« Passage de la Cour de Miracles. » La fiche que le référentiel des voies parisiennes des Archives nationales consacre à ce lieu tient en une ligne d’histoire, selon laquelle le passage « était situé rue Réaumur, 100 », et précise que la nomenclature officielle de la Ville de Paris, arrêtée au 31 mai 2023, le range parmi les voies caduques. Ni date d’ouverture, ni date de suppression. Ce nom sans article devant Miracles est à peu près tout ce qu’une administration d’aujourd’hui garde d’un lieu dont Victor Hugo a fait en 1831 le décor d’une nuit entière de Notre-Dame de Paris, et qu’il appelait une « hideuse verrue à la face de Paris ».
Un cul-de-sac derrière les Filles-Dieu
Henri Sauval, avocat au parlement, naît à Paris en 1623 et y meurt en 1676 au milieu des notes d’une histoire de sa ville qu’il n’a jamais vue imprimée. Son collaborateur Claude-Bernard Rousseau la publie en 1724 chez Charles Moette et Jacques Chardon, sous le titre d’Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris. D’après la notice de Jean-Marie Pérouse de Montclos pour le programme Architectura, Rousseau en a retouché le style, corrigé des dates et retranché une chronique des mauvais lieux nourrie des expériences de l’auteur, publiée seulement en 1883 et d’abord intitulée traité de la prostitution. Les pages sur les cours des miracles, écrites dans les années 1660, ont donc attendu un demi-siècle leurs premiers lecteurs. Les guides du XVIIIᵉ siècle, qui décrivaient aux visiteurs le Paris de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, les ont ensuite reprises très largement, observe Marie-Pascale Leclerc, auteur en 2022, à l’Université du Québec à Montréal et à Sorbonne Université, de ce qu’elle présente comme la première recherche d’ensemble sur le sujet.
La plus célèbre de ces cours se tient derrière le couvent des Filles-Dieu, entre la rue Saint-Denis et la rue Neuve-Saint-Sauveur. Sauval en compte trois dans le seul quartier Saint-Denis et dit être entré dans celle-là par une longue pente de terre. Il la décrit fétide, boueuse et surpeuplée, y loge des voleurs, des prostituées et des familles de la pire réputation, et lui prête des lois, dont la première commande de ne rien garder pour le lendemain, puisqu’on y appelle « gagner » ce qu’ailleurs on appelle dérober. Aux pages 511 à 516 du tome I, relues en 2019 par Marie-Agathe Tilliette, les argotiers forment un gros royaume, avec un roi, des officiers, des lois et une langue à eux, et l’auteur donne la recette d’une « jambe de Dieu », la plaie contrefaite qui doit émouvoir le passant. Sur l’âge de ces lieux, il écrit seulement qu’ils sont aussi anciens à Paris que les gueux et la gueuserie, ce qui ne date rien du tout. Leclerc voit en lui un témoin oculaire et, dans le même mouvement, le dernier lecteur d’une littérature qui lui fournissait d’avance le roi, les lois et la langue qu’il croit découvrir derrière les Filles-Dieu, si bien qu’il est à peu près impossible de dire, page par page, où s’arrête ce qu’il a vu et où commence ce qu’il avait lu.
Le témoignage ne repose pas sur Sauval seul. La cour des Filles-Dieu figure sur le plan de Jacques Gomboust en 1652, puis sur ceux de Jouvin en 1672, de Bullet en 1676, de Jaillot en 1713 et en 1775, de Delagrive en 1728, que Leclerc reproduit l’un après l’autre, et elle ne quitte les plans qu’avec celui de Verniquet, en 1791. La thèse date pourtant de 1654 l’entrée des cours des miracles sur les plans de la ville, probablement parce qu’elle retient pour la feuille de Gomboust une date de publication plus tardive ; le texte ne s’en explique pas.
Un plan dressé en 1723 pour le Bureau des finances, chargé des questions d’urbanisme, dessine le terrain lui-même. Il est aux Archives nationales sous la cote Z1f 1057, et Jacques Saint-Germain s’en était servi en 1962 pour corriger la taille et la forme que Sauval prêtait à la cour.
« Composé par un pillier de boutanche »
Le royaume de Sauval existait déjà dans les livres. Dès 1342, rappelle Bronislaw Geremek, Augsbourg ferme ses portes à cinq catégories de vagabonds et de mendiants, et à neuf l’année suivante. Le Liber vagatorum allemand en dénombre vingt-huit, et seule la première, celle des pauvres connus dans leur ville, renvoie à une pauvreté qu’on peut secourir sans soupçon. Les noms sous lesquels on le lit en français, sabouleux, coquillards, cagous, malingreux ou marcandiers, sont ceux de la traduction que P. Ristelhueber publie à Strasbourg en 1862, et ce choix de traducteur rapproche la liste allemande du jargon français plus que ne le fait l’original.
En France, la gueuserie devient un genre en 1596 avec La Vie généreuse des mercelots, gueuz et boesmiens, récit d’un prétendu gentilhomme breton, Pechon de Ruby, suivi d’un lexique de 146 mots ramené à 125 dans l’édition de 1603. Roger Chartier a relevé le détail qui ruine l’autobiographie, puisque le lexique donne lui-même « pechon de ruby » pour un nom commun signifiant enfant éveillé. Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé, attribué à Ollivier Chereau et daté des environs de 1629 par son éditeur moderne, Denis Delaplace, connaît plus d’une trentaine d’éditions jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle. Pot-pourri de poèmes, de chansons, de faux statuts, d’un faux procès et d’une pièce sur la Cour des miracles, il dote les gueux d’États généraux, d’un grand Coësre qui règne sur tous et de cagoux qui le représentent dans les provinces. Ce petit monde est comparé à « une cour de parlement à petit ressort », formule où Chartier lit le double exact de l’État royal. L’imprimerie troyenne des Oudot, qui diffusait ces livrets à couverture de papier bleu gris, le réédite encore en 1741.
Le titre garde une distinction que l’usage a perdue. Dans le livret, le jargon est la langue, et l’argot désigne, par ironie, le métier de mendiant présenté comme une corporation ; c’est là, d’après Delaplace, que le mot argot apparaît pour la première fois, et il ne devient synonyme de jargon qu’à la fin du XVIIᵉ siècle. Les contemporains n’ont guère douté de cette langue secrète. Ambroise Paré évoque le jargon par lequel « les gueux de l’hostière » se reconnaissent pour mieux tromper le monde, et le Dictionnaire universel de Furetière fait de l’argot une langue factice dont conviennent « les gens d’une même cabale ». La réalité du grand Coësre et de ses cagoux, elle, est contestée depuis longtemps.
Le Moniteur raconte une matinée de 1667
Le 2 septembre 1853, la rubrique des variétés du Moniteur publie sous la signature de Charles Basset une colonne sur Gabriel Nicolas de La Reynie, premier titulaire de la lieutenance générale de police de Paris, créée par un édit de mars 1667. Trois détachements, raconte Basset, ont déjà reculé sous les pierres devant la grande Cour des miracles. La Reynie y va lui-même à l’aube, avec cent cinquante soldats du guet à pied, un demi-escadron de la maréchaussée, un commissaire, quelques exempts et une escouade de sapeurs du régiment suisse. Il annonce qu’il fera ouvrir trois brèches dans le mur et que les douze derniers paieront pour tous, six pendus sur-le-champ, six envoyés vingt ans aux galères. En vingt minutes, la cour est vide. Le texte paraît vingt-deux ans après Notre-Dame de Paris, qui avait installé la Cour des miracles dans le Paris de 1482, sous Louis XI, avec pour souverain Clopin Trouillefou, « roi de Thunes, grand coësre ». Il appartient au moment où naissent les bas-fonds, mot qui prend selon Dominique Kalifa son sens social en France vers 1840.
Aucun document du XVIIᵉ siècle ne décrit cette matinée.
Le récit a pourtant fait carrière chez les historiens. En 1864, dans la Revue des Deux Mondes, Pierre Clément le reprend après un « on raconte », et laisse La Reynie raser la retraite des truands plutôt que de les prendre. Il faut attendre 1962 et La Reynie et la police au Grand Siècle, de Jacques Saint-Germain, pour qu’un historien revienne aux manuscrits. Dans une lettre au chancelier Séguier, conservée à la Bibliothèque nationale dans le fonds français sous le numéro 17409, au folio 103, le nouveau lieutenant écrit ceci, « On a commencé dans chacun des quartiers par ceux qui sont notoirement vagabonds, pour donner quelques exemples dans le public ». La phrase vise des individus repérés quartier par quartier, et Saint-Germain en tirait l’image d’une politique d’ensemble contre le vagabondage. Leclerc conclut qu’à ce jour aucun document ne permet d’affirmer que La Reynie a vidé la Cour des miracles de ses gueux, et note que les historiens sont devenus plus circonspects depuis les années 1980.
La légende, depuis, a pris du poids. Le site Hérodote.net fait percer à La Reynie six brèches dans le mur et loge dans le quartier quelque trente mille voleurs et mendiants. Un dossier publié en 2018 par RetroNews, le site de presse de la BnF, parle de 60 000 mendiants et estropiés marqués et envoyés aux galères. Aucun de ces deux chiffres n’indique sa source, et Basset, dont le récit ne manque pourtant pas de détails, n’avait avancé aucun effectif de gueux.
Enfermer et secourir
Ceux qui tiennent à l’offensive de 1667 n’ont pas tort sur tout. La monarchie mène bien une campagne contre la mendicité parisienne, commencée onze ans avant La Reynie. L’édit de 1656 qui crée l’Hôpital général présente les pauvres comme des « membres vivants de Jésus-Christ », rappelle le musée de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, et réunit cinq maisons, la Pitié, siège de l’administration, la Savonnerie, Scipion, la Salpêtrière pour les femmes et Bicêtre, surtout pour les hommes. En principe, l’entrée y est volontaire. Des archers, seuls habilités à arrêter les mendiants, en font vite une institution de police. Entre 1657 et 1690, une quarantaine d’hôpitaux généraux s’ouvrent dans le royaume, les dépôts de mendicité suivent de 1764 à 1790, et Christian Romon a compté vingt-trois textes législatifs sur la mendicité et le vagabondage au cours du seul XVIIIᵉ siècle.
Le chiffre qui accompagne d’ordinaire la fondation, 40 000 mendiants, pauvres et vagabonds tenus pour une menace, figure sur la page que le musée de l’AP-HP consacre au tableau Louis XIV admiré par l’univers. Dès 1853, on le lit dans l’Histoire des Français des divers états d’Amans-Alexis Monteil, dans la bouche d’un narrateur imaginaire. Aucune des sources consultées ne dit de quel comptage il provient, et il faut le tenir pour un ordre de grandeur transmis, sans plus.
Michel Foucault a donné à ce mouvement le nom de grand renfermement, et l’expression est restée attachée à l’Hôpital général. Leclerc, après d’autres, juge qu’on ne peut lire ces maisons en occultant la part d’assistance qu’elles assuraient, d’autant que leur mandat a hésité dès les premiers mois. On parlera donc ici d’enfermement et d’assistance à la fois, parce que l’édit lui-même mêle le langage de la charité et celui de la police.
Quarante-huit cartons du commissaire Delaporte
Le quartier Saint-Denis, où Sauval plaçait trois cours des miracles, relève au XVIIIᵉ siècle du commissaire au Châtelet Delaporte, dont les minutes, conservées aux Archives nationales dans la série Y, forment 48 cartons pour les années 1768 à 1789. Christian Romon, qui avait suivi quarante-deux commissaires dans une thèse soutenue en 1981, n’en avait ouvert que quelques-uns et en avait conclu que Delaporte agissait contre les mendiants par à-coups. Leclerc les a tous dépouillés et y a relevé 7 887 mendiants arrêtés, chacun inscrit dans une base nominative avec son identité, sa demeure, son métier et le lieu de son arrestation, et fait apparaître un travail régulier. Les formulaires changent avec les années. Au procès-verbal manuscrit du 13 mars 1775 succède, à la fin de la période, un procès-verbal imprimé, comme celui du 5 septembre 1788. Les méthodes aussi. Jusqu’au milieu de 1777, la police procède surtout par visites de nuit dans les hôtels et maisons garnis, puis par captures individuelles dans la rue. C’est dans les visites de nuit que reparaissent les cours des miracles, et elles n’ont plus rien du cul-de-sac à ciel ouvert que décrivait Sauval, puisque ce sont des garnis où les mendiants dorment au milieu d’autres pauvres. Dans les archives de la police, écrit Leclerc, les cours des miracles quittent les culs-de-sac pour rejoindre l’archipel des lieux d’accueil.
Ceux qu’on arrête ressemblent peu aux faux infirmes des livrets. La catégorie est hétéroclite, la part des criminels y est faible au regard de ce qu’écrivait Sauval, et l’on y trouve des femmes, longtemps absentes des études, et pas seulement des vieillards. La police réprimande, et elle relâche souvent. Certains mendiants se rendent d’eux-mêmes aux inspecteurs pour être conduits au dépôt de mendicité plutôt que de mourir dans la rue. Leclerc en conclut que la mendicité était une stratégie de survie insérée dans les marchés informels de la ville, une activité économique parmi d’autres, et elle a donné pour titre à son dernier chapitre « Vaut mieux en demander que d’en voler ».
Les limites tiennent aux archives elles-mêmes. Aucune des études consultées ne cite de dénombrement des habitants de la cour des Filles-Dieu, si bien qu’on ignore combien de personnes y ont vécu. La série Y est loin d’avoir été dépouillée en entier. Leclerc a travaillé sur une douzaine de commissaires, et l’un des spécialistes repérés par Romon, le commissaire Lemaire, manque à son enquête parce que la série a été fermée pour travaux en 2019, puis que son séjour de recherche du printemps 2020 a été annulé par la pandémie.
Sur la fin des cours des miracles, les deux lectures ne se recouvrent pas. Roger Chartier en faisait en 1979 un monde révolu dès l’ouverture de l’Hôpital général, au milieu du XVIIᵉ siècle, même si les bourgeois de Paris réclamaient encore au Bureau des finances, tout au long du XVIIIᵉ siècle, la fermeture de culs-de-sac où s’entassaient des mendiants. Marie-Pascale Leclerc lui oppose les plans de la ville, qui gardent la cour des Filles-Dieu jusqu’à celui de Verniquet en 1791, et les papiers d’un commissaire du quartier Saint-Denis qui, du 3 septembre 1777 jusqu’en 1789, logent encore des mendiants arrêtés dans des cours des miracles.
Pour aller plus loin
L’affaire des poisons montre La Reynie à l’œuvre douze ans après sa nomination, avec les mêmes commissaires et les mêmes méthodes d’enquête que la police des mendiants. L’histoire de la Bibliothèque bleue de Troyes et celle de la bande de Cartouche sous la Régence prolongent l’imaginaire des gueux, entre livres de colportage et procès criminels.
On imagine souvent la Cour des miracles comme un quartier secret de Paris. Des mendiants y rentraient le soir après avoir joué toute la journée les aveugles ou les estropiés, et retrouvaient aussitôt la vue et l’usage de leurs jambes, comme par miracle. Des lieux de ce nom ont bien existé sous l’Ancien Régime. Mais l’image qu’on en garde vient surtout de livres, et les archives de la police racontent une histoire différente.
Le témoin le plus cité
Le récit le plus connu est celui d’Henri Sauval, un avocat parisien mort en 1676. Il préparait une grande histoire de Paris, qui n’a été publiée qu’en 1724, presque cinquante ans après sa mort.
Sauval décrit une cour boueuse et surpeuplée, derrière un couvent du quartier Saint-Denis, et dit y être entré. Selon lui, des voleurs, des prostituées et de faux infirmes y vivaient sous leurs propres lois, avec un roi et une langue à eux. L’une de ces lois défendait de garder quoi que ce soit pour le lendemain.
Cette cour figure aussi sur les plans de Paris à partir du milieu du XVIIᵉ siècle, et elle n’en disparaît qu’en 1791.
Des livrets pour amuser le public
Bien avant Sauval, des listes de « faux mendiants » circulaient en Europe. En Allemagne, la ville d’Augsbourg ferme ses portes à cinq sortes de vagabonds dès 1342, et un petit livre en décrit plus tard vingt-huit.
En France, des livrets bon marché racontent la vie des gueux. L’un d’eux, paru vers 1629, leur donne un roi, le grand Coësre, des lieutenants dans les provinces et un dictionnaire de leur langue. C’est dans ce livret qu’apparaît pour la première fois le mot argot, qui désigne alors le métier de mendiant ; il ne servira que plus tard à nommer une façon de parler. Le livret est réédité pendant plus de deux siècles, et on doute depuis longtemps que le grand Coësre ait jamais existé.
Une attaque que personne n’a vue
On raconte souvent qu’en 1667 le premier chef de la police de Paris, La Reynie, a pris d’assaut la Cour des miracles avec des soldats et l’a vidée en vingt minutes. Ce récit apparaît pour la première fois dans un journal en 1853, plus de cent quatre-vingts ans après les faits supposés. Aucun document du XVIIᵉ siècle ne le confirme.
La légende a même grossi. Des articles récents parlent de 30 000, puis de 60 000 mendiants chassés ou envoyés aux galères, sans dire d’où viennent ces nombres. Le texte de 1853 n’en donnait aucun.
Une lettre de La Reynie, conservée à la Bibliothèque nationale de France, montre autre chose. Il a commencé par faire arrêter, quartier par quartier, ceux que l’on savait vagabonds.
Enfermer les pauvres
La lutte contre la mendicité avait commencé plus tôt. En 1656, Louis XIV crée l’Hôpital général, qui réunit cinq maisons, dont la Salpêtrière pour les femmes et Bicêtre surtout pour les hommes. On devait en principe y entrer de son plein gré, mais des archers chargés d’arrêter les mendiants en font vite un lieu d’enfermement.
On répète qu’il y avait alors 40 000 mendiants à Paris. Personne ne sait d’où vient ce nombre.
Ce que disent les papiers de police
Au XVIIIᵉ siècle, certains policiers se spécialisent dans l’arrestation des mendiants. Les papiers d’un commissaire du quartier Saint-Denis, conservés aux Archives nationales, comptent 7 887 mendiants arrêtés entre 1768 et 1789.
Ces mendiants ressemblent peu aux brigands des livres. On y trouve des femmes, des gens de tous âges, et bien moins de criminels que ne le disait Sauval. La police les relâche souvent, et certains se rendent d’eux-mêmes pour être recueillis plutôt que de mourir dans la rue. Dans ces papiers, les « cours des miracles » sont devenues des chambres meublées louées aux plus pauvres.
Les historiens ne s’accordent pas sur leur fin. Pour l’un, elles disparaissent dès la création de l’Hôpital général. Pour une historienne plus récente, elles survivent jusqu’à la Révolution, sur les plans de la ville comme dans les rapports de police.
Les livrets de gueuserie, la naissance de la légende de La Reynie et le détail des archives du commissaire Delaporte occupent l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Henri Sauval, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, publiée par Claude-Bernard Rousseau, Paris, Charles Moette et Jacques Chardon, 1724, t. I, p. 511-516, description des cours des miracles, royaume des argotiers (p. 514), recette de la « jambe de Dieu » (p. 516) ; pagination relevée d’après M.-A. Tilliette (2019) exemplaire de la Bibliothèque universitaire de Tours, FB 1925, FB 1926 et FB 1927
- Henri Sauval, La Chronique scandaleuse de Paris ou Histoire des mauvais lieux, d’abord intitulée Traité de la prostitution, retranchée de l’édition de 1724 et publiée en 1883 signalée par OpenEdition Books, Institut national d’histoire de l’art
- Ollivier Chereau (attribué), Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé, vers 1629, poèmes, chansons, dictionnaire, faux statuts, faux procès et pièce sur la Cour des miracles éd. Denis Delaplace, Paris, Classiques Garnier, 2008, 613 p., coll. « Textes de la Renaissance » 145, établie sur les éditions lyonnaises de 1630, 1632 et 1634, DOI 10,15122/isbn.978-2-37312-415-6https://doi.org/10.15122/isbn.978-2-37312-415-6
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Sources primaires (suite)
- Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé, Troyes, J. Oudot, 1741, 25 p. University of Ottawa, b2079204, microfiche numérisée par Internet Archive
- Le Jargon ou langage de l’argot réformé, comme il est à présent en usage parmy les bons pauvres, composé par un pillier de boutanche qui maquille en molanche en la vergne de Tours, augmenté de nouveau dans le dictionnaire des mots plus substantifs de l’argot Bibliothèque nationale de France, Gallica, ark:/12148/bpt6k8707559t
- La Vie généreuse des mercelots, gueuz et boesmiens, mise en lumière par « Monsieur Pechon de Ruby, gentilhomme breton », 1596, lexique de 146 mots ; rééd. Paris, 1603, lexique de 125 mots citée d’après M.-P. Leclerc (2022), chap. I, et R. Chartier, Figures de la gueuserie (1982), p. 15
- Liber vagatorum, vingt-huit catégories de mendiants trad. P. Ristelhueber, Liber vagatorum. Le livre des gueux, Strasbourg, 1862 ; cité d’après M.-P. Leclerc (2022), chap. I
- Ambroise Paré, passage sur le jargon des « gueux de l’hostière » dans son livre des monstres et prodiges cité d’après C. Nédelec (2010), p. 62
- Antoine Furetière, Dictionnaire universel, article « Argot » cité d’après C. Nédelec (2010)
- Gabriel Nicolas de La Reynie, lettre au chancelier Pierre Séguier sur les premières arrestations de vagabonds notoires, vers 1667 Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, français 17409, f. 103 ; citée d’après J. Saint-Germain (1962), p. 93, et M.-P. Leclerc (2022)
- Édit portant établissement de l’Hôpital général de Paris, 1656, où les pauvres sont dits « membres vivants de Jésus-Christ » [mois, imprimeur et cote non relevés] cité d’après le musée de l’AP-HP
- Jacques Gomboust, plan de Paris, 1652, feuille portant la cour des Miracles du couvent des Filles-Dieu ; plans de Jouvin (1672), Bullet (1676), Jaillot (1713 et 1775), Delagrive (1728) et Verniquet (1791) [exemplaires et cotes non relevés] reproduits et inventoriés dans M.-P. Leclerc (2022), fig. 3 à 8 et tableau 1
- Plan de la Cour des Miracles des Filles-Dieu, Bureau des finances, 1723 Archives nationales, Z1f 1057 ; cité d’après M.-P. Leclerc (2022), fig. 15, et J. Saint-Germain (1962)
- Minutes du commissaire au Châtelet Delaporte, quartier Saint-Denis, 1768-1789, 48 cartons de procès-verbaux d’arrestation de mendiants, dont le procès-verbal manuscrit du 13 mars 1775 et le procès-verbal imprimé du 5 septembre 1788 Archives nationales, série Y, minutes des commissaires au Châtelet [cotes des cartons non relevées] ; dépouillées par M.-P. Leclerc (2022)
- Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. 1482, Paris, 1831, livre II, chap. VI, et le personnage de Clopin Trouillefou, « roi de Thunes, grand coësre » éd. Bibliothèque de la Pléiade, 1975, p. 81-84 et p. 410, citée d’après M.-A. Tilliette (2019)
- Charles Basset, colonne sur La Reynie, Le Moniteur, rubrique des variétés, 2 septembre 1853 cité d’après M.-P. Leclerc (2022), introduction
- Pierre Clément, « La police sous Louis XIV : Nicolas de la Reynie », Revue des Deux Mondes, vol. 50, n° 4, 1864, p. 799-850, ici p. 817 cité d’après M.-P. Leclerc (2022), introduction
- Amans-Alexis Monteil, Histoire des Français des divers états, t. IV, XVIIᵉ siècle, Paris, 1853, p. 266-267, récit d’un narrateur fictif évaluant à 40 000 les mendiants de Paris extrait reproduit par l’École normale supérieure
Bibliographie
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- Marie-Agathe Tilliette, « La représentation de la Cour des miracles dans le roman historique : un contre-pouvoir judiciaire ? », dans L. Angard, G. Cousin et B. Poirier (dir.), Le Lys recomposé. La représentation des pouvoirs sous l’Ancien Régime dans la littérature fictionnelle du XIXᵉ siècle (1800-1850), Publications numériques du CEREdI, « Actes de colloques et journées d’étude » 22, 2019 Université de Rouen
- Jacques Saint-Germain, La Reynie et la police au Grand Siècle, Paris, 1962, 342 p., chap. 6, « De la cour des miracles à l’hôpital général » ; cité d’après M.-P. Leclerc (2022) Hachette
- Roger Chartier, Figures de la gueuserie, Paris, 1982, 445 p. ; cité d’après M.-P. Leclerc (2022) Montalba
- Roger Chartier, « La monarchie d’argot entre le mythe et l’histoire », dans Les Marginaux et les exclus dans l’histoire, Cahiers Jussieu 5, 1979, p. 275-311 ; cité d’après M.-P. Leclerc (2022) Université Paris 7
- Bronislaw Geremek, Truands et misérables dans l’Europe moderne (1350-1600), Paris, 1980, p. 182 ; cité d’après M.-P. Leclerc (2022) Gallimard
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- Christian Romon, Mendiants et vagabonds à Paris, d’après des archives des commissaires au Châtelet (1700-1787), thèse de doctorat, Paris X et EHESS, 1981, 624 p., inédite ; citée d’après M.-P. Leclerc (2022) Université Paris X
- Denis Delaplace, L’Article « Argot » au fil des dictionnaires depuis le XVIIᵉ siècle, Paris, 2013, 312 p., coll. « Classiques de l’argot et du jargon », EAN 9782812409424 Classiques Garnier
- Claudine Nédelec, « L’argot. Langue des “gens d’une même cabale” », dans Lise Andries (dir.), Cartouche, Mandrin et autres brigands du XVIIIᵉ siècle, Paris, 2010, p. 62-63 ; cité d’après M.-P. Leclerc (2022) Desjonquères
- Dominique Kalifa, Les Bas-fonds. Histoire d’un imaginaire, Paris, 2013, 416 p., coll. « L’Univers historique », EAN 9782020967624 Seuil
- Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris ; édition de 1976 citée par M.-P. Leclerc (2022) Gallimard
Sources en ligne
- « Les cours des miracles de Paris (1667-1791) : imaginaires, spatialisation et contrôle de la mendicité parisienne », notice et texte intégral Archipel, dépôt institutionnel de l’Université du Québec à Montréalhttps://archipel.uqam.ca/15558/
- « La représentation de la Cour des miracles dans le roman historique : un contre-pouvoir judiciaire ? » PUBLIS-SHS, Université de Rouen Normandiehttps://publis-shs.univ-rouen.fr/ceredi/670-1.pdf
- « Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris – Architectura », notice de Jean-Marie Pérouse de Montclos, 2007 Architectura, université de Tourshttps://architectura.univ-tours.fr/?p=13941
- « A Sense of Place : A Treatise on Prostitution in Seventeenth-Century Paris » OpenEdition Books, Institut national d’histoire de l’arthttps://books.openedition.org/inha/566?dir=prev
- « Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé », présentation de l’édition de Denis Delaplace Classiques Garnierhttps://classiques-garnier.com/le-jargon-ou-langage-de-l-argot-reforme.html
- « Le jargon ou langage de l’argot reforme ... [microforme] » Internet Archivehttp://archive.org/details/fre_b2079204
- « Le Jargon ou langage de l’argot réformé, comme il est à présent en usage parmy les bons pauvres... » Gallica, Bibliothèque nationale de Francehttps://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8707559t/texteBrut
- « ARGOT – La cour des Miracles » Encyclopædia Universalishttps://www.universalis.fr/encyclopedie/argot/3-la-cour-des-miracles/
- « Les descriptions lexicographiques du mot argot : une longue tradition d’imprécisions », Florence Courriol, 22 septembre 2014 Acta fabula 15 (7)https://www.fabula.org/acta/document8861.php
- « À la lumière des bas-fonds », Vincent Platini, 24 mars 2014 Acta fabula 15 (3)https://www.fabula.org/acta/document8525.php
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- « 15 mars 1667 - La Reynie dote Paris d’une police moderne », Alban Dignat Hérodote.nethttps://www.herodote.net/15_mars_1667-evenement-16670315.php
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- « Sujet oral SIL 2018 », extrait d’Amans-Alexis Monteil, Histoire des Français des divers états – École normale supérieure, PSL oral SIL2018-1.pdfhttps://www.ens.psl.eu/sites/default/files/Sujet


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