Roi de la culture accomplie, par édit de 739
En 739, l’empereur Xuanzong des Tang confère à un mort de douze siècles le titre de Wenxuan wang, roi de la culture accomplie. La formule s’allonge en 1307 sous les Yuan. Elle tombe en 1530, quand la cour des Ming lui retire la dignité royale, remplace ses statues par des tablettes de bois dans les temples d’État et le ramène au rang de zhisheng xianshi, sage suprême et premier précepteur. Aucune de ces titulatures ne correspond à quoi que ce soit qu’il ait porté de son vivant.
Son nom personnel est Kong Qiu. Les textes anciens l’appellent Zhongni, son nom social, ou Kongzi, maître Kong. La forme Kong fuzi, rare en chinois, a été latinisée par les jésuites de la mission de Chine à la fin du XVIᵉ siècle, et c’est elle qui a donné Confucius aux langues européennes. On écrira ici Lunyu plutôt qu’Analectes pour le recueil de ses paroles, parce que le second mot vient de la tradition savante latine et charge le titre chinois d’une idée d’ouvrage philosophique composé qui lui est étrangère.
La date de mort est le point solide. Les annales de Lu, telles que les transmet le Commentaire de Zuo, portent pour la seizième année du duc Ai, au quatrième mois de l’été, une notice de trois caractères signalant le décès de Kong Qiu, soit 479 avant notre ère. Dans le même texte, le duc prononce une déploration funèbre que son disciple Zigong juge déplacée, au motif que le prince n’avait pas su employer le maître vivant. La date de naissance relève d’un autre régime. Elle se calcule sur les commentaires de la chronique, qui divergent d’une année, 552 chez les uns, 551 chez les autres. On retient ici 551, forme reprise par Sima Qian et majoritaire dans l’usage, sans que l’écart soit tranché.
Il naît à Zou, au sud de la capitale de Lu. Son père, un officier nommé Shuliang He, meurt quand l’enfant est en bas âge. Le Lunyu lui fait dire qu’il fut de condition modeste dans sa jeunesse et qu’il apprit pour cette raison quantité de tâches subalternes, ce qui est la seule indication sur son milieu qui vienne du corpus le plus ancien.
Les charges qu’il a occupées se lisent à deux niveaux. Le Mencius, au chapitre Wan Zhang II, lui prête deux petits offices de gestion, l’un aux magasins à grains où il tenait la comptabilité, l’autre aux pâturages où il répondait de l’engraissement des bœufs et des moutons. Plus haut dans la hiérarchie, le Commentaire de Zuo le nomme sikou dans une entrée correspondant à 509, et le montre en 500 assistant son prince aux cérémonies d’une entrevue avec l’État de Qi. Sima Qian, trois siècles et demi plus tard, ajoute à cette liste l’intendance du district de Zhongdu, le ministère des travaux et l’exercice intérimaire de la fonction de chancelier.
Autour de 497, il quitte Lu. La tradition compte treize années de circulation entre les principautés de Wei, Song, Chen, Cai et Chu, comptage qui repose sur la chronologie reconstituée par Sima Qian, sans appui sur des documents datés. Les sources anciennes reviennent souvent sur un épisode de dénuement entre Chen et Cai, où le maître et ses disciples manquent de vivres. Il rentre à Lu vers 484 et y enseigne jusqu’à sa mort, sans charge.
Les documents ne portent nulle part le contenu réglé de son enseignement. Aucune ligne de sa main n’a été conservée. Les listes de disciples varient selon les textes, soixante-douze dans certains, soixante-dix-sept chez Sima Qian, qui parle par ailleurs de trois mille élèves ayant reçu une formation, et ces chiffres ne se recoupent pas.
Il faut maintenant regarder ce qui porte réellement ces paroles, en commençant par les lattes de bambou sorties de terre depuis un demi-siècle, puis reprendre une à une les quatre actions qui font l’objet d’un litige entre historiens, et voir enfin par quels gestes datés une figure d’État a été construite sur un maître sans emploi.

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