On objectera qu’Oliver Cromwell n’a jamais été couronné, et l’objection est juste. Le 8 mai 1657, devant les députés réunis dans la Banqueting House de Whitehall, il a refusé le titre de roi en une phrase que le journal du député Thomas Burton transcrit sans fioriture. Sept semaines plus tard, le 26 juin, on a pourtant sorti de l’abbaye de Westminster le fauteuil du couronnement, celui des rois d’Angleterre depuis le XIVᵉ siècle, pour le dresser sous un dais à l’extrémité sud de Westminster Hall, et le président des Communes a remis au Protecteur une robe de velours pourpre doublée d’hermine, une Bible, un sceptre d’or massif et une épée qu’il disait faite pour défendre plutôt que pour attaquer. Les ambassadeurs de France et des Provinces-Unies avaient leur place près de lui. Le nouveau grand sceau le montrait à cheval, avec pour légende « Olivarius Dei Gratia », Olivier par la grâce de Dieu, Protecteur de la république d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande.
Les dates anglaises de cet article suivent le calendrier julien encore en usage outre-Manche (a. s.), l’année étant ramenée au 1ᵉʳ janvier ; les dates françaises sont en nouveau style (n. s.). Dans l’Europe de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, l’Angleterre vit alors sans roi depuis huit ans.
« This House is to be let »
Le 19 avril 1653, la Chambre des communes examine la pétition d’un chevalier, sir Edward Bainton, discute la loi qui doit payer en terres irlandaises les soldats et les souscripteurs de la conquête, et vote qu’une dette de 5 065 livres 17 shillings 6 pence envers le colonel Owen Rowe sera réglée de la même façon. C’est la dernière séance que son journal enregistre. Dans l’édition imprimée en 1802, la page suivante porte la date du 4 juillet 1653 et s’ouvre sur des lettres que Cromwell a signées et scellées le 6 juin, convoquant à Whitehall des hommes choisis, au motif de « la dissolution du dernier Parlement ». Entre les deux, aucune ligne. L’assemblée qui avait fait juger Charles Iᵉʳ, et que l’on surnomme le Rump, le croupion, n’a laissé dans son propre registre aucune trace de sa fin.
On la connaît par d’autres voies. Le 20 avril, vers onze heures, Cromwell, lord général de l’armée, conduit une compagnie de mousquetaires à Westminster, en fait garder les accès et prend la parole devant les députés, calmement d’abord, puis avec une colère croissante, pour leur signifier que leur session est terminée. Sur un signe, le lieutenant-colonel Charles Worsley fait entrer ses hommes, et le major-général Thomas Harrison aurait tiré le président de son fauteuil. On scelle les portes, et un plaisantin y affiche que la maison est à louer, non meublée. Les phrases qu’on prête à Cromwell ce jour-là, à commencer par l’ordre d’emporter la masse du président, viennent toutes de récits écrits hors du Parlement. Son motif se discute. On a longtemps dit qu’il craignait de voir le Rump se perpétuer en comblant ses sièges vacants par des élections partielles, selon le projet de sir Henry Vane, mais rien n’était prêt pour le remplacer, et Cromwell ne s’empare pas du pouvoir ce jour-là.
L’assemblée de notables nommés qui se réunit le 4 juillet, et que la postérité a appelée Barebone’s Parliament, ne tient pas six mois. En décembre 1653, une partie de ses membres remet ses pouvoirs à Cromwell. Le 16, une constitution écrite, l’Instrument of Government, est en vigueur, et Cromwell est installé comme Lord Protecteur à Westminster Hall au cours d’une cérémonie que le Cromwell Museum de Huntingdon qualifie de simple.
Dix mille cavaliers et vingt mille fantassins
L’Instrument se lit en quelques minutes. Son premier article place l’autorité législative suprême dans « une personne et le peuple assemblé en Parlement », le deuxième confie l’exécutif à cette personne et à un conseil de treize à vingt et un membres, et le trente-troisième nomme Oliver Cromwell, capitaine général des forces d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, Lord Protecteur pour la durée de sa vie. Un Parlement doit se réunir le 3 septembre 1654, puis tous les trois ans. Le Protecteur ne dispose d’aucun veto durable, car une loi qu’il n’a pas approuvée dans les vingt jours entre en vigueur dès que le Parlement en fait le constat. L’article XXVII fixe un revenu annuel pour entretenir une armée permanente de 10 000 cavaliers et dragons et de 20 000 fantassins, ainsi qu’une flotte, et y ajoute 200 000 livres par an pour la justice et le gouvernement civil. Les articles XXXV à XXXVII font de la foi chrétienne, telle que l’Écriture la contient, la profession publique des trois nations, interdisent d’y contraindre quiconque par des peines, et protègent la pratique de tous ceux qui professent la foi en Dieu par Jésus-Christ, à l’exception du « papisme » et de la « prélature », c’est-à-dire des catholiques et des partisans de l’Église des évêques.
Au soulèvement royaliste de mars 1655, qui porte le nom de l’un de ses chefs, John Penruddock, le régime répond en confiant les provinces à des militaires. Les majors-généraux reçoivent leur commission le 11 octobre 1655 et sont proclamés le 31. Le pays est découpé en douze régions, chacune confiée à un officier qui ne répond qu’au Protecteur, John Desborough pour six comtés de l’Ouest, Edward Whalley pour les Midlands, et Charles Worsley, l’homme des mousquetaires d’avril 1653, pour le Cheshire, le Lancashire et le Staffordshire, où il meurt avant la fin de l’expérience et cède la place à Tobias Bridge. Leurs instructions mêlent la police et la morale. Ils désarment les « malignants », comme on appelle les royalistes, et leur imposent cautions et permis de voyager, mais doivent aussi interdire les courses de chevaux, le théâtre, les combats de coqs et d’ours, fermer les cabarets turbulents et poursuivre l’ivresse et le blasphème. Une taxe de 10 % sur les revenus des royalistes, la décimation, paie la milice qui les seconde. Elle rapporte peu. William Boteler évaluait la recette de ses quatre comtés du centre à environ 2 984 livres par an, et J. T. Cliffe, qui a publié en 1996 les listes de taxation, la range parmi les impôts les plus éphémères de la période. Le jour de Noël 1656, Desborough propose aux Communes de la prolonger ; le 7 janvier suivant, il la juge même trop légère. Les députés rejettent le projet au début de 1657, et les majors-généraux disparaissent avec lui.
Une question posée en 1652, écrite après 1660
« Et si un homme prenait sur lui d’être roi ? » La question figure dans les mémoires de Bulstrode Whitelocke, juriste et parlementaire, qui la place dans la bouche de Cromwell au cours d’une conversation de novembre 1652, un an avant le Protectorat, et les historiens s’en sont longtemps servis pour dater l’ambition royale du lord général. Jonathan Fitzgibbons l’a reprise en 2022 dans l’English Historical Review, en confrontant ces mémoires, publiés après la mort de leur auteur à la fin de 1681 sous le titre de Memorials of the English Affairs, au contexte politique et aux autres témoignages. L’entretien, conclut-il, s’accorde mieux aux débats de 1657 qu’à ceux de 1652, et la réponse que Whitelocke s’y attribue, qui conseillait de rappeler les Stuarts, servait surtout la défense d’un homme compromis avec le régime et soucieux, après la Restauration, de prouver sa loyauté à Charles II. Faute d’un manuscrit antérieur, la fabrication ne se démontre pas, et Fitzgibbons le reconnaît. On ne sait donc pas ce que Cromwell pensait de la couronne en 1652.
Les débats de 1657 sont mieux connus. Le 23 février, sir Christopher Packe, ancien lord-maire de Londres, présente aux Communes une adresse qui propose une seconde chambre, une Église nationale réglée par une confession de foi, et surtout d’inviter le Protecteur à prendre « l’office et le titre de roi ». Les juristes et la plupart des députés civils y sont favorables ; John Lambert, d’autres officiers, les républicains et les radicaux religieux s’y opposent avec violence. La pétition est présentée en forme le 31 mars, dans la Banqueting House. Cromwell hésite cinq semaines, explique que le sens va à la chose et non au nom, dit qu’il ne veut pas rebâtir Jéricho, la ville que Josué avait maudite, puis répond le 8 mai qu’il ne peut entreprendre ce gouvernement avec le titre de roi, « et c’est ma réponse à cette grande et importante affaire ». Le texte révisé, qui remplace le mot de roi par celui de Protecteur, reçoit son assentiment le 25 mai. Cette Humble Petition and Advice lui permet de désigner son successeur, crée une « autre Chambre » de quarante à soixante-dix membres nommés par lui, et fait du Conseil d’État un conseil privé. Le 27 mai encore, deux députés protestent parce que l’article 15 parle toujours de roi ; la version imprimée saute de l’article 14 à l’article 16.
Roy Sherwood, dans un livre de 1997 intitulé Oliver Cromwell, King in All But Name, tire de ces pièces la lecture la plus forte. La substance du pouvoir royal est conservée, l’investiture de juin est un sacre qui ne dit pas son nom, et l’allusion à Jéricho ne viserait que le titre, que Dieu avait frappé de malédiction, en laissant intacte la fonction. Blair Worden a répondu en 2010, dans les Transactions of the Royal Historical Society, à l’idée qu’un Protectorat de plus en plus monarchique aurait pu stabiliser la révolution si Cromwell avait vécu. Il la juge partiale. Le régime, écrit-il, n’a jamais surmonté sa naissance dans les coups de force militaires de 1653, qui violaient le principe du gouvernement civil et la suprématie du Parlement ; Cromwell n’a obtenu l’adhésion des notables qu’en échange de principes qu’il ne pouvait ou ne voulait pas accepter, et l’obstruction de l’armée a fini par paralyser le gouvernement civil, au point de préparer la chute de son successeur.
Les deux lectures s’accordent sur les insignes. Elles divergent sur le poids des régiments.
Drogheda
Cromwell n’a passé que neuf mois en Irlande, et c’est cette campagne de 1649-1650, plus que le Protectorat, qui règle encore sa réputation de l’autre côté de la mer d’Irlande. Le 17 septembre 1649, il écrit au président des Communes, William Lenthall, que ses troupes ont pris Drogheda d’assaut et qu’elles ont, pense-t-il, passé au fil de l’épée cette nuit-là « environ deux mille hommes ». Il raconte qu’à l’église Saint-Pierre près d’un millier de fuyards ont été passés au fil de l’épée et qu’il a fait mettre le feu au clocher, il précise que les officiers ont été assommés et que, dans l’un des groupes de défenseurs, un soldat sur dix a été tué et les autres embarqués pour la Barbade, et il voit dans ce massacre un juste jugement de Dieu sur ces « misérables barbares », qui épargnera, espère-t-il, le sang à venir. La lettre ne parle jamais des habitants. Le 2 octobre, la Chambre ordonne une journée d’action de grâces, et l’imprimeur du Parlement, John Field, publie pour Edward Husband un cahier de seize pages, les Letters from Ireland, qui réunit deux lettres de Cromwell, une de Robert Venables et la liste des officiers et des soldats tués à Drogheda.
Tom Reilly, historien amateur de Drogheda, soutient depuis Cromwell : An Honourable Enemy, en 1999, qu’aucun massacre délibéré de civils en grand nombre n’a eu lieu dans la ville. Sa version la plus solide tient sur deux points. Il ne retient que les témoignages oculaires imprimés peu après les faits, et il doute que Cromwell soit l’auteur de l’appendice joint à l’une de ses lettres, qui compte « de nombreux habitants » parmi les morts. Il y est revenu en 2014 dans Cromwell Was Framed. Pour Micheál Ó Siochrú, du Trinity College de Dublin, auteur en 2008 de God’s Executioner, les tueries de soldats et de civils à Drogheda et à Wexford comptent parmi les pires atrocités de l’histoire anglo-irlandaise, et Cromwell, sans être un monstre, a commis des actes monstrueux. En septembre 2014, dans l’Irish Times, Pádraig Lenihan a jugé crédible la réserve de Reilly sur l’appendice, qui relève malgré tout d’une publication officielle, tout en lui reprochant un culte du héros qui fausse le choix des sources, une règle de preuve favorable aux vainqueurs, dont les récits atteignent l’imprimerie les premiers, et l’oubli d’un archevêque contemporain qui affirmait que des civils avaient été massacrés. Quant à l’idée que tuer des soldats rendus sans promesse de quartier allait de soi, Lenihan rappelle qu’un militaire du temps, James Turner, y voyait une cruelle inhumanité. Le nombre des civils tués à Drogheda reste inconnu, parce que les seuls chiffres proches de l’événement viennent du camp qui a pris la ville et qu’ils ne distinguent pas toujours les combattants des habitants.
L’effigie de Somerset House
Le 23 mars 1657 (n. s.), Mazarin signe à Paris une alliance contre l’Espagne avec le Protecteur, qui envoie 6 000 hommes de la New Model Army en Flandre sous les ordres de sir William Lockhart. Le 14 juin 1658 (n. s.), ils combattent avec Turenne à la bataille des Dunes, et onze jours plus tard Dunkerque, prise aux Espagnols, est remise aux Anglais comme le traité le prévoyait. Charles II la revendra à Louis XIV en 1662 pour cinq millions de livres.
Cromwell meurt à Whitehall le 3 septembre 1658, au milieu de l’après-midi, jour anniversaire de ses victoires de Dunbar et de Worcester, probablement des complications d’une fièvre tierce, une forme de paludisme. Son fils aîné Richard, désigné sur le lit de mort, est proclamé le lendemain. Le corps embaumé est porté à Somerset House, et l’effigie qui le remplace sur un catafalque porte, selon le journal officiel The Publick Intelligencer, les robes royales, le sceptre, le globe et une couronne. La cérémonie copie les funérailles de Jacques Iᵉʳ, plus de trente ans plus tôt. On enterre le corps sans cérémonie, la nuit du 10 novembre, dans un caveau au chevet de la chapelle d’Henri VII, à l’abbaye de Westminster ; le cortège de l’effigie ne part que le 23 novembre et met sept heures à parcourir un mille. John Evelyn y voit dans son journal « les funérailles les plus joyeuses » qu’il ait jamais vues, et note que seuls les chiens pleuraient.
Le 4 décembre 1660, la Chambre des communes de la Restauration vote que les cercueils de Cromwell, de son gendre Henry Ireton et de John Bradshaw, président du tribunal de Charles Iᵉʳ, soient exhumés, traînés sur une claie jusqu’au gibet de Tyburn et pendus. Le 26 janvier 1661, le serjeant de la Chambre, James Norfolke, descend dans la chapelle et trouve sur la poitrine du mort, dans un étui de plomb, une plaque de cuivre doré d’environ 165 sur 140 millimètres, gravée aux armes du Protectorat avec la devise Pax quaeritur bello, la paix se cherche par la guerre, et au revers les dates de sa naissance, de son installation et de sa mort ; il la garde, et elle passe de famille en famille jusqu’à sa vente chez Sotheby’s, en 2014, à un collectionneur privé. Le 30 janvier, jour anniversaire de l’exécution de Charles Iᵉʳ, les trois corps sont pendus, les têtes tranchées et plantées sur des piques au-dessus de Westminster Hall, la salle même où Cromwell avait été installé deux fois et où le roi avait été jugé. Une petite pierre posée en 1949 par la Cromwell Association marque aujourd’hui le caveau vide de l’abbaye, avec cette inscription, « The burial place of Oliver Cromwell 1658-1661 ».
La réputation a suivi un autre chemin. En 1845, Thomas Carlyle publie Oliver Cromwell’s Letters and Speeches, un succès de librairie qui, selon Blair Worden, renverse l’image d’un Cromwell hypocrite pour en faire un puritain sincère, et qui approuve au passage sa politique irlandaise comme la dissolution du Long Parlement. En France, François Guizot, ancien ministre de Louis-Philippe, consacre deux volumes à l’Histoire de la république d’Angleterre et de Cromwell, réédités dès 1855. En 1899, pour le troisième centenaire de sa naissance, une statue est élevée devant le palais de Westminster ; l’opposition des députés nationalistes irlandais a fait retirer la demande de crédits, et c’est le Premier ministre libéral lord Rosebery qui l’a payée de ses deniers. Le lecteur français dispose depuis 1992 de la biographie de Bernard Cottret, plus de cinq cents pages chez Fayard, rééditée en 2001 et en 2009.
La tête est restée plus de vingt ans sur Westminster Hall, jusqu’à ce qu’une tempête la fasse tomber et qu’un factionnaire l’emporte. Elle a ensuite circulé de collection en collection. En 1934, le statisticien Karl Pearson et G. M. Morant ont publié dans Biometrika une étude de cent seize pages qui la confronte aux bustes, aux masques et aux portraits peints pour en éprouver l’authenticité ; le Fitzwilliam Museum de Cambridge, qui conserve un moulage en plâtre du masque mortuaire, date l’expertise de 1935, mais on retiendra 1934, date de la notice du manuscrit dans les archives de Pearson à University College London. Une copie du même masque a provoqué des manifestations à Drogheda en 2001. La tête, elle, a été inhumée en 1960 dans un collège de Cambridge, Sidney Sussex, et le collège n’a jamais rendu public l’endroit exact où elle repose.
Pour aller plus loin
Le procès de Charles Iᵉʳ, en janvier 1649, raconte la naissance de la république dans la même salle de Westminster. La Fronde montre le gouvernement de Mazarin aux prises avec Paris au moment où l’Angleterre abolit sa monarchie, avant que le cardinal ne s’allie au Protecteur, et les marrons de la Jamaïque prolongent l’histoire d’une île que le Protectorat a enlevée à l’Espagne en 1655.
Entre 1649 et 1660, l’Angleterre n’a pas de roi. Charles Iᵉʳ a été jugé et exécuté, et le pays est devenu une république. À partir de 1653, elle est dirigée par un seul homme, Oliver Cromwell, un député devenu général, qui porte le titre de Lord Protecteur. On lui a proposé la couronne, et il l’a refusée. Pourtant, son régime ressemblait par bien des côtés à une monarchie.
Un Parlement chassé par des soldats
Après la mort du roi, l’Angleterre est gouvernée par ce qui reste du Parlement, qu’on surnomme le Rump, le croupion. Le 20 avril 1653, Cromwell entre dans la salle des députés avec des mousquetaires et leur annonce que leur session est terminée. Les portes sont fermées, et quelqu’un y affiche que la maison est à louer.
Le registre officiel de la Chambre ne dit rien de cette journée. Il s’arrête la veille et reprend en juillet. Les phrases célèbres prêtées à Cromwell ce jour-là viennent donc de récits écrits ailleurs.
En décembre 1653, une constitution écrite fait de Cromwell un Lord Protecteur à vie. Il gouverne avec un conseil et un Parlement élu tous les trois ans, et il dispose d’une armée permanente de 30 000 hommes. Les chrétiens peuvent pratiquer leur culte sans contrainte, sauf les catholiques et les partisans de l’ancienne Église des évêques.
Des généraux dans les provinces
En 1655, après un soulèvement des partisans du roi, Cromwell découpe le pays en douze régions confiées à des officiers, les majors-généraux. Ils surveillent les royalistes, mais doivent aussi interdire les courses de chevaux, le théâtre et les combats d’animaux, et fermer les cabarets. Un impôt spécial sur les royalistes paie leurs soldats. Il rapporte peu, et les députés refusent de le prolonger au début de 1657.
La couronne refusée
En février 1657, des députés proposent à Cromwell de devenir roi. Les juristes sont pour, mais une partie des officiers de l’armée s’y oppose violemment. Après cinq semaines d’hésitation, Cromwell répond le 8 mai qu’il ne peut pas accepter le titre de roi.
Il garde pourtant presque tout le reste. Il peut désormais choisir son successeur. Le 26 juin 1657, il est installé une seconde fois, assis dans le fauteuil où l’on couronne les rois d’Angleterre, vêtu d’une robe pourpre doublée d’hermine, un sceptre d’or à la main.
On cite souvent une conversation de 1652 où Cromwell aurait demandé ce qui se passerait si un homme décidait de devenir roi. Mais elle vient des mémoires d’un homme qui, après le retour des Stuarts, avait besoin de prouver sa loyauté au nouveau roi. Un historien pense qu’elle a été arrangée après coup.
Les historiens ne sont pas d’accord sur ce régime. Pour l’un, Cromwell était roi en tout sauf le nom. Pour un autre, le régime n’a jamais pu se libérer de l’armée qui l’avait mis en place.
L’Irlande
En 1649, Cromwell mène une campagne de neuf mois en Irlande. À Drogheda, ses troupes prennent la ville d’assaut. Dans une lettre, il écrit qu’environ deux mille hommes ont été tués cette nuit-là, et il y voit un jugement de Dieu. Sa lettre ne parle pas des habitants.
Un historien amateur de Drogheda affirme qu’il n’y a pas eu de massacre de civils en grand nombre. D’autres historiens pensent au contraire que des soldats et des civils ont été massacrés. On ne connaît pas le nombre des civils tués, parce que les seuls chiffres de l’époque viennent du camp vainqueur.
Un corps pendu, une tête cachée
Cromwell meurt le 3 septembre 1658, sans doute du paludisme. Son fils Richard lui succède. Pour ses funérailles, on expose un mannequin à son image, couronne sur la tête. Un témoin écrit que ce furent les funérailles les plus joyeuses qu’il ait vues.
En 1660, la monarchie revient. Le corps de Cromwell est sorti de sa tombe, pendu le 30 janvier 1661, et sa tête est plantée sur une pique au-dessus de la grande salle de Westminster. Elle y reste plus de vingt ans.
En 1845, l’écrivain Thomas Carlyle réhabilite Cromwell, et une statue est élevée devant le Parlement en 1899. Sa tête, passée de main en main, a été enterrée en 1960 dans un collège de Cambridge, à un endroit qui n’a jamais été rendu public.
Les débats sur la couronne, la lettre de Drogheda et le sort du corps de Cromwell sont développés dans l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Journal of the House of Commons, vol. 7, 1651-1660, séance du mardi 19 avril 1653, pétition de sir Edward Bainton, bill des aventuriers d’Irlande, dette de 5 065 l. 17 s. 6 d. envers le colonel Owen Rowe, p. 280 édition de Londres, His Majesty’s Stationery Office, 1802, British History Online
- Journal of the House of Commons, vol. 7, séance du lundi 4 juillet 1653, lettres de convocation signées et scellées par Cromwell le 6 juin 1653 « after the Dissolution of the late Parliament », p. 281 édition de Londres, 1802, British History Online
- The Instrument of Government, 16 décembre 1653, articles I, II, VII, XXIV, XXVII, XXXIII et XXXV à XXXVII texte consulté dans l’édition des Harvard Classics (1909) reproduite par l’Internet Modern History Sourcebook de Paul Halsall
Voir les 52 sources restantesMasquer les autres sources
Sources primaires (suite)
- Oliver Cromwell, lettre à William Lenthall, président de la Chambre des communes, 17 septembre 1649, sur la prise de Drogheda transcription de la Cromwell Association, atelier de sources de Joan Redmond, 2018
- Letters from Ireland, relating the several great successes it hath pleased God to give unto the Parliaments forces there, Londres, John Field pour Edward Husband, imprimeur du Parlement, 1649, 16 p. (pagination fautive 20), ordre des Communes du 2 octobre 1649, Wing L1778 exemplaire Thomason de la British Library, E.575[7], reproduit dans Early English Books Online ; notice de la Folger Shakespeare Library
- Bulstrode Whitelocke, Memorials of the English Affairs, Londres, publication posthume, fin 1681, conversation avec Cromwell de novembre 1652 passage connu ici par l’étude de J. Fitzgibbons (2022)
- Discours de Son Altesse au Parlement, Banqueting House, Whitehall, 8 mai 1657, refus du titre de roi Diary of Thomas Burton Esq., vol. 2, avril 1657-février 1658, éd. John Towill Rutt, Londres, H. Colburn, 1828, p. 507-509
- The Humble Petition and Advice, 25 mai 1657, version imprimée dont la numérotation passe de l’article 14 à l’article 16 d’après R. Sherwood, page de la Cromwell Association
- Edmund Prestwick, récit de la procession et de l’investiture du Lord Protecteur à Westminster Hall, 26 juin 1657, publié par John Prestwick Diary of Thomas Burton Esq., vol. 2, éd. J. T. Rutt, Londres, H. Colburn, 1828, British History Online
- Fauteuil du couronnement, XIVᵉ siècle, transporté de l’abbaye à Westminster Hall pour l’investiture de 1657 Westminster Abbey, Londres
- James Turner, jugement sur la mise à mort de soldats rendus sans promesse de quartier cité par P. Lenihan, The Irish Times, 13 septembre 2014
- The Publick Intelligencer, description de l’effigie de Cromwell à Somerset House, 1658 cité par P. Little
- John Evelyn, journal, entrée sur les funérailles de Cromwell, 1658 cité par P. Little
- Plaque du cercueil d’Oliver Cromwell, cuivre doré, environ 165 × 140 mm, 1658, armes du Protectorat et devise « Pax quaeritur bello », inscription latine au revers, retirée du cercueil par le serjeant James Norfolke le 26 janvier 1661 vente Sotheby’s, Londres, 2014, lot 3, collection particulière
- Pierre commémorative « The burial place of Oliver Cromwell 1658-1661 », posée en 1949 par la Cromwell Association Westminster Abbey, chapelle d’Henri VII
- Masque mortuaire d’Oliver Cromwell, moulage en plâtre d’après un masque de cire, crochet de suspension, don du 15 août 1912 Fitzwilliam Museum, Cambridge
Bibliographie
- Blair Worden, « Oliver Cromwell and the Protectorate », Transactions of the Royal Historical Society 20, 2010, p. 57-83, DOI 10,1017/S0080440110000058 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0080440110000058
- Blair Worden, « Thomas Carlyle and Oliver Cromwell », Raleigh Lecture on History lue le 27 octobre 1999, Proceedings of the British Academy 105, 2000, p. 131-170 The British Academy
- Roy Sherwood, Oliver Cromwell, King in All But Name, 1653-1658, 1997 positions rapportées d’après la page de la Cromwell Association
- Jonathan Fitzgibbons, « “To settle a governement without somthing of Monarchy in it” : Bulstrode Whitelocke’s Memoirs and the Reinvention of the Interregnum », The English Historical Review 137 (586), 2022, p. 655-691, DOI 10,1093/ehr/ceac126 Oxford University Presshttps://doi.org/10.1093/ehr/ceac126
- J. T. Cliffe, « The Cromwellian Decimation Tax of 1655 : The Assessment Lists », Royal Historical Society Camden Fifth Series 7, 1996, p. 403-492, DOI 10,1017/S0960116300000385 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0960116300000385
- Micheál Ó Siochrú, God’s Executioner. Oliver Cromwell and the Conquest of Ireland, Londres, 2008 Faber and Faber
- Tom Reilly, Cromwell : An Honourable Enemy, 1999 Brandon
- Tom Reilly, Cromwell Was Framed : Ireland 1649, 2014, ISBN 978-1782795162 Chronos Books
- Karl Pearson et G. M. Morant, « The Wilkinson Head of Oliver Cromwell and its Relationship to Busts, Masks and Painted Portraits », Biometrika 26, 1934, p. 1-116 ; manuscrit conservé à University College London, PEARSON/7/210/1 Biometrika
- François Guizot, Histoire de la révolution d’Angleterre. Histoire de la république d’Angleterre et de Cromwell (1649-1658), t. 3 et 4, 2ᵉ éd., 1855, 523 et 654 p. notices des Bibliothèques numériques du ministère des Armées
- Bernard Cottret, Cromwell, Paris, 1992, 542 p., ISBN 978-2-213-02951-1, autres tirages 2001 et 2009 Fayard
Sources en ligne
- « House of Commons Journal Volume 7 : 19 April 1653 » British History Online, Institute of Historical Researchhttps://www.british-history.ac.uk/node/17342
- « House of Commons Journal Volume 7 : 4 July 1653 » British History Online, Institute of Historical Researchhttps://www.british-history.ac.uk/node/17343
- « Procession at installation of Cromwell as Lord Protector, June 1657 » British History Onlinehttps://prod.british-history.ac.uk/node/29989
- « His Highness’s speech to Parliament [8 May 1657] » British History Onlinehttps://www.british-history.ac.uk/node/29987
- « Instrument of Government, 1653 », texte de l’Internet Modern History Sourcebook Newcastle Universityhttps://www.staff.ncl.ac.uk/j.p.boulton/his211instrument1653.htm
- « Dissolution of the Rump Parliament, 1653 » BCW Projecthttps://bcw-project.org.uk/church-and-state/the-commonwealth/dissolution-rump-parliament
- « The Rule of the Major-Generals » BCW Projecthttps://bcw-project.org.uk/church-and-state/the-protectorate/rule-of-the-major-generals
- « Humble Petition and Advice » BCW Projecthttps://bcw-project.org.uk/church-and-state/the-protectorate/humble-petition-and-advice
- « Lord Protector » The Cromwell Museum, Huntingdonhttps://cromwellmuseum.org/?p=355
- « Oliver Cromwell, Kingship and the Humble Petition and Advice », Roy Sherwood The Cromwell Associationhttps://www.olivercromwell.org/wordpress/?p=604
- « Cromwell to Speaker Lenthall, 17 September 1649 » The Cromwell Associationhttps://www.olivercromwell.org/wordpress/cromwell-to-speaker-lenthall-17-september-1649/
- « Letters from Ireland, relating the several great successes it hath pleased God to give unto the Parliaments forces there » Folger Shakespeare Library, cataloguehttps://catalog.folger.edu/record/514161
- « TCD Historian’s New Book and Documentary Series on Oliver Cromwell in Ireland », 8 septembre 2008 Trinity College Dublinhttps://tcd.ie/news_events/articles/tcd-historians-new-book-and-documentary-series-on-oliver-cromwell-in-ireland
- « Do we owe Old Ironsides an apology ? : Cromwell Was Framed – Ireland 1649 », Pádraig Lenihan, 13 septembre 2014 The Irish Timeshttps://www.irishtimes.com/culture/books/do-we-owe-old-ironsides-an-apology-cromwell-was-framed-ireland-1649-1.1924166
- « Cromwell and Ireland : new perspectives », lettre de Tom Reilly History Irelandhttps://historyireland.com/?p=31853
- « 14 juin 1658 - La bataille des Dunes, premier succès du Roi-Soleil », Matthias Mauvais Herodote.nethttps://www.herodote.net/14_juin_1658-evenement-16580614.php
- « The Death and Funeral of Oliver Cromwell », Patrick Little The Cromwell Associationhttps://www.olivercromwell.org/wordpress/?p=1777
- « Oliver Cromwell and Family » Westminster Abbeyhttps://www.westminster-abbey.org/our-history/people/oliver-cromwell
- « Cromwell, Oliver », lot 3, English Literature, History, Children’s Books and Illustrations, 2014 Sotheby’shttps://sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2014/english-literature-history-childrens-books-illustrations-l14408/lot.3.html?locale=fr
- « Death Mask of Oliver Cromwell » Fitzwilliam Museum, Cambridgehttps://fitzmuseum.cam.ac.uk/objects-and-artworks/highlights/M2-1912
- « The Wilkinson Head of Oliver Cromwell and its Relationship to Busts, Masks and Painted Portraits », PEARSON/7/210/1 UCL Special Collections, archiveshttps://archives.ucl.ac.uk/CalmView/rdf/catalog/PEARSON/7/210/1
- « Cromwell’s statue in Westminster », Nick Maxwell, History Ireland 16 (5), 2008 History Irelandhttps://historyireland.com/cromwells-statue-in-westminster/
- « Thomas Carlyle and Oliver Cromwell », Blair Worden The British Academyhttps://www.thebritishacademy.ac.uk/documents/2480/105p131.pdf
- « Oliver Cromwell and the Protectorate », Blair Worden Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/transactions-of-the-royal-historical-society/article/oliver-cromwell-and-the-protectorate/990096F2F6D0CED07CA3D6F429095F06
- « To settle a governement without somthing of Monarchy in it », Jonathan Fitzgibbons The English Historical Review, Oxford Academichttps://academic.oup.com/ehr/article/137/586/655/6619345
- « The Cromwellian Decimation Tax of 1655 : The Assessment Lists », J. T. Cliffe Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/royal-historical-society-camden-fifth-series/article/abs/cromwellian-decimation-tax-of-1655-the-assessment-lists/7BB242ED66745248DB6B76C57A338F52
- « Histoire de la révolution d’Angleterre : Histoire de la république d’Angleterre et de Cromwell (1649-1658) », t. 3 Bibliothèques numériques du ministère des Arméeshttps://bibliotheques-numeriques.defense.gouv.fr/document/25229f99-b547-45ba-b330-c28531a8c5de
- « Cromwell », Bernard Cottret, notice PPN 002708337 Nantilus, Université de Nanteshttps://nantilus.univ-nantes.fr/vufind/Record/PPN002708337/Description







.jpg?width=500)


.jpg?width=500)


