Procope l’accuse d’obéir à Antonina
Vers 550, si l’on suit la datation la plus reçue, un homme qui a accompagné Bélisaire en campagne pendant plus de dix ans écrit sur lui un livre qui ne doit pas circuler. Dans l’Histoire secrète, Procope de Césarée montre un général gouverné par sa femme Antonina, qui ferme les yeux sur la liaison de celle-ci avec leur fils adoptif Théodose, se laisse humilier par l’impératrice Théodora et abandonne ses proches pour conserver son rang (Anekdota, I-V). Quelques années plus tôt, le même auteur avait publié dans les Guerres le portrait d’un commandant sobre, loyal envers l’empereur et attentif à ce que ses soldats ne pillent pas les récoltes des provinces qu’ils traversent.
Le nom est transmis sous deux formes, Belisarios en grec et Flavius Belisarius en latin, le gentilice Flavius accompagnant alors la plupart des titulaires de hautes charges ; son origine linguistique n’est pas connue. Selon Procope, il est natif de Germania, entre la Thrace et l’Illyricum (Guerres, III, 11, 21). Aucune source ne donne son année de naissance. Elle se calcule à partir d’un passage des Guerres (I, 12, 21) qui le présente, au début de la guerre contre la Perse, vers 526, comme un tout jeune homme à la première barbe, garde du corps de Justinien aux côtés de Sittas, d’où la fourchette habituelle de 500 à 505.
En 527, Justinien devient empereur et lui confie des commandements sur la frontière orientale ; Procope entre la même année à son service comme assessor, c’est-à-dire conseiller juridique attaché à sa personne (Guerres, I, 12, 24). Devant Dara, en Mésopotamie, Bélisaire repousse une armée perse en 530, puis il perd l’année suivante la bataille de Callinicum, sur l’Euphrate, et il est rappelé. En janvier 532, lors de la sédition dite Nika, du nom du cri de ralliement des factions du cirque, il conduit avec le général Mundus les soldats qui massacrent la foule réunie dans l’hippodrome ; Procope avance le chiffre de plus de trente mille morts (Guerres, I, 24, 54), qu’aucun document ne permet de contrôler. En juin 533, il embarque pour l’Afrique. Carthage est occupée en septembre après la bataille d’Ad Decimum, le roi vandale Gélimer se rend au printemps 534, et le vainqueur célèbre dans la capitale une cérémonie triomphale que Procope décrit en détail (Guerres, IV, 9), avant d’exercer le consulat en 535. La même année, il débarque en Sicile ; Naples tombe en 536, Rome est occupée en décembre puis tenue un an contre le siège du roi goth Vitigès, et en mai 540 l’armée impériale entre dans Ravenne.
Envoyé en 541 contre le roi perse Khosrô Ier, il mène deux campagnes sans bataille rangée. En 542, pendant que Justinien est atteint par la peste, des propos tenus dans l’armée sur la succession lui valent d’être relevé de son commandement et privé d’une partie de sa fortune, épisode que seule l’Histoire secrète rapporte (Anekdota, IV). Renvoyé en Italie de 544 à 549 contre le roi Totila avec peu de troupes et peu d’argent, il reprend Rome en 547 sans pouvoir tenir la péninsule. En 559, il rassemble des vétérans et repousse près de Constantinople des cavaliers koutrigours. En décembre 562, des aveux obtenus dans l’enquête sur un complot contre Justinien le mettent en cause ; assigné à résidence, il est rétabli dans ses dignités en juillet 563, selon la Chronographie de Jean Malalas (livre XVIII). Théophane place sa mort en mars 565, quelques mois avant celle de l’empereur.
Aucun texte de sa main n’est conservé, et aucune image ne peut lui être attribuée sans hésitation. Sur la mosaïque de Saint-Vital de Ravenne, consacrée vers 547, le dignitaire barbu qui se tient à côté de Justinien, du côté opposé à l’évêque Maximien, ne porte aucune légende, alors que le nom de l’évêque est inscrit au-dessus de sa tête.
Il faut donc reprendre un à un les trois ouvrages de Procope, leurs dates et leur transmission, puis les chroniques de Malalas et de Théophane, seules à couvrir les dernières années ; examiner ensuite quatre épisodes où les lectures divergent, la défaite de Callinicum en 531, l’offre gothique de 540, la disgrâce de 542 et l’accusation de 562 ; suivre enfin la légende du mendiant aveugle, des Patria de Constantinople, compilés vers 995, jusqu’au tableau exposé par David au Salon de 1781.





