artisan. La sinologie française a pourtant adopté l’étiquette tôt, puisque Léon Vandermeersch publie en 1965 La Formation du légisme, sous-titré « recherche sur la constitution d’une philosophie politique caractéristique de la Chine ancienne ». Herrlee Creel consacrait encore en 1974 vingt-six pages de son Shen Pu-hai à décider qui appartient au groupe, querelle que Pines juge vaine, aucun auteur ancien ne s’en réclamant. En Chine, la campagne maoïste « Réévaluer les légistes, critiquer les confucéens » (1973-1975) a célébré ces auteurs sans renouveler leur étude. Le mot « philosophie » lui-même fait débat pour ces traités de gouvernement, et il n’est employé ici que par convention.
Tuer se dit xing, récompenser se dit de
Le chapitre 7 s’intitule Er bing (二柄), les « deux manches ». On préférera « manches » aux « deux leviers » de Pines, parce que bing désigne la partie d’un outil par laquelle on le tient, et que tout le chapitre porte sur la question de savoir qui tient. Han Fei définit aussitôt les deux termes (shalu zhi wei xing, qingshang zhi wei de, 殺戮之謂刑,慶賞之謂德), « mettre à mort se dit xing, accorder louanges et récompenses se dit de ». Les passages chinois sont traduits ici sur le texte de l’édition dite du Sibu congkan, que reproduit le Chinese Text Project ; la traduction française intégrale de référence est celle de Jean Levi (Seuil, 1999). Le second terme devait arrêter tout lecteur du temps. Chez les disciples de Confucius, de (德) nomme la vertu, cette force morale qui émane du bon prince et transforme ses sujets sans contrainte ; Han Fei garde le mot et le ramène au cadeau que distribue le pouvoir. Dans la même page se lit la prémisse sur laquelle tout repose, « les sujets craignent supplices et châtiments, et tiennent pour un gain louanges et récompenses ». Si le prince garde en main les deux manches, ses ministres redoutent sa rigueur et accourent vers ses bienfaits. S’il les abandonne à un ministre, l’ordre s’inverse, comme pour le tigre qui ne soumet le chien que par ses griffes et ses crocs, et qui obéirait au chien le jour où il les lui céderait.
Pour se servir de ces manches, Han Fei reprend à Shen Buhai la technique du xingming, l’accord entre la forme et le nom. Le ministre présente un projet, le prince lui confie la tâche qui y répond et le juge sur le seul résultat. Quand le résultat répond au projet, récompense. Quand il n’y répond pas, châtiment, et l’écart se punit dans les deux sens, car celui qui avait promis peu et accompli beaucoup est puni lui aussi. Le prince apprécie les grands succès, précise Han Fei, mais il redoute davantage le désaccord entre la parole et l’acte.
L’anecdote du gardien des chapeaux illustre exactement cette règle. Du froid, le marquis souffrait comme un autre, précise le texte, et il jugeait plus grave que le froid le tort fait aux charges (qin guan zhi hai shen yu han). Qui sort de sa fonction mérite la mort, conclut Han Fei, qui ne tient pas sa parole mérite le châtiment, et à ce prix les ministres ne peuvent plus former de factions.
Ramené à l’essentiel, l’argument tient en trois phrases. Les hommes agissent par intérêt et par crainte. Le prince seul distribue la mort et les récompenses. Il les distribue selon l’accord exact entre ce que chacun a promis et ce qu’il a fait, si bien que personne ne peut se rendre indispensable ni se constituer une clientèle. Un État où l’on punit celui qui a couvert le prince endormi peut-il encore compter sur le zèle de ses serviteurs ? Le chapitre laisse la question sans réponse.
Vingt-cinq petits-fils
La peur a pourtant son texte. Au chapitre 49, « Les cinq vermines » (Wu du), Han Fei imagine un fils sans talent que la colère de ses parents ne corrige pas, que les reproches du village ne touchent pas et que les leçons de ses maîtres ne changent en rien. Rien ne le fait bouger d’un poil de jambe. Que l’officier du district arrive avec ses hommes d’armes pour appliquer la loi publique, et le voilà qui prend peur et change de conduite. La conclusion tient en une ligne (min gu jiao yu ai, ting yu wei), « le peuple s’enhardit sous l’affection et plie devant la force ».
Han Fei adosse ce constat à une thèse sur l’histoire. Dans la haute Antiquité, écrit-il, les hommes étaient peu nombreux et les biens abondants, et personne ne se disputait. Aujourd’hui cinq fils ne paraissent pas trop, chacun en a cinq à son tour, et un grand-père encore en vie compte vingt-cinq petits-fils, si bien que les biens manquent et que les méthodes douces des rois anciens ne valent plus. Dans le même chapitre, le paysan de Song qui a vu un lièvre se rompre le cou contre une souche, et qui lâche sa charrue pour attendre le suivant, figure ceux qui gouvernent le présent avec les recettes du passé (shi yi ze bei bian, « quand les affaires changent, les dispositifs changent »).
Un siècle plus tôt, Shang Yang avait poussé la logique plus loin, ou ceux qui écrivent sous son nom, car le Livre du prince Shang, traduit en français par Jean Levi, mêle des chapitres probablement de sa main et d’autres rédigés jusqu’à un siècle après sa mort. Des peines lourdes et une arrestation certaine, dit le chapitre 17 dans la numérotation de Pines, et l’État n’a plus de condamnés, ce que le chapitre suivant appelle supprimer les châtiments par les châtiments.
Le même livre doit pourtant sa réputation à l’autre manche. Shang Yang remplace à Qin l’aristocratie héréditaire par vingt rangs de mérite, gagnés par les têtes d’ennemis rapportées du combat ou par des récoltes supplémentaires, avec des privilèges qui allaient jusqu’au rachat d’une mutilation par une amende. Pines y voit l’une des entreprises d’ingénierie sociale les plus audacieuses de l’histoire.
Le mot « peur » ne couvre donc que la moitié de la doctrine. Pines insiste sur un trait que la réputation du courant efface, puisque le fa doit être écrit, déposé dans les bureaux et proclamé au point que les plus humbles le comprennent (chapitre 38). Le même passage lui oppose les techniques de gouvernement, les shu, que le prince garde « cachées dans sa poitrine ». Pour Pines, la part la plus inquiétante de la doctrine loge dans ces techniques, conçues contre l’entourage même du prince.
Un scribe enterré avec ses lois
Le roi de Qin, raconte Sima Qian au chapitre 63 des Mémoires historiques, lit « Solitude et indignation » (Gu fen) et « Les cinq vermines », et s’écrie qu’il mourrait sans regret s’il pouvait fréquenter leur auteur. Pressé par Qin, le royaume de Han lui dépêche Han Fei en ambassade. Li Si, son ancien condisciple auprès du confucéen Xunzi, le fait emprisonner avec le dignitaire Yao Jia, puis lui fait porter du poison ; l’ordre de grâce arrive trop tard. Sima Qian note aussi que Han Fei bégayait et excellait à écrire, et il s’attriste que l’auteur d’un essai sur la difficulté de persuader n’ait pas su s’en tirer lui-même.
En 221 avant notre ère, douze ans après la mort de Han Fei, Qin achève l’unification.
Li Si propose en 213 de retirer des collections privées les Odes, les Documents et les discours des cent écoles, et conclut que ceux qui veulent étudier les lois prendront les fonctionnaires pour maîtres (Shiji, 87). La formule reprend presque mot pour mot le chapitre 49 du Han Feizi (yi fa wei jiao, yi li wei shi, 以法為教,以吏為師, « la loi pour enseignement, les fonctionnaires pour maîtres »). Pines refuse d’y voir la victoire des « légistes » sur les confucéens, qui prospéraient alors parmi les érudits de la cour, et situe l’enjeu dans le contrôle de l’État sur le savoir.
En décembre 1975, à Shuihudi, dans le district de Yunmeng (Hubei), des archéologues ouvrent la tombe 11 et y recueillent 1 155 lames de bambou couvertes d’écriture. Leur propriétaire, un scribe nommé Xi, a servi Qin de 244 à sa mort en 217, et il a été enterré avec des recueils de lois et de règlements, traduits en anglais par A. F. P. Hulsewé en 1985. Pour la première fois, la loi de Qin elle-même devenait lisible à côté des livres qu’on croyait l’avoir inspirée. Paul Goldin relevait en 2022 que les doctrines du Livre du prince Shang et du Han Feizi se heurtent sur plusieurs points aux réalités du droit exhumé, notamment les aménagements de peine selon le statut social et l’intervention de l’État pour faire respecter la piété filiale, et il reprochait à certains historiens du droit de tenir pour acquis que les juristes de l’époque étaient des disciples de Shang Yang ou de Han Fei. La présentation de la traduction de Jean Levi affirmait encore en 1999 que le programme de Han Fei avait été « appliqué à la lettre » par l’empereur de Qin. On ignore dans quelle mesure les juristes de Qin lisaient ces livres. Les réformes de Shang Yang précèdent Han Fei d’un siècle, et rien ne permet de dire si le Han Feizi décrit l’État de Qin ou s’il le conseille. L’attribution des cinquante-cinq chapitres à un seul auteur est elle-même discutée, certains spécialistes y lisant plusieurs mains, d’autres la maturation d’un même homme.
Prendre et garder
Qin s’effondre en 207 avant notre ère, quatorze ans après l’unification. Sous la dynastie suivante, le lettré Jia Yi, né vers 200, en cherche les causes dans « Les fautes de Qin » (Guo Qin lun), que Sima Qian reproduit à la fin de la chronique de l’empereur de Qin (Shiji, 6). La première partie se clôt sur une phrase (renyi bu shi er gong shou zhi shi yi ye), « la bienveillance et la justice n’ont pas été pratiquées, et la position de qui attaque diffère de celle de qui conserve ». Dans sa version la plus forte, l’objection porte sur le rapport entre la conquête et la conservation. Les moyens qui soumettent des royaumes rivaux ne suffisent pas à tenir un empire, et Qin a gardé en paix les méthodes de la guerre. Sima Tan disait la même chose plus sèchement, jugeant la voie bonne pour un temps et impossible à tenir durablement.
Le livre de Han Fei contient de quoi répondre en partie. Selon le chapitre 49, les dispositifs changent avec les affaires, et un empire unifié pouvait appeler d’autres dispositifs que des royaumes en guerre. Le Livre du prince Shang envisage même, dans quelques passages que Pines tient pour marginaux, un ordre futur moins contraignant. Là s’arrête la réponse. À la différence du livre de Shang Yang, le Han Feizi refuse à la bienveillance toute place durable, au motif que les hommes sont désormais trop nombreux pour s’en contenter, alors que Jia Yi s’appuie sur l’idée même que Han Fei opposait aux rois anciens, celle de circonstances qui changent.
Une seconde difficulté vient de l’intérieur du livre. Au chapitre 40, Han Fei destine son système au souverain moyen, ni saint comme les rois légendaires Yao et Shun ni tyran, et le veut efficace parce qu’il n’exige du prince aucune qualité rare. Pines parle d’un « souverain piégé », tout-puissant et tenu de ne rien faire, car chaque préférence personnelle offrirait une prise à ses ministres. Angus Graham en tirait en 1989 une remarque (le prince de Han Fei n’a aucune fonction qu’un ordinateur élémentaire ne pourrait remplir) et une question, celle de savoir si, dans ce système, ce ne sont pas les ministres qui gouvernent. Pines relève que quelques chapitres placent en effet leurs espoirs dans des ministres de valeur, tandis que d’autres font des mêmes ministres les pires ennemis du trône, si bien que le Han Feizi n’offre à la question de Graham aucune réponse unique.
Pour aller plus loin
Le maître de Han Fei et de Li Si, Xunzi, tenait la nature humaine pour mauvaise et comptait sur les rites pour la redresser, ce qui fait de lui le meilleur point de comparaison avec le refus légiste de l’éducation morale. Les deux chapitres du Han Feizi qui commentent le Laozi ouvrent une autre piste, celle du prince immobile et du non-agir taoïste. La proscription de 213 rejoint enfin l’histoire de la transmission des classiques confucéens sous les Han. Elle croise aussi l’armée de terre cuite et la bataille de Julu.
On répète souvent qu’une philosophie de la peur a permis l’unification de la Chine. Cette philosophie porte en français le nom de légisme. Elle apparaît dans le nord de la Chine, à une époque où plusieurs royaumes se font la guerre sans relâche. L’un d’eux, le royaume de Qin, finit par vaincre tous les autres en 221 avant notre ère. On se demande depuis longtemps si un livre a guidé cette victoire.
Le serviteur puni pour sa gentillesse
L’un des auteurs de ce courant s’appelle Han Fei. Il appartient à la famille qui règne sur Han, un royaume voisin de Qin. Son livre ramène le pouvoir à deux outils. Le premier consiste à punir, jusqu’à la mort. Le second consiste à récompenser.
Pour se faire comprendre, Han Fei raconte une scène très brève. Un seigneur s’endort ivre et prend froid. Le serviteur chargé de ses chapeaux étend un habit sur lui. À son réveil, le seigneur fait punir ce serviteur, puis celui qui gardait les habits.
Han Fei donne raison au seigneur. Le gardien des habits a négligé son travail. Le gardien des chapeaux a fait celui d’un autre, et le seigneur redoute justement ce genre de geste. Un serviteur qui sort de sa fonction se rend peu à peu indispensable, puis forme un clan.
Tout repose sur une idée simple. Chacun agit pour son profit et pour éviter la souffrance. Le prince garde donc pour lui seul le droit de punir et celui de récompenser. Pour dire récompense, Han Fei emploie d’ailleurs un mot qui signifie d’habitude la vertu.
Une peur qui ne dit pas tout
La peur a bien sa place dans ce livre. Han Fei y décrit un fils que l’amour de ses parents ne corrige pas. Les leçons de ses maîtres ne le changent pas davantage. Il suffit pourtant que l’officier du district arrive avec ses soldats pour qu’il obéisse. Selon Han Fei, les gens se relâchent quand on les aime et cèdent quand on les menace.
Avant lui, un réformateur de Qin nommé Shang Yang avait défendu des peines très lourdes. Il pensait que plus personne n’oserait désobéir si la punition était certaine. Il avait pourtant créé aussi une échelle de récompenses. Un paysan montait en rang s’il rapportait la tête d’un ennemi ou s’il produisait davantage de grain.
Ces auteurs voulaient enfin une loi écrite et connue de tous, jusqu’aux plus humbles. Le secret était réservé à d’autres méthodes, celles qui servent au prince à surveiller ses propres ministres. Un spécialiste actuel voit là le côté le plus inquiétant de cette pensée.
Les lois d’un petit fonctionnaire
Han Fei meurt dans une prison de Qin. Un historien chinois ancien raconte qu’un rival l’a fait empoisonner. Douze ans plus tard, Qin unifie la Chine. On a longtemps cru que l’empire avait suivi son livre mot pour mot. L’édition française de ses œuvres l’affirmait encore à la fin du siècle dernier.
En 1975, des archéologues ouvrent la tombe d’un scribe de Qin. Plus de mille lames de bambou reposent à côté de lui. Elles portent des lois et des règlements. Pour la première fois, on lit le droit que l’empire appliquait réellement.
La comparaison surprend. L’historien Paul Goldin relève que ces lois s’écartent des livres sur plusieurs points. Elles adaptent les peines au rang social du coupable. Elles chargent aussi l’État de faire respecter le devoir des enfants envers leurs parents.
Personne ne sait jusqu’où les juges de Qin lisaient Han Fei. Les réformes de Qin avaient d’ailleurs commencé bien avant sa naissance. Les spécialistes ne s’accordent même pas sur le nombre de mains qui ont écrit son livre.
Gagner, puis garder
Quatorze ans après l’unification, l’empire de Qin s’effondre. Un lettré de la dynastie qui lui succède, Jia Yi, cherche pourquoi. Selon lui, Qin n’a jamais pratiqué la bienveillance. Surtout, les moyens qui servent à conquérir ne suffisent pas à conserver.
Le livre de Han Fei pourrait répondre en partie, car il affirme que les méthodes doivent changer avec les temps. Mais il refuse aussi toute place durable à la bonté. Il explique que les hommes sont devenus trop nombreux pour qu’elle suffise.
Une dernière faiblesse vient du livre lui-même. Han Fei veut un système qui marche même avec un prince médiocre. Le philosophe Angus Graham se demandait si ce sont au fond les ministres qui gouvernent un tel système. Le livre de Han Fei ne lui donne pas de réponse unique.
Du droit de Qin, on garde surtout les lames de bambou du scribe Xi, mort en 217 avant notre ère et enterré avec les lois de son métier.
La version complète donne les phrases chinoises qui définissent la punition et la récompense, et cite la proposition de 213 où le ministre Li Si reprend la formule même de Han Fei sur les fonctionnaires devenus maîtres.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- *Han Feizi*, chapitre 7, « Er bing » (Les deux manches) : définition de *xing* et de *de*, technique du *xingming*, image du tigre et du chien, anecdote du marquis Zhao de Han et du gardien des chapeaux ; texte de l’édition *Sibu congkan chubian*, traduction de la rédaction Chinese Text Project
- *Han Feizi*, chapitre 49, « Wu du » (Les cinq vermines) : le fils sans talent, les vingt-cinq petits-fils, le paysan de Song et la souche, *shi yi ze bei bian*, *yi fa wei jiao, yi li wei shi* ; même édition, traduction de la rédaction Chinese Text Project
- *Han Feizi*, chapitres 38 (« Nan san », publicité du *fa* et secret des *shu*), 40 (« Nan shi », le souverain moyen) et 43 (« Ding fa », Han Fei héritier de Shang Yang et de Shen Buhai) ; numérotation et passages d’après Yuri Pines, Stanford Encyclopedia of Philosophy
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Sources primaires (suite)
- Shang Yang (attribué), *Livre du prince Shang* (*Shangjun shu*), chapitres 17, « Récompenses et châtiments » (17,3), et 18, « Tracer la politique » (18,1) ; numérotation de Yuri Pines, 2017 ; trad. française Jean Levi, Flammarion, 2005
- Sima Qian, *Mémoires historiques* (*Shiji*), chapitre 63, biographie de Han Fei : lecture des essais par le roi de Qin, ambassade, emprisonnement, poison, bégaiement Chinese Text Project
- Sima Qian, *Shiji*, chapitre 130 (essai de Sima Tan sur les six écoles, p. 3289-3291), chapitre 87 (biographie de Li Si, proposition de 213, p. 2546) et chapitre 6 (chronique du premier empereur, citation de Jia Yi) ; éd. Zhonghua shuju, références d’après Pines
- Jia Yi, « Les fautes de Qin » (*Guo Qin lun*), première partie, reproduite par Sima Qian à la fin du *Shiji* 6 ; traduction de la rédaction
- Lames de bambou de la tombe 11 de Shuihudi, district de Yunmeng (Hubei), fouillée en décembre 1975 : 1 155 lames, recueils de lois et règlements de Qin, tombe du scribe Xi, en service de 244 à 217 avant notre ère
Bibliographie
- Jean Levi (prés. et trad.), *Han-Fei-tse ou Le Tao du prince. La stratégie de la domination absolue*, Paris, 1999, coll. « Points Sagesses » Seuil
- Jean Levi (prés. et trad.), Shang Yang, *Le Livre du prince Shang*, Paris, 2005, II-215 p. Flammarion
- Léon Vandermeersch, *La Formation du légisme. Recherche sur la constitution d’une philosophie politique caractéristique de la Chine ancienne*, Paris, 1965, 299 p., Publications de l’EFEO 56 École française d’Extrême-Orient
- Yuri Pines (éd. et trad.), *The Book of Lord Shang : Apologetics of State Power in Early China*, New York, 2017 Columbia University Press
- Paul R. Goldin, « Persistent Misconceptions about Chinese “Legalism” », *Journal of Chinese Philosophy* 38 (1), 2011, p. 88-104 Journal of Chinese Philosophy
- Kidder Smith, « Sima Tan and the Invention of Daoism, “Legalism,” et cetera », *The Journal of Asian Studies* 62 (1), 2003, p. 129-156 The Journal of Asian Studies
- Herrlee G. Creel, *Shen Pu-hai : A Chinese Political Philosopher of the Fourth Century B.C.*, Chicago, 1974, ix-446 p., en particulier p. 137-162 University of Chicago Press
- Angus C. Graham, *Disputers of the Tao : Philosophical Argument in Ancient China*, La Salle, 1989, p. 291, cité d’après Pines Open Court
- A. F. P. Hulsewé, *Remnants of Ch’in Law : An Annotated Translation of the Ch’in Legal and Administrative Rules of the 3rd Century B.C.*, Leyde, 1985 Brill
Sources en ligne
- « Legalism in Chinese Philosophy » (Yuri Pines, révision du 7 avril 2023) Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/chinese-legalism/
- « 韓非子 : 二柄 » Chinese Text Projecthttps://ctext.org/hanfeizi/er-bing/zh
- « 韓非子 : 五蠹 » Chinese Text Projecthttps://ctext.org/hanfeizi/wu-du/zh?searchu=%E6%95%85%E6%98%8E%E4%B8%BB%E4%B9%8B%E5%9C%8B%EF%BC%8C%E7%84%A1%E6%9B%B8%E7%B0%A1%E4%B9%8B%E6%96%87%EF%BC%8C%E4%BB%A5%E6%B3%95%E7%82%BA%E6%95%99%EF%BC%9B%E7%84%A1%E5%85%88%E7%8E%8B%E4%B9%8B%E8%AA%9E%EF%BC%8C%E4%BB%A5%E5%90%8F%E7%82%BA%E5%B8%AB%EF%BC%9B%E7%84%A1%E7%A7%81%E5%8A%8D%E4%B9%8B%E6%8D%8D%EF%BC%8C%E4%BB%A5%E6%96%AC%E9%A6%96%E7%82%BA%E5%8B%87%E3%80%82
- « 史記 : 列傳 : 老子韓非列傳 » Chinese Text Projecthttps://ctext.org/shiji/lao-zi-han-fei-lie-zhuan/zh
- « Law, Justice, and Empire in Comparative Perspective Series : “Legal Philosophy and Legal Practice in Early China and the Roman Empire” » (exposé de Paul R. Goldin, 3 mars 2022) Liu Institute for Asia and Asian Studies, University of Notre Damehttps://asia.nd.edu/events/2022/03/03/law-justice-and-empire-in-comparative-perspective-series-legal-philosophy-and-legal-practice-in-early-china-and-the-roman-empire/
- « A Review of Scholarship in Western Languages on Qin Bamboo and Wooden Documents », *Bamboo and Silk* 3 (1), 2019 Brillhttps://brill.com/view/journals/bsms/3/1/article-p160_160.xml?language=en
- « La formation du légisme : recherche sur la constitution d’une philosophie politique caractéristique de la Chine ancienne » Publications de l’École française d’Extrême-Orienthttps://publications.efeo.fr/en/livres/735_la-formation-du-legisme-recherche-sur-la-constitution-d-une-philosophie-politique-caracteristique-de-la-chine-ancienne
- « Notice bibliographique Han-Fei-Tse ou Le tao du prince : la stratégie de la domination absolue » Catalogue général, Bibliothèque nationale de Francehttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb369740276.public
- « Han-Fei-tse, ou, le Tao du Prince : la stratégie de la domination absolue » (présentation de l’éditeur) Google Bookshttps://books.google.com/books/about/Han_Fei_tse_ou_le_Tao_du_Prince.html?id=r-faAAAAMAAJ
- « 吳何以亡 – – 陸機〈辨亡論〉研究 » (Dai Yan, *清華中文學報* 20, 2018, p. 159-207, sur la citation de Jia Yi au *Shiji* 6) National Tsing Hua Universityhttps://cl.site.nthu.edu.tw/var/file/401/1401/img/1473/696641444.pdf

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