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Bains publics au Moyen Âge : étuves, hammams et le mythe de la crasse

Monde islamiqueVie quotidienne & société8 novembre 2026◈ 53 sources vérifiées
R Prazeres / Wikimedia Commons
14 min de lecture53 sources vérifiées
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L’objection la plus sérieuse vient des cloîtres, et elle circule encore sous une forme très précise, celle de moines qui ne se seraient baignés que deux fois l’an, à Noël et à Pâques. Elle s’adosse à un texte réel. Au chapitre 36 de la règle que Benoît de Nursie rédige au VIᵉ siècle, consacré aux frères malades, l’usage des bains doit être offert aux malades aussi souvent qu’il le faut, et concédé aux bien portants, surtout aux jeunes, plus tardivement, tardius. Le texte rationne. Il ne fixe aucune fréquence et ne nomme aucune fête, et les deux dates sortent d’un livre imprimé à Paris chez Plon en 1887.

Alfred Franklin y consacre aux soins de toilette un volume de sa série La Vie privée d’autrefois. Il écrit qu’en général les moines ne prenaient de bains que deux fois par an, traduit fidèlement le chapitre 36, puis appelle à l’aide dom Calmet, bénédictin et commentateur de la règle au XVIIIᵉ siècle, qui jugeait le bain nécessaire à des religieux couchant tout vêtus, sans linge, dans une laine qu’ils changeaient peu. Franklin en tire « ces deux bains annuels » sans citer un seul texte médiéval qui les fixe.

« Nul bain pendant mille ans ! »

Un quart de siècle plus tôt, Jules Michelet avait donné au cliché sa forme la plus brève. Dans La Sorcière, parue en 1862, une note sur la lèpre refuse d’en charger les croisades et l’Asie, puisque l’Europe, écrit-il, l’avait en elle-même, et l’attribue à la guerre que le Moyen Âge aurait déclarée à la chair et à la propreté, avant de finir sur une exclamation, « Nul bain pendant mille ans ! ». Aucune référence ne soutient la formule. Elle appartient à un livre qui décrit ailleurs dix siècles de langueur et de bâillement sous l’Église, et qui lit dans les Fors de Béarn la preuve d’un droit du seigneur sur la mariée, autre fantasme dont Alain Boureau a retracé la fabrication en 1995.

Franklin reprend le motif et lui ajoute une généalogie. Hors de l’Église, concède-t-il, on fut assez propre au Moyen Âge, surtout dans la classe aisée, et le goût des bains aurait été rapporté d’Orient par les croisés. La règle bénédictine précède la première croisade de plus de cinq siècles, et Amedeo Feniello a suivi les bains de Naples depuis le Xᵉ siècle. Franklin situe d’ailleurs lui-même la crasse parisienne dans le siècle qui précède l’édit de 1673 sur les barbiers baigneurs étuvistes, quand les Parisiens, écrit-il, avaient perdu à peu près complètement l’habitude de se laver.

En 2002, Didier Boisseuil a ouvert le numéro 43 de la revue Médiévales, consacré aux espaces et aux pratiques du bain, en rappelant la phrase de Michelet, parce que ces propos, notait-il, sont régulièrement évoqués, rarement cités, et servent encore à justifier le manque d’enquête des chercheurs. Le numéro réunissait des études sur les médecins italiens et le bain thermal, sur la fréquentation des sources chaudes d’al-Andalus, sur Bath, sur Naples, sur les bains juifs. La réponse savante existe depuis plus de vingt ans, et la formule de Michelet continue de circuler sans guillemets.

Vingt-six étuves dans la taille de 1292

Le texte qui répond le mieux à Michelet est un règlement de police.

Vers 1268, le prévôt de Paris Étienne Boileau fait consigner au Châtelet les usages des métiers de la ville, et le titre LXXIII de ce Livre des métiers, le registre des étuveurs, tient en six articles dans l’édition que René de Lespinasse et François Bonnardot en ont donnée en 1879. Le métier est franc, ouvert à quiconque respecte ses coutumes. Personne ne doit crier ni faire crier les étuves avant qu’il fasse jour, à cause des périls qui guettent ceux qui se lèvent à ce cri pour s’y rendre. Personne ne doit tenir dans sa maison ou ses étuves de bordel, de jour comme de nuit, ni recevoir lépreux et lépreuses, vagabonds et gens mal famés la nuit. On ne chauffe ni le dimanche ni les jours de fête. Chaque client paie deux deniers pour s’étuver, quatre s’il se baigne, et comme le bois et le charbon coûtent plus cher certaines années, le prévôt pourra corriger le tarif sur le rapport juré des bonnes gens du métier. Trois prud’hommes élus surveillent la profession, et chaque infraction coûte dix sous parisis, six pour le roi et quatre pour les gardes. Tous ces articles supposent une pratique installée, car un prévôt ne réglemente pas l’heure à laquelle on crie un service que personne n’achète, ni le prix d’un bain que personne ne prend.

Le cri existait. Dans ses Crieries de Paris, au XIIIᵉ siècle, Guillaume de la Villeneuve fait entendre au point du jour l’appel aux seigneurs qui vont se baigner et s’étuver sans tarder, car « li bains sont chaut, c’est sans mentir ». Les deux tarifs du statut répondent aux deux verbes du poème. L’étuve proprement dite est un bain de vapeur, la cuve d’eau chaude se paie le double, et c’est pourquoi on dira ici étuves plutôt que bains publics, le mot du XIIIᵉ siècle désignant la maison entière, vapeur et cuves comprises, quand le nôtre fait penser à une piscine municipale.

Selon Alfred Franklin, ces statuts auraient été ajoutés au registre d’une écriture du XIVᵉ siècle, après la mort de Boileau, et la date exacte de leur rédaction reste donc incertaine. Franklin citait aussi un article, sans doute postérieur, qui réserve chaque étuve aux hommes ou aux femmes, au choix du tenancier, parce que les hommes qui s’étuvent le soir restent parfois couchés là jusqu’au grand jour, que les dames arrivent le matin et entrent quelquefois par ignorance dans les chambres des hommes, sans parler d’autres choses qui ne sont pas belles à dire. On se baignait donc le soir comme le matin, et certains y passaient la nuit.

Combien d’étuves ? Le rôle de la taille levée sur les habitants de Paris en 1292, publié par Hercule Géraud en 1837, en mentionnerait vingt-six selon Franklin, réparties dans presque tous les quartiers. Un rôle de taille énumère des contribuables rue par rue avec leur métier, si bien que le chiffre compte des étuveurs imposés plus sûrement que des établissements, et il ne dit rien des clients. Aucun registre d’entrées n’est connu pour Paris, et l’on ignore combien de Parisiens allaient aux étuves, et à quel rythme.

Les rues en ont gardé la trace. Le référentiel des voies de Paris des Archives nationales signale une rue des Estuves en 1300 près de Saint-Martin, devenue vers 1350 rue Geoffroy-des-Bains ou des Étuves. À l’autre bout de l’échelle sociale, le 22 septembre 1467, Louis XI soupe chez le prévôt des marchands Denis Hesselin, qui a fait préparer trois beaux bains richement garnis dans l’espoir que le roi s’y baigne, rapporte la Chronique scandaleuse attribuée à Jean de Roye, et douze jours plus tôt, chez le premier président Jean Dauvet, la reine, qui se sentait un peu mal disposée, avait laissé les quatre bains dressés pour elle à Madame de Bourbon et à Bonne de Savoie, réunies dans l’un, à Madame de Montglat et à la bourgeoise Perrette de Châlons, réunies dans un autre.

Quand l’abbé mesure l’eau

À Constantinople, en 692, les évêques réunis sous Justinien II dans la salle à coupole du palais, le Trullo, consacrent un canon entier au bain. Le canon 77 interdit aux clercs et aux ascètes de se laver aux bains avec des femmes, et à tout chrétien laïc d’en faire autant, sous peine de déposition pour les premiers et d’excommunication pour les seconds, en renouvelant un canon du concile de Laodicée. Au XIIᵉ siècle, le canoniste Zonaras précisait que les moines, dépourvus de tonsure cléricale, tombaient sous la peine des laïcs. Le canon porte sur la mixité, et il suppose des bains où hommes et femmes se croisaient assez souvent pour qu’un concile s’en soucie.

Quatre siècles et demi plus tard, en octobre 1136, l’empereur Jean II Comnène signe le typikon, la charte de fondation, du monastère du Christ Pantokrator, prévu pour quatre-vingts moines au moins et doté d’un hôpital, d’un hospice de vieillards et d’une léproserie. Puisqu’il convient que les moines aient le rafraîchissement du bain, dit le chapitre 15, ils se baigneront tous deux fois par mois pour se laver, sauf pendant les jeûnes. Le chapitre 13 exclut le bain du grand carême, et les autres jeûnes le réduisent à une fois par mois. Les fournitures du bain sont gardées à l’infirmerie, pour les malades comme pour les bien portants. Dans la traduction anglaise des typika publiée par Dumbarton Oaks en 2000, les éditeurs replacent cette mesure dans un assouplissement sensible depuis la fin du XIᵉ siècle, de l’Évergétis au couvent de la Kécharitôménè fondé par l’impératrice Irène Doukaina.

Le Pantokrator et la règle de Benoît parlent la même langue. Pour l’abbé comme pour l’empereur, le bain est une douceur que l’on dose, comme le vin ou le sommeil, et le carême la retire comme il retire la viande. Le camp de Michelet tient là son argument le plus solide, et il est réel, puisque des hommes voués à la pénitence se privaient volontairement d’eau chaude, et que certaines communautés ont dû se baigner bien moins souvent que ne le permettait le Pantokrator. Il se retourne pourtant. Un empereur qui fixe à deux le nombre de bains mensuels de ses moines suppose un bain à portée de main, chauffé, entretenu, et une habitude assez forte pour qu’il faille la discipliner.

Mardi, jeudi et samedi pour les hommes

Dans al-Andalus, le hammam appartient à la ville comme le souk et le funduq, l’entrepôt des marchands. Caroline Fournier, dans la thèse soutenue à Nantes en 2010 et publiée à Rennes en 2016, a inventorié quatre-vingt-onze bains construits entre le IXᵉ et le XIVᵉ siècle, au point de faire du hammam un marqueur d’islamisation. Les premiers juristes de l’islam s’en étaient méfiés, y voyant un lieu de promiscuité propice à la débauche, et leurs condamnations n’ont pas freiné sa diffusion dans les territoires conquis. Plus petits que les thermes antiques dont ils conservent le chauffage et la partition entre zone sèche et zone humide, ces bains rejetaient la fumée de leur four, si bien qu’on recommandait de les bâtir hors de l’enceinte ou dans des quartiers peu construits. Fournier discute aussi leur fonction religieuse. Pour les juristes malékites, la nudité qu’impose le bain s’accordait mal avec le grand lavage rituel, le ghusl, et le hammam servait donc surtout à la toilette, aux soins du corps recommandés par les médecins et aux ablutions simples, le wudû. Des bains réservés à une communauté ont pu exister à Cordoue ou à Tolède, alors que dans les petites villes et les campagnes le même édifice servait probablement aux musulmans, aux chrétiens et aux juifs. De Madînat al-Zahrâ’ au palais de Comares, à l’Alhambra, le bain appartenait aussi au cérémonial de cour, et Fournier relève dans certains bains des alcôves réservées à ceux qui ne voulaient pas se mêler aux autres baigneurs.

Au nord, les villes castillanes ont repris l’institution et l’ont découpée en jours. Dans le fuero de Cuenca, la charte que le roi Alphonse VIII accorde à la ville vers 1190, et dans les fueros qui en dérivent, le bain de la ville appartient aux hommes le mardi, le jeudi et le samedi, aux femmes le lundi et le mercredi, aux juifs le vendredi et le dimanche. Un chrétien entré le jour des juifs, ou l’inverse, pouvait être blessé, voire tué, sans que l’agresseur en réponde, relève Pilar León Tello, qui a dépouillé ces textes en 1989. Le fuero d’Alcaraz fixe l’entrée à une meaja, une petite pièce de monnaie, celui de Zorita à une obole, et le seigneur du bain doit fournir l’eau et le nécessaire. Les Siete Partidas d’Alphonse X reprennent la séparation des juifs au bain.

Les juifs avaient leurs bains rituels, le miqvé, réservé à l’immersion de purification, et Joseph Shatzmiller a rappelé en 2002 qu’ils fréquentaient aussi les bains ordinaires, ne serait-ce que parce que l’immersion exigeait d’abord une propreté impeccable. À Paris, Franklin signale dès 1248, rue de la Pelleterie, une maison qui avait été l’étuve des juifs, domus quae fuit stuffae Judaeorum.

Le samedi avait d’ailleurs une autre réputation outre-Manche. Une chronique anonyme du XIIIᵉ siècle, longtemps attribuée à Jean de Wallingford et copiée aux feuillets 10 à 33 du manuscrit Cotton MS Julius D VII de la British Library, reproche aux Danois installés en Angleterre d’avoir séduit des femmes mariées et des filles de nobles parce qu’ils se peignaient chaque jour, se baignaient chaque samedi et changeaient souvent de vêtements ; en vieux norrois, le samedi se disait laugardagr, le jour du bain.

En Sicile, les bains de Cefalà Diana, dans l’arrière-pays de Palerme, portent sur trois de leurs murs une longue frise d’inscription arabe sculptée en relief. On l’a longtemps rattachée à l’émirat, ce qui en aurait fait l’une des très rares inscriptions arabes sûrement datées de cette époque. Dans le volume que l’École française de Rome a consacré au site en 2018 sous la direction d’Alessandra Bagnera et d’Annliese Nef, Roberta Giunta la traite comme une inscription normande, et le bain arabe de Cefalà passe ainsi, au moins pour sa frise, à l’époque où des rois chrétiens régnaient sur Palerme et où l’on gravait encore de l’arabe sur les murs d’un bain.

Southwark invoque Henri II

Le statut parisien interdisait déjà le bordel dans les étuves, et l’interdiction disait le soupçon. Londres en a gardé un mot. En anglais, stews désigne les maisons de prostitution, et Kate Lister rappelle que le terme vient des étuves où l’on pouvait littéralement mijoter dans l’eau chaude. Au début du XVᵉ siècle, toutes les étuves, honnêtes ou non, sont bannies de la Cité et s’installent sur l’autre rive de la Tamise, à Southwark, dans la juridiction de l’évêque de Winchester. Un document du XVᵉ siècle, les ordonnances touchant le gouvernement des tenanciers d’étuves de Southwark sous la direction de l’évêque, en fixe les règles en trente-six articles, chacun avec son amende. Il interdit d’y employer femmes mariées et religieuses, laisse les femmes loger où elles veulent, exclut celles qui ont la « maladie brûlante ». Pour lui donner du poids, l’évêque le faisait remonter au parlement tenu à Winchester la huitième année du règne d’Henri II, soit 1162, date impossible puisqu’aucun parlement ne siégeait alors, et la date de 1161 que répètent tant de pages en dérive probablement. Henri VIII fait fermer les étuves de Southwark en 1546.

En France, Jacques Rossiaud a montré à partir de Dijon et des villes du Rhône, dans un article des Annales de 1976 puis dans La Prostitution médiévale, préfacée par Georges Duby en 1988, que la prostitution publique du XVᵉ siècle était tolérée, organisée et souvent tenue par des notables, laïcs ou clercs, et les étuves comptaient parmi ses lieux. Le camp adverse a donc raison sur un point précis. Aller aux étuves, dans une ville de la fin du Moyen Âge, ne voulait pas toujours dire se laver, et Georges Vigarello, dans Le Propre et le sale, en 1985, insistait sur la part de la fête et du plaisir dans ces maisons, où le lavage est rarement évoqué.

Les sources ne permettent pas de faire la part de l’hygiène et celle du jeu. Les statuts disent ce qu’on interdit, les procès ce qu’on punit, et personne n’a noté ce que faisait le client ordinaire qui payait ses deux deniers, suait, se rinçait peut-être, et rentrait chez lui.

Nuremberg, 1496

En 1496, rappelle l’Art Institute de Chicago, le conseil de Nuremberg interdit aux habitants de fréquenter les étuves, après une épidémie de vérole, la syphilis, et une sécheresse. Albrecht Dürer grave vers 1496-1497 une scène de genre, des hommes nus qui boivent et bavardent en écoutant deux musiciens dans un bain en plein air, et le musée, qui en conserve une épreuve de 39,2 centimètres sur 28,3 sous le numéro 2009 133, se demande si l’image ne proteste pas contre l’édit. L’hypothèse reste une hypothèse, mais l’estampe circulait au moment même où la ville fermait ses bains.

Les raisons de la fin des étuves s’entremêlent, et les sources ne permettent pas de les peser. Vigarello a suivi la peur des médecins qui, en temps de peste, dénoncent dès le XVᵉ siècle ces maisons où se côtoient des corps nus, et en 1573 encore, le Traité de la peste de Nicolas Houel conseille de délaisser bains et étuves, parce que la chaleur ouvre les pores du cuir et qu’alors « l’air pestilent y entre ». La morale pèse aussi, puisque Franklin voyait les étuves abandonnées, anathématisées à la fois par les prédicateurs catholiques et par les ministres huguenots, au moment où Henri VIII fermait Southwark. L’eau et le bois comptent enfin, la sécheresse de Nuremberg et la clause parisienne sur le prix du charbon le rappellent chacune à sa manière. Pour Vigarello, les établissements disparaissent en quelques décennies à partir du XVIᵉ siècle, il n’en reste qu’un nombre infime à Paris à la fin du XVIIᵉ, et la toilette sèche, le linge changé, la poudre et le parfum prennent la place de l’eau, si bien que le monde sans bain qu’imaginait Michelet ressemble moins au Paris de Louis IX qu’à celui de Louis XIII.

Les noms ont tenu plus longtemps que les cuves. Près de la rue Saint-Honoré, une petite voie qui existait déjà en 1300 a porté le nom de rue des Estuves, puis celui de rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré, avant de recevoir, par décret du 2 octobre 1865, celui d’Henri Sauval, avocat au Parlement et historien de Paris au XVIIᵉ siècle. Dans le référentiel des voies de Paris des Archives nationales, sa fiche, quatre-vingts mètres de long sur cinq de large, aligne les noms successifs, rue du Pressoir-du-Bret, rue des Estuves, rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré, et rappelle que ce tronçon existait en 1300.

Pour aller plus loin

L’article sur Aix-la-Chapelle revient sur les eaux chaudes du palais de Charlemagne, celui sur l’école de médecine de Salerne sur le Regimen sanitatis salernitanum et les conseils d’hygiène qu’on lui prête. La Sicile des trois cultures replace les bains de Cefalà dans le royaume normand, et la peste noire éclaire la peur de la contagion qui a fini par vider les étuves.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Règle de saint Benoît, chap. 36, « De infirmis fratribus » : « Balnearum usus infirmis quotiens expedit offeratur ; sanis autem et maxime iuvenibus tardius concedatur », VIᵉ siècle, texte latin relevé d’après Ruffino et Zollesi, trad. française d’après Franklin 1887, p. 3
  2. Dom Augustin Calmet, commentaire de la règle de saint Benoît, XVIIIᵉ siècle, passage sur les bains des religieux « couchant tout vêtus », cité d’après Franklin 1887, p. 4
  3. Livre des métiers, titre LXXIII, « C’est le registre des estuveurs », art. I à VI (métier franc ; défense de crier les étuves « jusques à tant que il soit jour » ; défense de soutenir « bordiaus », « mesiaus ne mesèles, reveurs, ne autres genz diffamez de nuit » ; pas de chauffe le dimanche ni les jours de fête ; deux deniers pour s’étuver, quatre pour se baigner ; révision du tarif selon le prix du bois et du charbon ; amende de dix sous parisis, six au roi et quatre aux gardes ; trois prud’hommes jurés), compilé vers 1268 sous la prévôté d’Étienne Boileau, manuscrit original perdu éd. René de Lespinasse et François Bonnardot, Les Métiers et corporations de la ville de Paris, XIIIᵉ siècle. Le Livre des métiers d’Étienne Boileau, Paris, Imprimerie nationale, 1879, coll. Histoire générale de Paris, p. 154-155
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Sources primaires (suite)

  1. Article réservant chaque étuve aux hommes ou aux femmes (« car c’est vil chose et honteuse »), postérieur aux premiers statuts, cité d’après Franklin 1887, p. 15
  2. Guillaume de la Villeneuve, Les Crieries de Paris, XIIIᵉ siècle, cri des étuveurs au point du jour (« Li bains sont chaut, c’est sans mentir »), cité d’après la note de l’édition de 1879 et Franklin 1887, p. 12
  3. Rôle de la taille imposée sur les habitants de Paris en 1292, étuveurs imposés éd. Hercule Géraud, Paris sous Philippe le Bel d’après des documents originaux et notamment d’après un manuscrit contenant le rôle de la taille imposée sur les habitants de Paris en 1292, Paris, Crapelet, 1837, coll. Documents inédits sur l’histoire de France ; reprod. avec avant-propos et index par Caroline Bourlet et Lucie Fossier, Tübingen, Niemeyer, 1991, Patronymica Romanica 2 ; total de vingt-six étuves d’après Franklin 1887, p. 12
  4. Maison « quae fuit stuffae Judaeorum », rue de la Pelleterie, Paris, 1248, citée d’après Franklin 1887, p. 11-12
  5. Chronique scandaleuse, attribuée à Jean de Roye (« Jean de Troyes » chez Franklin), septembre 1467, bains préparés pour la reine chez Jean Dauvet le jeudi 10 septembre et pour Louis XI chez Denis Hesselin le 22 septembre, cité d’après Franklin 1887, p. 20-21
  6. Concile in Trullo (Quinisexte), Constantinople, 692, canon 77, interdiction aux clercs, aux ascètes et aux laïcs de se baigner avec des femmes, renouvelant le canon 30 du concile de Laodicée, avec la note de Zonaras sur les moines trad. Henry R. Percival, The Seven Ecumenical Councils, Nicene and Post-Nicene Fathers, 2ᵉ série, vol. 14
  7. Typikon de l’empereur Jean II Comnène pour le monastère du Christ Pantokrator, Constantinople, octobre 1136, chap. 13 (abstention de bain en carême) et 15 (« deux fois par mois », une fois pendant les autres jeûnes) éd. Paul Gautier, « Le typikon du Christ Sauveur Pantocrator », Revue des études byzantines 32, 1974, p. 1-145, texte p. 27-131 ; trad. angl. Robert Jordan, dans Thomas et Constantinides Hero 2000, p. 725-781
  8. Fuero de Cuenca, accordé par Alphonse VIII vers 1190, cap. 2, ley 32 (jours de bain des hommes, des femmes et des juifs) ; Fuero d’Alcaraz, 32-33 (entrée à une meaja) ; Fuero de Zorita de los Canes, 43-45 (entrée à une obole) ; Fuero de Béjar, tít. 67, 69 et 70 ; Fuero d’Úbeda, tít. 9, ley 2 d’après León Tello 1989, rubrique « Baños » et note 6
  9. Siete Partidas, VII, 24, 8, séparation des juifs aux bains, d’après León Tello 1989, note 6
  10. Bains de Cefalà Diana, frise épigraphique arabe sculptée en relief sur trois murs in situ, Cefalà Diana (province de Palerme), d’après Bagnera et Nef 2018
  11. Chronique anonyme attribuée à Jean de Wallingford, XIIIᵉ siècle, passage sur les Danois qui se peignent chaque jour, se baignent le samedi et changent de vêtements Londres, British Library, Cotton MS Julius D VII, ff. 10-33 ; éd. Richard Vaughan, « The Chronicle attributed to John of Wallingford », Camden Miscellany 21, Camden Third Series 90, Londres, Royal Historical Society, 1958
  12. « Ordinances touching the government of the stewholders in Southwark under the direction of the Bishop of Winchester », XVᵉ siècle, trente-six articles, prétendument adoptées au parlement de Winchester la huitième année d’Henri II d’après Lister 2018
  13. Édit du conseil de Nuremberg, 1496, interdisant la fréquentation des étuves après la vérole et une sécheresse d’après l’Art Institute of Chicago
  14. Albrecht Dürer, Le Bain des hommes, vers 1496-1497, gravure sur bois, encre noire sur papier vergé crème, 39,2 × 28,3 cm Chicago, Art Institute of Chicago, 2009 133 ; autre épreuve : Royal Collection Trust, RCIN 800195
  15. Nicolas Houel, Traité de la peste, Paris, 1573 (« Bains et étuves publiques seront pour lors délaissés […] alors l’air pestilent y entre »), cité d’après Vigarello 1985
  16. Jules Michelet, La Sorcière, Paris, 1862, note sur la lèpre (« Nul bain pendant mille ans ! »), cité d’après Boisseuil 2002, note 1, qui renvoie à l’édition de Bruxelles et Leipzig, p. 116-117, datée par lui de 1853 ; livre I, chap. IV, « Tentations », passage sur les Fors de Béarn, consulté dans l’édition définitive, Paris, Flammarion
  17. Décret du 2 octobre 1865 donnant à la rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré le nom de rue Sauval, d’après la fiche du référentiel des voies de Paris, Archives nationales

Bibliographie

  1. Didier Boisseuil, « Espaces et pratiques du bain au Moyen Âge », Médiévales 43, automne 2002, p. 5-11, numéro « Le bain : espaces et pratiques » Presses universitaires de Vincennes
  2. Amedeo Feniello, « Un aspect du paysage napolitain au Moyen Âge : les bains dans la ville du Xᵉ au XIIIᵉ siècle », trad. Didier Boisseuil, Médiévales 43, 2002, p. 71-81 Presses universitaires de Vincennes
  3. Joseph Shatzmiller, « Les bains juifs aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles », trad. Danièle Sansy, Médiévales 43, 2002, p. 83-89 Presses universitaires de Vincennes
  4. Caroline Fournier, Les Bains d’al-Andalus, VIIIᵉ-XVᵉ siècle, préface de Christine Mazzoli-Guintard, Rennes, 2016, 335 p., coll. Histoire, ISBN 978-2-7535-4365-2 Presses universitaires de Rennes
  5. Agnès Charpentier, compte rendu de Caroline Fournier, Les Bains d’al-Andalus, Bulletin critique des Annales islamologiques 31, 2017, p. 155-157 Institut français d’archéologie orientale
  6. Alessandra Bagnera et Annliese Nef (dir.), Les Bains de Cefalà (Xᵉ-XIXᵉ siècle). Pratiques thermales d’origine islamique dans la Sicile médiévale, Rome, 2018, 640 p., Collection de l’École française de Rome 538, ISBN 978-2-7283-1250-4, dont Roberta Giunta, « L’iscrizione normanna dell’edificio termale di Cefalà », chap. 4,2 École française de Rome
  7. Pilar León Tello, « Disposiciones sobre judíos en los fueros de Castilla y León », Medievalia 8, 1989, p. 223-252 Universitat Autònoma de Barcelona
  8. Georges Vigarello, Le Propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Paris, 1985 ; rééd. coll. Points Histoire, 1987 ; trad. angl. Jean Birrell, Concepts of Cleanliness. Changing Attitudes in France since the Middle Ages, Cambridge, 1988, sur la fête et le plaisir aux étuves, la peur médicale des bains en temps de peste et la toilette sèche Éditions du Seuil
  9. Jacques Rossiaud, « Prostitution, jeunesse et société dans les villes du Sud-Est au XVᵉ siècle », Annales. Économies, sociétés, civilisations, 1976, p. 289-325 Armand Colin
  10. Jacques Rossiaud, La Prostitution médiévale, préface de Georges Duby, Paris, 1988 Flammarion
  11. Alfred Franklin, La Vie privée d’autrefois. Arts et métiers, modes, mœurs, usages des Parisiens du XIIᵉ au XVIIIᵉ siècle. Les soins de toilette ; le savoir-vivre, Paris, 1887 Plon, Nourrit et Cie
  12. Caroline Bourlet, « Le Livre des métiers dit d’Étienne Boileau et la lente mise en place d’une législation écrite du travail à Paris (fin XIIIᵉ-début XIVᵉ siècle) », Médiévales 69, automne 2015, p. 19-48, DOI 10,4000/medievales.7569 Presses universitaires de Vincenneshttps://doi.org/10.4000/medievales.7569
  13. John Thomas et Angela Constantinides Hero (éd.), avec Giles Constable, Byzantine Monastic Foundation Documents. A Complete Translation of the Surviving Founders’ Typika and Testaments, 5 vol., Washington, 2000, Dumbarton Oaks Studies 35 Dumbarton Oaks Research Library and Collection
  14. Alain Boureau, Le Droit de cuissage. La fabrication d’un mythe, XIIIᵉ-XXᵉ siècle, Paris, 1995 Albin Michel

Sources en ligne

  1. « Espaces et pratiques du bain au Moyen Âge », Didier Boisseuil Perséehttps://www.persee.fr/doc/medi_0751-2708_2002_num_21_43_1553
  2. « Les bains juifs aux XIIe et XIIIe siècles », Joseph Shatzmiller Perséehttps://www.persee.fr/doc/medi_0751-2708_2002_num_21_43_1558
  3. « Le bain : espaces et pratiques », Médiévales n° 43/2002 (sommaire) Presses universitaires de Vincenneshttps://www.puv-editions.fr/ouvrage/le-bain-espaces-et-pratiques/
  4. « Les métiers et corporations de la ville de Paris, 13e siècle. Le livre des métiers d’étienne Boileau, publiè par René de Lespinasse et François Bonnardot » (exemplaire de l’université de Toronto) Internet Archivehttps://archive.org/details/lesmtiersetcor00boiluoft/page/n5/mode/2up
  5. « Le Livre des métiers dit d’Étienne Boileau et la lente mise en place d’une législation écrite du travail à Paris », Caroline Bourlet OpenEdition Journals, Médiévaleshttp://journals.openedition.org/medievales/7569
  6. Notice « Paris sous Philippe le Bel », reprod. de l’éd. de 1837 par Caroline Bourlet et Lucie Fossier Bibliothèque nationale de France, catalogue généralhttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36655641q
  7. « La vie privée d’autrefois ; Arts et métiers, modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle. Les soins de toilette ; Le savoir-vivre », Alfred Franklin Project Gutenberghttps://www.gutenberg.org/cache/epub/56072/pg56072-images.html
  8. « La Sorcière », Jules Michelet, édition définitive, d’après l’exemplaire numérisé par la BnF (Gallica) Project Gutenberghttps://www.gutenberg.org/cache/epub/41486/pg41486-images.html
  9. « Fournier Caroline : Les bains d’al-Andalus VIIIe-XVe siècle », recensé par Agnès Charpentier, BCAI 31 Institut français d’archéologie orientalehttps://www.ifao.egnet.net/bcai/31/53
  10. « Les bains de Cefalà (Xe-XIXe siècle) », extrait comprenant le chapitre de Roberta Giunta Università di Napoli L’Orientale, dépôt institutionnelhttps://unora.unior.it/retrieve/dfd1bedd-3a26-d55a-e053-3705fe0af723/Giunta%202018_Les%20bains%20de%20Cefal%c3%a0.pdf
  11. « Disposiciones sobre judíos en los fueros de Castilla y León », Pilar León Tello Dipòsit Digital de Documents, Universitat Autònoma de Barcelonahttps://ddd.uab.cat/pub/medievalia/medievalia_a1988-1989n8/medievalia_a1988-1989n8p223.pdf
  12. « Byzantine Monastic Foundation Documents : A Complete Translation of the Surviving Founders’ Typika and Testaments » Dumbarton Oakshttps://www.doaks.org/research/publications/books/byzantine-monastic-foundation-documents-a-complete
  13. « Cotton MS Julius D VII », John of Wallingford, Collectanea British Library, Archives and Manuscripts Cataloguehttps://searcharchives.bl.uk/catalog/040-001101724
  14. « The bishop’s profitable sex workers », Kate Lister, 5 juin 2018 Wellcome Collectionhttps://wellcomecollection.org/stories/the-bishop-s-profitable-sex-workers
  15. « The Men’s Bath », Albrecht Dürer, 1496-1497, 2009 133 Art Institute of Chicagohttps://www.artic.edu/artworks/197566/the-men-s-bath
  16. « The Bath House c.1496 », Albrecht Dürer, RCIN 800195 Royal Collection Trusthttps://col.rct.uk/collection/800195/the-bath-house
  17. « Nos ancêtres du XVIIe siècle se lavaient-ils les cheveux à l’eau ? » (Vigarello, Houel) Guichet du savoir, Bibliothèque municipale de Lyonhttps://www.guichetdusavoir.org/question/voir/140535
  18. « rue Sauval (Paris, France) », référentiel des voies de Paris Archives nationaleshttps://rdf.archives-nationales.culture.gouv.fr/place/FRAN_RI_025-d3nzda786q-1x0p1l0bqtkcx
  19. « rue des Étuves Saint-Martin (Paris, France) », référentiel des voies de Paris Archives nationaleshttps://rdf.archives-nationales.culture.gouv.fr/place/FRAN_RI_025-d3nzaczja5--lbdyrgen3w5m
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