Selon le quatrième chapitre de l’Histoire secrète de Procope, l’impératrice Théodora prélève en 542 sur la fortune de Bélisaire trente centenaires d’or, le centenaire valant cent livres, et les fait remettre à Justinien. Six siècles plus tard, le grammairien Jean Tzetzès met entre les mains du même homme une coupe de bois, qu’il tend aux passants en réclamant une obole. Trois mille livres d’or d’un côté, une pièce de rien de l’autre. Tzetzès écrit au milieu du XIIᵉ siècle, à Constantinople, dans un long poème historique découpé en tranches de mille vers qu’on appelle les Chiliades.
Cinq mille cavaliers contre le royaume de Gélimer
Bélisaire commande d’abord sur la frontière perse, un général de Justinien parmi d’autres. En janvier 532, la sédition Nika, du nom du cri « sois vainqueur » lancé par les factions du cirque, met Constantinople à feu et proclame un autre empereur ; avec Mundus, Bélisaire enferme les insurgés dans l’hippodrome et les fait massacrer. Procope écrit au livre I, chapitre 24, des Guerres que plus de 30 000 personnes périrent ce jour-là, un chiffre qu’aucun décompte ne permet de contrôler.
L’année suivante, Justinien l’envoie contre le royaume vandale d’Afrique, installé depuis un siècle autour de Carthage. Procope, son assesseur et secrétaire, fait le voyage. Au livre III, chapitre 11, il détaille l’armée, dix mille fantassins et cinq mille cavaliers embarqués sur cinq cents navires, des effectifs qu’il donne en homme de l’état-major et qu’on ne peut recouper par aucun autre texte. La campagne tient en quelques mois. En septembre 533, Carthage tombe ; à la mi-décembre, près de Tricamarum, le frère du roi Gélimer est tué et le camp vandale pris avec son trésor, pour moins de cinquante morts romains dans le premier choc si l’on suit le chapitre 3 du livre IV. Procope lui-même s’en étonne au chapitre 7, où il met la chute d’un royaume au compte de cinq mille cavaliers venus par la mer sans un port où jeter l’ancre.
Gélimer s’enfuit en Numidie, sur le mont Papua, chez des Maures alliés, et y passe l’hiver bloqué par l’officier hérule Pharas. Au chapitre 6, Procope reproduit leur correspondance. Le roi y réclame une lyre, un pain et une éponge, et le messager explique à Pharas que Gélimer n’a plus vu de pain cuit depuis qu’il est monté sur la montagne, qu’il a composé un chant sur son malheur et veut l’accompagner, et qu’un de ses yeux a gonflé faute de pouvoir se laver. Pharas, ému selon Procope, envoie ce qu’on lui demande et resserre pourtant le blocus autour de la montagne.
Le détail n’ajoute rien à l’histoire militaire. Il ajoute beaucoup au portrait de Procope.
En 534, à Constantinople, Bélisaire reçoit un honneur que Procope, au chapitre 9, dit réservé aux empereurs depuis quelque six cents ans, le triomphe. Il le célèbre à pied, de sa maison jusqu’à l’hippodrome. Gélimer marche parmi les captifs, un manteau de pourpre sur les épaules, en répétant le mot de l’Ecclésiaste, « vanité des vanités, tout est vanité ». Devant la loge impériale, on lui retire la pourpre et on le force à se prosterner, et Bélisaire se prosterne à côté de lui. Le 1er janvier 535, le général prend le consulat. Quelques mois plus tôt pourtant, des officiers restés en Afrique l’avaient dénoncé à Justinien comme un homme qui cherchait à se faire roi, et Procope rapporte au chapitre 8 que l’un des deux messagers porteurs de la lettre, expédiés sur deux navires par précaution, fut arrêté dans le port de Carthage.
Ravenne ouvre ses portes à un faux empereur
La guerre contre les Ostrogoths d’Italie s’ouvre en 535 par la Sicile, prise presque sans combat. En décembre 536, Bélisaire entre dans Rome, puis y soutient pendant plus d’un an le siège du roi Vitigès. Quatre ans après le débarquement, l’armée impériale bloque Ravenne, capitale du royaume goth, protégée par ses marais. C’est alors que les chefs goths, rapporte Procope au livre VI, chapitre 29, des Guerres, proposent au général de le reconnaître comme empereur de l’Occident. Il feint d’accepter, entre dans la ville en 540, s’empare de Vitigès et prend possession de Ravenne au nom de Justinien. L’offre a probablement nourri à Constantinople un soupçon que la ruse ne suffisait pas à dissiper, et Bélisaire est rappelé la même année vers la frontière perse.
Le mot de reconquête demande à être mesuré. La Gaule des Francs, l’Espagne des Wisigoths et l’île de Bretagne restent hors de ses campagnes. L’Italie elle-même lui échappe après son départ, quand le roi Totila en reprend l’essentiel ; renvoyé en 544 avec peu de troupes, Bélisaire ne rétablit pas la situation et quitte la péninsule en 549. La guerre gothique s’achève sans lui, par la victoire de l’eunuque Narsès sur Totila en 552, racontée au livre VIII des Guerres. Dans sa biographie de Justinien parue chez Tallandier en 2016, Pierre Maraval présente la restauration de l’empire comme un projet partiellement accompli, qui rend à Constantinople l’Afrique, l’Italie, les grandes îles, une frange de l’Espagne occupée par d’autres généraux au début des années 550.
À Ravenne encore, un monument passe pour conserver son visage. Dans l’abside de la basilique San Vitale, sur le panneau de mosaïque où Justinien s’avance avec sa cour, un homme barbu se tient tout près de l’empereur, et la tradition l’appelle Bélisaire. Aucune inscription ne le nomme. Sur ce panneau, le seul nom écrit au-dessus d’une tête est celui de l’évêque Maximien, et l’identification du général reste une hypothèse vraisemblable, sans appui dans le texte de la mosaïque.
Procope contre Procope
Presque tout ce qu’on sait de la carrière de Bélisaire passe par un seul homme, qui l’a racontée deux fois. Dans les huit livres des Guerres, Procope de Césarée écrit en historien officiel des campagnes qu’il a suivies. Dans l’Histoire secrète, qu’on désigne aussi par son titre grec d’Anecdota, les « choses non publiées », il reprend les mêmes années pour accabler Justinien, Théodora, Antonina, l’épouse du général, et le général lui-même. La date de rédaction de ce second texte reste discutée. Son ton ne l’est pas.
Le chapitre IV raconte la disgrâce de 542. La peste frappe Constantinople, Justinien tombe gravement malade et le bruit de sa mort gagne l’armée d’Orient, où des officiers déclarent qu’ils ne reconnaîtraient pas un empereur installé dans la capitale. Rétabli, l’empereur reçoit les dénonciations. Les généraux Pierre et Jean, surnommé le Glouton, affirment avoir entendu Bélisaire et Bouzès tenir ces propos.
Bouzès disparaît dans un cachot souterrain du palais pour deux ans et quatre mois ; Bélisaire perd son commandement d’Orient, confié à Martin, et Théodora prélève sur ses biens les trente centenaires destinés à l’empereur.
Le même chapitre montre ensuite Bélisaire, pardonné par égard pour Antonina, se jeter aux pieds de sa femme et se proclamer son esclave. La scène renseigne surtout sur la rancune de Procope, et on la lira comme un morceau de pamphlet, écrit pour humilier. Le fond du récit, un rappel suivi d’une confiscation au moment de la peste et de la maladie impériale, n’a rien d’invraisemblable, même si aucune autre source ne permet de le contrôler dans le détail.
« Bélisaire demeura sous l’indignation »
En 559, des cavaliers koutrigours, un peuple hunnique venu du nord de la mer Noire, poussent jusqu’aux abords de Constantinople. Le vieux général reprend du service à la tête d’une troupe improvisée et les repousse, épisode qu’Agathias raconte au livre V de ses Histoires, chapitres 15 à 20. Trois ans plus tard, à la fin de 562, un complot contre Justinien est éventé. Jean Malalas au livre XVIII de sa Chronographie et Théophane le Confesseur à l’année du monde 6055 de la sienne, qui couvre 562-563, rapportent que les aveux des conjurés compromettent des proches de Bélisaire ; ses biens sont saisis et il est tenu dans sa maison.
La chronique de Malalas s’arrête au début de 563 sur une phrase sobre, « et ce même Bélisaire demeura sous l’indignation ». Théophane, qui écrit au début du IXᵉ siècle, va plus loin et rapporte sa réhabilitation dans le courant de 563, avec la restitution de ses honneurs. Thomas Hodgkin, qui a pesé ces textes en 1896, attribuait la précision de Théophane à un registre tenu par des contemporains et recopié par le chroniqueur ; l’hypothèse est raisonnable, sans plus. Bélisaire meurt en 565, l’année où meurt aussi Justinien, sans que les sources s’accordent sur le mois de sa mort.
Pour ces six dernières années, aucun témoin de premier rang ne parle. Procope, dont on ignore la date de mort, semble avoir achevé ses derniers écrits vers 558 ou 559, et les Histoires d’Agathias s’arrêtent sur la guerre de 559. C’est dans ce vide que la légende s’est logée.
Qui a crevé les yeux de Bélisaire ?
La plus ancienne trace de l’aveuglement se lit dans les Patria de Constantinople, un recueil anonyme de notices et de légendes sur les monuments de la ville, compilé à la fin du Xᵉ siècle selon Albrecht Berger, qui l’a traduit en 2013 pour la Dumbarton Oaks Medieval Library. Gilbert Dagron a consacré à ce recueil, en 1984, un livre au titre parlant, Constantinople imaginaire.
La notice commence par une statue équestre que Justinien aurait élevée à son général, puis bascule. Par jalousie, l’empereur lui fait arracher les yeux, le fait asseoir en un lieu de la ville et lui fait remettre un vase de terre, pour que les passants y jettent une obole. Hodgkin, qui lisait une version où figure l’éloge d’Alexis Comnène, plaçait le texte vers 1100 ; le recueil a probablement circulé sous plusieurs formes, et les deux datations ne s’excluent pas. Dans les deux cas, plus de quatre siècles séparent la notice de la mort du général.
Tzetzès reprend l’histoire au livre III des Chiliades, vers 339 à 348. Son Bélisaire aveugle tient une coupe de bois et crie « Donnez une obole à Bélisaire le général, que la Fortune a glorifié et que l’Envie aveugle ». Au vers suivant, le poète ajoute que d’autres chroniqueurs le disent seulement privé de ses honneurs, puis rétabli. Hodgkin le décrivait racontant de mémoire, et une dizaine de vers plus haut Tzetzès fait écrire Gélimer à Bélisaire pour obtenir sa lyre, son pain et son éponge, alors que chez Procope la lettre va à Pharas.
Le camp de la légende a pourtant eu un avocat sérieux, et ses arguments méritent mieux qu’un haussement d’épaules. En 1829, Philip Henry Stanhope, lord Mahon, consacre plus de trente pages de sa Life of Belisarius à défendre l’aveuglement, en s’appuyant sur la notice anonyme, qu’il fut le premier à verser au débat selon Hodgkin, et sur Tzetzès, où il voyait la trace d’une tradition conservée à Constantinople. Hodgkin lui-même concédait que le silence d’Agathias ne prouve pas grand-chose, puisque son récit s’arrête avant l’affaire, et que Malalas, dont la chronique cesse au début de 563, ne pouvait rien dire de la suite. En face, la tradition critique s’appuie sur Théophane et sur la vraisemblance. Gibbon, en 1788, au chapitre XLIII de son Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, voyait deux abréviateurs byzantins plus tardifs hésiter « entre la vérité périmée et le mensonge grandissant », et rapportait l’hypothèse d’une confusion avec Jean de Cappadoce, préfet déchu qu’on avait réduit à mendier. Dès 1646, dans sa Pseudodoxia Epidemica, le médecin anglais Thomas Browne relevait que les chroniqueurs sérieux ne parlaient que de biens confisqués. Hodgkin, en 1896, a trié les témoins avec une franchise rare. Aucun témoignage contemporain de premier ordre ; un seul de second ordre, Théophane, contre la légende ; deux de troisième ou quatrième ordre pour elle. Son verdict, une histoire que rien ne réfute absolument et que tout rend improbable au plus haut degré, reste la formule la plus exacte, et on la préférera à une réfutation plus tranchante que les sources ne permettent pas.
Un aveugle de papier
Entre-temps, la formule latine Date obolum Belisario s’était installée chez des humanistes italiens de la Renaissance, où Browne la lisait déjà. Elle attendait un auteur, et il arrive en 1767. Le Bélisaire de Jean-François Marmontel paraît au début de février ; dès la préface, l’auteur reconnaît que son plan repose sur « une opinion populaire » plutôt que sur « une vérité historique », aveu que relève Robert Granderoute. Le chapitre XV, où le vieux général plaide pour la tolérance religieuse, déclenche l’affaire. La faculté de théologie de la Sorbonne censure le livre en 1767, puis l’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, le condamne par mandement au début de 1768. John Renwick, qui a reconstitué en 1974 la chronologie de cette querelle, montre comment une dispute de théologiens tourne à l’affaire politique au début de 1768.
La peinture suit. Au Salon de 1781, Jacques-Louis David expose un Bélisaire demandant l’aumône de 288 centimètres sur 312, où un ancien soldat reconnaît son chef dans le mendiant, aujourd’hui au palais des Beaux-Arts de Lille sous le numéro P. 436. Trois ans plus tard, il en peint pour le comte d’Angiviller, directeur des Bâtiments du roi, une réplique réduite de 1,01 mètre sur 1,15, saisie en 1794 comme bien d’émigré et inventoriée au Louvre sous le numéro INV 3694. Sur un bloc de pierre, en bas à droite, David a peint en capitales la formule DATE OBOLUM BELISARIO. La notice du Louvre la situe dans la salle 934, consacrée à la peinture d’histoire de la fin du XVIIIᵉ siècle, qui est bien l’époque dont elle témoigne.
À Lille, la notice en ligne du tableau P. 436 présente toujours le vieil homme du premier plan comme un général « réduit à la mendicité après avoir eu les yeux crevés », sans signaler que ce supplice n’apparaît dans aucun texte antérieur à la fin du Xᵉ siècle.
Pour aller plus loin
La sédition Nika de 532, qui fait de Bélisaire l’homme du massacre de l’hippodrome, mérite un traitement à part. La peste de 542, dont Procope a laissé la description, croise ce récit au moment de la première disgrâce, et les mosaïques de Ravenne, avec leurs portraits sans noms, prolongent la question du visage des hommes de Justinien.
On raconte souvent qu’un grand général romain finit sa vie aveugle, assis dans une rue de Constantinople, la main tendue vers les passants. Il s’appelait Bélisaire. Il vivait au VIᵉ siècle et servait un empereur. Cette fin a été racontée dans des livres et peinte sur de grandes toiles. Est-elle vraie ?
Un général qui gagne vite
Cet empereur, Justinien, règne à Constantinople. C’est la capitale de l’Empire romain d’Orient. Il veut reprendre les anciennes provinces de l’Ouest, tenues par des rois étrangers. Il envoie d’abord Bélisaire en Afrique du Nord, contre le royaume des Vandales. Le secrétaire du général, un historien nommé Procope, s’étonne qu’un royaume entier tombe devant cinq mille cavaliers.
Le roi vaincu se cache tout un hiver dans la montagne. Affamé, il écrit à l’officier qui l’assiège pour obtenir un pain, une lyre pour chanter son malheur et une éponge pour soigner un œil enflé. Ramené prisonnier, il défile dans la capitale avec les autres captifs, pendant la fête de la victoire. Devant l’empereur, le roi et le général se prosternent côte à côte.
L’Italie, tenue par les Goths, est la cible suivante. Bélisaire prend Rome, puis bloque Ravenne, leur capitale. Les chefs goths lui proposent alors de devenir empereur de l’Ouest. Il fait semblant d’accepter, entre dans la ville et la livre à Justinien. La ruse réussit, mais elle laisse sans doute un soupçon à la cour.
Ses conquêtes ont des limites nettes. La Gaule et l’Espagne restent hors de ses guerres. L’Italie lui échappe même après son départ, et c’est un autre général qui termine la guerre, des années plus tard.
La cour se méfie
Presque tout ce qu’on sait de Bélisaire vient de Procope. Cet historien a raconté les mêmes années dans un livre officiel, puis dans un texte gardé secret. Le livre officiel admire les victoires. Le texte secret attaque l’empereur, l’impératrice et le général.
C’est ce texte caché qui raconte la première chute. En 542, une grande épidémie frappe la capitale et Justinien tombe très malade. Des officiers disent qu’ils refuseraient un nouvel empereur choisi dans la capitale. L’empereur guérit, et on accuse Bélisaire d’avoir tenu ces propos. Il perd son commandement et une grosse part de sa fortune.
Ce récit est écrit pour humilier. Personne ne peut le vérifier dans le détail. Le fond, un rappel et une confiscation pendant la maladie de l’empereur, reste plausible.
Vingt ans plus tard, le vieux général a encore repoussé une invasion près de la capitale. Puis un complot contre Justinien est découvert, et des proches de Bélisaire sont compromis. On saisit ses biens et on le garde chez lui. Quelques mois après, il retrouve ses honneurs. Il meurt peu après, la même année que l’empereur.
Pour ces dernières années, aucun bon témoin de l’époque ne raconte tout. Procope a cessé d’écrire. Les chroniques les plus proches parlent seulement d’une disgrâce.
Une histoire née bien plus tard
Le premier texte qui crève les yeux de Bélisaire est un recueil de légendes sur les statues et les monuments de Constantinople. Il a été rassemblé à la fin du Xᵉ siècle. Plus de quatre siècles le séparent de la mort du général. Dans ce récit, l’empereur jaloux installe l’aveugle quelque part dans la ville, avec un vase de terre posé devant lui pour recevoir l’aumône.
Au XIIᵉ siècle, un érudit de Constantinople reprend l’histoire en vers. Son aveugle tient une coupe de bois et réclame une toute petite pièce, une obole. Le poète ajoute aussitôt que d’autres auteurs le disent seulement tombé en disgrâce. Lui-même écrit de mémoire et se trompe ailleurs sur le récit de Procope.
Les spécialistes se sont disputés sur cette histoire. Un lord anglais l’a défendue avec de vrais arguments, car les témoins de l’époque se taisent sur les dernières années. Un historien lui a répondu en classant les sources selon leur valeur. Pour lui, la légende n’est pas prouvée fausse, mais elle est très peu probable. Cette réponse prudente reste la plus juste.
Du roman au musée
La légende devient célèbre au XVIIIᵉ siècle, grâce à un roman. Son auteur s’appelle Jean-François Marmontel. Dans sa préface, l’auteur avoue qu’il suit une croyance populaire plus qu’un fait d’histoire. Un chapitre sur la tolérance religieuse fait scandale. Les théologiens de Paris condamnent le livre.
Le peintre Jacques-Louis David s’empare ensuite du sujet. Sa grande toile montre le vieil aveugle et un ancien soldat qui reconnaît son chef. Sur une pierre, une inscription latine demande l’aumône pour Bélisaire.
Ce tableau est accroché au palais des Beaux-Arts de Lille. Sur le site du musée, sa notice présente toujours les yeux crevés comme un fait.
La lettre du roi vandale assiégé et le tri des témoins qui a servi à juger la légende attendent le lecteur dans la version complète.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Procope de Césarée, Guerres, I, 24 (sédition Nika, plus de 30 000 morts) ; III, 11 (effectifs et flotte de l’expédition d’Afrique) ; IV, 3 (Tricamarum) ; IV, 6 à 9 (siège du mont Papua et lettre de Gélimer à Pharas, reddition, dénonciation de Bélisaire, triomphe de 534 et consulat de 535) texte grec et traduction anglaise de H. B. Dewing, Loeb Classical Library
- Procope de Césarée, Guerres, VI, 29 (offre des Goths et entrée dans Ravenne en 540) ; VIII, 29-32 (victoire de Narsès sur Totila en 552) texte grec et traduction anglaise de H. B. Dewing, Loeb Classical Library
- Procope de Césarée, Histoire secrète (Anecdota), IV (peste de 542, dénonciation de Bélisaire et de Bouzès, confiscation de trente centenaires d’or) texte consulté dans la bibliothèque ToposText
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Sources primaires (suite)
- Agathias de Myrina, Histoires, V, 15-20 invasion koutrigoure de 559 et dernier commandement de Bélisaire
- Jean Malalas, Chronographie, livre XVIII complot de 562 et disgrâce de Bélisaire, la chronique s’arrêtant au début de 563
- Théophane le Confesseur, Chronographie, année du monde 6055 (562-563) trad. Cyril Mango et Roger Scott, The Chronicle of Theophanes Confessor, Oxford, 1997, Oxford University Press
- Patria de Constantinople, notice sur la statue équestre et l’aveuglement de Bélisaire [livre et chapitre À VÉRIFIER] éd. Theodor Preger, Scriptores originum Constantinopolitanarum, Leipzig, Teubner ; trad. Albrecht Berger, 2013
- Jean Tzetzès, Chiliades (Livre d’histoires), III, 339-348 (Bélisaire aveugle et mendiant) et vers précédents sur la lettre de Gélimer traduction anglaise consultée sur la Theoi Classical Texts Library, texte grec des vers 339-348 reproduit par Hodgkin
- Panneau de Justinien et de sa cour, mosaïque, milieu du VIᵉ siècle, seul personnage nommé l’évêque Maximien Ravenne, basilique San Vitale, abside, in situ
- Jean-François Marmontel, Bélisaire, Paris, 1767, préface et chapitre XV
- Jacques-Louis David, Bélisaire demandant l’aumône, 1781, huile sur toile, 288 × 312 cm, exposé au Salon de 1781 Lille, palais des Beaux-Arts, P. 436
- Jacques-Louis David, Bélisaire demandant l’aumône, 1784, réplique réduite avec variantes, huile sur toile, 1,01 × 1,15 m, inscription « DATE / OBOLUM / BELISARIO. » sur le bloc de pierre musée du Louvre, département des Peintures, INV 3694 (MR 1440)
Bibliographie
- Pierre Maraval, Justinien. Le rêve d’un empire chrétien universel, Paris, 2016 Tallandier
- Gilbert Dagron, Constantinople imaginaire. Études sur le recueil des « Patria », Paris, 1984 Presses universitaires de France
- Albrecht Berger, Accounts of Medieval Constantinople : The Patria, Dumbarton Oaks Medieval Library 24, Cambridge (Mass.) et Londres, 2013, xxi + 357 p. Harvard University Press
- Robert Granderoute, « Byzance, Justinien et son Général dans le Bélisaire de Marmontel », Recherches & Travaux 49, 1995, p. 175-185 Recherches & Travaux
- John Renwick, Marmontel, Voltaire and the « Bélisaire » affair, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century 121, Banbury, 1974, 397 p. Voltaire Foundation
- Thomas Hodgkin, Italy and Her Invaders, 2e éd., vol. IV, Oxford, 1896, livre V, note D, « On the alleged Blindness and Beggary of Belisarius », p. 536-539 Clarendon Press
- Philip Henry Stanhope, lord Mahon, The Life of Belisarius, Londres, 1829, p. 441-473 selon le renvoi de Hodgkin John Murray
- Edward Gibbon, The History of the Decline and Fall of the Roman Empire, vol. IV, Londres, 1788, chap. XLIII et notes W. Strahan et T. Cadell
- Thomas Browne, Pseudodoxia Epidemica, Londres, 1646, livre VII, chap. 17 [éditeur À VÉRIFIER]
Sources en ligne
- « Bélisaire demandant l’aumône - Louvre site des collections » Musée du Louvrehttps://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010059281
- « Bélisaire demandant l’aumône / Peintures XVIe - XXIe siècles / Chefs-d’Œuvre / Collections » Palais des Beaux-Arts de Lillehttps://pba.lille.fr/Collections/Chefs-d-OEuvre/Peintures-XVI-sup-e-sup-XXI-sup-e-sup-siecles/Belisaire-demandant-l-aumone/(plus
- « Byzance, Justinien et son Général dans le Bélisaire de Marmontel » Perséehttps://www.persee.fr/doc/retra_2605-7778_1995_num_49_1_2040
- « John Renwick, Marmontel, Voltaire and the « Bélisaire » affair, 1974. (Studies on Voltaire... vol. CXXI.) », compte rendu de Jean Macary, Dix-huitième Siècle 7, 1975 Perséehttps://www.persee.fr/doc/dhs_0070-6760_1975_num_7_1_1096_t1_0419_0000_2
- « Accounts of Medieval Constantinople : The Patria. Dumbarton Oaks medieval library, 24 », compte rendu de Sarah Bassett, BMCR 2014,09,25 Bryn Mawr Classical Reviewhttps://bmcr.brynmawr.edu/2014/2014.09.25/
- « Italy and Her Invaders • Book V : Note D » LacusCurtius, université de Chicagohttps://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Gazetteer/Places/Europe/Italy/_Texts/HODIHI/2d_edition/5/NoteD*.html
- « Tzetzes, Chiliades Book 3 » Theoi Classical Texts Libraryhttps://www.theoi.com/Text/TzetzesChiliades3.html
- « Procopius, Secret History (Anecdota) » ToposTexthttps://topostext.org/work/809



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